Les télécoms et l’attaque Caliméro

Sonnette d’alarme, cote d’alerte, constat accablant ou effrayant, vision sombre … C’est, réellement, à une situation cataclysmique à laquelle on a à faire ici. Guerre au Moyen-Orient ? Révolution arabe ? Bain de sang dans un pays arriéré ? Massacre religieux ? Non. Télécoms, en France.

Et à lire les articles (cités plus haut), on se demande exactement comment l’industrie des télécoms en France parvient encore à fournir le moindre service. À en croire le rapport commandé par la Fédération Française des Télécoms au cabinet Arthur D. Little, la situation est véritablement catastrophique.

Bon. Il est vrai, si l’on regarde les chiffres, que les opérateurs ne sont pas exactement bondissants de joie dernièrement en Europe : là où, dans le monde, le secteur des télécoms a gentiment bénéficié d’une croissance de près de 50% entre 2006 et 2011, les pauvres européens, eux, dans leur coin, n’ont observé une augmentation que de 7%. C’est franchement tristounet, cette micro-croissance européenne.

MontebourgatorD’un autre côté, dans un continent en crise et alors que le monde traverse une phase particulièrement délicate avec un risque de partage en slip bien tangible, réaliser tout de même 7% de croissance, ce n’est pas si mal. D’ailleurs, on devrait mettre les opérateurs en relation avec les grandes industries du secteur automobile, cela redonnerait un peu le moral aux premiers (et achèverait à coup de cafards mous les seconds). Et puis, pour faire bonne mesure, on pourrait utiliser Montebourg comme entremetteur, je suis sûr qu’il aurait des histoires de voitures intéressantes à faire connaître aux opérateurs mobiles, mais bon, je divague.

Bref : au contraire du frétillant Arnaud dont on se doute que la déconnexion avec le réel joue beaucoup dans sa bonne mine d’innocent, les opérateurs tirent la tronche.

À l’exception, en France, de Free, mais on pouvait s’en douter.

D’ailleurs, l’analyse du rapport Little, dans ses pistes pour expliquer cette morosité des opérateurs, évoque justement la concurrence : celle-ci, féroce et sans merci, permettrait de comprendre pourquoi les pauvres acteurs du marché sont actuellement si malmenés. Pif, paf, pouf, ils se sont filés de méchants coups, finis les marges de gorets potelés depuis que Free a débarqué. Bon, évidemment, cette explication laisse un brin songeur lorsqu’on se rappelle que dans le reste du monde, la concurrence n’est pas spécialement plus tendre qu’en France (loin s’en faut même) et que pourtant, comme précisé dès le début de l’étude, ils parviennent tout de même à engranger 50% de croissance, eux.

CaliméroLa concurrence n’étant pas une raison réellement satisfaisante, on découvre une autre explication. Et c’est là que ça va devenir un peu plus rigolo puisque les fins analystes s’accordent alors à dire que les faibles progressions des opérateurs seraient aussi dues à la généreuse baston fiscale dont ils sont les victimes, d’une part, et — surtout — la non-baston fiscale dont sont bénéficiaires les (salauds d’) étrangers. Apparemment, certains pays comme le Luxembourg avec une TVA faible et l’Irlande avec un modeste impôt sur les revenus des sociétés favorisent honteusement l’implantation des grosses entreprises de télécoms chez eux au lieu de les caillasser copieusement comme il est de bon ton chez nous.

Et à la suite de cette constatation qui révolte la fibre fiscaliste française, immédiatement, trois axes d’action sont proposés, paf, comme ça, sans réfléchir attendre :

  • Pour aider directement le secteur dans ses gros investissements bien lourds, l’État pourrait par exemple inciter les foyers à se jeter sur la fibre optique en ménageant une niche fiscale, ou une incitation, ou un abattement, ou n’importe quoi de fiscalement rigolo qui pousse les gens à s’équiper. Bon, il semble que ce manque à gagner fiscal devra être compensé ailleurs (par une tabassothérapie fiscale en règle, mais baste, il faut ce qu’il faut).
  • Comme une partie des soucis des opérateurs nationaux provient directement du fait que les opérateurs étrangers sont hors de portée de la volée de bois vert fiscale française, il serait de bon ton que l’État régule un peu tout ça en ponctionnant les gênants géants de l’Internet qui, après tout, n’avaient pas à être aussi bons. Et cogner un peu Free aussi, si possible. (Faites nous un package, on discutera des modalités plus tard.)
  • Et pour envelopper ces petites interventions de l’État, rien de tel qu’un saupoudrage d’interventionnisme d’État dans la création de « pôles numériques organisés autour des opérateurs télécoms et intégrant des PME innovantes » le tout légèrement aidé par l’État avec, vous l’aurez deviné, cet argent magique qu’il trouve sous le sabot d’un cheval, ou qu’il ponctionné dans une poche, ailleurs, loin, avec ou sans raclée fiscale (ou alors si, mais différente, mieux, plus douce, plus discrète, tout ça, quoi).

Bien sûr, il ne vient pas à l’esprit de toute la clique de réclamer, vertement, par voie de presse s’il le faut, en HURLANT de tous ses petits poumons, les mêmes taxes modestes, les mêmes impôts réduits qui font partout ailleurs le succès des industries en question. Très probablement, les opérateurs savent que c’est peine perdue : quand on voit la brochette de Big Jims thermomoulés qu’on a chopé comme ministres, on comprend que faire appel à leur intelligence est une perte de temps sidérale.

Je résume.

Les opérateurs franchouilles se plaignent et tentent donc une petite attaque Caliméro pour que le gouvernement sauve l’emploi, protège les marges et les belles rentrées fiscales des opérateurs : eh oui, mon brave monsieur, avec la concurrence et les méchantes ponctions fiscales, les opérateurs télécoms ont bien du mal à tenir la route. Et que proposent nos impétrants pour se sauver du marasme ? Que l’État intervienne un bon coup (de plus), avec quelques ponctions supplémentaires à la clefs, ponctions qui viendront encore accroître le bonheur sirupeux dans lequel nagent déjà nos Caliméros de fête foraine.

Pas de doute : Dieu est un viandard. Car si un bon rire vaut autant qu’un steak, et si, comme le dit Bossuet, « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », alors une chose est certaine : en créant les Français, Dieu se tape un steak bien dodu tous les jours.

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Commentaires68

  1. Stéphane

    Les entreprises télécoms (en particuliers françaises) sont toujours des mastodontes. Compte tenu du ticket d’entrée dans le marché du réseau téléphonique, la start-up n’y a guère de place. A la place, on a le conglomérat pléthorique et historique, qui aura forcément laissé traîner la patte dans des marchés publics à un moment ou un autre – on est en France tout de même.

    En fin de compte, cela fait de ces acteurs des sujets tout à fait adaptés à un bon gros capitalisme de connivence, où les grands directeurs ont leurs entrées à l’Elysée pour discuter des meilleures façons de « protéger le marché »… Et leurs marges.

    1. Pandora

      X. Niel a dit publiquement qu’il avait reçu des menaces physiques pour qu’on l’empêche d’implanter Free dans le mobile.

      1. eheime

        tout dépend du degré. C’était « je te mets mon poing dans la figure » ou « tu peux dire au revoir à tes enfants ». Ca fait une grande difference.

        1. eheime

          sans compter que ce ne sont que des paroles sans preuves, et que le bonhomme ne détesta pas la provoc

    2. Higgins

      C’est ce qu’on nomme le capitalisme à la française, mélange d’étatisme, de connivence et de renvois d’ascenseurs. C’est pour cette raison que les « privatisations » effectuées ces dernières années tiennent plus de la vente de bijoux de famille pour renflouer les caisses de plus en plus vide que d’une vison stratégique visant à l’excellence (exemple TF1 et le respect fait au cahier des charges élaboré au préalable). Rien à voir avec une quelconque libéralisme. Une forme de capitalisme sans responsabilité et sans risques pour les donneurs d’ordre.

      1. Pandora

        Et les politiques rechignent et invoquent la « faute à Bruxelles » à cause de sa politique de la concurrence

        1. Aloux

          Ah ah, recettes supplémentaires attendues : 40 miyons. On économiserait certainement trois ou quatre fois plus si les députés arrêtaient de faire passer les escorts en frais pro.

  2. Calvin

    Excellent, drôle, enjoué, et moral (à la fin) !
    J’aime bien l’idée d’un Dieu qui aurait créé un peuple d’Elus, rien que pour son plaisir personnel d’en rire.

    Pour en revenir au sujet, j’imagine que l’idée de taxer quand même les opérateurs au profit de la presse n’est même pas enterrée, ce qui prouve la profonde et réelle folie furieuse de ceux qui nous gouvernent.
    En France, l’Etat prend d’abord du pognon à tous, puis un peu plus à certains et un peu moins à d’autres, en augmentant la quantité.
    Une fois les problèmes arrivés, on ponctionne un peu plus A pour donner à B. B s’ébroue alors dans la facilité gratuite.
    On ponctionne un peu plus C pour donner à B. Quand ça se voit trop, on reponctionne A pour donner à C, en continuant à ponctionner C pour donner à B, etc, etc, il suffit de multiplier les acteurs, les règles et lois tordues.

    1. hussardbleu

      Si vous avez ri au « Livre de la Jungle », et notamment des aventures de Baloo et King Louie dans le temple abandonné, vous avez tort, car Kipling figurait les Français dans le rôle des BandarLogs…

      Remarquez que Voltaire, et quelques autres, nous voyaient en « singes-tigres » : pas si mal vu, si l’on pense à quelques épisodes sanglants de notre Histoire…

  3. Elphyr

    L’Attaque Caliméro… le titre du prochain James Bond, sans aucun doute.

    Une question quand même, le « boom » de 50% des télécoms worldwide est une moyenne ?
    Si oui, peut être est-il dû au fait que certains pays dans cette période ont eu droit à un développement fulgurant de leur systèmes téléphoniques (qui étaient peut être loin derrière les notres), là où nous avions déjà toute notre infrastructure (ou presque) et nos services.

    Je me doute bien que la réponse est ailleurs et je ne remet pas en cause l’absurdité du système francais mais il est vrai que cette comparaison entre nous et le monde me titille (même si je ne crois pas à l’Exception Francaise j’ai toujours pris pour habitude avec nos amis socialistes de douter des comparaisons faciles…).

    1. « le boom de 50% des télécoms worldwide est une moyenne ? »
      Je suppose, oui. C’est sur toute la planète, et pendant une période où la téléphonie notamment mobile a énormément progressé. Et oui, la moyenne est plus faible dans les pays occidentaux, parce que l’infra existe déjà. Mais bon, le différentiel est aussi expliqué par les impôts et les barrières à l’entrée.

      1. i17

        Où vivez-vous (si cette info ne relève pas du domaine confidentiel) ? Je l’espère, pas trop loin d’un centre de ravitaillement en vins de Bordeaux et en crottin de Chavignol. Merci pour cet article.

        1. dede

          ???

          Le crottin, ca demande un Sancerre, eventuellement un champagne ou un Bourgogne blanc. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de Bordeaux?

    1. paf

      l’environnement economique francais n’a presque rien d’autre que des defauts, difformites et honteuses distorsions; dus aux tres nombreux defauts des gros abrutis qui les gouvernent, et aux defauts de leur inculture economique de grande envergure.Ca fait beaucoup tout de meme.
      D’ailleurs ca me defrise toujours que quelqu’un vienne sur ce blog pour y lire l’omnipresente deliquescence de la culture francaise et se fende d’un ‘mais euhh non les froncais aussi zils zont leurs qualitays toudmeeeeme’ qui me fait penser au rabachage incessant du ‘les francais sont les meilleurs dans ci et ca’ qu’on entend quand on vit en fRance et qui est toujours une connerie.Faut arreter.Les francais ont un peu de talent gache par une enorme propension a etre des grosses truffes.

  4. Bisphénol

    « quand on voit la brochette de Big Jims thermomoulés qu’on a chopé comme ministres »
    ce que c’est bon de lire ça !! Merci H !
    Sujet pas si éloigné : j’ai pris en cours de route l’emmission d’hier soir sur Europe n°1, dont le sujet était « la compétitivité ». Eh bien j’ai été assez agréablement surpris d’écouter Madelin qui évoquait la productivité (qui est en lien avec la compétitivité bien sûr) et la nécessaire et radicale baisse des dépenses étatiques. Ouf, il y encore quelques personnes qui réflechissent un peu et ne sont pas enfermés dans le « tout-Etat ».

    1. Maintien

      Malheureusement, Madelin est un pariah et personne ne l’ecoute on le traite de turbo-liberal a tour de bras. C’est meme a se demander comment il avait atteri a l’UMP a la base. Surpris de voir qu’il arrive encore a passer sur les ondes!

      1. Before

        Si je ne m’abuse, Alain Madelin était à l’UDF, parti qui a toujours eu une fibre un peu plus libérale que l’étato-gaulliste RPR

        1. bibi33

          Madelin a fondé DL après avoir échoué lors de l’élection au poste de président de l’UDF, et il a fini à l’UMP après la fusion UDF RPR DL avant de se retirer de la vie politique.

    2. Higgins

      Certes mais ces personnes restent plutôt inaudibles. Lors d’une autre émission sur le même sujet (sur France Culture, je crois), on aurait dit un débat sur le sexe des anges. Il y avait bien une représentante de l’IFRAP et un chef d’entreprise mais leurs propos étaient noyés par le discours plutôt incohérent de leurs opposants (le rêve face à la dure réalité). J’ai fini par couper la radio.
      Sinon, un peu HS, mais pour ceux qui voudraient mieux appréhender la crise bancaire liée aux Subprimes, cette petite allégorie s’impose: http://lavitrecassee.com/2012/11/06/la-crise-expliquee-a-un-socialiste/

      1. Brice

        Mouais. Le texte de lavitrecasse.com omet de signaler ce qui fait que le bistrot s’est mis à prêter à des gens dont tout laissait penser qu’il ne pourraient pas rembourser. Le point clé est là (intervention de l’Etat pour garantir les prêts…).

  5. lapin malade

    j’adore  » l’attaque caliméro  »
    l’état a déjà naturellement tendance à foutre son nez partout , si en plus on l’appelle . Après , à la première menace de licenciements ou de délocalisation les ministres vont se mettre à hurler sur ces entreprises qui oublient bien vite que la société les a aidé, même si l’état leur pique tous les ans 50% du CA et que toute l’aide en question consistait en un prêt à taux préférentiel sur 3 ans .

    1. Aristarque

      Beaucoup ne se contentent pas de l’appeler mais exigent son intervention, contre les « autres », bien sûr!

  6. Ricquet

    Tiens, une petite question aux libéraux « pur sucre » … 😉

    Que pensez-vous de cette obsession mono-maniaque pour la crôassance ? Une société doit-elle toujours croître ?
    Pourtant, les arbres ne montent pas au ciel et il n’y aura jamais 1000 milliards d’humains sur terre possédant chacun 3 voitures et 6 téléphones portables. Il y aura bien une limite quelque part !

    Quelle est l’opinion libérale sur un monde, et donc des sociétés et donc une économie, sans croissance ?

    1. Les libéraux n’ont rien à faire de la croassance. Elle n’est utile pour l’Etat que lorsqu’il fait des dettes, essentiellement. Sinon, c’est parfaitement accessoire.

    2. Jesrad

      Moi je nuancerais la réponse d’H16: la croissance est un très bon moteur de mobilité sociale. Comme expliqué dans « Les héritiers de l’inégalité » publié par Le Monde (comme quoi tout arrive), pas de croissance signifie que les fortunes héritées se mettent rapidement à être surreprésentées dans les patrimoines, à terme cela fossilise la société, et stratifie socialement le pays tout entier: plus de mobilité sociale, du coup on naît et demeure pauvre de génération en génération tandis que les nantis le restent, et trustent éternellement le capital et le pouvoir. Et l’inverse se vérifie aussi: en période de forte croissance, il se passe tout le contraire.

      Bref, l’absence de croissance, tant qu’elle est le résultat d’actions et de choix pris dans le respect de chacun, conformément à l’éthique libérale, OK. L’absence de croissance par saturation de dépense publique et parasitisme de toute productivité par l’état, non.

      « Il y aura bien une limite quelque part ! »

      Certes, et cette limite, cette situation imaginaire dans laquelle tout le capital possible serait déjà investi au mieux sans pouvoir améliorer quoi que ce soit, où toute innovation serait stoppée et où les préférences temporelles des uns et des autres seraient arbitrairement figées – situation qu’on pourrait qualifier de « stade de développement économique terminal »… n’est qu’une asymptote, un but infiniment lointain, vers lequel on ne fera que tendre sans jamais l’atteindre vraiment. Le développement économique c’est d’ailleurs, justement, la recherche de cet « idéal » d’optimum d’efficacité économique.

      Et c’est pour ça que, même si cette limite existe, il y aura toujours de la croissance, TOUJOURS. Oui, une fonction mathématique qui croît sans cesse mais ne dépasse jamais une borne fixe, ça existe, n’importe quel collégien devrait le savoir. Exemple: y = 1 – 1 / x

      1. PAF

        exactement.La croissance est l’alpha et l’omega des Keynesiens car il signifie qu’on peut continuer a taxer et que l’etat peut imprimer plus pour un cout social qui ne le concerne pas.

      2. « pas de croissance signifie que les fortunes héritées se mettent rapidement à être surreprésentées dans les patrimoines, à terme cela fossilise la société »
        Oui mais cela suppose une société furieusement rigide, en fait tellement qu’elle est irréelle. La nature est plus remuante.

    3. Robert Marchenoir

      « Que pensez-vous de cette obsession mono-maniaque pour la crôassance ? Une société doit-elle toujours croître ? »

      Excellente question, que j’ai posée jadis sur le blog de Vincent Bénard, et qui m’a valu cette excellente réponse de son fidèle commentateur ST (à moins que ce ne soit de Vincent lui-même — la mémoire me fait défaut) : la croissance est nécessaire, car tout le monde désire améliorer son sort — et tout le monde s’accorde à penser qu’une prospérité accrue de certains (au minimum des pauvres, mais ce n’est pas limitatif) est souhaitable.

      La satisfaction de ce but implique ipso facto la croissance. Faute de croissance, certains pourraient améliorer leur sort, mais cela ne serait possible, alors, que par un appauvrissement de certains.

      C’est naturellement le rêve érotique des socialistes, mais les libéraux ne peuvent se satisfaire d’une telle situation. Au demeurant, si l’on explorait cette hypothèse, on s’apercevrait sans doute que même en appauvrissant les riches, on n’arriverait pas à enrichir les pauvres.

      Ne serait-ce que parce que l’outil de production des richesses aujourd’hui, c’est l’entreprise, et que si l’on appauvrit les entreprises et les chefs d’entreprise, les pauvres risquent d’avoir du mal à sortir de la pauvreté.

      Naturellement, quand je parle d’améliorer son sort, je me place sur le plan économique. Je suis pleinement conscient qu’on peut chercher à améliorer son sort sur d’autres plans, tout aussi légitimes : trouver la femme de sa vie, recevoir la Légion d’honneur, découvrir la foi… mais cela relève d’une autre discussion.

      Cela veut-il, pour autant, dire que tout le monde se retrouvera avec dix téléphones portables ? Bien sûr que non. Croissance ne veut pas forcément dire achat de biens de consommation inutiles et surnuméraires. Croissance veut dire : augmentation de la production de richesses. Pas forcément de trucs qui brillent, font du bruit et ne servent à rien.

      Peut-on sérieusement soutenir que, dans une société quelle qu’elle soit, l’amélioration de la prospérité de certains ne soit pas un objectif souhaitable ?

      Croissance peut vouloir dire : le cancer deviendra une maladie rare, grâce à de nouvelles découvertes scientifiques, grâce à de nouveaux médicaments, grâce à de nouveaux appareils de dépistage. Je suis sûr que tout un chacun, quelles que soient ses opinions politiques, peut citer une palanquée d’objectifs de ce type qu’il souhaite vivement.

      Cette explication me paraît excellente, car :

      – Elle est d’une simplicité désarmante ;

      – Elle est difficilement réfutable (pour ma part, en tous cas, je la trouve étanche);

      – Absolument personne ne la propose, alors que les perroquets des médias passent leur temps à réclamer, effectivement, la crôassance, la crôassance, la crôassance.

      En somme, la pensée économique dans ce qu’elle a de meilleur.

      1. Elphyr

        J’adore et j’approuve !

        Après j’suis pas convaincu que le gouvernement et les hommes qui vous ont pondu cette réponse parlent de la même croissance :/

    4. Sansintérêt

      « il n’y aura jamais 1000 milliards d’humains sur terre possédant chacun 3 voitures et 6 téléphones portables. »
      C’est vrai. D’ailleurs, le fait que le français moyen ne possède toujours pas 3 carrioles et les chevaux qui vont avec prouve bien que le progrès économique reste un mythe !

  7. Guillaume

    « pôles numériques organisés autour des opérateurs télécoms et intégrant des PME innovantes »

    Je serai une PME innovante, les mastodontes français seraient bien les premiers que j’essaierai d’éviter à tout prix, au risque de me faire cannibaliser. Recherchez dans quelles conditions sont parfois octroyés les prets OSEO par exemple…

  8. Guillaume

    Personne ne dit non plus que le travail d’un opérateur n’est plus que de creer et administrer correctement son réseau ET RIEN DE PLUS, si ce n’est quelques services.

    Les services sont désormais offerts par les grands du net (google, …) et les innovations sont réalisées par les équipementiers (CISCO, ERICSSON…).

    Les seuls investissements qu’ils ont à faire, c’est de faire des trous pour passer des cables et de changer le matos quand il devient trop vieux. Point.
    Bref, que les opérateurs fassent leur boulot correctement et arretent de geindre.

      1. Aristarque

        Et celle qui s’occupera des vilains traîtres au patriotisme fiscal qui osent n’avoir qu’un abonnement mobile sans avoir un abonnement fixe !

  9. akaLeLoup

    Ce qui est désolant, dans cet exemple comme dans tous ceux qui défilent sous nos yeux chaque jour, c’est que ni les hommes politiques ni leurs copains capitaines d’industrie qui les appellent quand ça les arrangent ne semblent comprendre le concept « d’écosystème ».

    En effet, si on résume les propositions, on prétend résoudre un problème en diminuant les impôts à gauche (incitation fiscale pour la fibre optique) et en les augmentant à droite (bim, taxe sur les opérateurs Internet). Or, ce n’est pas un jeu à somme nulle et un simple « transfert fiscal » puisque qu’il faut des gens dans l’administration (fiscale notamment) pour construire les nouveaux tuyaux qui ponctionnent à droite et recrachent à gauche, ce qui a un coût. L’effet Joule marche à plein régime, et l’opération au niveau écosystème peut s’avérer déficitaire (si tant est qu’on puisse prévoir, contrôler et maîtriser un système aussi étendu et complexe qu’un pays cf théorie du chaos).

    Tous nos amis ont visiblement renoncé depuis longtemps à l’approche globale (l’approche « désengagement de l’Etat » je n’en parle même pas), et se contentent d’être des constructeurs de tuyau qui font des « coups », one-off. Ca ne crée pas de la valeur, mais ça la fait voyager. C’est joli de la valeur qui voyage. Une belle roue avec un hamster dedans.

    1. raimverd

      L’effet Joule c’est dans les cables électriques. Dans les tuyaux ce sont les pertes de charges.
      L’idée générale d’une augmentation de l’entropie est correcte selon les théories en vigueur sur l’état de l’univers.

  10. Ano59

    Personnellement, je me demande depuis pas mal de temps quelle serait la solution idéale (d’un point de vue libéral) pour la gestion des fréquences radio du pays.

    Faut-il une telle gestion ? S’il n’y en a aucune, en pratique, on aurait un beau bordel fréquentiel avec tout le monde qui y va de sa petite émission radiofréquence et aucune exploitation possible.

    D’un autre côté, on doit tous connaître ici la « gestion » très particulière de ce spectre par l’Etat. Avec des critères très politiques.

    C’est une vraie question sans piège. La plupart du temps le point de vue libéral s’impose tout naturellement (et pas que sous un angle utilitariste) mais je n’ai jamais réussi à entrevoir de solution pour ce cas précis.

    1. Je ne vois pas où est le problème avec les fréquences. Elle est libre : un émetteur la prend. Si un autre arrive ensuite et tente l’overlap, les tribunaux sont aptes à juger qui est arrivé le premier. On peut admettre une jurisprudence sur le temps d’émission et la primauté, et voilà. Le reste est de la gestion de voisinage. C’est proche de la gestion des noms sur internet, en fait (qui n’a pas besoin d’une entité centralisée).

      1. BN

        Et si le premier arrivé utilise les fréquences comme un goret et prend l’essentiel du spectre (utile) ?
        Pour la radio ou la TV, on a du mal à l’imaginer (encore que, avec une modulation bien inefficace…), mais pour des techno comme le gsm qui utilise naturellement un grand nombre de canaux ?

        1. J’ai parlé de temps d’émission et de primauté. Autrement dit, pour qu’une fréquence soit réputée prise, il faut effectivement émettre dans cette fréquence, hein. Combien ça va coûter au premier entrant de mobiliser toutes ces fréquences, tout le temps ? Et du reste, des acteurs sont *déjà* là. Une libéralisation du spectre ne les ferait pas disparaître, pouf.

      2. dede

        « la gestion des noms sur internet, en fait (qui n’a pas besoin d’une entité centralisée). »

        Et voila, je vais enfin pouvoir apprendre quelque chose a notre hote (je lui dois bien cela avec tout ce que j’apprends gratuitement ici): la gestion des noms sur internet a toujours ete centralisee, meme si la vente des noms de domaine a ete ouverte a la concurrence (a la fin du siecle dernier, Network Solutions avait le monopole et ca coutait un bras)

        http://en.wikipedia.org/wiki/Internet_Corporation_for_Assigned_Names_and_Numbers

        Ceci dit, la comparaison avec les frequences radio est un peu osee car il me semble que l’on compare une ressource finie avec une ressource infinie (en pratique, meme si en theorie, les deux sont infinies)

        1. Vous vous méprenez sur ce que j’ai écrit. L’ICANN existe, mais la gestion n’a pas besoin d’une entité centralisée (d’ailleurs, la pratique réelle est qu’elle est déjà, actuellement, assez décentralisée).

    2. Higgins

      Une bonne partie su spectre était encore, il y a peu, sous la coupe de l’état principalement du fait de la chose militaire. Le pilotage de l’ensemble se fait essentiellement au niveau international ce qui n’empêche pas nécessairement le copinage au plan national.

  11. NOURATIN

    Ah ben dites donc, moi qui croyais que Dieu n’avait pas fait
    exprès de nous créer aussi bêtes! Eh oui, bien sûr, il ne se trompe pas Dieu, il a juste voulu s’en payer une tranche quotidienne!Vu comme ça, son chef d’oeuvre c’est quand même
    François Hollande, avec celui là c’est carrément le tournedos
    rossini tous les jours.

  12. Humungus

    Les gouvernements ont une vision très sommaire de l’économie. Si ça bouge ajoute des taxes. Si ça bouge toujours impose des lois. Si ça s’arrête de bouger donne des subventions.
    Ronald Reagan (dont l’économiste préféré était Bastiat !)

  13. Humungus

    Au fait, bonjour à tous et merci à notre hôte H16 pour ses éditoriaux que notre belle presse française sous perfusion étatique serait bien incapable de produire…

      1. Robert Marchenoir

        Je suis déontologiquement contre Free, pour les raisons suivantes :

        – L’entreprise est coutumière du mensonge, de la fraude et de l’arnaque envers ses clients.

        – Son patron est un socialiste déclaré.

        – C’est un traître à la patrie : il propose, pour un prix dérisoire, un abonnement spécifique à des chaînes de télévision islamistes arabes, qui militent tous les jours pour la conquête de notre pays et la destruction de notre civilisation.

        1. Le patron pourrait être cosmonaute, adepte sado-maso et collectionneur de timbre vélocipédophile, j’ai du mal à voir pourquoi ça devrait impacter un choix de consommateur cohérent.
          Pour le reste :
          – le mensonge, je ne vois pas trop : les abonnements sont bien au prix indiqué et les gens pas contents peuvent aller voir ailleurs. Ils ne le font pas en masse ce qui montre que votre avis n’est pas du tout partagé.
          – traitre à la patrie : c’est übercon, Robert. Il est capitaliste, s’adapte à sa clientèle et c’est tout.

  14. Bruno Liautaud

    Don Quichotte.

    C’est quoi Don Quichotte ?

    Pour comprendre Don Quichotte il est indispensable de se replacer dans les temps de Don Quichotte. La littérature à ce moment là c’était uniquement des comptes de fées et de preux chevaliers; et tout le monde y croyait; absolument tout le monde; comme idéal moral; ce point est capital.

    Don Quichotte c’est en un livre tout le ridicule du preux chevalier et de blanche neige qui en fait, fait des fois le trottoir comme d’autres, quand la nécessité se fait sentir.

    Le mensonge, montré comme il l’est, pas beau, surtout quand on l’a usé jusqu’à la corde.

    Il va nous sortir un nouveau Don Quichotte, là, dans pas longtemps, c’est comme ça.

    En pur égoïsme, je me demande le juste le nombre de morts qui me sépare de lui.

  15. Robert Marchenoir

    « Le patron pourrait être cosmonaute, adepte sado-maso et collectionneur de timbre vélocipédophile, j’ai du mal à voir pourquoi ça devrait impacter un choix de consommateur cohérent. »

    Réflexion parfaitement antilibérale, H 16. Un marché libre, c’est celui où les gens choisissent librement. Et donc, pas en fonction de critères réputés « cohérents » par le PolitBuro Central du Parti Libéral Dogmatique de Frônce.

    VOUS prétendez m’expliquer à MOI quels critères JE devrais appliquer pour ME séparer de mon pognon ?

    « Le mensonge, je ne vois pas trop. »

    C’est que vous avez mal regardé. Free est le spécialiste des arnaques en tout genre — renseignez-vous. Les associations de consommateurs ont porté plainte contre eux.

    « Les gens pas contents peuvent aller voir ailleurs. »

    Un instant. Vous commencez par me dire que j’ai tort de ne pas apprécier l’offre de Free, que ce n’est pas cohérent, puis vous me dites que si je ne suis pas content, je n’ai qu’à aller voir ailleurs ? Il faudrait savoir.

    « Ils ne le font pas en masse. »

    Sans blague ? Vous avez des chiffres ? Les forums regorgent au contraire d’innombrables témoignages de gens qui ont quitté Free exactement pour cela.

    « Ils ne le font pas en masse ce qui montre que votre avis n’est pas du tout partagé. »

    Mort de rire. C’est exactement l’argument utilisé par les gauchistes pour tenter de discréditer leurs adversaires. Et notamment les libéraux : d’toutes façons, vous êtes ultra-minoritaires, Madelin 1%, gna-gna-gna, donc camembert.

    « Traitre à la patrie : c’est übercon, Robert. Il est capitaliste, s’adapte à sa clientèle et c’est tout. »

    Mais bien sûr. Ma clientèle est composée de subversifs haineux et violents qui veulent prendre le pouvoir par la force, je leur vends de la propagande subversive haineuse et violente qui les incite à prendre le pouvoir par la force (et accessoirement vomit son mépris du libéralisme), je suis capitaliste et je m’adapte à ma clientèle.

    Où donc pourrait bien être le problème ?

    C’est rigolo comme la moindre critique de Free suscite, sur Internet, des palanquées de commentaires outrés qu’on ose s’attaquer à un tel bienfaiteur de l’humanité.

    1. Bon, mon brave Robert, vous n’y entendez pas grand chose. Reprenons.

      – consommateur cohérent : s’il consomme, il achète des produits. Il juge donc à l’aune de ce que le produit lui apporte. Je peux concevoir qu’il achète ou pas parce que le patron est moche ou sado-maso, mais on est alors dans le domaine du pur goût, qui échappe à la cohérence à laquelle je faisais référence (celle du consommateur). Il peut rester un individu cohérent, mais n’est plus un consommateur cohérent. C’est, du reste, légitime, mais pas cohérent du point de vue du consommateur. Et il n’y a rien d’antilibéral. Ce qui serait antilibéral, ce serait d’interdire ou d’obliger tel ou tel comportement. Comme je ne l’ai pas écrit, et que vous avez embrayé, bille en tête, sur l’anathème antilibéral, j’en déduis que vous ne savez pas lire.

      – le mensonge : bon. Vos preuves ? Nada. Du vent.
      – les masses : 2.5 millions de nouveaux abonnés. C’est dans tous les journaux d’opérateurs qui chouinent. Là encore, apprenez à lire. Votre avis n’est donc pas partagé (et toujours non étayé par des preuves).
      – et j’attends un argument de fond pour le traitralapatrie.

      C’est rigolo comme lorsqu’on vous oppose quelques arguments de bon sens, vous fuyez en petites phrases dilatoires parfaitement ridicules : comme vous dites des bêtises et que je vous le fais remarquer, vous me traitez d’antilibéral puis de communiste puis de crétin à mots couverts. Vous comprendrez pourquoi le dialogue s’arrêtera ici, n’est-ce pas ?

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