Buren ou la discrète inflation des prix de l’art comptant pour rien

Ah, la Culture ! Finalement, à plus d’un titre, c’est comme la santé : quand elle est faible, on risque des ennuis, et à bien y réfléchir, la culture, comme la santé, cela n’a pas de prix. Mais cela a un coût, en tout cas. Et à lire certains articles, il apparaît maintenant clair que la bonne santé de leurs créations va assurer à certains artistes une très confortable rente.

Avant d’aller plus loin, rappelons rapidement ce que sont les Colonnes de Buren.

Il s’agit d’une de ces mâââgnifiques réalisations post-modernes commandées à grand frais par l’État (en l’espèce, le Ministère de la Culture) pendant les années 80, et qui s’inscrivaient dans la tendance de l’époque, pas ralentie depuis, qui consistait (et consiste toujours) à subventionner avec l’argent de tout le monde un ami des gens de pouvoir.

Le mécénat avec l’argent des autres, c’est toujours sympa. Mieux, c’est citoyen, et régulièrement assez festif.

Et quand on arrive à détourner légalement 1 million d’euros, on peut donc arriver à obtenir ceci :

Comme on peut le constater, il s’agit de colonnes, de tailles différentes, avec des bandes noires et des bandes blanches, au milieu de la cour du Palais Royal.

D’une esthétique douteuse, le travail ââârtistique initial avait donc coûté 6 millions de francs de l’époque (1986). Ce qui fait un paquet de thunes pour des colonnes zébrées, on en conviendra. Moyennant quelques commentaires compliqués camouflant mal la vacuité de l’œuvre par un nuage de vocabulaire ampoulé, l’ensemble avait réussi à époustoufler le gogo (et le bobo).

À l’installation de ces colonnes, cela avait donc pas mal râlé, mais, au fil du temps, les gens (les contribuables notamment) s’étaient vite habitués. Il est vrai que la déferlante continue de cacas thermomoulés qui destroutourent l’intemporel a réussi, à la longue, à lasser ceux qui auraient certainement préféré des dépenses … plus terre-à-terre comme des crèches, des aménagements de sécurité routière ou l’enfouissement des lignes électriques (au hasard).

Bref.

Mais l’Art, surtout en plein air, et quand c’est moderne de chez moderne, ça résiste assez mal à l’outrage du temps. Il y a aussi, bêtement, une question de qualité générale de la réalisation, mais chut il ne faut pas le dire, ça fait mauvais genre de comparer ce qu’on fait fin XXème siècle et qui se bousille en 20 ans avec des réalisations moyen-âgeuses qui en tiennent péniblement 1000.

Bilan : il faut venir faire quelques retouches de ci et de là, et rafraîchir un peu ces jolies colonnes monochromes. Et pour cela, on va mettre 18 mois, et facturer les gogos qui payent… Mettons … Hum… Voyons voir… Oui, voilà, à peu près six fois la somme de la réalisation neuve (5.8 millions d’euros tout compris).

Vous avez bien lu : en entrée, un Authentique Truc Noir et Blanc, qu’on paye neuf un million. En sortie, un truc qui coûte 5.8 millions. Certes, 500.000 euros sont déboursés par Eiffage (ils sont gentils, ils rendent au contribuable une partie des sommes piquées sur les monstrueux chantiers publics que l’État n’a pas manqué de leur attribuer ces dernières années). Mais cela fait tout de même plus de 5 millions (5 MILLIONS) pour ce machin à payer de notre poche.

En plus, le timing est super bien choisi : l’Etat ne manque pas de fonds et la conjoncture est über-favorable, notamment pour les deux ou trois chômeurs qui restent à glandouiller dans le petit centre ANPE (l’unique restant, pour cause de plein emploi).

Pour donner une idée de ce que ça représente, il faut dire que 5.3 millions d’euros, c’est 200 smicards payés, charges patronales incluses, pendant un an. De quoi, par exemple, passer l’année 2010 au chaud, loin du RMI. Ou de quoi faire tourner une boîte de 20 employés pendant 10 ans, dit autrement. Certes, un salaire au SMIC, ce n’est pas top, mais pendant 10 ans, c’est toujours ça de pris, non ?

Mais non : finalement, les 200 smicards, ils pourront se brosser. Ils iront pointer, et se retrouver, comme des centaines de milliers d’autres, en fin de droit assez rapidement.

Parce que, voyez-vous, la Culture et les Colonnes de M. Buren, elles n’ont pas de prix.

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Commentaires18

  1. axel

    D’accord sur le fond, mais le ministère de la culture est encore, et de loin, le ministère possédant l’enveloppe budgétaire la plus ridicule.

    Non. Le budget le plus ridicule est pour la justice. La Culture n’a pas besoin d’un budget du tout. Les pouvoirs régaliens passent avant la fanfreluche, et pourtant disposent d’un budget (6 G€) minimal au regard des autres ministères.

    On aurait pu mettre les sous dans autre chose (104, énième création théâtre etc), c’est une question de choix.
    Disons nous que:
    – ça a fait travailler des gens

    Vitre cassée. Si on pète des vitres, on fait travailler des vitriers. Bastiat dénonçait déjà ce sophisme il y a 200 ans.

    – ça coûte pas beaucoup plus cher que de le démanteler

    On pouvait le laisser pourrir. Ça marche et c’est gratuit.

    – ça redonne un peu de lustre à une truc (on aime ou pas) qui se cassait complètement la gueule, sachant que c’est un lieu ultra touristique présent dans tous les guides étrangers.

    Quand on a 4 millions de chômeurs, on peut peut-être avoir des priorités différentes que les lustres du Titanic, non ?

    – ça contribue à la grandeur de la France (dans l’optique de Malraux hein), d’autant que pour une fois l’artiste est français
    Donc oui, c’est du lustre, et le lustre c’est cher. Comme les dépenses de l’état pour recevoir un chef étranger, mais en même temps on va pas lui servir du MacDO…

    Recevoir un chef d’état étranger, c’est de la diplomatie. C’est du régalien, je suis prêt à admettre des dépenses à ce sujet. Peindre la girafe parce que « l’artiste est Français », pardon, mais c’est non. Gouverner, c’est aussi prendre des décisions d’ordonnancement dans la dépense des sous des autres. Des Chucalescù, on en a beaucoup trop en France, comme des chômeurs d’ailleurs.

  2. karl34

    en fait, buren a poursuivi le dressage des colonnes en france.
    par exemple, à sérignan (34 hérault), les colonnes de différentes hauteurs sont en métal, carrées, creuses (oooh!),éclairées par l’intérieur et la qualité de réalisation est mauvaise. le chantier a été réalisé vers 2005,

  3. Winston

    signe des temps, la France n’a même plus d’humoristes de talent pour dénoncer les dérives de la société. Ceux d’aujourd’hui assument parfaitement leur statut VIP de gôche et s’empressent de ne pas dénoncer le système qui les fait vivre.

  4. Théo31

    « mais le ministère de la culture est encore, et de loin, le ministère possédant l’enveloppe budgétaire la plus ridicule. »

    Six milliards pour acheter de la merde, vous savez, ces monochromes qui ne sont pas ennuyeux, c’est drôlement cher, surtout que n’importe quel enfant de 3 ans vous fait la même chose gratos en classe, dans le cadre des travaux manuels.

  5. maurice b.

    François Léotard dès sa nomination au ministère de la Cultue en 1986 (succédant à Jack Lang)avait promis de débarasser ces colonnes du lieu où elle se trouve (Palais Royal).Il aurait du le faire mais n’a pas été soutenu.
    je crois que c’est un certain jacques Chirac (cohabitation oblige) qui l’en a dissuadé. Tous des couilles molles, ces politocards.

    > La Culture n’a pas besoin d’un budget du tout.
    C’est votre opinion et nous à l’UMP, on préfère claquer de la thune dans des cacas thermomoulés pour faire vivre des Chucalescu. On est comme ça à l’UMP : on préfère les cacas thermomoulés aux chômeurs.

  6. Jesrad

    H, pour calculer le coût en chômeurs, il convient d’utiliser le revenu moyen NET, et non brut, étant donné que le reste ne fait qu’un aller-retour du point de vue de l’état.

    Ce qui fait: 5 300 000 euro.an / 15 500 euro = 342 chômeur.an

    1. @jesrad : oui, je sais, mais je préfère me placer dans le cas pire où cet argent serait simplement donné à une entreprise pour accroître son activité. Mais sur le principe, c’est clair que tu as raison.

  7. maurice b.

    > c’est 200 smicards payés, charges patronales incluses

    Ah, je vois que vous parlez de charges patronales.
    Vous vous êtes rendu compte, à la longue, que ces charges, de toutes façons payées par le salarié (quoiqu’on en dise, hein), représentent un montant considérable détourné pour soutenir des organisations syndicales douteuses ?

    Oui. Effectivement.

  8. Higgins

    Dans un album de Lucky Luke, Ran-tan-plan a une crise d’intelligence (dur pour lui). Attention, Maurice (vous pouvez aussi lire l’excellent roman de Daniel Keyes « Des fleurs pour Algernon »).

    Rien à voir avec Buren mais pour ceux qui douteraient encore de l’avenir radieux que le socialisme produit:
    http://www.lexpress.fr/actualites/2/la-devaluation-fait-se-ruer-les-venezueliens-dans-les-magasins_841057.html
    C’est en direct et j’imagine que dans quelques mois, les Nations Unies fourniront l’alimentation.

  9. Gaël

    Winston : « signe des temps, la France n’a même plus d’humoristes de talent pour dénoncer les dérives de la société. Ceux d’aujourd’hui assument parfaitement leur statut VIP de gôche et s’empressent de ne pas dénoncer le système qui les fait vivre. »

    J’ai également noté ce fait et je trouve qu’il est très pertinent. Dany Boon a deux ou trois sketches sur les services publics (EDF, la Poste), j’en ai entendu dans le même esprit par d’autres « jeunes » ou moins connus. Stéphane Guillon a quelques sorties un peu acides, de même qu’Alévêque parfois (qui se classe facilement à gauche)…
    Mais quand on compare ces artistes à leurs prédécesseurs, il y a un fossé. Je regardais récemment l’un des spectacles de Desproges et quel mordant ! Je n’ai rien entendu de tel de la part d’artistes récents (et pourtant, je me tiens au courant ^^ ).

  10. Théo31

    Tiens, j’ai une question con mais pas tant que ça : les colonnes de Burnes sont toujours propres : y a-t-il un préposé aux merdes de pigeons au palais royal ?

  11. Harald

    La Culture n’a pas besoin d’un budget du tout.

    Là, je ne suis pas d’accord. La culture a besoin d’un budget, seulement ses attributions devraient se limiter à la restauration du patrimoine historique et à l’accroissement des collections des divers musées.

  12. adnstep

    N’oublions pas les FRAC et le 1% artistique.

    Les Fonds régionaux d’art contemporain, abrégés par l’acronyme Frac, sont des institutions culturelles existant dans chaque région française afin de promouvoir l’art contemporain. Créés entre 1981 et 1983, ils sont dotés d’un budget dont le financement vient en grande majorité de chaque conseil régional et de l’État.
    Dans un rapport qu’il a remis à Christine Albanel, ex-miniss de la Kultur et experte informatique, le 6 février 2008, Jacques Rigaud explique que les Frac n’ont pas de statut réglementé et qu’ils se sont construits de manière empirique, les qualifiant d’« OVNI juridiques ». En effet, en tant qu’associations à but non lucratif (régies par la loi de 1901, ou de 1908 en Alsace), il ne s’agit pas d’établissements publics mais d’organismes de droit privé, qui assurent néanmoins des missions de service public. De même, bien qu’ils n’aient pas le statut de musées, et qu’ils ne soient donc en principe pas soumis à l’interdiction d’aliéner les œuvres de leurs collections, la ministère de la Culture a décidé qu’ils ne pouvaient pas le faire, au motif qu’elles avaient été acquises grâce à des fonds publics.

    En avril 1986 les Frac avaient acquis, depuis leur création, un total de 5 438 œuvres provenant de 1 377 artistes différents. En 2000, c’étaient près de 14 000 œuvres de près de 2 500 artistes, et fin 2007, 23 000 œuvres de 4 000 artistes.

    C’est dommage, je ne connais personne dans les FRAC, sinon, je serai devenu artiss.

    ——————————–
    La disposition légale française dite « du 1 % artistique » (ou parfois « 1 % culturel » ou encore « 1 % décoratif ») institue la création d’œuvres d’artistes-plasticiens actuels associés à la création architecturale publique.

    Le premier projet de loi date de 1936, mais c’est un arrêté de juillet 1951 qui le voit aboutir grâce à l’action du sculpteur René Iché, rédacteur du projet, tout d’abord dans le cadre de l’Éducation nationale : « 1 % des sommes consacrées par l’État pour chaque construction d’établissement scolaire ou universitaire devra financer la réalisation d’une œuvre d’art contemporaine intégrée au projet architectural ».

    Au cours des années 1970 et 1980, cette mesure est étendue aux constructions d’autres ministères : Affaires étrangères, Agriculture, Coopération, Culture, Défense, Économie et Finances, Environnement, Industrie, Intérieur, Jeunesse et Sports, Justice, Postes et Télécommunications, Transports, Travail.

    Par la suite, dans le cadre de la décentralisation, le principe sera étendu aux collectivités locales dans la limite des obligations pesant sur l’État au moment du transfert de compétence.

    Cette disposition s’applique à tout bâtiment partiellement ou totalement réalisé par une des tutelles citées et ayant pour vocation d’accueillir le public.

    Et grâce au 1% artistik, on a ça : http://tinyurl.com/yfyy6xu
    ou ça : http://tinyurl.com/yj94399
    ou encore ça : http://tinyurl.com/ylpfaew

    C’est bô, l’art.

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