Pot-pourri pourri

L’actualité, parfois, fourmille de petits détails amusants, pépites ubuesques dans un monde de plus en plus gouverné par la logique implacable des ordinateurs. Certains artistes sentimentaux en viennent à regretter les temps naguère où, vivant à l’écoute de la nature, l’humanité se contentait de courir vêtue de peaux de bêtes à la recherche d’un bonheur simple fait de chasse et de cueillette. Et dans ce monde où, semble-t-il, l’ordre et la méthode sont devenus la norme, les grand pourvoyeurs de nouvelles idiotes, d’assertions sans queues ni têtes et de raisonnements bidons sont, facilement, les gens de l’appareil d’état, où qu’on soit dans le monde.

Et dans le monde, le pays qui dispose, en live et en continu, d’un véritable spectacle de Guignols, c’est bien la France. Tous les jours, une nouvelle au moins retrace un ahurissant déboire, une fumisterie habituelle ou un consternant ratage dont nos élites ont le secret. Tant et si bien qu’à la fin, on se demande dans quelle mesure ils ne sont pas élus précisemment pour leur maîtrise naturelle du Foirage Grand Angle.

Tenez, prenez une poignée de nos ministres. Certains, décidés à laisser une trace mémorable dans l’histoire de la ripoublique, s’empêtrent dans des histoires de roman de gare, d’espionnage et de blanchiment d’argent sur des comptes au Luxembourg. Rien que dans cette sombre affaire Clearstream, on retrouve ainsi une douzaine de noms d’hommes politiques divers. Mon seul commentaire sera l’étonnement : qui Pasqua a-t-il menacé pour ne pas apparaître dans la liste ? Y’a tout le monde, sauf lui… On en vient à croire qu’il n’avait pas été invité à la surboum.

D’autres, comme notre MAM (Missile Anti-Missile Michèle Alliot-Marie), sont à la fois impliqués dans l’affaire Clearstream (via leur ministère) et dans de formidables plantages : notre marine, pour ne pas être en reste de la Grande Muette, va devenir la Grande Sourde, à la suite de la perte d’un sonar peut-être super-sophistiqué et certainement super-cher . 5 millions d’euros de matériel se retrouvent maintenant par 3000 m de fond à la suite d’une probable erreur de jugement du capitaine du navire. La pauvre MAM n’y est pour rien, mais on a là encore l’impression fugace que le sort s’acharne à démontrer la médiocrité générale de tous les services de l’état…

Quand à notre Breton national, il pavoise, heureux comme un gamin de 5 ans avec son nouveau cartable, en répétant à qui veut l’entendre que la dette, si si, c’est sûr, elle diminuera l’année prochaine. A la manière d’un fumeur invétéré, qui, le soir du nouvel an, s’engage solennellement, un verre de champagne à la main, à arrêter son vice dispendieux et cancérigène[1], Thierry La Fraude s’est engagé, pouët !, à ne pas dépasser les 3% de déficit en 2007 (quel comique, ce Thierry).

Mais il va plus loin, le bougre : ne reculant devant aucun sacrifice (qu’on nous imposera) quant à la dette publique, « l’engagement qui avait été pris, c’est une réduction à partir de 2007 », a ajouté le ministre de la dépense. « Eh bien moi, je prends un engagement un an plus tôt : réduction dès 2006. » . Tout est dit : mettez un chapiteau, faites tenir à votre Thierry un petit micro, habillez-le d’un haut de forme, et voilà un monsieur Loyal tout à fait décent, vantant les mérites de son terrible fauve qui, non content de rugir de plaisir, réduit la dette, annule le déficit et avale des couleuvres sans ronchonner. On aura beau jeu, sous les lumières colorées que le spectacle nécessite, d’expliquer à notre ministre que si l’année prochaine, on est encore en déficit, la dette ne risque pas de diminuer, même de loin.

Pendant ce temps, le ministre de la Santé, lui, esquisse des petits pas de deux chaloupés : un pas en avant, pour annoncer qu’il va falloir fermer 113 blocs opératoires dont l’activité ne peut justifier le maintient, et un pas en arrière, pour annoncer que les agences régionales d’hospitalisation devront étudier au cas par cas chacun de ces 113 blocs pour vérifier si, effectivement, on doit les fermer. Parions (sans risque) que dans un an, sur les 113, un ou deux auront effectivement fermé, peut être un peu plus, mais que la majeure partie de ces gouffres financiers seront toujours en fonctionnement, i.e., grilleront des subventions (eh oui : ils ne seront pas plus en activité que maintenant, puisque précisemment, c’est le manque d’activité qu’on leur reproche).

A la tête de tout ce petit monde, notre Chi, de son côté, s’empresse de refourguer (avec, on l’espère, plus de talent que pour les Rafales en Arabie Séoudite) de la technologie française en Egypte. Pour amener son « client », Moubarak, dans de bonnes dispositions, rien de tel qu’une ou deux déclarations idiotes de politique étrangère : ça ne mange pas de pain, et ça peut permettre de fusiller définitivement le peu d’estime que les étrangers ont de nous. Dans le niagara de conneries tous azimuts que notre président-élu-à-82% dégoise à longueur de journées, on retiendra un petit « La France n’a rien contre la Syrie. Elle souhaite simplement que la Syrie cesse de faire des ingérences de toute nature au Liban » : car la Syrie ne doit pas s’ingérer dans les affaires du Liban, au contraire de la France qui peut bien, elle, petit doigt en l’air, s’ingérer dans les affaires de la Syrie. Je n’évoquerai que rapidement le tour de force de papy-Elysée concernant l’Iran, déclarant qu’ « il faut explorer toutes les possibilités offertes par l’action diplomatique pour éviter une déstabilisation qui pourrait être très grave dans la région du Moyen-Orient », ce qui revient à continuer ce qu’on fait déjà, avec les résultats complètement nuls que l’on sait. En matière de proposition vide, ou, disons, de non-proposition savamment enrobée, le Chi réalise ici une bonne performance.

Mais ces performances des gouvernants franco-français sont cependant éclipsées, pour une fois, par celles, nettement plus incroyables, des gouvernants grecs : les JO de 2004 sont finis (eh oui, nous sommes en 2006, p*tain de réalité pas poétique) mais la Grèce continue de payer des fonctionnaires pour … réfléchir « à la préparation et au bon déroulement » des JO de 2004. Architectes, ingénieurs, mécaniciens, imprimeurs, informaticiens, économistes, géologues, chauffeurs et assistants émargent toujours au budget de l’Etat.

Finalement, le monde de Matrix, entièrement mis en coupe par des machines froides, sans âmes, n’est pas pour demain : tant que de fiévreux étatistes, dopés par les subventions publiques, continueront leurs oeuvres, chaque jour qui passe sera un nouveau florilège de leurs plus poétiques malversations.

Notes

[1] car ne l’oublions pas, fumer provoque des taxations graves

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