Il ne FAUT PAS sauver le chocolat !

Nous sommes mercredi, c’est le milieu de la semaine et il faut donc se donner du courage pour le reste de la semaine. Et qui dit courage, dit chocolat ! Avec ou sans noisettes, noir ou au lait, en tablettes, en barre, en pralines, tout est bon. Et là, hoooooorreur, je tombe sur un article du Monde dont le titre laisse craindre le pire : « il faut sauver le chocolat ! »

Et le désespoir s’empare de moi lorsque, en quelques paragraphes, la situation catastrophique m’est décrite dans toute sa cruelle simplicité : les plants de cacaos les plus parfumés et les plus goûtus sont, progressivement, remplacés par des plants d’un hybride robuste mais fade. Bientôt, le chocolat va avoir un goût de … de … de rien terne.

En substance, les plants de cacaos traditionnels nécessitent sept ans pour commencer à produire, et une portion non négligeable d’entre eux, plantés après guerre, sont maintenant bien vieux, pendant qu’une autre portion a été méchamment décimée par les déluges liés à El Nino à la fin des années 90. Petit à petit, on a choisi de replanter une espèce plus robuste et plus rapide à produire des fèves… fèves moins chargées en arômes.

Si l’on s’en tient à l’article, il est assez factuel, et on peut le lire sans y déceler l’habituel larmoiement abondant et éco-compatible sur le mode « Les méchants humains piétinent Gaïa ». Mieux, le titre, qui laissait présager une batterie de « solutions » toutes aussi ingénieuses qu’opérationnelles, est finalement trompeur : le cri est lancé, sans chercher à apporter ni solution, ni piste de réflexion. C’est, quelque part, reposant quand on compare au déluge de bonnes idées habituel de notre presse nationale.

Charlotte au chocolat. Miam, non ?

Mais voilà. Il y a les commentaires de frétillants lecteurs qui, eux, ne se contentent pas d’appeler à sauver le chocolat, mais ont la ferme intention de nous dire comment. Et là, c’est un festival d’experts en cacaoyers, de fins économistes et de philosophes affûtés. Ok, j’exagère puisqu’il n’y a qu’une petite poignée de saillies. Mais elles illustrent parfaitement la tendance actuelle : il y a un problème, on n’y connaît rien, mais vite, IL FAUT intervenir.

Poum.

Comme ça, par exemple :

Il faut lancer des programmes de recherche conséquents pour obtenir de nouvelles variétés de cacaoyers hybrides possédant les arômes recherchés. Il n’y a rien de sorcier à cela. On l’a fait pour les pommiers, les poiriers, les cerisiers… Le problème vient aussi peut-être du fait que plusieurs des pays producteurs de cacao ne reconnaissent pas le droit des certificats d’obtentions végétales, ce qui ne va pas pousser les obtenteurs à créer de nouvelles variétés.

Simple, non ? Il suffit de lancer des programmes de recherches. Et bien sûr, conséquents, avec plein de pognon gratuit injecté dans le petit tuyau ici et la grosse buse là. On ouvre la vanne ici, on tourne le petit bouton là, on appuie ici, et plouf, le chocolat, liquide, sirupeux et bien sûr correctement aromatisé, dégouline ici. Miam.

Il ne vient pas à l’idée de notre aimable commentateur que les variétés existent déjà. Leur nom est même donné dans l’article. On sait produire du cacao plein d’arômes. On l’a fait pendant des dizaines d’années, et je suppose assez hardiment que les exploitants locaux savent encore comment faire.

Mmh, il ne s’agit donc pas d’un problème technique. Peut-être s’agit-il d’un problème purement industriel, ou écologique ?

« La production industrielle en quantités suffisantes pour satisfaire plusieurs milliards d’individus, que ça soit pour la viande, les céréales, les légumes ou le chocolat, c’est la mort. Appauvrissement des écosystèmes, pollution, épuisement des ressources en eau, mort biologique des sols. Il serait peut-être temps qu’on prennen le problème à la source. Ou on peut passer la 5eme face au mur. Je crois que le court-termisme nous poussera à la seconde solution. »

Eh oui : vouloir nourrir tout le monde, c’est La-Mort. Alors que vouloir nourrir seulement la moitié du monde, ou, mieux encore, le quart, c’est « Pas-La-Mort ». Enfin, pour ceux qu’on nourrit. Vous voyez le super-dilemme ? D’un côté, on fait des efforts et on nourrit tout le monde, et de l’autre, on fait des efforts, mais moins, et pas les mêmes, et 3 milliards de personnes clabotent. Mais c’est pas court-termiste. C’est mieux. C’est Gaïa-compatible, je suppose.

Et puis au fait, où diable est-il marqué dans l’article que le problème provient du fait que tout le monde, sur cette foutue planète, veut se goinfrer de chocolat ? Y a-t-il un vrai, profond problème de quantité ? Le chocolat est-il un droit de l’homme ?

À moins qu’il s’agisse d’un problème … de prix. Economique, donc. Peut-être s’agit-il, pour les paysans de l’Equateur et du Pérou, de faire le calcul économique suivant : d’un côté, j’arrache mes vieux plants de bon cacao pour en replanter et je dois faire ceinture pendant sept ans, ce qui suppose d’avoir les ressources économiques de tenir aussi longtemps. De l’autre, je replante une espèce plus robuste et plus rapide. Je récupère moins d’argent, parce que ma production est moins bonne, mais comme la quantité compense, je m’en sors. Et je n’attends que deux ans au lieu de sept. C’est la différence entre crever de faim dans 3, 4 ou 5 ans, et continuer à nourrir ma famille.

Continuons le raisonnement. Une multitude de paysans va suivre la même logique : l’espèce robuste et fade se répand donc. Les bons plants se font rare. Le cours du bon cacao plein de délicieux arômes goûtus grimpe. Les petits malins qui ont leurs propres plantations (chocolatiers avisés) vendent leur confiserie à prix d’or. La hausse des prix aidant, le retour d’investissement sur des plants de cacao de qualité se fait de plus en plus fort, ce qui contrebalance de mieux en mieux l’attente de sept ans. Et petit à petit, les exploitants reviennent à un cacao de qualité.

Ou on peut aussi intervenir massivement et imposer des quotas de cacaoyers spécifiques, avec plein de jolies règles, des contrôles massifs, une bureaucratie bien lourde, bien casse-fèves et très coûteuse. Mieux : on distribue des subventions généreusement puisées dans les poches de contribuables (dont certains n’aiment pas le chocolat, mais on s’en fiche) pour favoriser le replantage de certains types de cacao. Quand il y a surproduction, les cours s’effondrent ce qui suppose de mettre en place des fonds de soutien aux exploitants ruinés.

Tout de suite, on comprend à quel point il FAUT sauver le chocolat avec ce genre de solutions. Et puis, vous la sentez, cette bonne odeur de truc marron qui n’est pas du tout du chocolat ?

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Commentaires36

  1. Kroppi

    L’article du Monde est de toutes manières stupide, la majorité du chocolat qu’on mange (sauf produits de luxe, et encore) vient déjà de fêves de faible qualité cultivées en Côte d’Ivoire et au Ghana. Il n’y a rien à sauver, le chocolat ne va pas changer (et devrait même s’améliorer, CCN 51 n’est pas si mauvais que l’article le laisse entendre). Bizarrement, le journaliste demande son avis à un chocolatier plutôt qu’à un chercheur (plus sympa de faire son interview dans une chocolaterie que dans un bureau ?)

    Sinon, pour information, la majorité des financements de la recherche sur le Cacao vient des industriels (Mars, Unilever etc…) et des pays en développement même lorsqu’elle est menée par des instituts de recherches semi-publics (en France, le CIRAD). Le contribuable n’y perd rien.

    1. channy

      Tout a fait d accord Kroppi, le chocolat industriel est fait avec des feves de basses qualites..d ailleurs beaucoup le trouve bon et certains vous diront qu un chocolat Lindt ou cantaloup et bien c est pareil la difference de prix c est la marque..
      Ensuite pour pascale la legislation europeenne a autoriser l ajonction de matiere grasse vegetale..sauf cas tres exceptionel le chocolat contient du beurre de cacao..chercher plutot la presence de matiere grasses vegetales pour apprecier le bon chocolat ou bien aller chez un vrai chocolatier..et pour info le pourcentage de cacao sur l emballage est une belle arnaque marketing..des chocolats a 50 pour cent de cacao sont aussi bons que des chocolats a 70 pour cent tout depend de la qualite des feves utilisees
      Sinon si j ai bonne memoire la plupart des fabricants de suisse,belgique et france(tous 3 reputes pour la qualite de leur chocolat) ont refuse d appliquer la directive europeenne et continuent a produire a l ancienne..arguant et a juste titre que c est la qualite de leur produits qui ont fait leur renommee et succes et non pas le prix
      Sinon pour H16 j ai toujours adore la rubrique courrier des lecteurs..c est toujours l occasion de rire..souvent jaune d ailleurs

  2. NeverMore

    Oui, l’illustration, c’est un cacaoyer OGM, dont les plants ont un grand succès. Bravo l’INRA !

  3. Tremendo

    Je propose de convoquer un Grenelle mondial du cacao, débouchant sur la création d’une commission intergouvernementale sur le chocolat. Les propositions pourraient passer par la création d’un fond international pour le soutien au cacao de qualité, alimenté par les aides publiques au développement. Chaque gouvernement s’engagerait à verser 0.2% de son budget à ce fond de soutien dont la fonction pourrait être aussi d’indemniser les agriculteurs du tiers-monde souffrant de la méchante spéculation internationale et apatride sur le cacao de basse qualité.
    Vous voyez, pas besoin de réfléchir, c’est facile avec l’argent gratuit des autres, on règle tout.

    1. eheime

      Dieu que cette façon d’appeler les choses avec le souhait de les assimiler à d’autres sans rapport m’enerve ..

      Le truc-machin-chose-qu’à-rien-à-voir-gate
      Le Grenelle-de-mes-deux

      🙂

        1. Aurélien

          Vu que la gauche va repasser on a qu’à donner ça à Royal, pour qu’elle lance un mouvement « Désir de cacao » lors d’un « Chocolat Show » au Zénith… Tous ensemble: CHO-CO-LA-TE!

    2. T-Buster

      Tu as juste oublié le comité de suivi du goût du cacao qui devra se réunir plusieurs fois par année pour tester la qualité du produit. Le tout dans des palaces dans tous les pays producteurs. Ce qui permettra à tous ces commissaires de se balader dans des pays tropicaux au frais de la princesse

    3. Ieremenko

      Pour financer ça je propose une taxe sur les transactions financières, comme ça ça ne coûtera rien au contribuable ! ☺

  4. NEV

    Vous ne comprendrez décidément jamais rien H16, le CONsommateur ne sait pas faire la différence entre un bon chocolat et un mauvais chocolat, il ne peut donc pas choisir entre un Hershey’s et un Lindt, il faut par conséquent une intervention de l’état pour forcer les gens à en manger du bon, c’est essentiel puisqu’ils ne goutent pas la différence!!

        1. Pascale

          Oui, mais Lindt utilise encore du beurre de cacao pour fabriquer son chocolat au lieu d’utiliser d’autres trucs graisseux. Et, ça, ça se sent réellement au goût. Ce qui signifie que, lorsque je désire acheter du chocolat industriel, je regarde bien la composition pour vérifier que c’est bien du beurre de cacao qui a été utilisé. Personnellement, si ce n’est pas du beurre du cacao, je trouve le chocolat limite immangeable.
          Il faut savoir que c’est une directive de Bruxelles qui a autorisé il y a maintenant une bonne quinzaine d’années l’utilisation de graisses diverses et variées autre que le beurre de cacao dans la fabrication du chocolat. Auparavant c’était interdit. Il s’est donc agit d’une libération (pour une fois) et, en tant que consommatrice avertie et responsable, je suis en mesure de choisir le chocolat que je préfère selon mes critères à moi.

  5. Raoul

    « bien casse-fèves »
    Avec ce genre de connerie, j’ai failli tout péter mon ordi et j’ai encore du café plein le nez…
    Quel talent!!!

    1. daredevil2007

      Je plussoie 😉

      Petite correction : »ce qui suppose d’avoir les ressources économiques de tenir aussi longtemps »= »ce qui suppose d’avoir les ressources économiques pour tenir aussi longtemps »

  6. El Gringo

    Le second commentaire commençant par « La production industrielle en quantités suffisantes (etc.) » est signé par un certain ElGringo. Je tiens à préciser que je n’ai rien à voir avec cette andouille!

    Si lire des âneries vous amuse, vous pouvez aller là-dessus:
    http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article18008
    Morceaux choisis:
    GPA: « Pourquoi meurt-t-on encore de faim de nos jours ? »
    JZ: « Après, il y a le dumping agricole, qui fait que, sur les marchés de Dakar ou de Cotonou, les fruits, les légumes et les poulets français, grecs, portugais, allemands, etc. sont vendus au tiers ou à la moitié du prix du produit africain équivalent. »
    GPA: « À quoi peut-on attribuer la crise qui frappe l’Europe ? »
    JZ: « Elle est le fait d’une énorme dette qui s’est accumulée, parce que les gouvernements ont sauvé à deux reprises les banques. »

    1. something

      Un gros gredin grassement payé doit se grouiller de grenouiller un grenelle pour grappiller de l’argent gratuit.

  7. Épicier vénéneux

    Ce qui serait un bon plan, ce serait d’écrire plant au lieu de plan.

    Sinon, que ce soit du chocolat ou n’importe quel autre bien ou service, le problème et la solution sont toujours les mêmes.

    1. Paf

      le petit pedophile du gouvernement s’interesse au Jazz! on peut donc s’attendre a
      -une baisse de production
      -une baisse de qualite
      -une augmentation du copinage et du verrouillage de milieu

      ce qui est super, on se demande qui sont les ‘representants du monde du jazz’; une bande de colombiens specialises dans le traffic d’heroine?

      « Désormais, tout compositeur membre de la Sacem et bénéficiant du statut d’improvisateur, pourra être rétribué pour l’exploitation d’un enregistrement de son improvisation si le thème choisi appartient au domaine public. »

      c’est si precis et stupide qu’il doit probablement y avoir des lois precises et encore plus stupides en vigueur actuellement pour rendre la vie impossible aux improvisateurs de jazz.

  8. Pascale

    Vous n’avez pas encore votre petite loi qui vous protège ? Pas de problème on va créer une commission chargée d’étudier votre cas et une loi suivra dans la foulée. Comme celles chargées de protéger les locataires, les salariés, la mémoire de l’Histoire, les compositeurs de jazz, les consommateurs de pizza « au feu de bois », les fumeurs et les non-fumeurs, les producteurs de lait etc, etc.

  9. Choc-Hola

    h16, comment vous nous faites saliver !!!

    C’est la Pâque tous les jours, avec vous. Heureusement, la presse-papier ne sert plus d’emballage, ils auraient pu se recycler en tablette de caca-O.

    Pas de bras, pas de chocolat. Pas d’Euro, pas de Caca-O.

    Depuis qu’ils se sont donné le droit de rajouter la vaseline à la place du beurre de caca-O, il suffit d’avaler avant de passer à la casserole…

    Quoi, le chocolat n’est pas encore considéré comme une drogue dure ?

    Ben sur quoi allons-nous spéculer ? Les interdits rapportent toujours plus, même les CDS-nu (faut préciser nu) seront prochainement interdits : miam-miam.

    Choc-Hola

    1. Ieremenko

      Les CDS nu, qui précisons le, sont responsables de la faillite des gentils États. Un peu comme la VAD était responsable de la déroute des banques en Bourse.

      Le premier qui dit que ça ne les a pas empêché de prendre encore plus cher par la suite, ou qui dit que le marché des CDS nu a été divisé par deux depuis 3 ans va au goulag.

  10. Tremendo

    Les produits chocolatés sont plein de sucres ou de gras, je m’étonne que le mougibougisme n’ait pas décidé de taxer à hauteur de 2 centimes. Non, cette fois-ci il faut sauver le chocolat, allez comprendre.

  11. juni palacio

    Si Dieu était une femme, le monde marcherait mieux. Et il y aurait moins de calories dans le chocolat et plus dans les endives.Et pis la notion de chocolat contredit-elle le principe fondamental du libéralisme, le libre arbitre .

    1. Paf

      « la notion de chocolat »

      pas une notion, chocolat est un verbe.
      Je chocolas
      Tu chocolas
      Il chocolat
      etc…

  12. Catlin

    Oui, mais Lindt utilise encore du beurre de cacao pour fabriquer son chocolat au lieu d’utiliser d’autres trucs graisseux. Et, ça, ça se sent réellement au goût. Ce qui signifie que, lorsque je désire acheter du chocolat industriel, je regarde bien la composition pour vérifier que c’est bien du beurre de cacao qui a été utilisé. Personnellement, si ce n’est pas du beurre du cacao, je trouve le chocolat limite immangeable.
    Il faut savoir que c’est une directive de Bruxelles qui a autorisé il y a maintenant une bonne quinzaine d’années l’utilisation de graisses diverses et variées autre que le beurre de cacao dans la fabrication du chocolat. Auparavant c’était interdit. Il s’est donc agit d’une libération (pour une fois) et, en tant que consommatrice avertie et responsable, je suis en mesure de choisir le chocolat que je préfère selon mes critères à moi.

    +1

  13. Bouzin

    Je suis bien d’accord. Mais à regarder de plus prêt, nous sommes fatigués de tous ces écologistes et toutes leurs sauvegarde de la nature. Les champs de cacao on t toujours existé et seront toujours la, mère nature y veille.

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