Les pulsions de la CGT

Aaaah, le syndicalisme en France … Tout un poème ! Pendant que certains rongent comme un cancer efficace la SNCM au point de la rapprocher tous les jours un peu plus du dépôt de bilan, d’autres s’attaquent à son pendant ferroviaire, la SNCF, pour lui faire rendre gorge à force de grèves. Mais le plus efficace, pour fusiller à la fois l’idée de service public et l’idée de syndicat, c’est de laisser agir le syndicat du livre CGT. Imparable.

Le Syndicat du Livre CGT, pour ce blog, c’est un marronnier, un peu comme un article de Foucart ou Huet (et leurs spécialités de Tripes & Volaille climatiques), ou une tribune de Rocard (dit Papy Poêle A Frire), ou mieux encore, une crépitante chronique de Joffrin, un de ces trop nombreux comiques que la France joviale peut se permettre de subventionner à fonds perdus.

Dans notre petite affaire du jour, tout commence il y a quelques décennies, au sortir de la deuxième guerre mondiale, qui voit l’entrée en vigueur de la loi Bichet. Pour ce qui nous occupe ici, on pourrait très bien imaginer que cette loi impose une police de caractère particulière pour les inter-titres de la presse, ce serait aussi pratique – ce n’est pas le cas, c’est simplement pour dire que le but ou l’historique de cette loi, lisible ici, n’est pas l’objet de ce billet.

En fait, cette loi règlemente la distribution de la presse, le principe des messageries de presse et la façon dont les distributeurs doivent se comporter avec les titres qu’ils reçoivent. Bref, passons.

Le temps était beau, calme et probablement propice à faire parler la poudre : voilà que le député Richard Mallié, des Bouches-Du-Rhône (et accessoirement premier questeur à l’Assemblée), se lance dans l’idée qu’il faut remettre à plat cette loi, voire l’abroger.

Pourquoi ? Il faut fouiller un peu sur l’interweb pour bien comprendre les enjeux. Entre une loi, écrite il y a 63 ans et remaniée avec le brio habituel de nos frétillants législateurs, plein de petits alinéas et de renvois, le résumé lapidaire à la Libération, ou l’interprétation larmoyante et lacrymogène de syndicalistes chevronnés dans le même quotidien, il est bien difficile de savoir exactement ce qui a motivé le député pour une action aussi scandaleuse.

Jugez plutôt ! Voulant expliquer à qui voudra le lire qu’abroger la loi Bichet, c’est super-méchant, notre secrétaire général de la Filpac CGT nous sanglote :

Ce serait la fin de l’esprit coopératif, de l’esprit mutualiste, de la péréquation des coûts entre éditeurs, bien sûr. Mais surtout : qui aura les moyens d’être distribué le sera, sinon que sa prose reste à quai. Quelle régression ce serait !

Apparemment, donc, l’abrogation de la loi Bichet, c’est la fin des haricots pour des milliers de personnes puisque seuls survivront ceux qui auront les moyens de se faire distribuer. Comme … les yaourts par exemple. Et tout le monde sait que la Presse n’est pas une marchandise. Même si on en vend et que certains en achètent. Alors, obliger ses acteurs à se comporter comme s’ils vendaient du yaourt, ce serait la fin de l’esprit coopératif, de l’esprit mutualiste, du petit cheval et des haricots, je le redis.

Poignant.

En lisant l’article de Rue89, dont la conclusion n’est pas du tout partisane, on apprend en fait que derrière l’esprit coopératif, mutualiste, la diversité de la presse et sa nécessaire distribution égalitaire sur tout le territoire pour que chaque citoyen puisse accéder enfin au rêve ultime d’une information parfaite et en tout point équivalente à celle des autres citoyens, [respirez ici] derrière tout ce bastringue de mots badigeonnés d’une novlangue épaisse et sucrée se cache ceci :

Autrement dit, les distributeurs seront désormais en mesure de refuser de diffuser un titre au simple motif qu’il ne se vend pas.

Là, on en a le souffle coupé. C’est abominable. Épouvantable. Le distributeur va donc devoir agir rationnellement ! Avec l’abrogation de cette loi et d’après Rue89, il va donc devoir arrêter de distribuer un truc qui lui occasionne des pertes. Pire ! Il va devoir diminuer son empreinte carbone, réduire sa dépense énergétique, bref, devenir à la fois plus économique et donc plus écologique, réduire son impact dans l’environnement.

Et ça, c’en est probablement trop pour le journaliste de Rue89 qui, a contrario, aime quand le distributeur crame du fioul, du kérosène ou du gasoil pour acheminer des papelards qui ne se vendront pas et qu’il devra ensuite récupérer, puis détruire (ceci occasionnant de nouvelles dépenses énergétiques complètement superflues).

Mais comme je le disais en intro, à la limite, que cette loi pousse ainsi les distributeurs à cette très navrante efficacité écologique et économique n’est même pas le sujet de ce billet : la loi Bichet, ici, on s’en fiche. Le projet d’abrogation de Mallié, on s’en fiche aussi.

Ce qui est réellement préoccupant, c’est plutôt l’attitude des syndicats, de la CGT ici, face à ce projet d’abrogation : comme ils sont – bizarrement – contre, ils ont décidé d’utiliser le moyen tout à fait démocratique et légal de foutre en l’air la permanence du député.

Eh oui : à la CGT, ils véhiculent fièrement l’idée qu’ils doivent respecter les idées de l’autre et aboutir à des compromis, même en renonçant à certains de leurs propres intérêts et de leurs propres objectifs. En pétant la gueule de ceux qui pensent autrement.

Et ils le font d’autant plus facilement qu’ils connaissent toute l’étendue de la clémence de la justice française à leur égard.

Rappelons que pour le quidam moyen non-encarté, mettre à sac une permanence de député ou séquestrer des individus pendant plusieurs jours se traduit par de la prison.

Cependant, tout comme je le faisais remarquer dans un précédent billet, à force de tirer sur la chevillette, la bobinette cherra et emportera avec elle la situation confortable dans laquelle baignaient ceux qui l’asticotaient.

Les éternels grévistes finiront par agacer une fois de trop, et les nervis de la CGT du Livre vont, un beau matin, goûter de l’amère potion qu’ils distribuent volontiers à ceux qui ont le toupet de contrecarrer leurs petites affaires.

Avec la crise qui continue de se développer, ce jour-là approche.

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Commentaires35

    1. Flak

      non.Ce sont ceux en face qui sont bons a rien et ne font rien qui portent le plus de tares.
      Eux en sont encore a se bouger pour maintenir leur privileges.
      Que font les autres autour?

        1. Flak

          ok on rigole c’est rigolo youpi youpi, moi je parle de la vraie vie et de vraiment attendre les gens avec quelque chose que tu peux trouver au magasin comme un shotgun ou un fusil de chasse.
          tu vas pas aller loin avec une mg42 meme en considerant que tu puisse l’alimenter et que tu aies des canons de rechange.

          Il va falloir sortir de cet etat d’esprit enfantin ou l’on fantasme sur des trucs cool, je parle d’une realite ou l’on va devoir faire le planton devant les structures et les personnes que l’on veut defendre.
          Je parle de vrais gens qui vont vraiment vouloir taper tes parents et ta famille parce que ce sont de ‘sales bourgeois’.

        2. Flak

          http://www.liberation.fr/monde/0102631011-reaction-sur-les-compagnies-aeriennes-insatisfaites-reclament-l-ouverture-d-au-moins-quelque-couloirs-de-navigation

          vous avez vu les commentaires?
          ces gens la ce sont majoritairement les jeunes francais d’aujourd’hui.
          Eux ca va leur prendre de commencer la revolution et de mourir et aller a l’hopital un peu avant de realiser dans quoi ils ont mis le doigt.
          J’ai pas envie d’attendre que les cretins aient compris pour me defendre d’eux.

      1. ValLeNain

        Péter la gueule des gens ? c’est génial de se défouler sur les gens comme ça, ou en tout cas de le prôner sur un blog, la politique c’est pas plutôt gérer un pays ? (à cette échelle en tout cas) Et on gère pas un pays en pétant la gueule des gens, ça s’appelle détruire un pays ça, les gens ont peut-être plus de couilles, mais ce ne serait pas en avoir que de prendre les armes comme peut le supposer tes précédentes réponses, ce serait juste montrer qu’on a pas de cerveau ça, et j’espère qu’on peut encore avoir aujourd’hui des couilles ET un cerveau ! C’est pas parce qu’on a le droit à a crème des cons de la CGT sur ce coup là qu’il faut tout faire péter, il faut pourrir ces gens dans les règles

        1. Moui mais non. Quand on est agressé (physiquement de surcroît), on a parfaitement le droit de se défendre et de ne pas laisser son agresseur en bon état. Bisounoursland, ça va bien un peu. Et puis une fois que le petit cœur rose a été arraché de la fesse droite (ou gauche, je ne sais plus), le Bisounours, il devient violent.

          Quant à juger ceux qui prennent les armes pour se défendre, je me passerai de toute remarque concernant certaines zeures les plus szombres de notre zhistoire.

        2. ValLeNain

          L’homme politique en question est agressé physiquement, lui seul a le droit de répondre et c’est pas ce que j’avais compris du « allons les trouver, petons leur la gueule. » de Flak, à moins que ce Flak soit l’homme politique en question oO

        3. Harald

          C’est exactement ce que pensait ce pauvre Nicolas II, on a vu où ça l’a conduit. Avec les ordures il n’y a pas d’autres méthodes que la force. Ils vous collent un coup de poing, vous sortez la matraque, ils sortent un couteau, vous sortez un flingue.

          Et puis dites-vous bien qu’un bon communiste est un communiste MORT.

        4. Willy

          ahah toujours le mot pour rire Harad

          personne dans le monde ne marche du meme pas
          et meme si la terre est ronde l’on ne se rencontre paaaaa-ha
          les apparences
          et les preferences
          ont trop d’importance, acceptons les differences
          fauddeutou c’est vrai
          faute de tout c’est frais
          faux toutou pour faire un monde etc…

  1. Hoho

    D’un côté, c’est choquant que ces nervis utilisent de telles méthodes.

    De l’autre, je ne peux m’empêcher de ricaner, vu que ça vise des couilles molles. Quand l’UMP se décidera enfin à faire du Thatcher au lieu de parler de « dialogue social » sans arrêt, on en reparlera. En attendant, qu’ils continuent de se faire marcher sur les pieds par la CGT.

    1. Flak

      « Quand l’UMP se décidera enfin à faire du Thatcher au lieu de parler de « dialogue social » sans arrêt, on en reparlera »

      ils feront de l’autoritaire etatique, ce sera sanglant, impitoyable et completement inutile puisque les personnes et bien auront ete attaques copieusement depuis longtemps.
      Les taches du genre cgtistes et umpiste seront des combats les plus massifs, les plus sanglants, et les plus absurdes, au moment ou ce sera le plus trop tard.
      Defendre les personnes et les biens a un sens.Quand ces arbrutis se reveilleront on en sera au combat a mort pour des idees au milieu d’un champ de ruines et ca aura cesse d’etre utile a quiconque.

      1. Flak

        oui mais bon c’est vrai que ca devient un peu pulsionneux quand on narre les exactions des bourrins de la cgt.
        bah, ils finiront bien par tomber sur plus bourrin qu’eux.
        D’autre part les idiots utiles finissent generalement mal…

      2. doro-top75

        D’accord avec toi h16, mais alors pourquoi dans le cas de la CGT tu considéres cela comme une pulsion alors qu’ils se défendent eux aussi?

      3. doro-top75

        Salut h16, tu sais une agression n’est pas forcément physique. Ici c’est leur taf qui est agressé, alors ils se défendent c’est plutot sain comme reflexe.

        1. Non. Là, tu fais dans l’habituelle novlangue gauchiste, avec changement du sens des mots au passage. La légitime défense suppose une proportionnalité de la réponse. Répondre à une « agression » (qui n’en est pas une) légale par une agression physique est totalement hors de proportion. De plus, il ne s’agit en aucun cas d’une agression : il s’agit d’une proposition de loi (proposition qui peut être rejetée), déposée légalement dans le cadre d’une procédure législative (qui peut être contestée), et le tout au travers d’une assemblée élue par le peuple (au contraire des clowns de syndicalistes sous-représentatifs et saouls tout court). L’exercice démocratique ne peut souffrir d’un échange de pains dans la gueule, bordel. Ou alors, tu admets clairement ne pas vouloir d’un système basé sur la discussion en assemblée, et dans ce cas, il faudra aussi en subir toutes les conséquences.

          Si, dans ton vocabulaire, déposer une proposition de loi, c’est une agression, alors tu comprendras que, puisque ce mot ne veut plus rien dire, il n’y aura en face aucun scrupule à faire aussi dans l’agression.

      4. doro-top75

        Salut h16, je suis d’accord avec toi : la démocratie ne peut pas fonctionner à coup de pains dans les gueules et d’actions type saccage. Comme elle ne peut pas fonctionner non plus avec des gringos à la gâchette facile et leurs messages lu sur cette page : « La solution tient en deux syllabes : fu-sil.
        et s’en servir », « allons les trouver, petons leur la gueule. », « qu’un bon communiste est un communiste MORT. » ça le fait moyen pour restaurer la communication.

        1. Restaurer la communication ? Mais quelle communication, lorsqu’on te fonce dessus avec un tracteur ? Tu fais quoi, concrètement ? Tu tends la fesse droite une fois que la gauche a été molestée ?

          Ici, le souci est que l’action des terroristes de la CGT est illégitime à la base, et elle l’est parce qu’ils savent qu’il n’y aura aucun répondant (judiciaire, policier) derrière. Maintenant, oui, la démocratie ne peut pas fonctionner à coup de pains dans les gueules et d’actions type saccage. Mais on a dépassé ce point depuis un moment.

    1. Harald

      Qui parle de pulsions ? J’ai déjà eu à faire le coup de poing contre des cocos et je ne le regrette pas. Il faut que ces messieurs se fassent à l’idée que tous ne sont pas prêts à se laisser marcher sur les pinceaux en disant merci. Mais tout fout l’camp. Il n’y a guère plus que les syndicalistes pour faire encore le coup de poing, le PCF s’est couillemollisé en diable.

      @ Willy : non je ne rigole pas. Sa chanson il peut se la tailler en pointe et… Il ne faut pas de tout pour faire un monde, surtout si dans ce tout il y a des ordures dont l’idéologie a tué 25 fois plus de personnes que le nazisme. Ah ! J’oubliais, ils étaient dans le camp du Bien, ils ont même inventé l’anti-fascisme (sans fascisme d’ailleurs) pour mieux faire oublier leurs saloperies. Pauvre type.

      1. Willy

        ok Harold mon frero mais en 2010 c’est l’integralite de la jeunesse qui est communiste sans meme le savoir!

        et comme le dit Monsieur Drummond:
        Personne dans la vie ne choisit sa couleur
        L’important c’est découter son coeur
        Si celui du copain est différent, très bien !
        C’est le sien, tu as le tien et jai le mien.
        Alors tendons-nous la main !

        tu vas devoir te battre contre des armees de joueurs de grandeur nature habilles en magiciens qui se rueront sur toi sur un fond musical de Tryo, pendant que les gros bras de l’Ednat (profs de maths, profs de philo, assistantes sociales) saccageront ta maison de campagne aux chants de « a mort la bourjoizy! » tandis que tes enfants seront recrutes contre ta volonte dans les JEF: Jeunesses Enticapitalices Fransaize.

        Rien ne sert de lutter.Les six chaines diffuseront Arte 24/7, qui passera une boucle d’emission sur Chavez et de documentaires de Francoise Dolto.
        Bien entendu la police passera sous les ordres de la gendarmerie histoire de leur redonner un peu de burnes.

  2. Robert Marchenoir

    En fait de fusils, je rappelle que le Livre CGT est le seul syndicat connu du monde développé à avoir entreposé, pendant des années, un stock de plusiuers milliers de fusils sur son lieu de travail (un centre de distribution des NMPP). Ces fusils avaient été volés à la Manufacture des armes et cycles de Saint-Etienne, lors de son dépôt de bilan. Ils ont été cachés en vue de… la révolution.

    Un jour, très longtemps après, la direction de l’entreprise a découvert l’arsenal (en soulevant une frite, je suppose). Elle a prévenu (secrètement) le gouvernement. Il s’est passé… rien du tout.

    Un journaliste a révélé l’histoire bien plus tard, dans un livre. Très peu de gens en ont parlé. Il n’y a eu aucun scandale. Aucun gouvernement n’est tombé. La CGT n’a pas été obligée de se saborder. Personne n’est allé en prison. Aucune plainte n’a été déposée.

    En France, un syndicat communiste peut préparer un coup d’Etat armé pratiquement au grand jour. Tout le monde s’en fout. C’est normal.

    Ah ! dans le même livre, on apprenait que pendant des annnées, le Livre CGT avait régulièrement volé des bobines de papier journal (un truc qui pèse des dizaines de tonnes à l’unité) pour les livrer par bateaux de pêche à Fidel Castro, qui imprimait sa propagande avec.

    Aucun problème. Personne n’a sauté au plafond. C’est communiste, c’est bien, tout va bien.

    Ca, c’est pour ce qu’on sait.

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