Quand HADOPI rate la Carte Jeune

Le feuilleton HADOPI continue. Plus qu’un marronnier qui permet d’engranger des sujets pour l’hiver, cette Haute Autorité Destinée à Observer les Petits Internautes devient un véritable étalon de mesure de l’incompétence crasse des élites qui nous gouvernent. Rien, absolument rien, ne nous a été et ne nous sera épargné puisque tout ce qui la concerne, de près ou de loin, aura été fait en dépit de tout bon sens. La réalité dépasse l’affliction.

L’étendue des dégâts est conséquente.

Sur le plan juridique, on se souvient des rocambolesques aventures qui avaient opposé Free avec l’Autorité, et qui s’étaient soldées par un décret taillé sur mesure pour contraindre le fournisseur d’accès à relayer les mails d’avertissement à ses abonnés.

Las, la situation ne semble pas s’être simplifiée : Free est particulièrement agacé du rythme imposé par l’institution publique dans sa chasse aux abominables adolescents qui déchargent du Christophe Maé, à tel point que l’opérateur menace de fournir les correspondances IP -> abonné … sur format papier. Ce qui serait, on peut l’admettre, assez rigolo dans ce monde électronique.

On imagine les guignols de l’institution, noyés dans d’âpres listings rayés verts & blancs imprimés par des matricielles 132 colonnes, tentant la récupération des coordonnées par une numérisation aussi hasardeuse que mal configurée. Écologique et efficace.

Sur le plan sécurisation de la connexion, On attend toujours, fébrilement, la publication d’un cahier des charges expliquant exactement ce qui doit être fait pour s’assurer que l’internaute se fait ausculter les ports arrières comme il faut et qu’il fuite gentiment ses informations personnelles vers la haute autorité qui s’engagera, on en est sûr, à ne vendre sa récolte qu’à des gens biens.

Là encore, tant le background technique des pointures qui dirigent l’autorité que les performances passées permettent d’imaginer un développement grandiose de ce volet : code pourri, backdoors multiples, les hackers vont pouvoir se lâcher.

Sur le plan pratique, on notera que, depuis les premiers envois de mails, … rien n’a réellement changé dans le paysage internet français (pour autant qu’il existe). Pire : les offres VPN, qui permettent de complètement masquer le trafic d’un internaute, se multiplient et les abonnements consécutifs explosent.

Logo HADOPI : haute autorité destinée à observer les petits internautes

C’est ainsi qu’on découvre de nouvelles propositions d’entreprises qui se frottent les mains de voir qu’une loi mal fichue et déjà complètement à la ramasse sur le plan technique va leur permettre de gagner beaucoup d’argent. Citons par exemple SmartVPN dont on se doute qu’un beau matin, le législateur, aussi stupide que cupide (stucupide ?), va interdire l’activité en France sur le mode « Si vous avez des choses à cacher, c’est que vous traficotez des choses louches » que ne renierait pas un régime totalitaire standard.

En attendant, à 5€ par mois, ce serait dommage de se priver.

Mais c’est sur le plan « marketing » qu’un nouveau point bas est atteint.

Le gouvernement, véritable foreuse de compétition, continue à prospecter les couches les plus basses de la croûte terrestre au point de chatouiller le magma du ridicule avec le lancement de sa Carte Musique pour les jeunes dans une campagne de communication aussi faisandée que grotesque.

Sans aucun doute réalisée par un triplet de quinquagénaires boboïdes au look chébran dans une grosse boîte de communication, service Fromages Publics, et facturant des sommes conséquentes pour produire des bouses institutionnelles toujours plus molles, la campagne laisse songeur sur le message passé.

Oui oui, vos impôts sont bien passés dans la réalisation de ce caca mou et tiède.

La production fécale s’étend même au-delà puisqu’on trouve quatre de ces clips dans la besace du gouvernement ; ils donnent une assez bonne idée de l’opinion qu’ont nos sémillants quinquas pubards – ou, alternativement, des croûtons guindés du ministère de la Culture – de la génération des 15-25 ans auxquels ils ont tenté de s’adresser : on hésite ici entre la bêtise et le mépris ou l’incompréhension quasi-autistique du sujet. Un individu de la tranche d’âge en question pourrait, devant ces étrons, se sentir légitimement insulté : même 4Chan frôle la subtilité à côté.

Mais en plus de ce déversement grossier de clichés agressifs, la mise en place de la Carte Musique Jeune a, comme d’habitude, été réalisée n’importe comment.

Techniquement, nous apprend le Figaro — dont la consternation fort modérée en dit long sur l’habitude qui s’installe à bâcler toute opération dans ce pays — n’importe qui, bien au-delà des 15-25 ans, peut obtenir une carte permettant d’acheter n’importe quoi, pour 50€ facturée 25, la différence étant pour l’Etat (donc, tout le monde).

Là encore, vous avez bien lu : vos impôts vont payer la mise en place de ce nouveau caca mou et tiède. La multiplication de ces crottes massives sur les trottoirs des contribuables commence à en enquiquiner plus d’un, d’autant que slalomer entre les taxes et ponctions était déjà particulièrement compliqué avant.

A présent, même Papy Roger, qui n’a jamais vu d’iPod autrement qu’à la télé, et encore, va participer à renflouer les Majors Musicales dont les pôvres bénéfices à vendre de la purée ladygaguesque ne suffisent plus face à la déferlante internet. Hem. Bref.

Papy Roger décharge de la ziq comme un ouf sur ternet.

Mais c’est pas grave Papy Roger : toi aussi, tu vas pouvoir kiffer ta race et décharger comme un ouf avec ta Carte Musique Jeune ! Car en réalité, aucun contrôle n’est réalisé sur l’âge dans les demandes de cartes. Mieux, et Papy Roger sera heureux de l’apprendre : on peut très bien acheter autre chose que de la musique avec ces foutues cartes payés par le contribuable ! Aubaine pour Apple, désolation pour les finances publiques.

Il est vrai que la situation de la firme californienne, ou celle des Majors culturelles, nécessitait bien l’intervention des frétillants abrutis du Ministère de la Culture. De toute façon, ils s’en foutent : encore une fois, c’est avec votre argent, pas le leur.

Au passage, on admirera le travail de fond de ce même ministère pour saboter les petits disquaires indépendants qui n’ont absolument pas accès à la technologie Carte Musique Pour Les Majors.

Décidément, si l’erreur est humaine, pour une vraie catastrophe, il faut faire intervenir l’Etat.

J'accepte les Bitcoins !

1F4rTvD1SYqx4tEG4bLvrRkUmgEJ2SdmWx

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Commentaires15

  1. Obsédé Textuel

    Excellent article d’une verve en inox massif !

    Le monde de l’Internet français a ses flics, qui comme leurs homologues au bord des routes ne sert plus du tout à « protéger et servir », mais à taxer la population pour renflouer les dettes de l’Etat.

    Souvenez vous en aux prochaines élections !

  2. Curmudgeon

    Merci de nous faire découvrir directement une des vidéos Fil’Gouv « 100 % Kiff ». J’ai été voir les autres, bien sûr. Je kiffe. Recommandation spéciale pour « Spot carte musique Lilou ». Les gars de l’agence qui a pondu celle-là ont des fréquentations intéressantes. Bon, on savait que la Carte Musique s’imposait d’urgence dans un pays opulent, géré par des bons pères de famille, les yeux fixés sur le budget et les tables démographiques, mais ce que hashtable nous apprend en renvoyant vers l’article du Figaro, eh bien ça dépasse nos pulsions généreuses les plus ardentes. « Un contrôle d’âge sur l »honneur ». Les Français ont de l’honneur, ça tombe bien. « On ne peut pas empêcher des fraudes qui pourraient intervenir », dit Frédéric Mitterrand, philosophe indulgent. Mais qui parle de fraudes, Frédéric ? C’est juste une extension des droits acquis. Maintenant, qu’est-ce qu’on pourrait bien inventer d’autre, qui coûte bien cher, qui ne serve à rien, qui soit bien compliqué, et qui, si possible, comporte un mécanisme intégré d’extension indéfinie ? Rendez-vous sur le site rubegoldberg.com pour quelques sources d’inspiration.

  3. Higgins

    L’excellente revue Micro Hebdo consacre cette semaine un long article à l’Hadopitoyable et ses Hadopitretries.
    Quant au clip, je viens de le visionner: affligeant!!!

  4. Url

    Je suis assez d’accord, l’Etat est encore pathétique et tout ça fait regretter les vieux sites de Warez.

    Si la loi HADOPI parvient à cristalliser l’incompréhension, le corporatisme et l’incompétence en un seul objet, quelle est la position des libéraux face à la propriété intellectuelle et au droit d’auteur sur Internet ?

    1. Vaste sujet. Il y a d’un côté les licences d’exploitation / d’utilisation, et la propriété intellectuelle en elle-même. Pour la première, il s’agit d’un contrat, qui doit donc définir un certain nombre de points et n’est pas à proprement parler applicable à tout et n’importe quoi. La seconde n’est, en réalité, pas nécessaire.

      Mais plus généralement, c’est exactement le genre de domaine où l’état fait plus de mal que de bien en intervenant et en légiférant, créant des monopoles ou des rentes de situations qui ralentissent la diffusion du savoir, le retour sur expérience, etc… On en voit mille exemples avec les big pharmas, les majors culturelles, et bien d’autres.

    2. Mr T

      En ce qui concerne la vision des libéraux au sujet des lois sur la propriété intellectuelle leur remise en cause est assez récente, c’est un sujet qui fait débat sur lequel il y a encore probablement pas mal de choses à dire. Je vous recommande la lecture de cet essai (en anglais) qui peut apporter des pistes :

      http://mises.org/journals/jls/15_2/15_2_1.pdf

      La lecture est aisée et assez brève, on peut aussi acheter le bouquin sur la boutique en ligne de Mises.org pour quelques dollars.

      Pour continuer là dessus justement je vois quelques faiblesses dans certains arguments, notamment l’idée de la théorie des contrats est bonne mais me semble poussive. Il me semble que dans pas mal d’exemples que donne l’auteur on perd de vue qu’un contrat portant sur une chose irréalisable (ou dont on ne peut pas concevoir qu’on puisse contrôler l’exécution, c’est la même chose) est essentiellement nul. Donc oui protéger les oeuvres de l’esprit par des contrats privés, mais on ne peut pas faire des contrats pour tout.

      Exemple : est-il ensisageable comme semble suggérer l’auteur que l’on me vende un disque à condition que j’accepte sous forme de contrat de ne pas copier / enregistrer ni diffuser son contenu, de ne pas le prêter à qui que ce soit, etc ? Dans ce cas il faut aussi renoncer au droit de le vendre ou de le donner à quelqu’un. Contrôler l’exécution est non seulement impossible mais à plusieurs niveau l’objet pose d’énormes problèmes qui paraissent insoluble suivant cette approche.

      Mais, globalement je souscris à la vision de l’auteur. Je serais moi même intéressé par un développement de notre ami h16 sur la question, à l’occasion :)

      1. J’envisageais plus le contrat dans le cadre des logiciels, qui sont par nature un peu différent de la musique ou d’un film, tout de même.

  5. VRP

    J’y comprends plus rien au plan du gouvernement, je cherche pas à comprendre, ça me sert à rien vu que je serai loin d’ici dans peu de temps.

  6. TWINS

    15,25 ans les français triche sur leur age et sur leur honneur dit mitterand c’est vrai que c’est un spécialiste lui et ses boxeurs Thai de 40 ans…

  7. Yul

    ce qu’il faut se dire, c’est que hadopi n’est pas un cas isolé, un accident. L’ensemble de la production législative et règlementaire des dernières décennies est du même tonneau, mal fichue, minable, gavée d’effets pervers. Ceux qui se déplacent encore aux législatives élisent régulièrement des cancres. Cela dit, comme la majorité des lois sont en fait élaborées par les administrations, et seulement validées par ce qui nous tient lieu de parlement, je vous laisse imaginer le genre de branleur inamovible, bouffi de suffisance et complètement coupé du monde qui est à l’origine de la monstruosité étatique qui ruine notre pays.

  8. Monoi

    Ne pourrait on pas dire que tout auteur qui decide de produire des disques/dvd/etc accepte le risque inherent d’utiliser une technologie qu’il n’a pas cree, pour se faire plus de thunes?

  9. Niceday

    Merci encore une fois : 1) de m’avoir fait rire 2) avec un truc qui m’avait foutu en rogne…. 5 miyons qu’ils vont pouvoir se mettre la fouille chacun, les plateformes de téléchargement…

Laisser une réponse

(obligatoire)
(facultatif)