Photoshop Polizei

Je suis heureux. Heureux, mais fatigué. Fatigué, parce qu’actuellement, je ne manque pas de travail, ni de sujets pour ce blog. Heureux, parce que je suis grave shooté aux endorphines que produit mon cerveau à chaque pinte de rire que je me paye en lisant la presse, ou en parcourant les dernières « nouveautés » politiques. Et cinq minutes de Erreur500.com me donnent une pêche d’enfer (hier, par exemple, en cliquant sur « Rétablir la vérité », on avait droit à une belle erreur Protocole HTPP non reconnu – un festival, ce site). Mais… pendant ce temps, la machine ne s’arrête pas. Pis : elle s’emballe.

Et là, c’est encore une fois un truc consternant qui nous attend, massue en main et regard vicieux, à l’orée du bois.

Et non, ce n’est pas Sarkozy, cette fois-ci. Ou disons, pas directement. Et avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que l’image au-dessus a été légèrement retouchée : j’ai limé les ongles crochus des doigts de Berlusconi.

Il s’agit d’une nouvelle loi. Pour le moment, c’est avant tout un projet, mais on sent déjà, comme pour HADOPI et ses nombreux prédécesseurs, le désir d’aller jusqu’au bout.

Le texte est le suivant (je fournis la version courte, rapide à lire – la version longue est ici, et merci à Olympe sous son plafond de verre qui a remarqué la jolie pépite) :

«Art. L. 2133-2. – Les photographies publicitaires de personnes dont l’apparence corporelle a été modifiée par un logiciel de traitement d’image doivent être accompagnées de la mention : « Photographie retouchée afin de modifier l’apparence corporelle d’une personne ». Le non-respect du présent article est puni d’une amende de 37.500 €, le montant de cette amende pouvant être porté à 50 % des dépenses consacrées à la publicité.» (proposition n° 1908 du 15 septembre 2009)

Voilà. En somme, ce projet prévoit donc d’obliger la mention « Photographie retouchée patati patata » pour que tout le monde sache bien qu’elle a été retouchée, la photo.

L’idée est donc, pour les députés tenants de cette ébauche régulatoire compulsive, de faire comprendre aux abrutis qu’ils appellent citoyens par-ci, contribuables par-là, et usagers le reste du temps, que lorsqu’une gonzesse à moitié nue vend une voiture ou du chocolat, il se pourrait bien qu’en réalité, ses courbes invraisemblables de bonasse rebondissante soient en réalité un peu bidon et que la réalité palpable soit (au choix) trop  plate ou trop charnue.

Il partent probablement du principe qu’utiliser des gonzesses à poil pour vendre des crèmes glacées – qui pousseraient leurs consommatrices à un extase orgasmique – ou pour écouler des bagnoles – en faisant croire au possesseur qu’il sera un meilleur chasseur de bisons sur le périphérique – , ça marche.

Ce qui est, reconnaissons-le, un peu difficile à prouver : je connais plusieurs mâles qui ont acheté un véhicule sur des critères terriblement terre-à-terre comme la consommation en ville ou le volume du coffre arrière, et des femmes qui ont osé le bête bac d’un litre de Carte d’Or au lieu d’une demi-douzaine de Magnum Chocolat parce que bon, c’est tout de même foutrement cher leurs glaces à orgasme, zut à la fin.

Mais baste, qu’à cela ne tienne. Il existerait donc dans notre société, à en croire ce projet, des gens à ce point influençables qu’il est nécessaire de mentionner que les couvertures de magazines ne sont pas exactement un reflet de la réalité.

On imagine les dégâts quand il faudra expliquer les retouches massives sur les photos du G20 (« Le sourire de certains participants est sponsorisé par Adobe Photoshop« ) …

Si l’on y ajoute les habituelles mentions concernant l’alcool, le mangibougisme, la loi Toubon et les précautions d’usage, on va arriver à une somme proprement impressionnante de petits astérisques et renvois en bas d’image sur un paquet de mentions qui n’auront rien à envier aux crédits de fin de films hollywoodiens.

Malheureusement, aucun animal n’a été blessé pour la réalisation de l’image ci-dessus.

Franchement, on se demande exactement à quoi pensent nos députés. Ou plutôt, on se demande à quoi ils ne pensent pas, puisque finalement tout, absolument tout, va passer un jour ou l’autre sous les fourches caudines de l’Assemblée Nationale. Et surtout, puisqu’ils pensent à tout, il devient impératif de comprendre les cheminements intellectuels qu’ils empruntent.

Or, à l’examen – de l’exposé des motifs, notamment –  il apparaît une totale perversité du processus mental qui aboutit à demander des petites mentions qui insulteront le lecteur par leur caractère brutalement infantilisant à la limite de l’agression psychique.

Notons que la France est un pays qui, de nos jours, a délibérément choisi d’en vouloir haineusement à sa population composée, à en croire les affichages, les slogans citoyens & festifs, et les lois passées dernièrement, de crétins qui discriminent, d’abrutis racistes et homophobes, de gros porcs pollueurs et inconscients, de stupides irresponsables dépensiers, fumeurs ou buveurs et d’imbéciles à la naïveté frôlant la déficience mentale lourde.

Dès lors, en ajouter une couche passe presque inaperçu.

En gros, puisque la population comprend des gringalets mentaux au bord d’un effondrement psychologique catastrophique, l’Etat se doit d’amoindrir les terribles menaces publicitaires qui fondent sur eux, en leur offrant le douillet réconfort d’une mention légale, qui va, on en est tout de suite persuadé, leur faire prendre conscience que non non, bouffer un énorme  esquimau bourré de glupides n’est pas bon pour leur métabolisme.

Le plus gênant, c’est qu’ensuite, le processus mental en question s’arrête net.

Qu’on soit au porte d’un hygiénisme maniaque, pénible et imposé ne semble absolument pas effleurer les vaillants scribouillards en pleine diarrhée législative. Que tout ceci rappelle terriblement bien les meilleures affiches de propagandes que de précédents et funestes régimes nous proposèrent jadis ne déclenche pas plus de prise de recul.

Mais surtout, la parfaite certitude que ceci ne servira absolument à rien en matière de lutte mangibougique n’empêche pourtant pas le projet d’être déposé.

Pas de doute : au milieu d’affiches joyeuses, pétillantes et politiquement correctes au point qu’elles sentiront le formol, ce pays est foutu.

mendes

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Commentaires5

  1. Mow

    En obligeant cette mention, le gouvernement espère que la déception sera moindre à l’achat d’un produit, et pense ainsi augmenter le Bonheur National Brute.

    Sinon à quoi sert de changer d’indicateur si les chiffres restent mauvais ?

  2. adnstep

    « Mais baste, qu’à cela ne tienne. Il existerait donc dans notre société, à en croire ce projet, des gens à ce point influençables qu’il est nécessaire de mentionner que les couvertures de magazines ne sont pas exactement un reflet de la réalité. » Ben oui. Sinon, il n’y aurait plus de pub depuis longtemps. Et le télé-achat aurait disparu (Dis, tu la vois ma grosse ceinture anticellulite ?).

    PS : il n’ont pas précisé la couleur des caractères du message. Blanc sur fond blanc, ça le fait ? On pourrait faire comme avec les emballages, et envisager de le mettre au dos de la photo (un clic et on retourne la photo, au dos de laquelle on trouve toutes les mentions légales et le numéro de portable du mannequin).

    « ou pour écouler des bagnoles – en faisant croire au possesseur qu’il sera un meilleur chasseur de bisons sur le périphérique » : p’tain, si j’achète une caisse à 150 boules, c’est pas pour qu’une grognasse vienne pourrir mes cuirs avec ses grosses fesses.

    Sinon, toujours dans la rubrique humour, le MRAP vient de porter plainte contre Ni putes ni soumises. Parce que ces dernières osent lui reprocher de justifier l’excision au nom de la relativité des civilisations. Ou un truc comme ça. Je suis un peu fatigué, là.

  3. higgins

    « Franchement, on se demande exactement à quoi pensent nos députés? » C’est leur faire beaucoup d’honneur que de poser une telle question. Quand on est capable de voter des lois inapplicables (comme Hadopi 2 ou comme celle mentionnée sous ce lien http://www.lesmotsontunsens.com/ministere-de-la-justice-demande-aux-magistrats-de-contourner-la-loi-12-mai-2009-5542 et qui abouti à une telle requête), le simple citoyen moutontribuable est en droit de se demander s’il existe un cerveau en état de fonctionner au sein de la représentation d’état.

  4. Caro

    « Il existerait donc dans notre société, à en croire ce projet, des gens à ce point influençables qu’il est nécessaire de mentionner que les couvertures de magazines ne sont pas exactement un reflet de la réalité. »

    Il ne faut pas oublier les jeunes filles de 13-14 ans qui malheureusement prennent des photos de mannequins comme modèle…

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