La Grèce s’effondre, les politiciens français ronflent…

Ambiance étrange. Alors que la situation grecque se fait de plus en plus préoccupante à chaque heure qui passe, les politiciens continuent leur manège sans trop s’émouvoir. L’anxiété, c’est mauvais pour leur cholestérol, de toute façon.

D’un côté, la Grèce.

A mesure que la banqueroute se fait de plus en plus évidente, ses dirigeants deviennent de plus en plus forcés dans leurs derniers retranchements. Les hésitations allemandes ont ainsi achevé l’optimisme béat pourtant affiché par Papandreou jusqu’à récemment.

Maintenant, on est en effet plutôt dans la phase « J’ai un mauvais pressentiment« , qui précède celle, moins rigolote encore, du Sang et des Larmes que pourtant on ne voit plus très bien comment éviter ; Papandreou est effectivement arrivé à la conclusion qu’à présent, pour rendre l’économie grecque à nouveau viable, « il faut tout changer« .

Pour contrebalancer une telle pilule, il enchaîne tout de suite sur un petit « Mais le gouvernement a besoin pour cela de temps et de sérénité« , expliquant ainsi les démarches frénétiques pour aller faire le tour des popotes et récupérer quelques milliards siouplait.

Eh oui : ça commence, en Grèce, à cogiter un peu sur le problème et à se dire qu’effectivement, si on veut vraiment sortir le pays de l’ornière, il va falloir faire des choses assez sensibles et profondes. Pour le moment, et jusqu’un peu avant le 19 mai, date à laquelle la prochaine échéance financière devra être honorée, on pourra se contenter de prendre un air sérieux et réfléchir violemment sur ces changements. Si l’argent de l’aide ne tombe pas d’ici là, en revanche, l’air sérieux passera à soucieux puis à paniqué et … on commencera effectivement à tailler dans les dépenses.

Ce sera trop tard, probablement, mais au moins, l’action prévaudra.

De l’autre, la France.

On y est encore au tout début d’une telle prise de conscience.

Tel une petite odeur rance qui flotterait dans l’hémicycle et incommoderait un peu les parlementaires, personne ne l’évoque vraiment, et, en réalité, une fois qu’on est confortablement installé depuis des années dans les lambris, la petite odeur ne se remarque plus.

Et c’est donc dans une parfaite adéquation tant avec cette odeur de moisi qu’avec le calme soporifique, compassé voire ennuyeux qu’on trouve actuellement dans le monde politique français que le PS présente son « nouveau modèle économique, social et écologique ».

L’auteur, Moscovici, se sera donc fendu d’un texte de 23 pages, entre deux longs et humides bâillements, pour nous dévoiler le ronronnement tranquille d’un parti qui sort ses griffesmoufles pour 2012.

Pétillant d’innovations ultimes, ce projet nous évoque des valeurs, comme le Progrès, la Justice, avec un peu de prêt-à-consommer (moyennant 30′ de micro-onde pour réchauffer un peu) : du « bien-être plutôt que du tout-avoir« , en combo-box pratique avec « les biens publics et la solidarité plutôt que l’individualisme » ; c’est pas trop trop violent, la sortie de léthargie doit se faire sur le long-terme, calmement, en pensant un peu au petit thé au jasmin qu’on va siroter, doucement, sous la tonnelle en réfléchissant, un peu, à la mutation écologique tranquille du PS.

Mouscovici, un bon dodo, et ça repart.

Furieusement rock’n’roll, Pierre nous invite, par le détour de ces petites phrases chantantes comme des flûtes à champagne vide qu’on frotte d’un doigt mouillé lors de repas familiaux vraiment trop longs, à comprendre qu' »à politique budgétaire, monétaire, commerciale et fiscale inchangée », les difficultés que traverse le pays sont « insolubles ». Et dans son œil encore un peu humide d’un sommeil tout juste fini, on décèle la malice du vieux sage qui sait que derrière ces mots apaisants et tranquilles se cache une petite burette de vaseline et une solide ponction fiscale, toute en douceur.

Pour cela, on pourra réintroduire un peu de TVA-sociale, qu’on travestira d’un appendice éco-modulable, pour passer inaperçu. Mais gentiment, hein. C’est le PS, dont on parle ici. Pas de violence ! Du vivre-ensemble, de l’amour gentil et des siestes paisibles au frais des platanes du jardin.

Pierre reprend une gorgée de thé. Il fait beau, le vent berce les arbres lentement. Un pépiement d’oiseau, au loin, se fait entendre. C’est le printemps, les oisillons sortent des œufs.

Il manque de s’assoupir. Mais, d’une inspiration rapide, remplit ses petits poumons d’un oxygène chargé de senteurs sucrée d’un printemps naissant. Parlons salaires !

On va refaire les grilles des entreprises dans lesquelles l’état est actionnaire. Et puis on va donner des crédits formations aux Français. Et puis on va bloquer les loyers. Et puis on va faire un impôt progressif prélevé à la source. Et puis la taxe Tobin. Et puis et puis et puis… Soupir.

Toute l’énergie du thé au jasmin a été claquée en quelques secondes. Pierre dodeline de la tête. Il lutte contre un nouvel accès de sommeil.

La crise grecque, le nécessaire équilibre du budget de l’état, les retraites ?

Tout ça est très loin, là-bas, par delà la verte colline où ondoient de riantes herbes.

Pierre, avant de sombrer dans un sommeil qu’il n’aurait, à la réflexion, jamais du quitter, sait bien, finalement, que tout ceci, c’est une longue resucée de choses qui ont déjà été écrites, dites et pensées longtemps avant lui, de la même façon, il y a déjà bien des années. Il sait, au plus profond de lui, alors que déjà ses ondes alphas s’aplatissent et qu’un doux engourdissement le gagne, que ce programme n’a aucun intérêt et qu’il n’est que l’aboutissement logique d’une calcification douillette d’un parti qui n’en peut plus de ressasser les mêmes recettes éculées.

Mais il sait aussi que toute autre proposition aurait nui à son sommeil.

Il sait aussi que là-bas, au loin, les séismes financiers grondent et se rapprochent, mais là encore, s’en occuper serait nuisible à son repos.

Pierre, le PS et tout le reste, finalement, de la classe politique française, s’enfonce donc douillettement dans le coton moelleux du déni pur et simple de réalité. On bricole un peu, on fait unbuzzramdam un peu répétitif sur des questions annexes, on s’occupe.

Et pendant ce temps, l’état s’endette, prête de l’argent qu’il n’a pas, ne se réforme pas.

Allons. Tout va bien.

Rendormons-nous.

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Commentaires38

  1. Silent bob

    Le programme du PS fait franchement froid dans le dos mon cher h16. Mais il y a quelque chose de frappant. Lorsque je lis les propos du 1er ministre grec j’ai l’impression qu’ils essayent encore et toujours de repousser, repousser encore les réformes qui s’imposent à eux: Libéraliser le pays.
    Ils n’ont plus le choix et pourtant ils essayent encore de gagner du temps, c’est aberrant.
    Les Français feront pareil. Bien entendu ce comportement ne me surprend pas mais il me dégoute.

    1. Flak

      tu m’etonnes, t’as vu la gueule de la foule en delire? ils ont rien compris, il veulent leur pognon gratuit et si on leur donne pas ils vont tout peter.
      le saviez vous, certaines banques d’affaires US (les plus grosses) ont des placards a fusils sur le plateau de travail, recemment remplis a bloc pendant le debut de la crise ( M4s, gilets et casques, tonnes de munitions)- ils s’attendent vraiment a ce qu’on tente de venir les chercher.

  2. Marco33

    Il y a certains peuples qui ne comprennent pas que cette brise tonifiante au goût printanier qui souffle sur leur visage n’est en fait que la conséquence de l’accélération d’un corps chutant dans un gouffre.
    Anesthésiés par des parfums socialisants, ces peuples ne veulent pas se réveiller : la réalité obligerait à des choix pénibles mais pourtant salutaires.
    Tant pis : tout gouffre à un fond. Le contact avec celui-ci fera bien des dégâts……………..

  3. Stéphane

    Laissez tomber les pourquoi, les comments, les si seulement et le reste.

    Une seule question sur la table: QUAND?

    La cessation de paiement française tombera-t-elle cette année?

    1. daredevil2007

      Peut-être car nous sommes en première ligne vis à vis des dettes grecques et portugaises si j’ai bien tout compris…
      Tout ceci nous promet un été sinon une fin d’année fort sportifs…

  4. hb45

    Les élections en Allemagne ont lieu le 9 Mai qui comme chacun sait, est avant le 19 Mai (!). Est-ce la date que la Grèce attend? Pense t-elle que les marchés vont la lacher jusque là? Et Angela Merkel sera t-elle plus concilainte selon le résultat?

      1. Stéphane

        Intéressant, un autre sondage de France24 ( :D ) annonçait hier que les Allemands n’étaient « plus que » 58% à rejeter l’idée d’un soutien financier à la Grèce, comme quoi l’idée « progressait »…

        Le tout est que les Allemands payent et que les Français n’aient pas à verser un centime, bien entendu.

        Tous les journalistes semblent faire le pari que l’Allemagne ouvrira en grand les cordons de la bourse dès le 10 mai au matin. Je ne sais pas si Merkel ressentira tellement le besoin de trahir son électorat.

        1. Flak

          et si elle avait peur d’etre accusee de plater toute l’Europe?
          La Grece qui coule ca n’arrange personne…Est-ce seulement possible de sauver la Grece?

    1. Chevallier est libéral (c’est bien) mais monétariste sauce Chicago pour ce que j’en ai compris (c’est moins bien). Je suis réservé : il a un regard intéressant sur certains points, mais, par exemple, a plusieurs fois déclaré que la crise était finie courant 2009. Bref, je suis circonspect le concernant.

  5. Ben

    C’est amusant que le monde titre « nouveau modèle productif ». J’ai l’impression que le PS a bien pensé à tout ce qui concerne le taxatif, en revanche, le productif (indispensable pour qu’il y ait taxatif) passe un peu à l’as. Notre Pierrot aurait-il oublié quelque chose entre deux siestes ?

  6. Démocrate

    La France dépassera sans nulle doute la connerie de la Grèce, les français refusant d’ouvrir les yeux:

    « dudule
    27.04.10 | 23h15

    Comment s’etonner de la defiance envers les entreprises? Lors du dernier desartre mondial l’honneur fut sauve par un melting pot de chretiens et de communistes, pas par le patronat ni par les banquiers qui se vautaient dans la collaboration. Le meme melting pot nous a valu les 30 glorieuses immediatement mises a sac lorsque les memes affairistes ont repris le pouvoir via monetarisme et liberalisme. »

    Petite question par ailleurs:

    * J’ai quelque fois entendu des libéraux rapprocher communisme et la religion ( sauveur, paradis, …). Quand est il là dessus ?

    * Vous vous dites proches de l’école autrichienne d’économie, étant un peu à la découverte de tout cela, il y a une si grande différence avec les monétaristes ?

    1. Pour faire court :
      – le socialisme a simplement remplacé la croyance en un dieu X ou Y par la croyance au dieu Etat qui peut tout. Il y a donc effectivement des similarités de comportement entre les collectivistes les plus acharnés et les religieux les plus fanatiques. Maintenant, ce n’est qu’une image qui n’explique pas tout, et ne peut pas constituer une grille d’analyse définitive. Elle est intéressante pour certains aspects, disons.
      – l’école autrichienne place la monnaie comme un simple bien, doté de caractéristiques spécifiques, mais pouvant s’échanger comme n’importe quel autre bien. Dans ce cadre, pas de banque centrale, liberté d’émission de toute monnaie, mise en concurrence. Pour les monétaristes, ce bien devient un moyen d’assoir un but politique, et le font au travers de banques centrales, d’une émission très contrôlée. Ceci est mon interprétation, hein. L’une comme l’autre école ont amené des pans théoriques en économie très importants, et on ne pourrait les réduire à la description lapidaire que je viens d’en faire.

      Mais force est de constater que la plupart des « Autrichiens » avaient prédit les effets dévastateurs de la crise, bien mieux que ceux de l’école de Chicago.

    2. Mateo

      «Vous vous dites proches de l’école autrichienne d’économie, étant un peu à la découverte de tout cela, il y a une si grande différence avec les monétaristes ?»

      Bon, il va sans dire que les monétaristes sont bien plus proches des « Autrichiens » que des marxistes par exemple, car ils sont globalement libéraux.

      Mais pas sur les questions monétaires, sujet sur lequel leurs divergences sont fortes. Les monétaristes sont des étatistes lorsqu’il s’agit des questions monétaires.

      Je ne peux que te conseiller ce billet intitulé « Crise financière: les partisans de Friedman se rangent du côté de Marx » sur le « blogue du QL »: http://www.leblogueduql.org/2008/09/crise-financire.html

    3. Flak

      « Quand est il là dessus »
      je ne sais pas quand, mais je sais qu’on dit « Qu’en est-il » comme dans
      « Il en est quoi de » et non pas « il est quand » qui ne signifie rien.

      de rien.

  7. Mateo

    Et pendant ce temps, les pignouferies de presse au sujet de la Grèce et du Portugal vont bon train. Par exemple sur le Figacon, où les journaleux de service disaient implicitement ou explicitement, et ce, sans crainte de voir leur capacités de raisonnement sérieusement remises en question, que « tout ça c’est la faute des spéculateurs »…

    Je n’en ai pas vu un parler de la cause de tout ça, la course au surendettement des États pour financer les lubies collectivistes et constructivistes propres au welfare state.
    Quant à évoquer ce qui permet cette folie, et notamment le système bancaire et monétaire reposant sur les mêmes principes que la planification en URSS (ou ailleurs), c’est de l’utopie.

    1. Flak

      ce qui signifie qu’apres le crash et une fois que tout le monde aura bien souffert, ce sera toujours la faute des memes, on aura toujours les memes solutions foireuses aux problemes que l’on va vite vite recreer.

      1. Bien sûr ! Si les politiciens et ceux qui leur servent de porte-voix apprenaient des trucs des fois, ça aurait fini par se remarquer depuis le temps.

        1. Flo

          Essayez de croiser la liste des dirigeants actuels ou récents des banques Françaises et celle du corps des inspecteurs des finances. Edifiant!
          Capitalistes, libéraux….?

  8. Flo

    Entendu Moscou veni vedi vici ce matin sur France Info.
    Pénible ce rabâchage des mêmes vielles lubbies et des mêmes sophismes débités à chjaque phrase : taxer le patrimoine, impôt pas assez progressif (sic), taxer le capital, taxer les héritages, taxer le capital, je suis contre la rente etc etc…
    Même programme que ceux d’en face en fait à part peut-être au niveau des taux de ponctions ici ou là. S’ils pouvaient se mettre d’accord sur ces détails ils pourraient faire un grand parti unique et au moins nous soulager de leurs soi- disant « débats ».

    1. pythéas

      Le mieux ce matin sur Rance Info c’était le résumé de la synthèse de la dépêche : ‘La Grèce s’enfonce dans la crise à cause de l’Union Européenne qui tarde à la sauver’.
      Bah oui, ces couillons de Bruxelles noyautés par les boches font rien qu’à retarder l’échéance… mais pourquoi sont-il si méchants avec ces gentils grecs ?

        1. Ah mais je n’ai pas dit qu’il avait souvent tort, j’ai dit qu’il avait une vision monétariste que je ne partageais pas du tout. Pour le reste, il est certainement plus proche de la vérité qu’un paquet de rigolos qui prétendent faire de l’économie en France (non, je ne parlerai pas de Lordon, c’est trop facile).

  9. FrédéricLN

    « La crise grecque, le nécessaire équilibre du budget de l’état, les retraites ? Tout ça est très loin, là-bas, par delà la verte colline où ondoient de riantes herbes. »

    Ah, quel émouvant billet ! Tout cela avait été très bien dit il y a 5 ans, printemps 2005 je crois, par un homme politique français, dans une interview à un blog parisien. Hélas cette interview n’est, je crois, plus en ligne, alors je cite de mémoire :

    « Tout programme présidentiel qui ne serait pas d’abord une solution à la crise financière, serait un mensonge ».

    Michel Rocard.

  10. Théo31

    Tiens, l’autre soir je suis tombé sur un chti article de l’Immonde. Et l’on apprenait que les pays ayant les dettes les plus problématiques en ce bas monde étaient dirigés par des socialistes : le Pakistan de je sais plus qui, la Grèce, l’Argentine de Kirchner et pour finir en beauté le Vénézuéla de l’inénarrable Chavez.

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