La physique nucléaire de propagande

Vous voulez de la polémique qui tache ? Vous voulez de l’article mal boutiqué, avec des arguments rikikis et une science definitely settled comme le dirait Al Gore ? Vous voulez des calculs mathématiques faits à la grosse louche ? Vous aimez, vous aussi, le bon gros argument d’autorité où le diplôme ronflant fait figure d’ultime preuve que le discours est en béton armé ? Rien de plus simple avec le nouveau service Demaerd Journalisme : envoyez simplement via un SMS peu surtaxé le code « BIDON » à la rédaction de Libération qui vous recontactera !

Finalement, c’est simple, la vie de journaliste, puisqu’il suffit de laisser parler dans le micro les premiers clowns venus pour qu’ils vous pondent, sur commande, des articles certes farfelus mais qui ont le mérite d’occuper de la place.

Cette fois-ci, pour cette magnifique Pignouferie de Presse, c’est grâce au réseau aux mailles de plus en plus serrées des hashtablonautes que ce brillant papier de l’inénarrable Libération m’a été signalé.

À ce sujet, si toi aussi, ami lecteur, tu veux rejoindre l'armée de moins en moins rachitique des hashtablonautes, des rabatteurs d'articles croustillants et des informateurs séditieux sur les cafouillages d'une République en perdition, n'hésite pas à me contacter (par twitt, par mail, par facebook, peu importe).

L’article, sobrement intitulé « Accident nucléaire : une certitude statistique« , a été écrit par deux pointures : un polytechnicien, Bernard Laponche, physicien, spécialiste des réacteurs nucléaires chauds et des potages froids, et un rutilant ingénieur/économiste/troubadour, Benjamin Dessus, qui sévit aussi en tant que président de Global Chance, parce qu’il estime sans doute avoir globalement de la chance d’être ingénieur/économiste/troubadour (ce qui n’est pas donné à tout de le monde, il faut en convenir).

Avec des références de cette taille, on s’attend à une suite argumentaire taillée au cordeau, à des chiffres à deux décimales vérifiés sept fois avant d’avoir été écrits, et à des phrases indiscutables sur le plan scientifique.

Et dès le premier paragraphe, on est effectivement servi.

Le risque d’accident majeur dans une centrale nucléaire a été considéré comme la combinaison d’un événement d’une gravité extrême et d’une très faible probabilité d’occurrence. Certes, la multiplication de zéro par l’infini pose quelques problèmes mais les promoteurs du nucléaire, mettant en avant cette très faible probabilité, affirmaient qu’il n’y avait aucun danger.

Oui, la claque est violente. Elle démet la mâchoire, elle abîme l’émail des dents et empêche le poil des joues de repousser pendant plusieurs jours, facilement. Car si je résume, le paragraphe revient à :

Gravité extrême x Probabilité très faible = infini x zéro

L’imbécillité mathématique s’y dispute avec la crétinerie rhétorique. Le procédé est tellement transparent qu’on a l’impression de découvrir une brochette de pervers se dandinant devant une école et se croyant invisibles parce qu’intégralement nus…

Cette explosion de mauvaise foi et d’approximation calculatoire continue ensuite avec une bonne humeur communicative que seuls les clowns entraînés savent transmettre à leur assistance sans que celle-ci se lasse.

On décrit alors une méthode théorique de calcul de la probabilité d’occurrence d’un événement catastrophique, pour ensuite enchaîner sur la méthode dite expérimentale, basée sur les dits événements catastrophiques qui se sont donc passés pour de vrai.

On en connaît facilement … hum … heu … disons trois : Three Miles Island, Tchernobyl et Fukushima. On avouera que pour calculer une probabilité avec un tel nombre d’échantillons, on va devoir s’accorder un intervalle de confiance très large. Très très large. Au point que … le calcul n’aura tout simplement aucun sens.

Et pire, dans ces trois échantillons là, comparer deux défaillances humaines notoires avec une catastrophe naturelle exceptionnelle, c’est un peu mélanger des choux et des carottes. Comparer deux catastrophes qui firent … 0 morts avec une qui en laissa 4000 sur le carreau suite à une gestion politique calamiteuse, c’est là encore placer des torchons sur des serviettes et les additionner de pommes et d’oranges pour faire bonne mesure.

Mais le pompon est atteint quelques lignes plus bas. Je cite in extenso, parce que c’est … de la bombe atomique sur le plan statistique, les enfants. Attention, cela va faire pouf très vite :

La France compte actuellement 58 réacteurs en fonctionnement et l’Union européenne un parc de 143 réacteurs. Sur la base du constat des accidents majeurs survenus ces trente dernières années, la probabilité d’occurrence d’un accident majeur sur ces parcs serait donc de 50% pour la France et de plus de 100% pour l’Union européenne. (POUF!) Autrement dit, on serait statistiquement sûr de connaître un accident majeur dans l’Union européenne au cours de la vie du parc actuel et il y aurait une probabilité de 50% de le voir se produire en France.

Notez que j’ai inséré un « pouf » dans la citation précédente pour noter l’endroit où nos deux énergumènes ont pété le pignoufotron. C’est un grand moment. Si. Je vais sauter une ligne ou deux en signe de recueillement.

Nous avons ici découverts, mes amis, chères lectrices, chers lecteurs, chers agents des RG qui me pistent, qu’une probabilité peut être, après des calculs réalisés par un physicien et un ingénieur, supérieure à 100%.

Et c’est la Fraônce qui a pondu ça. Et c’est Libération qui l’a révélé le premier. Cela devra faire date.

Notez au passage qu’il ne s’agit pas pour nos deux sémillants clowns de définir précisément la valeur de cette probabilité supérieur à 1 ; si ça se trouve, on est dans le 124%. Ou, allons-y gaiement, c’est peut-être de la proba qui se donne à fond, à 200% !

Schrodinger lolcat

On peine à comprendre ce que serait une proba > 1. Je jette UN dé à six face et POUF j’ai DEUX six qui tombent. Eh ouais. C’est aussi ça, la physique nucléaire quand on écrit dans Libé : on ajoute des effets quantiques à l’écriture mathématique ; après le chat de Schrödinger, nous avons donc l’article de Libération qui est à la fois mathématiquement audacieux ET mathématiquement con.

Puissant, non ?

Ce qui est problématique, ici, est la conclusion que tirent nos amis des savants bricolages mathématiques qu’on imaginera, par pitié, rédigés à 2h du matin après moult Johnny Walker.

« La réalité, c’est que le risque d’accident majeur en Europe n’est pas très improbable, mais au contraire une certitude statistique. »

Certitude statistique, rien de moins.

Couillu, non ?

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Commentaires86

  1. Sprit3d

    Quand on vous dit que 100% des gagnants ont tenté leur chance, ça fait beaucoup…

    Et oui, nos fisiciens en herbe ont l’art de la toto-logie!

  2. Higgins

    Comme quoi, intelligence et polytechnique ne sont pas nécessairement compatible.
    On se croirait dans une brève de comptoir style: « Sur la route, 30% des accidents mortels sont dus à l’alcool, cela veut dire que 70% des accidents mortels sont dus à des gens qui ne boivent pas! Alors, choisis ton camp, camarade ».

    Quant aux journaleux, il y a longtemps qu’ils ont dépassé le point de non-retour. Dernier exemple en date, le cas de notre philosophe-ministre qui, si j’en crois nos pignoufeurs, serait payé à ne pas faire cour depuis quelques temps. L’intéressé a répliqué que sa situation était normale, qu’il était en détachement et que ce buzz venait de l’application de la nouvelle loi sur l’autonomie des universités. Un journaliste digne de ce nom se serait penché sur ces règles de détachement: qui paye, comment cela fonctionne-t-il, est-ce normal, etc?… et susciterait alors un débat qui n’affecterait pas le cortex reptilien.
    Buzzer crétinement est tellement plus drôle et plus facile.
    En attendant, notre économie fout le camp, des villes prennent modèle sur Beyrouth, la guerre en Libye s’enlise (surtout qu’on ne va pas pouvoir vendre des Rafales à Khadafi) et la seule réponse politique, jaillie d’un de ces rapports aussi inutiles que médiatiques, est qu’on va militariser l’encadrement des délinquant: avec qui et surtout par qui (la fabrique de Bisounours ayant marché à plein, les brutes mal léchées sont de plus en plus rares, même dans l’armée), avec quel moyen et comment?
    Vivement que cette presse de m… disparaisse.

    Heureusement, il reste ce blog, le jazz, le 12 ans d’âge (ou plus) et quelques bons livres comme la saga « Autremonde » de Tad Williams chez Presse Pocket (8 tomes sur la virtualité).

    1. Stéphane

      Vous n’y êtes pas.

      Luc Ferry est dans le collimateur à cause de ses propos mettant en cause un ministre dans une affaire de partouze pédophile au Maroc (d’après mes sources, il s’agirait de Jack Lang) en direct sur Canal+.

      Désormais, Luc Ferry est l’homme à abattre et il va avoir droit à un lynchage en règle. Les premières flèches sont décochées par le Canard – ce qui n’est pas surprenant, cette publication à l’indignation sélective n’ayant jamais relevé le moindre scandale sexuel dans ses colonnes.

      Bien sûr, en profitant de cet emploi fictif, M. Ferry prête le flanc à des attaques de ce genre, et c’est bien fait pour lui. Mais ce qui lui arrive ne doit pas faire oublier le contexte de ce soudain intérêt pour les détails de son existence.

      1. Pour le moment, on parle aussi de Douste Blazy. Mais il est vrai que c’est bien Lang qui s’est levé d’un coup pour dire « c’est pas moi ».

  3. Bof

    Bravo pour ce billet, il défoule face à tant de crétineries.

    Cela fait longtemps que le catastrophisme le plus bas est devenu l’unique ligne éditorial des libé et autres Monde.
    La liste est longue des catastrophes annoncées depuis 15 ans à grand renfort « d’experts » relayés par des « journalistes scientifiques » (double imposture) et qui ont fait plouf (grippe A, bug an 2000, trou de la couche d’ozone, réchauffement climatique, 100.000 morts de la vache folle, etc…).

    Mais là, le coup de la probabilité >100%, fallait oser !
    « Ils osent tout, c’est même à ça qu’on les reconnait »

  4. Boutros

    L’insupportable pesanteur des cons. On vient d’inventer la maillet-tique de Sot-Crade et Vélibé continue à pédaler dans la choucroute.

  5. simin

    N’y aurait-il donc plus aucun « pair » (mathématiciens, ingénieurs,…) qui lit la presse française? La science en déréliction…

    C’est quoi le chat de Schrödinger?

    1. Une expérience de pensée. En gros, on met dans une boîte opaque un chat vivant. Dans la boîte, un mécanisme dépendant d’un événement quantique (la fission d’un atome d’uranium, par exemple) déclenche un poison qui tue le chat. Ou pas. Tant qu’on n’a pas ouvert la boîte, on ne sait pas si le chat est mort ou vivant. Comme l’événement est quantique, c’est le fait d’observer (mesurer) qui fera disparaître les superpositions possibles (chat mort/chat vivant) – on parle de l’effondrement de la fonction d’onde.

      L’idée de Schrödinger était de montrer les difficultés de l’interprétation de Copenhague de la physique quantique.
      Cf ceci : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chat_de_Schr%C3%B6dinger

  6. pod

    Après ces stats de Libération possibles de positons, mésons et muons sur la Fraônce, à quand la libération d’étrons et de qua(r)ks ?

  7. Kuing Yamang

    « la probabilité d’occurrence d’un accident majeur sur ces parcs serait …. de plus de 100% pour l’Union européenne. »

    Une probabilité supérieure à 1 ! Lamentable ! Consternant !!
    Faut vite les virer de leurs fonctions ces charlots !

  8. Vabadus

    Pour une fois, même les lecteurs de Libération ont détecté la mauvaise foi stratosphérique de crime intellectuel.
    Fukushima: 1 tsunami, mais 3 réacteurs. Ça compte donc triple pour eux.
    Suprise: les 2 auteurs sont administrateurs de Global chance, une association pour les bisous entre nord et sud et contre le vilain nucléaire qui est méchant contre Gaïa. Donc toute forme d’objectivité aurait déjà été perdue d’avance

      1. Vabadus

        Oui oui, ils existent vraiment. Il suffit de chercher sur google, ils ont sorti pléthore d’interventions du même acabit.

  9. Yul

    dans les magazines féminins, les témoignages de jeunes femmes sont le plus souvent écrits par les rédactrices elle-mêmes, ça se repère assez facilement parce que dès que ça devient un peu technique (par ex. confusion entre jeu de console au joystick et mmorpg PC -world of warcaft- dans un témoignage portant sur un petit ami geek) elles sont perdues, et ça, c’est sans compter les incohérences. Par ailleurs je me souviens d’une journaliste l’avoir avoué. Oui, je les lis chez mon docteur. Je pense que cet article est bidonné de A à Z, et il serait intéressant de vérifier si les deux types censés avoir rédigé l’article existent vraiment. Chez les suceurs de subventions et autres scientifiques fonctionnaires il y a parfois d’authentiques buses, mais là, seul un journaliste de Libé peut être suffisamment inculte et fumeux pour écrire un truc pareil. Et comme l’honnêteté et la déontologie sont les mamelles de la presse engagée…

    1. Oui mais là, les deux zozos existent et ont dû relire avant publi, non ? Ils laissent leur nom à côté de cet étron, tout de même. Moi, j’aurais honte. Et j’aurais fait un procès au journal.

      1. Yul

        je sais pas, l’effondrement intellectuel d’une certaine gauche (des alters aux écolos), voire de l’intelligentsia française est tel, que des fois je me surprends à préférer le déni et me dire que c’est fabriqué. Non seulement ils auraient dû le relire, mais la rédaction aussi. C’est 50/50. Ahurissant de décontraction. En même temps, c’est efficace: vu le niveau des derniers lecteurs de Libé, et vu leurs attentes fébriles, l’article accomplit à plein son office. A même niveau de mauvaise foi, trop bien ficelé avec un raisonnement et des statistiques crédibles, les lecteurs auraient été perdus. Comme dans le Malade imaginaire, il faut juste du latin de cuisine. Goebbels disait bien que plus un mensonge est gros…

        1. poum

          je confirme
          vous pourriez dicter mot a mot le texte pour libe, il sortirait avec des fautes, des imprecisions et des changements complets des faits.
          on appelle ca la ‘valeur ajoutee par le travail du journaliss’; un apport qualitatif indiscutable.

  10. Aurélien

    Autant le coup de la probabilité > 100% est… disons innovant… autant il ne faut pas minimiser la gravité d’un accident tel que Fukushima.

    La gravité d’un accident industriel, nucléaire ou non, ne se mesure pas simplement au nombre de morts directes. Il faut aussi prendre en compte – et les industriels le font lors de leurs analyses de risques – les morts indirectes et autres conséquences sanitaires, ainsi que les dégâts environnementaux et matériels, les conséquences sur les capacités d’exploitation du site, les conséquences économiques sur la région et au-delà, etc…

    Dans le cas de Fukushima le décompte des conséquences de l’accident est loin d’être achevé.

    1. poil

      tsunami+tremblement de terre = fukushima fail

      on est mal en france, si jamais on a un tremblement de terre suivi d’un tsunami, ca va chier.

      1. Aurélien

        Les japonais avaient considéré le risque séisme+tsunami à Fukushima, mais dans leurs estimations – basées sur les données historiques + un facteur de sécurité – la vague était 2 ou 3 fois moins haute que celle qui a finalement frappé.

        En France, Fessenheim est conçue pour résister à un séisme de 6,7 (dixit Kociusko). On est donc peinard puisque le plus fort séisme connu dans la région était de 6,2. Aussi peinard qu’un habitant de Fukushima avant le séisme.
        Et en Alsace, sans risquer un tsunami, il y aurait alors un risque supplémentaire d’inondation en cas de rupture des digues du grand canal suite au séisme. Génial pour l’évacuation et les interventions d’urgence.

        Je ne critique pas les hypothèses de conception – les industriels ne peuvent faire autrement que de considérer l’expérience + un facteur de sécurité sinon on en serait encore à l’âge de pierre – ni les mesures de sécurité, je souligne simplement le fait que, comme Fukushima l’a prouvé, ces hypothèses peuvent être rattrapées et dépassées par la réalité.

        Mon avis est que ce risque n’est pas acceptable indéfiniment et que la France a tout intérêt à investir lourdement dans la recherche et l’innovation dans le domaine énergétique (côtés production ET consommation) plutôt que de se reposer sur ses lauriers atomiques.

        1. Aurélien

          « Avec quel argent? »

          Une infime part de celui qu’on aurait à dépenser en cas de catastrophe Fukushimesque. 🙂

          La réduction de notre consommation peut se faire sans grand investissement et dégager des marges de manoeuvres, par exemple sur les 50 milliards d’euros de gaz et de pétrole importés chaque année, à réinvestir dans la recherche et l’innovation.

          1. « Une infime part de celui qu’on aurait à dépenser en cas de catastrophe Fukushimesque. »
            L’argent gratuit des pauvres, donc.

            Et les morts (réels, ceux-là) que provoque l’exploitation des terres rares dans les mines pour produire les panneaux photovoltaïques ? Ceux liés à l’exploitation du pétrole, du charbon, du gaz ? Les malades et les morts liés aux pollutions atmosphériques (des dizaines de milliers, tous les ans) par le charbon ?

            On les oublie ?

        2. Aurélien

          « On les oublie »

          Bien sûr que non. Si on investit dans ce domaine c’est bien pour déboucher sur des énergies plus sûres, plus efficaces, moins polluantes, mieux exploitées etc… ça les concerne donc aussi, et même en premier lieu.

  11. douar

    Dominique Seux, lors de sa chronique éco sur FranceInter du 30 mai a cité un patron du secteur: » il y a 300 centrales dans le monde, il y a eu trois accidents graves (Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima). Dans l’aviation, un taux d’accident de 1%, ça ne pardonnerait pas ». Il me semble que l’argument est fallacieux car dans ce cas, on ferme toutes les mines du monde. Ou bien, à quoi rapporte t il le nombre de victimes? au nombre de centrales, aux KW produits?…

    1. Stéphane

      L’argument est fallacieux parce qu’il oublie la dimension temporelle.

      Un taux d’accident de 1% du parc PAR AN ne pardonnerait pas.

      Trois accidents sur 300 centrales, on peut considérer que c’est beaucoup ou que c’est très peu, selon que c’est en une semaine ou sur deux siècles… Ici, on est sur 40 ans environ.

      3 accidents sur 300 centrales et 40 ans donne 0.075% d’accident par centrale et par an. Ce chiffre suscite tout de suite beaucoup moins de panique.

      Il faudrait aussi ramener ces chiffres non au nombre de centrales, mais au nombre de réacteurs nucléaires impliqués (entre 1 et 6 par centrales…) ce qui diminuerait encore le résultat de notre expert en statistiques.

      Bref, foutage de gueule intégral. Comme si on disait lors du crash du Rio-Paris qu’il fallait arrêter l’aviation commerciale parce que depuis 1910 y’a quand même 563 avions qui se sont crashés et que là trop c’est trop.

      1. Calvin

        Tiens, d’ailleurs, le chiffre serait aussi magnifiquement trafiqué si on disait :
        « il y a eu en tout 563 avions crashés sur les 8500 avions ayant été en service » (le chiffre est factice, trop la flemme de chercher !), alors qu’il faudrait parler de :
        « 563 crashs sur 2000000 de voyages »…

        C’est terrible l’utilisation d’arguments fallacieux.
        Pour le commun des mortels, ça parait crédible.
        En réalité, c’est un boulevard pour le principe de précaution élevé au rang de Morale Universelle

  12. Pere Collateur

    C’est qui le plus fort entre le 0 et l’infini?

    Le 0 est « absorbant », donc devrait tout annuler..

    Mais l’infini, c’est l’infini. Qui dit que l’infini ne met pas la patée au 0?

    Bon on va dire 0 x infini c’est inderterminé, comme ca tout le monde est content. Ou pas.

    Bon plus difficile:

    Qui c’est le plus fort entre l’hippopotame et l’éléphant?

    Vous avec 2 heures.

    1. L’intervalle de confiance avec 3 échantillons (non comparables de surcroît) ne vaut rien. Le résultat obtenu (72%) a plus de sens mathématique que les conneries citoyennes ébouriffantes des deux clowns, mais il n’a pas de sens dans le contexte d’un accident nucléaire.

      Statistiquement, on ne peut pas (ou très mal) faire de proba avec ce qu’on a observé. Tout juste peut-on se ramener aux faits :
      – trois catastrophes majeures (avec coeur fondu).
      – deux catastrophes avec 0 mort irradiés, et une avec 4000 morts.

      1. Lib

        Et celle avec 4000 morts est beaucoup plus imputable au communisme qu’au nucléaire.

        Ou alors, il faudra nous expliquer à quelle source d’énergier sont dus les 99 996 000 autres morts du communisme.

  13. gem

    Bon, j’ai bien ri, mais objectivement je dois te signaler que ça ne pose aucun problème de parler de probabilité supérieure à 100 %, entre gens de bonne compagnie qui ne cherchent pas la petite bête : une probabilité de 240% pour un événement ça veux juste dire qu’il faut t’attendre a entre 2 et 3 événements

    1. Georges Kaplan

      « je dois te signaler que ça ne pose aucun problème de parler de probabilité supérieure à 100 % »
      Sur Libé peut être. Dans le monde réel ça pose, au contraire, un très gros problème…

      1. gem

        non, c’est manifestement le contraire : écrit dans libé ça fait hurler le profane, dans le monde réel c’est une représentation parfaitement valide que tous les ingénieurs et scientifiques utilisent régulièrement (tout en sachant évidemment que c’est un abus de langage, mais sachant aussi que leurs interlocuteurs le savent aussi et ne viendront pas leur rire au nez).

        Pour reprendre l’exemple de H16 sur le dé : 200 % de faire 6, c’est pas « hop le lance UN dé et pouf il y en a deux qui tombent », c’est « hop je lance un PAQUET de dés et il y en aura probablement 2 qui montreront 6 »

        1. Non. Tu lances un paquet de dés, la proba d’avoir deux 6 est toujours inférieur à 100%. Même avec 1.000.000 de dés, la proba d’avoir 2 x 6 est toujours <100%. Ok, pas de beaucoup, mais mathématiquement, toujours <.

        2. Joe

          La proba d’avoir X « 6 » sur N dés lancés se calcule même de la manière suivante : (1/6)^X x (5/6)^(N-X)

          La limite de cette proba quand N tend vers l’infini est donc 0 (fonction puissance d’un nombre positif strictement inférieur à 1).

          Pourtant, la proba d’avoir au moins X « 6 » sur N dés lancés est différente : Combinatoire (X,N) = N!/(k!x(N-k)!) qui lui pour le coup tend vers 1 quand N tend vers l’infini.

          Dans les deux cas, la proba reste toujours légèrement inférieur à 1.

          Mais ce que vous semblez dire, c’est que l’homme de la rue emploie le terme de probabilité (et le comprend) dans un sens différent de celui des mathématiques, ce qui tendrait à prouver la déliquescence de l’EN ou l’apport des médias dans une approche de nivellement par le bas.

        3. Lib

          Tu lances 15 dés, tu sortiras en moyenne 2,5 six. Mais personne ne dira que la probabilité de sortir un 6 est de 250%. Ca n’aurait aucun sens.

          Et accessoirement, la probabilité de sortir au moins un six est de 93,5%.

          Même la probabilité pour qu’un article de Libé sur le nucléaire soit un tissu de conneries reste inférieure à 100%.

        4. gem

          c’est BN qui a bien exprimé la chose : une probabilité >100 % est l’expression d’une espérance mathématique. Et c’est
          bien ce qui est en jeu dans la question posée par l’article : si chaque pont à 1% de chance de s’effondrer, avec 1000 pont ça te fait 1000 % de chance de voir un pont s’effondrer, à comprendre comme : en moyenne 10 ponts s’effondreront, même si on n’aura « que » 99,997% de chance de voir au moins un pont s’effondrer.

          C’était donc sans doute maladroit de la part des auteurs (ou du journaleux qui a traduit leur prose) d’exprimer ça comme ça, mais y’a vraiment pas de quoi hurler.

          @lib
          Je t’assure que je fais ça très régulièrement, comme tout plein d’autres gens qui ont fait le même genre d’études que moi (ce qui inclus ce M. Laponche) ; encore une fois : en toute rigueur c’est impropre, mais c’est un abus de langage que je comprends (quand je fais ça tout seul dans mon coin) et dont je sais que mes interlocuteurs de bonne foi le comprendront (quand, plus rarement, je dois partager ça avec d’autres)

  14. JN

    « Notez que j’ai inséré un « pouf » dans la citation précédente pour noter l’endroit où nos deux énergumènes ont pété le pignoufotron. C’est un grand moment. Si. Je vais sauter une ligne ou deux en signe de recueillement. »

    😀

    En toute franchise, et avec toute ma sympathie, le clown c’est vous cher H16.

    1. Stéphane

      Ah oui, l’argument massue: « Raison invoquée : elle est utilisée par les vendeurs de drogues. »

      *facepalm*

      Il faudrait que les vendeurs de drogues pensent à se faire payer en flics ou en policitiens un jour, en suivant la logique étatiste ça pourrait donner des résultats intéressants. 😀

  15. Sébastien R.

    just LOL comme ils disent :
    « Raison invoquée : elle est utilisée par les vendeurs de drogues (…) »

    et pas le dollars peut être ??

  16. pp

    Les chinois sont moins cons que les japonais, ils construisent désormais des réacteurs de 4èm génération à sécurité intrinsèque, c’est à dire qu’ils sont conçu de telle façon que le coeur ne peut pas fondre (proba de 0% pour nos amis journalistes et phisiciens du dimanche). En plus le rendement est bien meilleur car ce sont des réacteurs à haute température.
    Les japonais eux, usent leurs réacteur de 1ère génération, dont on connait les failles, jusqu’à la corde.

  17. Théo31

    Cette façon de faire des probabilités m’en rappelle une autre :

    « CONCLUSION : This analysis shows that, based on historical data, the probability of a shock as severe as embodied in the riskbased capital standard is substantially less than one in 500,000 – and may be smaller than one in three millions. Given the low probability of the stress test shock occurring, and assuming that Fannie Mae and Freddie Mac hold sufficient capital to withstand that shock, the exposure of the government to the risk that the GSEs will become insolvent appears quite low. »

    Allez Joseph, on t’a reconnu !

  18. JB

    L’article est marrant, mais vous avez tort. Ce qu’ils veulent dire par :
    « Certes, la multiplication de zéro par l’infini pose quelques problèmes » n’est pas du tout : Gravité extrême x Probabilité très faible = infini x zéro
    Mais que un la probabilité d’un incident tant à aller vers 0 mais le terme infini vient de la répétition de « moments » auxquels l’incident éventuel pourrait arriver.
    –> évènement de probabilité ~ 0 x nombre infinis de moments = forme indéterminée d’où le « quelques problèmes » qui est un trait d’humour dans ce cas.

    Bien à vous,
    Un mec aux diplômes pompeux

    1. Peu importe ce qu’ils veulent dire (qui est, au demeurant, transparent dans le reste du bricolage qu’ils ont produit). C’est ce qu’ils disent qui est significatif.
      Et c’est tend vers 0 et pas « tant ».

    2. Adrien

      Soit on parle de probabilités au sens mathématique du terme, soit on discute dans le vide, sans définir ce qu’on dit (déviance habituelle en philo ou en politique).

      En mathématiques (je suis polytechnicien et actuellement prof de maths), la probabilité a un sens bien précis, et est nécessairement comprise entre 0 et 1 (0% et 100% si vous préférez). Je mets zéro à ceux qui ne le respectent pas.

      De même la multiplication de « zéro » par « l’infini » n’est pas possible telle quelle, mais comme la limite du produit d’un terme qui tend vers zéro par un terme qui tend vers l’infini, ce qui après résolution de l’indétermination, conduit à 0, l’infini, ou un nombre…

      Que l’on considère l’une ou l’autre des interprétations proposées, si le résultat est une probabilité, elle devra être entre 0 et 1 ! Tout autre résultat serait tout simplement faux…

      Le niveau a du bien baisser pour le concours d’entrée à l’X si du moins ce n’est pas le journaliste qui a détourné les propos de mon jeune camarade (rien à voir – j’espère – avec le communisme, c’est ainsi qu’on est censé s’appeler « entre nous »).

      Quant à l’idée qu’avec le temps la probabilité pourrait dépasser 1, c’est comme si on disait qu’en lançant 7 dés, on obtiendrait forcément un 6 puisque 1/6 + 1/6 + 1/6 + 1/6 + 1/6 + 1/6 + 1/6 = 7/6 donc supérieur à 100% de chances d’avoir un 6… Trouvez l’erreur, ou faites le test pour voir !

  19. Nocif

    J’ai croisé un jour, une des personnes (le père d’un pote) qui avait participé aux négociations de la vente de centrales à la Belgique. Je lui ai demandé ce qu’ils avaient prévu pour le démembrement? Il m’a répondu et c’est véridique:  » Après nous les mouches »… Tout ce que je peux vous dire sans le nommer pour ne pas faire de tord à son fils, c’est qu’il est juif.
    Je fut attristé de cette réalité cachée au grand public. Cette absence de responsabilité devant le gros fric.

    Nocif

  20. Nocif

    Cela pour que vous compreniez que la réalité est celle de celui qui en croque le plus… Pas d’émotion dans les affaires, sauf pour les naïfs qui cherchent quelques vérités dans la presse purée… Il s’agit plus d’un type de sentiments que de science. La presse participe au rêve collectif et l’entretien, usant les consciences dans d’inutiles discours.

    Nocif

  21. Curmudgeon

    Adrien rassure le profane que je suis, qui commençait à se troubler : non, une probabilité ne peut pas être supérieure à 1 = 100 %. Je n’ai pas à juger des facilités d’expression que de spécialistes peuvent se donner entre eux, puisque, ici, on a un article publié dans un quotidien. Laponche & Dessus doivent s’exprimer en conséquence. La question est donc de savoir pourquoi ils écrivent que la probabilité d’occurrence d’un accident majeur est supérieure à 100 % pour le parc de 143 réacteurs de l’Union européenne.

    Est-il possible que des gens très savants puissent subitement oublier des connaissances de base ? Normalement, non. Pourtant la chose ne semble pas inconnue en économie, par exemple. Après le tremblement de terre et le tsunami au Japon début 2011, Larry Summers, professeur d’économie à Harvard, ancien Chief Economist à la Banque mondiale, etc. etc., n’a-t-il pas déclaré lors d’une interview à une chaîne de télévision : « It may lead to some temporary increments ironically to GDP as a process of rebuilding takes place. In the wake of the earlier Kobe earthquake Japan actually gained some economic strength. » Même en admettant que, « ironiquement », le PIB soit gonflé, dire que le Japon avait bénéficié d’un coup de fouet économique à la suite du tremblement de terre de Kobé paraît légèrement paradoxal. Summers sait bien que la destruction de biens, c’est de la destruction, point. Il le sait, et pourtant il dit le contraire. Est-ce qu' »il se comprend » ? Est-ce qu’il veut simplement dire que le secteur du bâtiment et quelques autres trouvent leur avantage local dans la reconstruction de bâtiments détruits ? On n’en sait rien.

    On ne doit donc pas s’étonner si le lecteur profane a la tête truffée d’idées étranges. Cette situation ne peut qu’empirer avec la complexification croissante de nos sociétés, qui reposent sur des expertises multiples, et un bon relais par la presse. Si les experts, même à supposer qu’ils soient toujours honnêtes et ne confondent pas l’exposé expert avec la propagande, s’expriment de manière laxiste, le citoyen moyen voit sa connaissance non pas progresser, mais carrément régresser.

  22. lalucioleradioactive

    Et le temps là-dedans ? S’il a été admis un temps qu’un accident grave pouvait survenir tous les 100000 années-réacteur, combien de chances a-t-on d’avoir un pépin avec 200000 années-réacteurs ? Retour sur Terre, nouveau calcul avec 14000 années-réacteur, 5 réacteurs problématiques, et un parc de 500 réacteurs 🙂

  23. gnarf

    C’est tres maladroitement exprime, mais en fait ce qu’il veut dire c’est que le nombre d’accidents graves attendus dans le parc nucleaire Europeen sur toute sa duree de vie est de 1.24, superieur a 1.

    Utiliser le mot probabilite pour ca est tres maladroit, mais faut pas confondre une personne qui ne sait pas vulgariser avec un cretin.

    Je comprends aussi plutot bien cette expression « multiplier zero par l’infini ». On a une probabilite tres faible d’avoir un evenement extremement grave…probabilite qui tend vers zero, gravite qui tend vers l’infini. Multiplier les deux donne une esperance. Mais tout ca se fait sur des fonctions (densites de proba).On fait bien l’integrale d’un produit dont l’un des facteurs tend vers zero et l’autre vers l’infini. C’est problematique.

    Selon la distribution de proba utilisee, ca reste borne ou ca diverge….et la distribution est choisie au pifometre car on n’a pas le recul statistique pour savoir comment sont distribues les evenements catastrophiques.

    Par exemple on s’est apercu assez recemment que la distribution des evenements catastrophiques en finance ne repond pas aux categories habituelles….la proba d’avoir un evenement catastrophique diminue avec la gravite, mais beaucoup plus lentement que prevu. Ca change completement la gestion des risques.

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