Aimeriez-vous avoir un enfant citoyen et festif ?

C’est le week-end, c’est la fin du mois, c’est l’occasion d’une chaîne. Cette fois-ci, tout debute avec ce billet de Juan, qui pose une question profonde : « Aimeriez-vous que votre enfant vote à droite ?« . Seb, de Ça Réagit, est ensuite titillé par le premier, ce qui donne lieu à un billet qu’on pourra lire ici. Dans la foulée, il me tague, et paf, nous y voilà.

D’après Seb, il me faudrait donc répondre à la question « Aimeriez-vous que votre enfant vote à gauche ? » …

Posons donc le décor ; comme je ne suis pas tout à fait à gauche (je crois qu’on peut le dire) et que je me classe difficilement à droite (il me semble avoir été clair à ce sujet), on devra adapter un peu le sujet.

Mettons que j’apprends, dans un moment d’indicible effroi, que mon fils vote à gauche.

Je vacille. Perdant quelque peu mon équilibre, je saisis le dossier d’une chaise proche, et, réflexivement, je serre de toutes mes forces son bois lisse. La pression démentielle que mes muscles turgescents lui font subir réduit en une fraction de seconde la chaise en petit bois.

Imaginons à présent que j’apprends, dans un de ces jours maudits où tout semble s’effondrer, que ma fille vote à droite.

D’un coup, mes poumons s’emplissent d’un volume considérable d’air provoquant l’éclatement des vitres alentours par la différence démentielle de pression atmosphérique induite, et, en un seul souffle, j’émets un grand « NoooooOooooOoon » rauque et supersonique qui fait exploser toutes les moulures qui tenaient les vitres précédemment  brisées. Plus tard, la presse locale retracera le passage en rase-motte d’une escadrille de Rafales.

Il faut se résoudre à l’évidence : pour que ma progéniture essaye, sciemment, les vapeurs hallucinogènes de l’isoloir, c’est que tout ou partie de l’éducation que je lui ai fournie aura été un échec.

Voter, moi, je dis, pourquoi pas : non seulement ça n’engage à rien – personne ne sait ce que vous avez voté, et ceux qui sont élus ne savent absolument pas à qui ils le doivent, après tout – , mais en plus, ça permet d’exercer un peu d’oppression sur son voisin en toute légalité, et, dans les meilleurs moments, de le faire passer de vie à trépas parce qu’il a le nez crochu ou un compte en banque trop plein. Chouette, non ? Qui s’en priverait, honnêtement ?

Sic semper tyrannis

Bon, en pratique, c’est moins glamour : il s’agit fréquemment d’arbitrer entre – par exemple – un clown ou un dindon, ou un âne et une sangsue. On s’en lasse vite. La prochaine mascarade de mars permettra ainsi de choisir si les impôts locaux doivent augmenter violemment à cause des pignoufs de droite ou s’ils doivent s’accroître brutalement par la faute des branleurs de gauche. On a vu plus excitant, non ?

Mais revenons à notre sujet : je m’aperçois que ma descendance a tourné citoyenne.

Consternation.

Le pire est maintenant en route. On commence par voter, citoyennement, puis on se dit, du bout des lèvres d’abord, puis avec fermeté, éco-conscient, et on n’achète bientôt plus que des lessives bio et des couches non-jetables. Ensuite, c’est l’escalade : on veut une vie politique engagée et trémoussante, à enfiler cocktail sur cocktail dans des pinces-fesses républicains où l’argent du contribuable est très habilement transformé en caca par la mise en parallèle de tout un tas d’intestins de pique-assiettes, ou à distribuer sur des marchés pluvieux des tracts baveux qui termineront autour d’un poisson ou d’une botte de poireaux dans la totale indifférence des gens non concernés par le lobbying en cours.

En bref, non seulement l’éducation fournie n’aura servi à rien, mais en plus, ma progéniture se transformeraient lentement en Citoyen Festif du Bisounoursland.

Insupportable.

Heureusement, j’ai tout prévu, et pour éviter que vous-même subissiez les affres de la découverte que, vous aussi, vous avez nourri en votre sein familial la dissidence sociale-démocrasseuse, je vais vous révéler ici le Régime Des Champions qu’il faut, dès le plus jeune âge, fournir à vos petits diables pour en faire de bons anarchistes.

Le plus simple, c’est bien sûr de leur faire faire l’expérience de la tyrannie et de la démocratie en direct-live.

Pour la tyrannie, c’est facile : lors du choix, d’habitude cornélien, du programme télé du samedi soir entre un épisode de Zorro et le palpitant journal régional de Rance 3, vous décidez, unilatéralement, d’imposer à toute la famille les imbuvables prêchis-prêchas d’Audrey Pulvar et les croustillants reportages journalo-journalistiques des professionnels de la profession qui s’ébattent gaiement dans cet espace de liberté citoyenne et démonstrative. En général, le concept « Tyrannie » est très très vite assimilé. Les gamins rejetteront assez vite.

Ça, c’est fait.

Pour la démocratie, c’est plus subtil. Il faut prévoir des règles un peu plus complexes pour que tout le monde joue bien le jeu. Une idée peut consister à choisir, démocratiquement, le menu du midi. Mais attention, le vote sur les légumes d’accompagnement doit se faire à bulletin secret, parmi un choix fixé : brocolis, épinards, choux de Bruxelles, frites. La campagne électorale, juste avant, aura nettement pointé les dangers du Trop Gras Trop Salé Trop Sucré C’est Pas Bon Les Frites, et les différents partis en présence auront au passage convenu que laisser un temps de parole trop important aux pro-frites était dangereux pour la démocratie.

Le résultat des urnes est sans appel : il y a deux « Brocolis », un « Nul » et un « Frites ».

Si vous procédez habilement, au bout de 10 repas (avec une alternance rigoureuse Brocolis / Épinards), vous pouvez être sûrs que l’appel à la démocratie sera ressenti comme un véritable outrage par les enfants.

Certes, ensuite, leur régime alimentaire comptera plus de frites, plus de sel, plus de gras, plus de sucre et enverra balader les recommandations mangibougiques ad patres, mais l’essentiel est sauf: ils auront compris.

Comme il s’agit d’une chaîne, je vais taguer des gens, comme Criticus, Aurélien, Vincent et Franck, ce qui équilibrera la chaîne vers les gens de drwâte et de nidrwâte-nigôche.


Et oui, je sais, mon truc avec les brocolis, c’est n’importe quoi.

J'accepte les Bitcoins !

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Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Commentaires18

  1. scaletrans

    Il me semble que vous avez compris ce qu’est la démocratie. Mais à moins d’intervention divine, nous sommes condamnés à la subir jusqu’à la lie.

  2. Laetitia

    Me concernant la vraie question qui se pose est celle de savoir si, en l’état de ma connaissance, il n’est pas dans mon devoir moral de TOUT faire pour procréer et voir grandir ma descendance ailleurs que dans ce système pourri.

    Et si vous voulez tout savoir, après mure réflexion, la question est toute tranchée: il n’est pas question que je permette à mes enfants de subir la même chose que moi.

  3. Winston (l’autre)

    ***des pinces-fesses républicains où l’argent du contribuable est très habilement transformé en caca par la mise en parallèle de tout un tas d’intestins de pique-assiettes***

    c’est bien résumé. ça m’inspire tout un tas de commentaires plein de jeux de mots scatologiques et prévisibles, donc je vais m’abstenir. :-)

  4. vincent

    salaud !

    comment veux tu que je répondes à ton tag après un moment d’anthologie pareil ? arrrrrrgh.

    Le coup des frites… J’en pleure encore de rire.

    merci, O grand scarificateur des pelouses socialisée et festives.

  5. Fredo

    Mon Dieu ! Du h16 encore plus concentré qu’un jus de tomates, aubergines, pastèques et autres légumes politiques qu’il a l’habitude de passer au crible.

    J’en pleure aussi encore…

    Y’avait des oignons ?

    1. Mr T

      Sérieusement c’est bon ça y aurait matière à en faire un billet.

      « Je connais Olivier Blanchard, je lui avait confié une chronique dans Libération, pendant quelques années. Ce n’est pas précisément un farfelu : c’est un professeur du MIT, libéral-keynésien, profil assez classique d’économiste aux Etats-Unis.  »

      « L’inflation permet en effet de faire diminuer le poids relatif des dettes, à commencer par celle des Etats. Si tous les prix et les salaires doublent, mais pas la valeur des dettes, celles-ci deviennent plus facile à rembourser. »

        1. Mr T

          J’ai lu le lien sur Stiglitz, édifiant. Je ne peux qu’espérer que l’histoire rendra la justice en étiquetant ces faux docteurs ‘fossoyeurs de la civilisation moderne’ ou quelque chose de ce goût. Préparons nous en tout cas à une ère d’obscurantisme et de sauvagerie avec de tels énergumènes.

          L’inénarrable Bernanke a d’ailleurs affiché récemment son enthousiasme à l’idée de mettre en pratique ces propositions et de lacher définitivement la bride à la croissance incontrôlable de la masse monétaire. RIP.

  6. klopinambour

    J’ai entendu sur BFM un gestionnaire de fonds traiter blanchard « d’âne bâté ».

    je partage !

    Blanchard oublie qu’avec des dettes stratosphériques à maturité courte, en cas de retour de l’inflation, les taux d’intérêts exploseront, ce qui réduira à néant la dépréciation du nominal de la dette. Le con.

  7. alex6

    Ce sera notre grand defi, nous autres liberaux qui ne verront jamais la liberte dans le monde reel: eduquer nos enfants en laissant se developper leur esprit critique.
    Pour ceux qui tenteront l’aventure dans l’EN, courage! Ca vaut le coup de ne pas avoir plus tard une progeniture ecolo-citoyen-festifs.

  8. le chafouin

    « Plus tard, la presse locale retracera le passage en rase-motte d’une escadrille de Rafales. »

    Merci.. Vraiment, merci. On manque de vrais fous rires le matin… ;)

  9. Cambronne

    excellent rien à dire …Surtout ne pas oublier d’apposer CPEF en terminaison sans restriction aucune .
    faudrait demander au Sergent Hartman des conseils de balistique

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