Du Nutella tarif prison !

Dostoïevski faisait, au 19ème siècle, la constatation qu’on pouvait juger du degré de civilisation d’une société en entrant dans ses prisons. Si cette citation devait s’appliquer maintenant en France, les conclusions qu’on pourrait porter sur la société française seraient stupéfiantes. En pratique (et cela rejoint un récent billet), on en déduirait que le curseur indiquant le degré de civilisation de la société française pointe maintenant vigoureusement sur N’Importe Quoi…

Dans une société à la limite de la civilisation, les prisons sont des mouroirs sordides et glauques dans lesquels la lie de l’humanité se mêle à de pauvres hères condamnés sans clémence dans une lutte épouvantable pour savoir qui aura le privilège de grignoter le dernier cafard.

Dans une société civilisée, les prisons accueillent les condamnés dans un cadre spartiate qui leur permettra de chercher à racheter leur faute tout en les écartant de façon contrôlée du reste du monde dans lequel leurs agissements les ont rendus non désirables. C’est à la fois un lieu d’expiation, de rédemption et de travail sur soi. Évidemment, cette vision est une utopie que les sociétés actuelles tentent d’atteindre avec les moyens limités qui leurs sont alloués. Il n’en reste pas moins que la prison, si elle a pour mission d’isoler les individus néfastes, doit aussi leur permettre de s’amender, de se corriger.

Mais dans la société française actuelle, les prisons n’ont plus rien à voir ni avec la première acception, ni avec la seconde. L’état de décrépitude avancée des finances publiques entraîne naturellement les catastrophes sanitaires et sociales que sont devenues les prisons et leur permettent, bien souvent, de se transformer en de véritables centres de formations alternatifs pour la délinquance chevronnée voire la grande criminalité.

Parallèlement à cette dégradation calamiteuse du domaine carcéral, la République du Bisounoursland progresse tous les jours plus vite vers l’idéal coloré d’une société bordée de câlins et de petites attentions délicates. Voulant à tout prix éviter les heurts et les douleurs de chacun des individus qui la compose, cette société s’emploie donc à distribuer des douceurs avec la clairvoyance qu’on peut imaginer lorsqu’il s’agit d’une gestion étatique. Et ça ne loupe pas : les prisons françaises, bien que décrépies, se muent doucement en surfaces commerciales moyennes avec prix discount et Nutella en promo.

On croit rêver, mais non, c’est bien de pâte à tartiner au chocolat à prix discount dont je parle ici, et il n’y a aucune métaphore scabreuse dont les prisonniers pourraient être friands. En effet, on apprend un tantinet abasourdi, que les produits vendus dans les cantines des prisons le sont à des tarifs défiant toute concurrence. Et c’est normal : ces prix découlent directement de l’application stupide d’une décision typiquement bureaucratique, consécutive au constat de la Cour des Comptes que les prisons — surprise ! — étaient mal gérées et que leurs cantines vendaient précédemment ces produits à des prix qui frisaient le farfelu aux petits fers.

En substance, en juillet 2010, la Cour avait dénoncé les abus des cantines, notant des prix de produits courants (café, eau, chocolat, …) supportant des marges quasiment capitalistiques de plus de 22% et des écarts de prix de 50% d’une prison à l’autre. Si, maintenant, les prisons se font des thunes en exploitant les détenus, où va-t-on ? On commence comme ça, et on finit par priver les méchants de leur liberté d’aller et venir !

À toute action (de la Cour des Comptes) correspond ensuite une réaction (de l’administration), et cette constatation n’est pas de Dostoïevski mais se borne à retranscrire l’effroyable réalité en France actuellement : rien n’est plus efficace pour saboter le travail de l’État que … l’État lui-même : une liste de 200 produits prioritaires a été établie, les achats groupés faits en conséquence, et les prix fixés arbitrairement avec la sagacité et la finesse commerciale qui sied à des établissements publics qui ne doivent surtout pas approcher un bénéfice de trop près (ça file, dit-on, des boutons).

Moyennant quoi, le pot de Nutella est passé de 3,13€ (prix public) à 1,11€ en prison, le paquet de riz de 500g de 2,70€ à 0,36€, le pot de confiture de fraise de 450g est passé de 1,45€ à 0,67€, et le Ricoré se retrouve à 3,45€ au lieu de 4,82. C’est Du Bonheur En Shrink-Wrapped, c’est génial, c’est Made In République Du Bisounoursland et tout le monde est content. Enfin, tout le monde, je parle surtout des prisonniers, à tel point qu’une nouvelle tendance est apparue :

« Avant, les familles apportaient de la nourriture aux détenus, ce qui est interdit mais toléré dans les faits. Maintenant, c’est le contraire! Certains prisonniers ont écrit à leur directeur d’établissement pour que leur famille profite aussi de ces prix bas et ils se mettent à poster des colis. »

Snif, snif, vous la sentez bien, cette petite odeur de n’importe quoi consternant qui s’apparente de plus en plus à du moquage de visage en cinémascope ?

Parce qu’en réalité, le différentiel de prix ne provient pas seulement du diabolique entregent des commerciaux des prisons françaises lorsqu’ils tradent le pot de Nutella comme des malades, avec leurs 6 écrans Bloomberg sur les futures et les cours en direct. Non. Plus prosaïquement, et comme toujours, pour s’éviter toute approche malencontreuse avec un équilibre budgétaire qui ferait tache dans l’océan de dettes financières du pays, le différentiel de prix est couvert … par le contribuable.

Zombisounours

Et là, les câlins et les bisous sentent soudainement le pâté, et les gardiens de prison, dont le salaire n’est tout de même pas exactement celui d’un ministre, font un peu la tête. On les comprend : ce différentiel englouti pour beurrer les tartines des prisonniers aurait pu permettre d’augmenter leurs salaires… Eh oui : c’est un peu le problème d’être du mauvais côté des barreaux : on ne bénéficie pas de la même clémence des éléments.

Tout pot de Nutella mis à part, vous trouvez que j’exagère ?

Même pas. Pour bien illustrer à quel point Dostoïevski se serait probablement enfoncé le crayon dans l’œil en voyant l’état de la société française, il suffit de tomber sur un article comme celui-ci dans lequel on apprend que des habitants de Saintes doivent supporter les jets de projectiles divers depuis une rue en hauteur, jets qui n’ont pour le moment causé que des dégâts matériels.

Une bande de jeunes s’amuse en effet à projeter des cailloux et autres morceaux de carrelage depuis cette rue vers les habitations en contrebas, provoquant une réponse évidemment ferme, musclée et adaptée des autorités : nettoyage de la rue en question pour l’en débarrasser de ses projectiles potentiels, mise en place de petits panneaux sur le mode « Jeter Des Cailloux, C’est Mal », et une barrière supplémentaire avec interdiction super super forte de la franchir sinon, non mais.

L’option « Choper les morveux et distribuer des claques » n’a pas été retenue au conseil municipal, et envisager de mettre des caméras de surveillance (coûteuses et qui seront probablement détruites assez rapidement) n’a traversé que furtivement les esprits chagrins de Saintes. A contrario, les habitants sont inquiets. Oh, pas du risque de se prendre un morceau de parpaing sur le front. Bien que la probabilité ait augmenté depuis que la bande de voyous sévit, ce n’est pas ce qui les turlupine, les braves gens.

« Ce qui me fait peur, c’est que certains gamins grimpent sur le parapet. S’ils tombent, ça peut se terminer en drame »

Et effectivement, glisser du parapet et se tuer alors qu’on voulait juste lancer un bout de parpaing sur la gueule d’un quidam 30m plus bas, ce ne serait vraiment, mais alors vraiment pas bisou.

Pas de doute : des prisonniers qui bénéficient de Nutella à prix cassé payé par le contribuable, des victimes qui redoutent un sort malheureux à leurs agresseurs, vraiment, vous êtes en République du Bisounoursland.

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Commentaires76

  1. zen aztec

    La je marche pas,bien amené,comme d’habitude avec votre humour caractéristique,mais la vous êtes allé trop vite,faut pas nous prendre pour des jambons

  2. tn

    Deux petites coquilles, il me semble.
    « les prisons n’ont plus rien à voir ni avec la première acceptation » –>
    les prisons n’ont plus rien à voir ni avec la première acception.
    Et puis :
    « et une barrière supplémentaire avec interdiction super super forte de ne pas la franchir sinon, non mais. » signifie qu’il est obligatoire de franchir la barrière, non ?

  3. infraniouzes

    Cette affaire rappelle – en plus petit – la scandale de la piastre indochinoise; un obscur fonctionnaire – dont l’histoire n’a curieusement pas retenu le nom – avait fixé en 1945 la convertibilité de la piastre à 17 Fr largement au dessus de son cours réel: des malins très bien informés – comme d’habitude – s’enrichirent sans vergogne tandis que les soldats français se faisaient trouer la peau pour une cause perdue d’avance. On a dit que des hauts politiciens avaient profiter du système ? Je n’ose y croire…
    Donc rien de neuf sous le soleil…. Les prisons françaises sont le reflet – non d’une civilisation – mais d’une administration et d’une classe politique qui – comme tout le monde le sait – est à ch….
    Mais tout le monde s’en fout….. L’important c’est le CAC40, les vacances, les soldes et la Coupe du monde 2014 au Brésil….

    1. Epicier vénéneux

      D’après Desproges, il y eut une époque à Chicago – je crois – où la police, voulant diminuer le nombre d’homicides commis dans la ville, offrait $50 à toute personne ramenant une arme dans un commissariat.

      Les armuriers auraient vidé leurs stocks de flingues à $30 en quelques semaines.

    2. nebukadnetsar

      Il y a eu aussi l’histoire chinoise (au temps du divin Mao, icône de tant de nos hommes politiques en leur jeunesse) des queues de rats à ramener au commissariat local pour toucher une prime d’éradication qui avait entraîné la création d’élevages clandestins de ces petites bestioles…

      1. No_name

        A propos de rachat d’arme, j’ai entendu plus récent…
        Lors d’une des dernières campagnes de reprise d’arme à Chicago, la NRA a fait une collecte des vieilles pétoires rouillés auprès des ses membres, pour aller les échanger à 100$ pièces, et ainsi financer un camp de jeunes.

        Résultat des courses, la NRA a financé un camps de jeunes tireurs avec l’argent public distribués aux anti-guns :D…

      2. Pascale

        Comme quoi, il est impossible d’éradiquer « la (méchante) recherche du profit » inhérente à l’homme. Le dicton populaire explique bien : « chassez le naturel, il revient au galop », implacable chasse aux « petits bourgeois capitalistes » ou pas !

      3. caterina

        ça me rappelle une histoire racontée par un Corse, la vache subventionnée. A une époque, les corses se voyaient offrir une subvention lorsqu’une de leurs vaches mourrait. Les vaches étant tatouées à l’oreille, la présentation de l’oreille « démontrait » la mort de la vache et la subvention était touchée. Que croyez-vous qu’il advint? Il y eu des champs de vaches sans oreilles…
        (Je n’arrive pas à trouver de trace de cette histoire sur la toile, je ne saurais donc dire si cela est effectivement arrivé…)

        1. Blard JL

          La prime à la vache est telle que la Sicile qui compte seulement quelques 35 000 bovidés en possède dix fois plus sur le papier. Les services de la Comission européenne s’en sont émus, des contrôleurs ont débarqué pour compter les 350 000 vaches…

  4. No_name

    Fut une époque, cette affaire de jet de pierre se serait régler avec une bonne claque pour les auteurs. Celui qui oserait sévir de cette manière actuellement se ferait punir plus gravement que le djeun (si celui ci n’a pas répliqué, avec ses 10 potes, à coup de surin et de barre de fer), comme ici : http://www.philippebilger.com/blog/2012/02/la-gifle-le-maire-et-le-procureur.html.

    Donc maintenant, l’État attendra que les auteurs montent peu à peu l’échelle de la délinquance avant sévir. Ben oui, si on ne laisse pas les jeunes devenir des criminel, comment c’est qu’on va faire pour surpeupler nos prisons?

    1. Guillaume

      D’ailleurs la claque a un rapport efficacité / prix incroyable. Alors qu’à coté, on dépense en frais de justices, en avocats, pour un résultat bien légér.

  5. Aurélien

    Et alors? En quoi ça doit déranger le contribuable de payer pour réduire le prix du nutella et des pitchs pour les tueurs, les dealers ou les braqueurs?
    La Raie publique est constitutionnellement solidaire, Monsieur! (surtout en prison…)

    C’est pas comme si on avait une dette énorme à rembourser!

    Oh… wait…

  6. Le Gnome

    Le journaleux rapportant l’inquiétude du quidam a du le chercher un petit moment, parce que la réaction naturelle d’un individu normalement constitué est de se contreficher complètement du sort du clampin qui dévalerait la pente en se brisant quelques os au passage.

    Mais c’est comme ça, il faut montrer aux populations non converties au régime des bisous et câlins ce qu’l est bon de penser.

    1. infraniouzes

      Hey ! what did you expect ?…. Avec cette presse gluante de centre-gauche (merci Bayrou) tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.
      Et tant qu’on n’a pas callaissé la voiture du folliculaire auteur de l’article ou volé le smart phone de son assistante, tout va bien dans le meilleur des mondes…

  7. johnny_rooten

    « Ce qui me fait peur, c’est que certains gamins grimpent sur le parapet. S’ils tombent, ça peut se terminer en drame »

    Toute cette phrase résume le degré de pleutrerie immense de la société française.
    Une société d’impuissants.
    Ou comment camoufler son indignité de mauviettte par des épanchements compassionnels.

    1. Franz

      Ben non, il a raison…
      S’il y en a un qui tombe, on aura une « marche blanche », deux ou trois nouvelles lois, quelques réductions de liberté assorties, sans doute des émeutes et des destructions de commerces, voitures et mobilier public. Des pages et des pages dans les journaux permettant d’ignorer au passage quelques hausses d’impôts…

      Vraiment, ce type est lucide… Pourvu qu’un de ces « gamins lance parpaing » ne tombe pas!

        1. nebukadnetsar

          Mégèreweiler est cap’ de tweeter aux Teutons qu’il leur faudra voter pour Sigmar Gabriel qui n’a pas démérité que Chabichou a reçu récemment pour causer pognon frisé à dépenser d’urgence.

        2. Homo-Orcus

          Tiens pas mal Valérie T = valérité = valéritude = crise de valéritude = grave problème psy orphelin qui pour l’instant ne frappe qu’un petit nombre de personnes.

        3. Calvin

          @Homo-Orcus
          Du coup, j’avais pas percuté que Valérie T. était l’anagramme de « La Vérité ».
          Mon Dieu (pardon, Flanby !), je crois que notre (bi)présidence est Divine !!!!!

  8. kelevra

    la reaction du pequin au contraire est bien a propos, en cela que si un jeune en caillassant les maisons en dessous, venait a tomber, tout d abord le maire serait responsable de la chute de l idiot, mais qu ensuite tous les contribuables devraient payer pour financer des travaux de protection. on peut aussi se demander ce que font les parents? dans mon jeune temps pas si lointain, nous aurions jeter des ballons remplis d eau pour rire, 1 fois ou 2 a force on se lasse des memes blagues, blagues bien gentillettes, a contrario le jeté de cailloux nous aurait valus une dérouillé memorable calmant les ardeurs pre delinquante.

  9. Calvin

    Deux commentaires.

    Tout d’abord, le prix des 200 articles de la cantine.
    Il me semble que c’est pire encore que ce que vous avez soulevé !
    Pour avoir fait mon Service Militaire (SM, pour les intimes) dans un hôpital militaire, et étant curieux, je me suis aperçu que l’administration militaire achetait du matériel sur-facturé. Légalement et officiellement.
    Donc, les prix initiaux vendus en « cantine » en 2010, devaient être les prix réellement achetés par l’Etat. Ce dernier ne devait même pas faire de bénéfice.
    Si, aujourd’hui, les prix sont inférieurs au marché, cela signifie :
    - que l’Etat continue de payer plus cher les produits,
    - que la ristourne est ensuite offerte aux condamnés et donc leur famille si envoi de colis.
    Bon, au final, ce système permet sans doute aux condamnés de recevoir plus souvent leur proches !!

    Pour le jet de caillasses, je crois que la réaction du quidam n’est pas seulement bisounours-compatible.
    Il n’est pas impossible que la personne interviewée sache ou subodore que parmi les djeuns indélicats (et inconscients) se trouve un membre de sa famille.

    Mais, il suffit de relier les deux infos, pour que les djeuns caillasseurs décident, au lieu d’aller à l’école, de se faire attrapés et d’effectuer un stage de fournisseur officiel des cités à la « cantine » de la prison la plus proche.
    Car, après tout, sur le Nutella, le djeuns emprisonné peut se faire une marge, et vendre par exemple, à 2,5 euros un produit qu’il a acheté, lui, à 1,11 euro…

    1. Flo

      Génial!
      Voilà des personnes qui ont coûté et coutent des fortunes à la société :

      - Par leurs méfaits (pour les coupables)
      - Pour les interpeller
      - Pour les juger
      - Pour les maintenir en détention
      - Pour les réinsérer

      Puis, toujours avec l’argent des contribuables, on finance un système qui permet l’organisation d’un trafic de l’intérieur vers l’extérieur de la prison!

      1. Théo31

        C’est pour cela que je suis contre les prisons : les victimes se font humilier une deuxième fois en devant entretenir leurs bourreaux.

        « C’est à la fois un lieu d’expiation, de rédemption et de travail sur soi. »

        Justement, on s’en fout de cela, comme de la réinsertion. Un criminel doit payer pour ses crimes, non être rééduqué. S’il veut s’amender, ça ne doit venir que de lui.

        1. Ben non. La prison a pour but de séparer le fauteur de trouble du reste de la société, et, si la peine n’est pas perpétuité, de relâcher le condamné en essayant de lui avoir fait passer l’envie de recommencer. Le « il paye pour ses crimes » est ridicule en pratique comme en théorie puisque certains crimes n’ont pas de victimes (typique des trafics) et certains crimes ne sont pas réparables (meurtres, …). Le « il doit payer », c’est le principe de vengeance qui, s’il se défend éventuellement, n’est pas celui qui est adopté actuellement dans le droit.

        2. Whynot

          Allons, h16 : vous ridiculisez le « il paye pour ses crimes » au moyen de réalités (certes, elles en sont) déjà ridicules en elle-même (accepter que les « crimes » sans victimes soient sanctionnés, faudra m’expliquer en quoi ce serait libéral-compatible, déjà). Franchement… Sur ce point, non seulement, les « crimes » sans victimes n’ont pas à se finir en prison, mais ils n’ont même pas à être réprimés, pour commencer.

          En ce qui me concerne, la prison, oui, ça doit servir à payer les conséquences de ses agressions : que ceux qui ont commis des dégâts soient foutus au gnouf, avec travail forcé à la clé (littéralement), jusqu’à ce qu’il réparent les victimes, sans oublier les frais de justice, voire même les coûts d’embastillement (oui, je sais : le travail forcé, c’est interdit par les torche-culs droitsdelhommistes ; en même temps, ça tombe bien : les droits naturels ne sont pas censés être fait pour des singes à l’état sauvage – les accorder à ceux qui les violent pourtant, et donc ne se comportent pas comme des humains, c’est déjà pousser le bouchon bien loin).

          Quant aux agressions aux conséquences irréparables, pareil : rien à branler, que le mec s’amende, ou fasse un travail sur lui (ça c’est son problème ; ou celui d’un confesseur bien compatissant, éventuellement). Qu’il soit foutu dans un trou, à vie, sans le moindre espoir d’en sortir, jamais. Que celui qui ne peut pas réparer voit tout ce qui lui reste confisqué (ie jusque son temps libre, jusqu’à la fin), ça me paraît plutôt logique.

          Pour être honnête, si je finissais tétraplégique à cause de la bestialité d’un criminel en goguette, franchement, je crois même que ça me foutrait plus sur les nerfs qu’autre chose d’apprendre que, lui, au final, il finisse par aller mieux dans sa tête. Et tout au mieux, ça me ferait de belles jambes !

          Alors, que ce ne soit pas le paradigme actuel, oui, et ? En quoi ça justifie ledit paradigme ? En outre, ce que vous appelez vengeance, moi, j’appelle ça réparation, notion corollaire à la responsabilité individuelle. Et ça me paraît être le strict minimum : qui casse paye.

          Faut vraiment arrêter avec ces conneries de constructivisme social (et je pèse bien mes mots) comme la réinsertion de ceux qui ont choisi, eux-même, en leur âme et conscience (ou ce qui en tient lieu) de foutre la merde (si on en vient à vanter ça même sur Hashtable… et moi qui pensait me réconforter en vous lisant lors d’un passage, aussi déprimant que temporaire, en fRance). Leurs états d’âme, c’est leur problème. Le mien, c’est avant tout qu’on ne m’emmerde pas (voire, au pire, « plus »). Point barre.

          Une société qui s’apitoie sur les criminels, qui admet comme maxime « les petites angoisses existentielles des agresseurs sont le problème de tous » et qui même n’offre rien de mieux aux agressés que de s’entendre dire « et ouais, ça arrive : c’est ton problème, fais avec », son degré de civilisation, c’est « minuit moins une : il fait déjà plus que sombre, et on n’a pas fini d’en chier ».

          1. Tout le problème est que vous parlez d’une situation idéale (les crimes sans victimes ne doivent pas être sanctionnés) et que je parle de la situation courante. Je n’adoube en rien cette dernière, mais dans mon billet, j’établis mes constatations dessus (sur ce qu’on veut faire de la prison hic & nunc), pas sur une situation hypothétique où le monde serait libéral et sur ce qu’on voudrait faire de la prison dans cette hypothèse là. Autrement dit, je ne dis pas que je souhaite que la prison soit comme ceci ou cela, mais j’explique ce que la société attend d’elle.

            Bref : partant de là, tout le reste est un gentil déroulé d’idées intéressantes (ben oui, c’est constructiviste, mais la société actuelle l’est) mais c’est hors sujet.

        3. Whynot

          Hors-sujet par rapport à votre article : bien sûr. Mais pas vis à vis du commentaire de Théo31, qui était déjà une digression, ni par rapport à la réponse que vous lui apportez, et où vous faites au moins un poil plus que de simplement décrire ce que la société attend de l’emprisonnement ; ie je ne vois vraiment pas en quoi le « il paye pour ses crimes » serait ridicule, surtout pas en théorie : ce qui reste ridicule ce sont les conditions actuelles (ce sur quoi nous semblons d’accord), pas l’équation à laquelle on les applique (ce qui était mon propos).

          Je reste d’ailleurs perplexe quant à l’idée que la société attendrait quoi que ce soit de précis (ou même de vague) de la prison. Quand la société verse dans des choses aussi insensées que la réinsertion institutionnalisée, je me dis que s’il manque la tête, ce n’est qu’une raison de plus pour ne même pas chercher la queue.

          Enfin…

          1. Je parle de la situation présente, actuelle : juridiquement, le « il paye pour ses crimes » n’est pas ce qui est demandé à la prison actuellement précisément parce que certains crimes n’ayant pas de victimes, le montant à réparer est inconnu. Ce n’est donc applicable ni en pratique ni en théorie (dans le cadre de la loi telle qu’elle existe actuellement).

            Maintenant, dans une société libérale, il y aurait deux choses : le côté « enfermement pour protéger la société » et le côté « réparation des victimes », et là, ce n’est pas ridicule. Et les actions seraient estées par des victimes réelles et non l’état ou « la société » qui dans ce contexte ne veut rien dire.

        4. Whynot

          Oui, oui, j’avais bien compris où vous voulez en venir. Vu ce qu’on demande à l’emprisonnement (quelque chose d’incohérent, ie la réhabilitation), il ne pourrait alors qu’être qu’incohérent d’exiger réparation.

          OK… sauf que commencer à disséquer la cohérence de quelque chose qui part sur un postulat insensé, bah non, je ne peux pas. C’est aller trop loin dans l’absurde : le postulat l’est déjà bien assez, n’en jetons plus.

          L’absurde, c’est auto-suffisant : démêler l’absurde sensé de l’absurde insensé… ça peut être aussi « caustique », mais surtout aussi grotesque, qu’un chien qui court après sa propre queue.

          Faut faire gaffe, si on se laisse aller à ça : quand on commence à trop prendre l’absurde au sérieux, on finit avec des conneries comme l’existentialisme (ie l’idée que les idées, c’est de la merde ; cette idée, que les idées étant de la merde, étant donc elle-même de la merde ; et ainsi de suite ad nauseam)…

          Ca peut mal finir, la grotesquerie fractale. C’est très précisément comme ça, que certains s’ingénient à inventer des nouveaux problèmes pour régler les précédents…

    2. Pandora

      C’est désespérant de constater combien l’Etat fausse les prix du marché et se complaît dans ce rôle.

      L’un des rôles régalien de l’Etat est d’assurer la sécurité des citoyens par monopole de la violence légitime.
      Mais les radars rapportent beaucoup plus que des djeuns : pour une fois, l’Etat a fait ses comptes et il préfère laisser les policiers derrière les pompes a fric plutôt que traquer des délinquants.

    3. Le Gnome

      D’un autre côté, la prison n’a pas de charges, elle ne paye pas de taxe professionnelle, ne supporte pas de loyer, la consommation d’électricité est noyée dans la masse, le personnel est déjà payé, il est donc normal que le produit soit moins cher que dans la super du coin qui paye plein pot, y compris le dessous de table qu’il a du verser pour pouvoir s’installer.

      Mais faire un bénéfice serait immoral pour des fonctionnaires, ce serait de l’argent sale, d’ailleurs, comment l’imputer. Il vaut donc mieux vendre à prix coûtant, même si ça engendre une légère perte.

      1. nebukadnetsar

        A ce prix là, je doute que ce soit au prix coûtant producteur sortie usine + transport ou alors les faibles marges dont se plaint en permanence le grande distribution sont bien plantureuses…
        Le pot de Nutella de 750g est de l’ordre de 3,60 à 4 € la pièce dans leurs magasins…
        (il y a bien longtemps que je ne l’ai plus vu à 3,13€)

    1. Avec tout ce Nutella (et le riz envoyé en grands sacs par les petits chinois compatissants), ils sont constipés et les fruits leur feront le plus grand bien.

    2. Calvin

      Eh ! oh !
      Ils sont déjà en prison !
      Tu veux, en plus, les contraindre au manger-bougisme ?
      Je te rappelle que la double-peine est supprimée.

      Et puis, tu as mal lu l’article (!!) :
      ils achètent du nutella à la cantine pour les donner (revendre ?) à leur famille. Pas forcément pour en manger.

  10. nebukadnetsar

    A Saintes, ils n’ont pas de perdreaux???

    Ils pourraient prélever dans ceux qui se prélassent au bord des routes et qui, délaissant momentanément leurs radars-machines à sous (qui rapportent, elles, certes) concevraient une opération camouflage pour faire un flag et coller à tous ces mômes une belle frousse avec rapports aux Parents…

    Mais si un de ces gamins dégringole dans le vide suite à sa connerie, la municipalité se croira probablement obligée d’organiser une marche-souvenir en mémoire de…, minute de silence et ouverture de cellule de soutien psychologique pour les petits copains en attendant peut-être la plaque commémorative fixée sur le parapet ???

  11. nebukadnetsar

    Quelqu’un a-t-il une combine pour que les contribuables normaux se fournissent en Nutella à ce prix sans passer par la case prison ?

    Un détenu de sa connaissance qui pourrait lancer un petit business???…

    Je suis modestement preneur d’une cinquantaine de pots par an (3 ados et la mère qui sont accros…), alors à ce prix là surtout si c’est le pot de 750g…

  12. nebukadnetsar

    Ils sont optimistes, les habitants de Saintes parce que personnellement un parpaing ou un caillou « dégringolant » de cette hauteur me paraît tout à fait capable d’en estourbir ou d’en étendre un pour toujours…
    Quand je pense que les municipalités placent des stop à qui mieux mieux dans les zones 30 (il y a des carrefours de rues avec stop à toutes les voies), des slaloms, des venturi et autres joyeusetés pour que personne ne soit blessé dans la république de Bisounoursland et qu’à Saintes, l’option de baffages des abrutis ne soit même pas envisagée pour les calmer…

    1. H.

      Tant que quelqu’un en-dessous n’a pas pris une caillasse sur le coin de la figure, il n’y a pas lieu de bouger.
      Quand ce sera le cas, on fera semblant de chercher le coupable, on ne le trouvera pas malgré tous les efforts des plus fins limiers municipaux et on mettra de grands grillages à maille fine en protection…
      Quand j’étais môme (il y a 40 ans…) on a fait un peu ce genre de connerie… Une seule et unique fois… Et j’ai encore le goût du coup de pompe au cul de mo père !

  13. nebukadnetsar

    Cela dit H16, nous écrire sans trembler ni ciller ni rigoler qu’à toute remarque de la Cour des Comptes, l’Administration a une réaction…
    Je ne sais pas ce que vous avez pris à ce moment là mais c’est du puissant et du lourd… ;-)

    1. Deres

      Quand les remarques de la Cour des Comptes permet de justifier des mesures débiles et coûteuses, elles sont prises en compte immédiatement sans tenir compte du prix. Quand il s’agit d’agir intelligemment et avec plus d’efficacité, rien n’est jamais fait. Le mieux, c’est avec la Banque de France, dont le directeur fait immédiatement des interviews avec la presse pour dire que le Cour des Comptes dit n’importe quoi et que sa gestion est parfaite, croyez-moi-sur parole !

  14. something

    Une bonne tapounette sur la main avec sursis, suivie s’il le faut de la menace d’un rappel à la loi en cas de récidive, ça devrait te me les calmer ces petits taquinous, non mais. Et après je t’envoie tout ce petit monde apprendre la vraie vie pendant un stage d’interculturalité citoyenne de 15 jours à Orlando ou à Phuket et ça va moins faire les mariolles nondidiou !

  15. channy

    H16 donnez moi d’urgence l’adresse de ce fournisseur génial, chez dia/ed la centrale me fait payer la ricoré 4.22 ht je la revend 4.55 ttc(0.10 de marge), la confiture de fraise allegée pot de 450g 0.88ht revendu 1.05ttc(0.13cts de marge), pour le nutella préciser le grammage svp, je signe de suite pour 30 palettes

  16. Homo-Orcus

    De toute façon Nutella a toujours foutu la merde. Quand j’étais petit, ma maman me confiait un pot « tiens mon chéri, fait tes virgules plutôt avec du Nutella ». A l’époque je me demandais pourquoi ? comme quoi l’éducation…

  17. Calvin

    Dîtes, ça fait un moment qu’on ne voit plus de commentaires de BA.
    On n’a plus d’infos sur l’Euro, les dettes, les PIIGS, les marchés.
    C’est réglé, tout ça ?

    (rigole)

    1. Calvin

      Ah ben, il vient de commenter (le 29 juin) sur le billet du 25 !
      Je suis perdu, moi…

      D’un autre côté, c’est bien du crescendo vers le n’importe quoi !!

  18. Tizzfitz

    Ce que vous semblez tous oublier, c’est que les détenus doivent « cantiner » pour bénéficier de ces produits. Jusque là, ils étaient vendus à un prix prohibitif, n’ayant rien à voir avec le prix réel du « dehors », ce qui était déjà en soi un scandale.

    Depuis le rapport de la Cour des comptes, on semble revenir dans le raisonnable, mais si les prix en détention sont cette fois en dessous du prix du marché, cela ne me semble pas déraisonnable non plus. En effet, outre le cas où la famille du détenu lui fait parvenir de l’argent (très rare), l’argent avec lequel le détenu peut acheter ces produits vient de son travail en détention, et ce travail n’a rien à voir avec le travail de tout un chacun à l’extérieur.

    Ah bah oui, c’est l’idée de la prison au départ. C’est pas un camp de vacance.

    En effet :
    1- Il est très difficile d’en obtenir un. Les places sont rares, il faut un casier disciplinaire quasi vierge, et on peut se faire déclasser pour presque rien.

    Vraiment, la prison, c’est pas bisou.

    2- Les rémunérations sont ridicules. J’ai sous les yeux un dossier où pour 3h50 travaillées, la rémunération est de… 12.34€ nets, soit l’heure travaillée payée environ 3.7€ bruts. Quasiment un SMIC divisé par trois.

    Non mais franchement, la prison, c’est pas bisous.

    La prison est un monde à part, avec ses propres règles. Il est stupide de vouloir comparer avec l’extérieur. Allez faire un tour dans le CP de votre région si vous voulez vérifier par vous-même.

    Signé :
    Un torche-cul droitdel’hommiste

    Oui, voilà, bien résumé. Mon brave « torche-cul droitdel’hommiste », tout le blabla au-dessus ne justifie en rien que le contribuable paye la différence. Il paye déjà l’intégralité de l’hébergement des prisonniers, les prisons, les gardiens, les repas. Il n’a pas à être garant d’un salaire ni d’un prix maximum pour les denrées vendues en sus. Le droit au nutella pas cher, ça n’existe pas.

    1. Tizzfitz

      Tout d’abord, je vous remercie d’avoir édité mon message pour en dénaturer la teneur, plutôt que d’avoir simplement posté une réponse qui aurait eu au moins le mérite, si ce n’est de la vérité, au moins de la lisibilité.

      Vous êtes sur mon blog, hébergé et payé par mes soins, vous y acceptez les règles. C’est la dure loi libérale de la propriété privée.

      Si en effet, « le droit au Nutella pas cher, ça n’existe pas », je me permets de vous rappeler que le rôle de prison, en dehors de l’amendement, sert aussi à réinsérer les détenus dans l’optique d’une sortie, et le fait de leur permettre de cantiner et d’acheter certains biens vise à les responsabiliser, leur réapprendre à gérer un budget, à faire des économies, etc.

      Non. Le rôle de la prison, c’est séparer le bon grain de l’ivraie. Il y a débat pour la partie « réparation ». Et l’aspect « réinsertion » est purement accessoire. Et même dans ce cas là, la réinsertion par le Nutella, je ne connais pas.

      Quel est dès lors l’intérêt si d’une part, ils gagnent trois fois moins le taux horaire minimum prévu par la loi à l’extérieur, et d’autre part doivent payer un produit courant deux fois le prix de vente pratiqué dans la vie publique ?

      Ils ne devraient RIEN gagner du tout. C’est une prison, bordel. Pas un camp de vacance.

      Et je ne parle pas du racket pratiqué dans certaines maisons centrales ou centres de détention par (ou sous le contrôle de) surveillants malhonnêtes…

      Vraiment, c’est trop injuste. L’autre solution, ne pas aller en prison, permet d’éviter de fréquenter des malhonnêtes, notez bien.

      Vous semblez considérer qu’il est anormal que la collectivité publique assume la différence entre le prix réel et le prix pratiqué en prison. Ne vous inquiétez pas, elle se rattrape largement en faisant travailler les détenus pour ne les payer que le tiers du SMIC horaire.

      Oh pitié, c’est vraiment trop d’horreurs. Ils sont payés 1/3 du smic horaire, mais sont totalement logés, nourris, blanchis au frais de la princesse. Y’a plein de gens qui ne peuvent en dire autant à l’extérieur. Cette inversion de valeur est pathétique et symptomatique, laquelle semble totalement oublier les victimes de ces gens-là (qui sont tous de grands innocents, hein, bien sûr).

      Vous préfériez peut-être l’époque bénie de l’empire romain où les forçats cassaient des cailloux sur les routes, en échange d’un quignon de pain et de quelques coups de fouets. Heureusement qu’on ne vous a pas attendu pour humaniser cette société.

      Bouffon. Comparer les prisons actuelles, ou imaginer que je demande un retour du bagne ou de l’esclavage est la marque d’un type qui n’a, dans le fond, aucun argument à faire valoir. Je m’en tiens à ce que vous dites : vous trouvez trop trop triste que les pov’détenus soient mal payés et ne bénéficient pas de Nutella pas cher. Ma position est simple : ils sont en prison. PRISON. Pas Camp de Vacance. Ils ne devraient avoir ni nutella, ni salaire. Point.

      1. Deeggs

        « e me permets de vous rappeler que le rôle de prison, en dehors de l’amendement, sert aussi à réinsérer les détenus dans l’optique d’une sortie »
        Non. L’objectif d’une prison a toujours ete de proteger la societe de ses deviants, de mettre au pas ces derniers et eventuellement, de faire peur a ceux qui hesiteraient a violer la loi.

        Pour le reste, inventer l’opinion de son adversaire, c’est une technique de debat malhonnete. De meme que s’appuyer sur des cas particulers ne permet pas d’avancer.

  19. Raoul Fripouille

    Vous parlez beaucoup d’État, mais à aucun moment donné vous ne mentionnez que nos prisons actuelles fonctionnent sur le modèle du PPP (partenariat-public-privé). Par exemple les cantines de bon nombre d’établissements pénitentiaires sont régies par la société Eurest, et non directement par l’État. De plus pour intervenir régulièrement en prison je peux vous dire que certains prix de produit de la vie courante sont encore et toujours largement au dessus de ce qui est proposé hors des murs (et je me rappelle ici une boîte de cassoulet (à éviter quand même quand on est dans un 9m² pour les adeptes de l’aérophagie) la plus basique qui soit, coûtant aux alentours de 5€). Ce parce que les établissements pénitentiaires fonctionnent sous des mesures internes, il y a autant de localisme et de particularité de gouvernance qu’il n’y a d’établissements pénitentiaire en France (soit près de 187 si ma mémoire est bonne)). Certaines prisons outre passe complètement les directives récentes, ou même encore les jurisprudences et condamnations des tribunaux administratifs.
    De plus, je vous rappelle que ces écarts de prix concernant les cantines sont, de manière régulière, dénoncer par les pétitions de détenus. Tout dépend des sensibilités de chacun, mais je partage l’idée que la responsabilisation des individus passent aussi ça… s’organiser contre l’arbitraire.

    Ah oui, et pour ceux qui en serait encore au discours préhistorique de l’hyper criminel en prison, sachez que le temps moyen d’incarcération en France est de 9 mois (le temps de gestation). La faute à un laxisme juridique ? Bof. Depuis les années 80 on a connu un durcissement pénal sans précédent. Y a qu’à voir en Belgique, au Danemark etc où les peines encourues sont nettement inférieures à celle de la France. Pour un taux de récidive, lui aussi nettement inférieur (30% pour le Danemark je crois,contre 55% en France).

    1. Le PPP dans un pays avec 52% de l’économie sous infusion totale de l’état, c’est du plus haut comique. C’est un partenariat public – semi-public, au mieux.

      Bref.

      Je vais le redire clairement : quand on envoie quelqu’un en prison, il ne faut pas qu’il s’attende à quoi que ce soit. Qu’il puisse cantiner est déjà merveilleux en soi. Le reste, c’est de la branlette. La prison N’est PAS un camp de vacance, et le fait qu’on en entende encore geindre lorsqu’elle n’est pas assez bisou en dit trèèèèèèèèès long sur la raison pour laquelle elle n’est plus du tout du tout dissuasive (sans même parler de réformatrice ou expiatoire ou que sais-je).

  20. Raoul Fripouille

    Méa Culpa pour:
    « Certaines prisons outre-passe » => « Certaines prisons outre-passent »
    « de manière régulière, dénoncer par les détenus » => « de manière régulière, dénoncés par les détenus »
    « la responsabilisation des individus passent aussi ça » => « La responsabilisation des individus passe aussi par ça ».
    « Ceux qui serait » => « Ceux qui seraient »
    « nettement inférieures à celle de la France » => « nettement inférieures à celles de la France ».

    Ça fait beaucoup pour un seul post, écrit entre deux trains dans une gare. Bescherelle me voilà !

  21. Raoul Fripouille

    Je remets de l’huile sur le feu (parce que j’ai trouvé un réseau net dans le train, et que le train c’est d’un chiant):
    Alors comment expliquer que les modèles pénitentiaires les plus répressifs sont ceux qui connaissent le plus fort taux de récidive ? (notamment chez les courtes peines, qui devrait en théorie être les moins exposées à une socialisation criminelle intra-muros). En exemple on peut parler sans sourciller de la situation carcérale des USA. Mais on va va vite tourner en rond.
    Le droit pénal prive de liberté les individus que le société juge déviant. Ok. Pour autant elle ne leur prive pas le droit à l’accès aux soins, à la formation professionnelle etc, trouvez moi un texte de loi (même pré-flamby) qui justifie l’inverse et je bouffe mon slip en sauce vinaigrette.
    Aussi, récemment une polémique traverse l’Administration pénitentiaire au sujet de pastille combustible que les détenus utilisent pour faire cuisiner en cellule à l’aide d’un réchaud. Ce qui est drôle c’est que ces petites pastilles sont fabriquées exprès pour le camping, et ont été, accessoirement, classées comme cancérigènes par l’OMS. Réaction de l’AP ? Ils ont fait des petits fascicules d’utilisation pour prévenir des  »risques » en demandant d’ouvrir la fenêtre, et de se tenir à l’écart lors de l’utilisation (tout juste loufoque quand on connaît la capacité de ventilation d’une cellule de 9m² ; en fait ça leur permet surtout de pas rénover les systèmes électroniques hors normes). Je vais pas m’éterniser sur le sujet, mais un détenu à récemment réussi à être indemnisé suite à un recours administratif, à hauteur de 20000€, suite aux rapports de santé établissant le lien entre ces pastilles et sa dégradation physique. Question : Est-ce que tout se beau bordel fait partie du sens de la peine ?

    1. sam00

      @Raoul Fripouille

      Une question me turlupine : pourquoi diantre des détenus ont-ils besoin de cuisiner dans leur cellule? Un étudiant dans sa chambre d’étudiant, j’arrive encore à comprendre … mais un détenu dans sa cellule? (notez bien au passage que la chambre d’étudiant n’est pas beaucoup plus grande qu’une cellule bien souvent).

      Pourquoi paye-t-on pour nourrir les détenus si en plus ils doivent faire la cuisine eux-même avec les denrées qu’ils achètent ? Quelque chose m’échappe … Ou alors c’est encore une invention du genre « réinsertion par la cuisine mode camping/survie »

      La prison n’est-elle pas un lieu de privation de liberté et non un village d’étudiants ?

  22. Raoul Fripouille

    @sam00

    Effectivement les détenus n’ont pas besoin, en théorie, de cuisiner dans leur cellule, puisqu’il reçoive quotidiennement repas du midi et du soir. A ce sujet d’ailleurs les règlements internes des prisons stipulent que cuisiner est interdit en cellule, mais l’AP ferme complètement les yeux, voire l’encourage en optant pour un double langage : cuisiner c’est interdit/Bon, en même temps on vous vend des produits alimentaires.

    La raison est à mon avis assez sous-jacente à l’analyse organisationnelle du milieu carcéral, ou de quelque organisation qui soit. Il y a les règles prescrites, et il y a les adaptations secondaires. Je vais pas vous renvoyer à des études de Crozier (ça serait indigeste), mais aucune structure ne peut prétendre respecter à la lettre les cadres formels (et heureusement, je pense). N’importe qui peut trouver des exemples à ce sujet, d’écarts consentis, permettant d’outre-passer ce qui parfois renvoie à de la lourdeur administrative etc.

    Pour revenir à la prison, je pense que ce laisser-faire correspond à des marges de manœuvres, des résidus que laisse l’AP pour éviter toutes nouvelles tensions supplémentaires (on achète un peu la paix sociale, mais avec un goût de chocolat dans la bouche). Ça peut paraître superflus, mais il faut savoir que historiquement l’AP garde en mémoire les douloureux épisodes des années 70 (révoltes dans les prisons concernant la revendication de meilleures conditions de détentions, mâtées dans le sang, et qui ont abouties à des réformes de libéralisation des politiques pénales par VGE (autorisation de correspondre, d’avoir accès à la presse etc), sous contrainte aussi de la CEDH. A préciser qu’à cette époque le parc pénitentiaire français était complètement (et pas qu’un peu) en branque niveau sanitaire & social).

    Bref. Depuis cette transition, l’AP ferme un peu les yeux sur ces pratiques qui ne vont pas, de manière directe, à l’encontre du primat sécuritaire. Les discours sur la réinsertion par la cuisine/la cantine sont souvent des discours de justifications, venant après coups pallier l’inaptitude à gérer des besoins des plus basiques : garder une part d’autonomie,  »lutter » contre l’infantilisation permanente du cadre carcéral etc. De toute façon la réinsertion n’existe pas en prison. Et les discours dessus ont toujours servi à légitimer l’existence de celle-ci… il n’y a qu’à remonter à la création de la prison comme projet pénal (cf ordonnance 1791), là aussi les discours sur la  »bonne peine », sur la  »correction » de l’individu allaient bon train. Belle branlette issue de la philosophie des Lumières.

    Y a pas vraiment de solutions au gardiennage des Hommes, et je suis pas du tout d’avis que privatiser les prisons permette de changer quoi que ce soit, tant il y a défaut entre objectifs de sécurités et impératifs (relayés par l’Europe) de garantir les libertés essentielles de l’individu (intégrité physique et psychique, droit au recours juridique etc).
    Ça va, au mieux (ou au pire, ça dépend de quel côté de la barrière vous vous placez), permettre aux détenus d’attaquer en pénal des personnes de droit moral, au lieu de passer par la lourdeur des recours administratifs… et par conséquent d’être indemniser 3 ou 4 fois plus.
    Et vu la composition de la population pénale actuelle (cf les 9 mois de gestation), on a plutôt intérêt à favoriser les alternatives aux poursuites plutôt que d’envoyer des courtes peines en prison (ce qui coûte une blinde par la même occasion et entraîne surpopulation, tensions, violences etc). Y a des pays qui ont très bien vu le truc arriver. Le Canada par exemple avec un peu plus de 33Millions d’habitants, a une cinquantaine de prisons (alors qu’en France, soit près du double en terme de population, on en a pas loin de 200).

  23. Sidony

    « C’est à la fois un lieu d’expiation, de rédemption et de travail sur soi. »

    Elle est très XIXème siècle votre vision de la prison. Les choses ont changé du fait du manque de places disponibles.

    En France en 2012 pour faire de la prison FERME il faut avoir un cv judiciaire long comme le bras ou avoir le malheur d’être le seul Kevin blond dans l’assemblée le jour du passage en correctionnelle.

    Les prisons sont pleines à 98 % de véritables hyènes sans aucun sens moral ni scrupules, avec pour une partie d’entre eux addiction à la drogue, intelligence d’une moule et/ou troubles psychiatriques. ce que nos anciens, dans leur grande sagesse, appelaient du « gibier de potence ».

    La seule chose pouvant avoir effet sur des chacals pareils c’est la trique qui pourrait s’abattre sur leur museau en cas de récidive. On est donc très mal partis.

  24. Peste et corriza

    En fait, le gros problème n’est pas celui la.

    Le vrai, c’est le dumping social à faire travailler des prisonniers pour 2/3 moins cher que la population en règle.

    Aux USA, le système est très développé, à tel point que les entreprises délocalisent dans les prisons subventions de l’état à la clé !
    Les détenus utilisés ainsi ont des temps de détention plutôt cours, et ne sont point de dangereux criminels. Bref, des mecs exploitables facilement.
    Avec arrangements avec des juges pour fabriquer de la courte peine par camions entiers
    C’est bien pensé : le mec dehors sera mis au chomdu, et viendra fatalement alimenter le système.

    C’est ce qu’on tente de nous vendre également en France.

    Moralité : la prison n’est pas un camp de vacances. Les détenus n’ont pas à travailler, et doivent se contenter des rations servies à l’ordinaire.
    Rappel : la prison, à l’origine, ne servait pas à enfermer les gens, mais à les garder sous la main pour les présenter à leur procès. C’était des entreprises privées qui rapportaient gentiment.

    1. Le dumping social ne marchera bientôt plus du tout. Le travail manuel sera de plus en plus fait par des robots qui n’ont pas salaires, de syndicats ni période de repos.

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