Bruxelles parle procédure, le monde parle force

L’actualité internationale ne se contente plus de bousculer l’Union européenne : elle l’humilie. Elle expose, avec une cruauté croissante, le divorce idéologique entre Bruxelles et le reste de la planète. Là où le monde parle le langage de la force, l’Europe s’obstine à bégayer celui de la procédure.

L’opération américaine au Venezuela contre Maduro a clairement mis en valeur cette opposition : les États-Unis agissent et jouent la carte du fait accompli pendant que les principaux pays européens émettent des petits cris stridents en critiquant la violation du droit international.

L’Europe pense légalisme mais les États-Unis pensent puissance, celle des ressources technologiques, économiques et humaines.

Trop brutalement pour une Union européenne engluée dans sa bureaucratie, le monde a changé et les États-Unis protègent leurs intérêts sans plus y mettre les formes, purement rhétoriques, auxquelles ils avaient habitués leurs alliés. Pour l’administration Trump, l’ordre institutionnel reposant sur le droit international sert de moins en moins à tel point que les États-Unis se retirent de 66 organisations internationales dont ils n’ont plus besoin.

Ce changement est visible jusque dans les communiqués : l’administration américaine est passée du sermon à la transaction. De leur côté, les Européens vont davantage débattre de philosophie, d’idées et de droit, posture qui se traduit actuellement par une paralysie grandissante et la peur de toute décision brisant de fragiles statu quo.

Ce qui est vrai en matière de géopolitique militaire l’est aussi au niveau économique.

Le légalisme européen s’y retrouve désormais à grosses tranches grasses : si des entreprises, même non européennes, ne s’y conforment pas, voilà l’Union qui agite des menaces juridiques (comme on a pu le voir avec X, la plateforme de Musk).

De son côté, le système américain a compris deux choses : que le légalisme n’est rien sans puissance (d’où les démonstrations régulières de force) et qu’une bureaucratie sans contrôle étouffe les forces vives. Ils limitent donc leurs lois afin de favoriser la prise de risques et de décisions pendant qu’en Europe, les secteurs innovant se retrouvent progressivement noyés dans la recherche de conformité à toujours davantage de réglementations tentaculaires. D’ailleurs, lorsque la RGDP est rentrée en vigueur en Europe, les investissements dans la tech s’y sont progressivement effondrés, alors qu’ils ont augmenté aux États-Unis.

Cette maladie bureaucratique est profonde – il suffit d’écouter les discussions actuellement au Parlement français pour constater que toute question économique est traitée à travers des réglementations et des taxes – et fait croire à ceux qui en sont atteint que l’Union européenne serait une « puissance normative » dont la production légale serait un levier d’influence et de « soft power ».

Malheureusement, cette vision ne tient pas devant le retard abyssal accumulé face aux États-Unis ou à la Chine, tant en matière de croissance que de développement technologique, et plus récemment, devant la désindustrialisation galopante du continent.

Pire, ce légalisme débridé est même régulièrement utilisé contre certains membres de l’Union (la Pologne et la Hongrie en font régulièrement les frais) avec un succès politique faible pour ne pas dire contre-productif si l’on regarde la tendance politique européenne actuelle. En pratique, ce légalisme qui n’est plus protecteur pour les citoyens et se retourne même contre eux, est rapidement perçu par les peuples comme un outil politique utilisé afin de maintenir un système en place et empêcher tout réforme.

Enfin et pour couronner le tout, dans une cohérence d’ensemble de plus en plus douteuse, les mêmes qui insistent pour respecter ce légalisme envahissant s’assoient régulièrement sur ce dernier : les mêmes dirigeants qui vantent la protection des données n’hésitent pas à livrer les informations biométriques des Européens à Washington pour garantir une simple exemption de visa.

Dans ce contexte, les réactions ulcérées et paniquées des Européens à l’évocation par Trump d’un Groenland américain ne doivent surprendre personne.

Ces Européens ont trop longtemps mis tous leurs espoirs de défense dans l’OTAN et même le premier mandat de Trump ne les a pas fait réagir.

Pourtant, les critiques de Trump vis-à-vis de l’Alliance n’ont pas manqué et le voir envisager de remettre en cause les traités rend les Européens épouvantés, faussement persuadés qu’ils sont de l’inviolabilité des traités et des institutions. Las, ils s’imaginent être les gardiens de l’Ordre et de la Raison alors qu’ils ne sont en réalité que les passagers plus ou moins clandestins de la protection américaine. Certains en sont même à envisager sérieusement un affrontement direct entre États-Unis et Europe, alors même que nos politiciens caquetaient il y a quelques mois encore sur l’idée d’une défense décarbonée.

Ces Européens envisagent les idées de conquêtes et d’affrontements stratégiques comme un enfant parle du loup : ils sont convaincus que, de nos jours, tout ça n’existe plus, s’offusquent qu’on puisse l’évoquer et sont même profondément bouleversés lorsqu’on leur rappelle que les crocs existent encore. Pour ceux-là, le monde fonctionne selon des règles, un droit sacré, des institutions immuables et des traités gravés dans le marbre.

Ils ont oublié qu’ils vivent dans des institutions construites par la violence, défendues et garanties par l’usage d’une force qu’ils refusent de reconnaître. En pratique, ils ont même oublié que la civilisation n’est pas l’état par défaut de l’Humanité, mais que cette réalisation temporaire, fragile et coûteuse n’existe que là où la force à autrefois déblayé le terrain et continue de patrouiller discrètement le périmètre.

Le droit, les lois, les règles suivent le pouvoir et ne le précèdent pas ; la souveraineté ne se déclare pas, elle s’impose. L’Europe a externalisé cette dernière et a oublié que la facture existait. Quand les empires tombent, ce n’est pas à cause d’une invasion mais à cause d’une pourriture conceptuelle, celle où l’on a confondu une longue période de sécurité avec une condition permanente, en croyant que la létalité est immorale plutôt que fondamentale.

À l’évidence, la pression sur l’Union augmente. Or, quand la pression monte, ce sont toujours les abstractions qui craquent en premier.

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Commentaires37

  1. Aristarkke

    « principaux pays européens émettent des petits cris stridents en critiquant la violation du droit international. »
    Pourtant, quand il s’est agi d’aller en Libye virer l’ex-pote de Talonnette 1er, le droit international devait avoir piscine à ce moment là…

    1. MadeInCH

      Yougoslavie.
      Et surtout Serbie et Kosovo. Dans ce dernier cas, les « frontières inviolables garanties par le droit international » n’ont pas pesé lourd.
      « Sépapaerÿl » que j’entends tout le temps. Mais je reçois un regard rond et vide lorsque je demande la différence.

      1. MadeInCH

        « Sépapareÿl ». Désolé pour le dyslexisme. Les chaussettes Titi au mains n’ont pas aidée, malgré le conseil du RRRrominet.

      2. Ryan

        Serbie, et Libye, c’est vieux tout ça!
        Depuis une partie des bureaucrates et politiciens ont été remplacés, notamment par des hommes sojas.

    2. Pythagore

      Qd il s’agit de respecter les accords de Minsk signés par eux-mêmes ou les 3% de Maastricht, leur vision se brouille également, pas de petits cris stridents.
      2 poids, 2 mesures.

  2. Aristarkke

    « quand la pression monte, ce sont toujours les abstractions qui craquent en premier. »
    Oscar W. pensait que ce sont les principes qui craquent quand on s’appuie dessus.

  3. Aristarkke

    Afin de vous épargner de fourbir des lazzi, j’ai pitié de Mélusine, veille de weekend, pour l’envoyer remédier à toutes les coquilles du texte…
    Je sais, je suis trop bon…

  4. Blondin

    « les États-Unis protègent leurs intérêts sans plus y mettre les formes, purement rhétoriques, auxquelles ils avaient habitués leurs alliés. »

    Il ne faut pas oublier en effet que Trump, d’une certaine façon, ne fait qu’exprimer brutalement ce qui existait déjà.
    Quand les Etats-Unis ont sanctionné très lourdement la BNP, par exemple, au motif qu’elle avait fait du business avec l’Iran, on n’a entendu aucune protestation des dirigeants européens.
    Idem quand la secrétaire d’Etat Victoria Nuland a sorti son « fuck the UE » à propos de l’Ukraine.
    etc.

    Mais bon.
    En son temps déjà Raymond Aron reprochait à VGE d’avoir oublié que l’Histoire était tragique.

    1. Pythagore

      Oui, les dirigeants européens et leurs obligés se croyaient en lune de miel avec les USA.
      Qq’un m’avait dit, oui, on était ami avec les US, comme ca change vite. Effectivement un ami qui vous fait sauter votre pipeline, un super ami.
      Nos dirigeants étaient en plein syndrôme de Stockholm, maintenant ils sont en PLS.

      1. nemrod

        Oui enfin bon, la plupart ont pissé sur DT et pissent encore à longueur de temps.
        Il m’a l’air rancunier…
        Ils s’attendaient à quoi ?

  5. nemrod

    Avoir un gros manche ou être du bon côté de celui qui l’à.
    Je pense que tout le monde a bien compris .
    Le problème pour tous les occidentaux va commencer quand il faudra aller plus loin que la phase de domination aérienne en conflit asymétrique .
    Y a quand même une bonne part de bluff .

  6. Franck

    Après, la « procédure », je suis 100% pour !! Mais il faut un GROS bâton derrière pour la faire appliquer en cas de manquement, et l’Europe a oublié ça. Les USA (ou tout autre pays), c’est pas la même chose qu’un conducteur éméché ou des Gilets Jaunes sur lesquels il suffit de tirer au Flashball ou au Taser.
    L’Europe c’est le vent, les autres pays, la tempête…

  7. hub

    Il est juste que ce qui est juste soit suivi. Il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi.

    —-

    La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique.

    La justice sans force est contredite parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste.

    La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste.

    Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste.

    Ce bon vieux Pascal

  8. Higgins

    Petit rappel à destination de nos peintres, la souveraineté d’un pays n’est pas divisible : legrandcontinent.eu/fr/2026/01/10/de-gaulle-muselier-resister-a-trump-au-groenland/

      1. Higgins

        Deux questions dans la question :
        1) pourquoi lâcher l’Algérie ? Une forme de réalisme face à la démographie de la population arabe très probablement.
        2) plus compliqué et pour l’instant il n’y a pas de réponse : pourquoi avoir donné les clés de ce pays aux plus extrémistes, le FLN ?

    1. MadeInCH

      Mais si! Mais si!
      Les îles Machi-Truc sont parfaitement sécables de la RRépublique!
      Et en pratique, les frontières ça bouge. Parfois très vite, parfois pas, mais sur le temps long, ça bouge.
      Et si un coin demande son indépendance, il n’y a pas de raison qu’elle ne l’aie pas.
      Appartenir à un Pays, ça devrait être par choix, ou par avantage. Pas à cause du gros bâton.

  9. Simon

    – « Ces Européens ont trop longtemps mis tous leurs espoirs de défense dans l’OTAN ».
    – Pourtant ils étaient prévenus depuis sa création en 1949 : «NATO was created to keep the Soviet Union out, the Americans in, and the Germans down». (Discours de Lord Hastings Ismay, premier secretaire général de l’OTAN, 12 mars 1952).
    – Depuis on observe une augmentation du nombre de pays se rattachant à l’OTAN à proximité de la Russie (Estonie, Lettonie, Lituanie & Bulgarie 2004 ; Finlande 2023 ; Suède 2024 ; Georgie & Ukraine candidats), America « in » devient America « first » et enfin ce ne sont pas seulement l’Allemagne qui doit couler mais l’Europe entière (Fuck UE).

  10. du

    Je ne suis , pour plusieurs raisons , pas très convaincu .
    D’abord , se retirer de toute organisation internationale est prendre le risque qu’elles continuent d’exister sans vous et le contrôle que vous pourriez y exercer en interne . D’ailleurs les exemples ne manquent pas où les US ou d’autres ont fait marche arrière sur le sujet .
    Ensuite , les USA ont précisément un problème de désindustrialisation et fonctionnent plus sur un système de dette que de production de puissance réelle . J’ai lu des analyses convaincantes d’une Amérique d’avocats face à une Chine d’ingénieurs , je parle de tendance , bien entendu .
    Enfin , j’y reviens , l’usage de la force brute fonctionne quand même dans un cadre d’intérêts partagés . Je crois que les « formes » n’étaient pas « purement réthoriques » mais étaient des formes de reconnaissance de souverainetés . Ch. de Gaulle avait prédit que les USA finiraient par se faire haïr de ses anciens alliés mêmes .
    En fin de compte , les USA sont plus dans la gestion d’un déclin que même les puissances concurrentes ont intérêt à gérer avec eux .
    Le point avec lequel je suis en plein accord est bien l’effacement et l’humiliation de l’Europe , médaille d’or du premier perdant géostratégique mondial .

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