[Redite] Une France apaisée mais pleine de fusillades

Billet initialement paru le 20.02.2017

En février 2017, la France connaissait une vague de fusillades qui… Ah mais non en fait : il s’agissait d’un mois tout à fait banal dans lequel les fusillades étaient pourtant courantes. Comme, du reste, ce mois-ci, un an plus tard, qui a commencé avec encore une petite « rixe », c’est-à-dire une fusillade entre migrants à Calais.

Heureusement, le port d’armes est interdit et la détention d’armes à feu, dans le pays, est strictement contrôlée, sinon on peut être sûr que ce serait le Far-West américain, etc, etc. N’est-ce pas ?

La campagne électorale est maintenant lancée à plein régime, ce qui permet d’intéresser le bon peuple français avec des sujets palpitants comme la colonisation algérienne, les tractations mélenchono-hamonesques et le grand orchestre d’instruments à vent d’Emmanuel Macron. Et heureusement que ces clowns sont là : sans eux, on prendrait conscience qu’il y a quelque chose de pourri dans la République du Bisounoursland.

Pourtant, tout le monde sait qu’en France, grâce à l’énergique pacification de la société entreprise depuis plus de 40 ans, la plupart des problèmes ont été réglés et que, d’années en années, la condition du peuple s’est franchement améliorée : sécurité fiscale puis sécurité financière ont permis à toutes les classes sociales de marcher main dans la main, jusqu’au moment où la sécurité physique fut totale et parfaite.

Pas étonnant, dès lors, qu’à chaque période électorale, les sujets économiques passent très loin au second plan. Pas étonnant que la sécurité des citoyens ne concentre guère d’attention tant le pays est un havre de paix. Comme globalement, tout va plutôt bien, il ne reste plus dans les agendas des journalistes, des chroniqueurs politiques et des politiciens que des questions périphériques sur les petits ajustements qu’on peut encore faire à la magnifique machine huilée qu’est devenue la France, tant et si bien qu’on en est à réfléchir sur la distribution universelle et généreuse des dividendes d’une richesse revenue en fanfare, la sortie de l’euro tant notre économie, solide, garantirait une monnaie en béton armé, ou d’autres mesures frappées au coin du bon sens.

optimisme

En tout cas, c’est la seule explication valable qui me vient à l’esprit quand je vois avec quelle légèreté sont traitées les fusillades régulières qui ont lieu un peu partout dans le pays, et à Marseille en particulier.

Comment ? Vous n’avez pas remarqué ?

Pourtant, quelques titres ont parsemé la presse furtivement, entre deux saillies vagues de politiciens en campagne, et il ne faisait aucun doute qu’une fois encore, le pays et l’arrière-pays s’illustraient autrement que par « vivrensemble » et distribution de câlins.

C’est ainsi que vendredi, on apprenait la mort d’un individu suite à une fusillade. Les circonstances de cette fusillade sont suffisamment « croquignolesques » pour qu’on y consacre quelques mots : deux véhicules, dont une grosse cylindrée, se sont mis à poursuivre une Twingo noire à près de 150 km/h sur l’A55, obligeant les autres automobilistes à s’écarter et à ralentir. Quelques minutes plus tard, après avoir terrorisé plusieurs automobilistes et leurs familles sur leur passage, deux des trois véhicules se retrouveront sur le toit, le conducteur de la Twingo sera abattu puis carbonisé par les occupants du troisième véhicule qui prendront la fuite.

Pour le préfet des Bouches-Du-Rhône qui ne manque manifestement ni d’aplomb ni d’inventivité, tout ceci se résume à – je cite – un bête « homicide par règlement de comptes », le règlement de compte devenant de nos jours un objet vraiment très contondant.

Notez que tout ceci se passe à Marseille en 2017 et pas à Chicago en 1930, et notez qu’une telle série aux États-Unis nous aurait valu d’improbables commentaires des foutriquets habituels sur le port d’arme, la mentalité foncièrement différente des Américains et sur la nécessité évidente de bien encadrer la possession d’armes à feu (parsemé d’un petit « ouf, en France, ce n’est pas comme ça »). Mieux encore, certains, naïfs ou idiots, pourront insister sur le caractère exceptionnel de ce genre de faits divers.

Ils ont, bien évidemment, tort.

En fait, l’aspect exceptionnel ici est dans le faible nombre de victimes et c’est à peu près tout. Les fusillades, dans ce pays, sont devenues en réalité assez régulières. Un petit coup d’œil aux nouvelles locales permet de bien comprendre l’importance du phénomène : Bobigny compte ces derniers jours trois blessés dont un grave à cause d’une fusillade, Aix, Gignac et Marseille complètent la série hebdomadaire. La semaine précédente, Allauch et Marseille encore une fois trouvaient une place dans la même rubrique.

Je pourrais aussi, pour l’amusement, ressortir un précédent billet de 2015 dans lequel je faisais état d’une semaine presque banale en Bisounoursie socialiste où, sur sept jours, on trouvait cinq fusillades à différents endroits, fusillades initiées et terminées par la faune locale et jamais par la police qui, comme la cavalerie, arrive toujours après les faits.

De façon très concrète, très claire, la France est devenue une terre de fusillades et on ne doit l’absence de réaction à cette réalité tangible qu’à la cécité commode d’une part des grands médias et à l’envie de ne surtout pas voir cette réalité dérangeante par une proportion majoritaire des politiciens et, il faut bien le dire, des citoyens pour qui fusillade est seulement synonyme d’Amérique. De ce point de vue, la propagande par action ou, comme ici, par omission, fonctionne assez bien.

Il n’en reste pas moins que le pays est, au moins localement, en proie à de véritables guérillas de gangs mafieux que ne semblent arrêter ni la police, ni la gendarmerie, ni la justice ni la kyrielle de politiciens bigarrés qu’on nous offre d’un plateau télé à l’autre.

De façon tout à fait symptomatique et parfaitement en lien avec cette ambiance catastrophique qui règne sur certains pans entiers du territoire français, on assiste aussi à une violence récurrente et systématique lors de manifestations. Les dernières en date, prenant plus ou moins prétexte des violences policières subies par Théo, se soldent par plus d’une douzaine d’arrestations suite à des exactions qu’absolument rien ne justifie, de la même façon qu’absolument rien ne justifie d’aller brûler les voitures personnelles de policiers qui n’ont rien à voir avec l’affaire (cinq jusqu’à présent).

Interrogés ou titillés par ces événements, il va de soi que nos politiciens ont réagi avec la présence d’esprit et la lucidité qu’on retrouve facilement chez certains petits primates lorsqu’il s’agit d’attraper des fruits goûtus tout en se grattant une couille : Marine Le Pen juge nécessaire d’interdire les manifestations (si les gens sont violents, interdisons les gens), François Fillon remet sur la table l’idée d’une majorité pénale à 16 ans, quant au clown qui sévit encore comme président et à son factotum en plastique qui lui sert de ministre de l’Intérieur, ils n’ont rien trouvé de mieux qu’à se taper une petite opération de communication personnelle aussi putassière qu’hypocrite.

Autrement dit, soit les politiciens n’ont rien à dire sur ce qui ressemble à un mode de vie très alternatif dans le pays et qui échappe de plus en plus à toute forme d’autorité, soit ils s’expriment sur le sujet et enfilent avec application des bêtises périplaquistes en lieu et place d’un traitement de fond, durable.

Les principes, les lois, la volonté des citoyen excédés par un laxisme multi-décennal, les moyens techniques, financiers et humains, tout existe déjà pour revenir à une situation normale d’un pays dit civilisé, d’état de droit et de respect de la personne. Malheureusement, une frange de la population, la presse et l’intelligentsia politique n’ont toujours pas compris.

À mon avis, dans un proche avenir, elles peuvent se préparer à quelques surprises.

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Commentaires35

  1. Le Gnôme

    A Marseille, il va bientôt falloir se balader avec un gilet pare-balles.Notons que pour acheter une arme est mission impossible en France, sauf si vous connaissez du monde dans les cités.

    De toutes façons, même le canif devra être interdit, on peut se blesser avec et tuer l’adversaire qui mourra…de rire.

    1. Aristarkke

      Il nous pend au nez une future formation à l’usage de l’Opinel, façon le permis tronçonneuse qui finira bien par être rendu obligatoire, celui là aussi…

    2. kekoresin

      L’achat est conditionné par l’obtention du permis de détention, sauf bien sur pour les malfrats qui se passent très bien de la bénédiction de la préfecture et qui ont accès aux armes de guerre (catégorie A), généralement des carabines automatiques du genre AK.

      La conservation de l’arme est plus ardue. Après 6 mois de stand de tir, tu dois faire la demande de détention. Le club te fournit un papier qui t’autorise à faire cette demande, c’est à la discrétion de la fédération de tir, si ton carnet de tir et ta licence sont à jour, et si ton comportement est jugé acceptable. Ensuite ta demande d’une ou plusieurs armes est envoyée à la préfecture avec le cerfa qui convient plus une liste de docs à joindre. Après enquête administrative et sociale, tu seras autorisé à détenir la ou les armes en question pendant 5 ans. En cas de casier judiciaire ou d’antécédents de maladie mentale, il est quasiment impossible d’avoir l’autorisation préfectorale. Si tu ne t’inscris pas à un club de tir ou que ton carnet de tir n’est pas à jour, la gendarmerie viendra saisir ton matériel (arme, poudre, munitions…). Ta licence doit de plus être validée tous les ans par le médecin qui certifiera ta capacité physique et surtout mentale à la pratique du tir. Sinon il y a le permis de chasse mais pour des armes et des munitions de différente catégorie (C). Un tireur sportif a accès aux armes et munitions de chasse mais pas l’inverse (catégories B et C).

      Attention, si le gouvernement décide qu’une arme n’est plus autorisée, ce sera la confiscation pour destruction. C’est déjà arrivé pour les fusils à pompe à âme lisse de plus de 3 coups. Voilà le topo en résumé des conditions de détention d’arme en France.

  2. Calvin

    Un assassinat encore, il y a peu dans notre bonne ville à la Bonne Mère.
    Mais rassrons-nous, notre Bon Petit Père du Peuple Jean-Luc se tâte pour devenir Mère de la Ville et remettre de l’ordre et du bisou….

    1. Higgins

      A Massilia, on doit en être à un meurtre par semaine en moyenne depuis le début de cette année. Deux corps viennent encore d’être découverts carbonisés dans un parking avec au moins un mort par balle. Elle est pas belle la vie en Socialie.

    2. Aristarkke

      Ces dernières années ont vu un coup de mou de Phocée dans le palmarès des meurtres, menée au score qu’ elle était par la Guadeloupe puis la Guyane…
      Il est temps de ramener l’ordre dans la galaxie…
      Cette année 2018 démarre effectivement très fort, comme notre Major l’indique…

  3. Moudtoncafénoir

    C’est où Marseille ?

    Si si ca va bien se terminer. En plus le business sur la drogue va être intégré au PIB. Puisqu’on vous dit que l’essentiel c’est un PIB en croissance, avec la Caca40, alors, hein…

    Et puis c’est pas comme si le gens voulaient plus de sécurité pour ensuite s’enfiler deux trois verres et plus avant d’aller en soirée VIP, le jeudi soir, avec un rail dans une narine et un joint dans l’autre.

    Non, les gens du vivre ensemble, une majorité, sont éduqués, sobres, ne sortent que pour s’instruire, se cultiver et consommer accessoirement les gadgets du Caca40 pour bien faire progresser le PIB.

    La dérive c’est les autres, une minorité forcément… dont profite une autre minorité. Entre ces deux minorités, une troisième plus ou moins élue par les gens du vivre ensemble majoritaires compte les points et le… pognon.

    Tout va bien se passer, c’est sur.

    1. kekoresin

      Le syndrome Harlem Désir, « touche pas à ma dope ». Belle lecture en effet sous le prisme un peu rayé du racisme épouvantable du caucasien qui écrase l’arabe dans une pauvreté qui l’oblige à maltraiter les femmes et vendre de la drogue à ces bouffons de catholiques! On est pas très loin de la lecture « journalistique » ambiante…

  4. Citoyen

    Oui, ce qui est relativement « drôle » dans cette séquence, est que des clandestins, qui sont censés avoir passé les frontières avec les mains dans les poches, se retrouvent à Calais avec des armes à feu dans ces mêmes poches !… Étonnant, non ?
    Et la présentation merdiatique qui est faite du sujet, est tellement biaisée, que faute d’information suffisante, on pourrait être amené à croire que ces clandestins ne pouvant disposer d’armes, les seules balles disponibles ne pourraient venir que de la police … Tout l’art d’emballer de l’information, pour la faire passer pour ce qu’elle n’est pas …
    Malgré que la fRance ait du mal à se mettre « en marche », avec le cancer du colon (pas sûr de l’orthographe) qu’elle a attrapée à l’intérieur, tout est sous contrôle … Puisqu’on vous le dit !

  5. René-Pierre Samary

    Je ne réussis pas à voir que du négatif dans ces fusillades. Certes, le principe libéral de la libre concurrence y est appliqué avec un enthousiasme qui peut paraître excessif. Mais peut-être se trouve-t-il, parmi les survivants de ce jeu de quilles, quelques-unes de nos futures élites politiques ou entrepreneuriales. Observez l’ascension de quelques-uns de nos anciens lanceurs de pavés, qui vomissaient l’ordre bourgeois ! Regardez comme un Théo devient l’intime d’un président…

    1. Gosseyn

      ThéO, effectivement, sa famille et les détournements de fonds dont elle est accusée, cela doit remuer tant de souvenirs d’histoires vécues par nos politiciens ! D’honorables pratiques, dans ces milieux …

        1. Stéphane B

          Tiens, il a imité Brigitte Bardot qui avait fait ce tatouage. D’ailleurs, son copain de l’époque s’était fait la même réflexion

  6. kekoresin

    Ha ces afghans, ce sens de la fête, et ces africains qu dansent au rythme des pétarades saccadées, c’est ça la world music qui fait la vraie richesse culturelle de notre pays.

    Si l’état ferme les yeux sur ces malheureux enfouraillés, c’est probablement pour ne pas trop les dépayser, eux qui souffrent d’un exil déjà trop lourd où la France doit avoir une certaine responsabilité pour peu que l’on remonte à quelques siècles ou que l’on torde l’histoire assez fort pour les faire entrer dans les manuels scolaires, antichambres de nos petites têtes blondes si sensibles aux théories du complot non certifiées NF.

    1. Vassinhac

      Encore un corollaire de la PAC : quand on donne des aides, le débat sur « qui devrait être aidé et combien » devient houleux. Arrêtons les aides et laissons les agriculteurs décider si cela vaut le coup de continuer à cultiver les mauvaises terres. Si ça ne vaut pas le coup, je peux m’occuper du reboisement.

  7. Higgins

    Si la « doulce » France est devenu ce pays apaisé, elle va connaître la quiétude complète puisque Anastasie effectue un puissant retour (je suis un tantinet inquiet): « Fake news: les contours de la future loi se précisent » (https:/ /www.lexpress.fr/actualite/politique/fake-news-les-contours-de-la-future-loi-se-precisent_1981991.html)

    Messieurs les censeurs, à vos ciseaux.

  8. gérard

    Bravo pour les illustrations humoristiques H 16,toujours un régal(le singe avec les bulles,et le tatouage)!Mon gif favori:la femme qui pousse la brouette de ciment sur la planche,j’espère qu’on le reverra bientot.

  9. albundy17

    IL y a bien sûr les fusillades, mais aussi tout ces petits tracas dans certaines zones: Je voyais l’autre jour une émission genre 90 minutes enquêtes, relatant la vie des policiers de je ne sais plus quelle ville.

    Face au bordel régnant régulièrement sur une avenue bordée de barre à loyer payés par les autres, la mairie a installé toute une série de caméra. Réaction, les occupants de la nuit ouvrent les armoires électriques et font sauter l’éclairage de tout le quartier ^^

    Envoi d’une patrouille de police, pluie de caillasse, ils se sauvent et confirment au PC que c’est bien l’éclairage qui est off, et non pas les caméras :mrgreen:

    2 heures plus tard, envoi d’un électricien pour réparer le bouzin, évidemment accompagné de 2 camionnettes de gendarmerie pleine de robocops, pis de la patrouille caillassée.

    Effarant

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