Vous allez voter ? Alors ne dites pas que vous ne saviez pas.

Ce dimanche est un jour d’élections. Certains d’entre vous iront donc aux urnes, feignant de croire exprimer ainsi leur avis sur la gestion départementale. Peut-être est-ce donc le moment de rappeler quelques fondamentaux qui remettront les décisions de nos élus dans leur juste perspective historique, afin d’éviter, par exemple, qu’on nous ressorte l’inénarrable « on ne savait pas » une fois les élections passées.

On pourrait déjà noter qu’un nombre conséquent de nos actuels élus, conseillers généraux en place depuis plusieurs longues années, ont participé à la mise en place, dans les communes dont ils sont souvent aussi maires, de financements dont l’abondement fut réalisé il y a quelques années en utilisant ces emprunts adossés à des devises étrangères et soumis à des taux rapidement défavorables à la collectivité locale lorsque la situation économique mondiale n’est pas parfaitement maîtrisée. Ces emprunts, rapidement qualifiés de toxiques par les équipes d’irresponsables en place au moment de leur signature alors que la conjoncture partait en sucette, ont accru dans d’énormes proportions les difficultés souvent étendues dans lesquelles baignaient déjà les collectivités en question.

pawel kuczynski politiciens a la mangeoire

On savait grâce à une étude précédente, dont j’ai parlé récemment ici, que ces emprunts avaient été utilisés plus fréquemment parmi les collectivités locales les plus endettées. Oui, vous avez bien lu : ce sont bien les collectivités les moins bien gérées qui ont, préférentiellement, choisi ces montages dangereux et mal maîtrisés. L’étude (disponible ici), de Christophe Pérignon et Boris Vallée, montrait de surcroît que ces emprunts avaient été réalisés pour cacher le coût réel de la dette souscrite, d’une part, et montrait d’autre part de façon fort à-propos avec ce qui nous occupe ce dimanche, que ces emprunts étaient d’autant plus utilisés qu’une élection approchait, que l’élu était contesté et que les voisins proches de l’élu avaient eux-mêmes utilisé de tels montages, montrant l’aspect particulièrement moutonnier de nos politiciens.

En soi, ces éléments permettent déjà de se faire une idée assez précise de la qualité discutable des motivations de nos élus. Cependant, ce serait un peu court de s’arrêter là, surtout qu’une étude supplémentaire des mêmes auteurs et sur le même sujet apporte une lumière encore plus crue sur l’étendue de la supercherie qui s’est jouée au sujet de ces prêts dits toxiques.

Le mot « supercherie » n’est en effet pas de trop. Cette étude, disponible ici, a cherché à savoir si les politiciens locaux se sont effectivement faits rouler dans la farine en se faisant refourguer ces prêts, ou si, au contraire, ils ont pris les risques en toute connaissance de cause, en choisissant plutôt les bénéfices de court-terme en dépit des risques. Et, comme le lecteur régulier du blog et le moutontribuable, révolté mais lucide, peuvent s’en douter, la réponse est malheureusement sans équivoque : les évidences empiriques montrent que ces politiciens ont bel et bien choisi de façon habituelle (et probablement détendue) ces emprunts fort risqués à dessein, pour le gain politique, sans tenir compte des risques.

Mais le pire, c’est que, statistiquement, cette stratégie parfaitement éhontée a fonctionné : ces emprunts ont bel et bien aidé à leur réélection. On apprend en effet que sur les 300 plus grosses municipalités françaises, 72% ont utilisé ces prêts structurés complexes, dont 40% peuvent être classifiés de « toxiques » (i.e. pour lesquels le taux peut facilement atteindre les deux chiffres sur de longues périodes de temps, jusqu’à 30 ans). Et lorsque ces prêts ont été contractés, ils l’ont été pour aider à la baisse des impôts locaux, plutôt qu’à des investissements publics (et a contrario, bien sûr, d’une diminution des dépenses, qui aurait pu se traduire par la même baisse d’impôts).

Enfin, l’étude montre que ce sont aussi les politiciens les mieux éduqués, aux diplômes les plus élevés qui se sont lancés dans les opérations les plus risquées là où les responsables locaux de formations plus modestes se sont abstenus. Le syndrome énarchique semble avoir, là encore, frappé.

Rien que ces éléments devraient faire réfléchir plus d’un électeur lorsqu’il ira, ce dimanche, griller quelques calories par l’auguste mouvement du semeur de bulletin. Une réflexion qui devrait même largement le pousser à se demander combien de temps encore on va pouvoir le prendre ainsi pour un pigeon aussi facile à berner. Cependant, ce qui devrait, dans un monde normal, achever d’emporter toute la crédibilité des élus et futurs élus, c’est la dernière fourberie que les actuels parlementaires nous ont réservée ces derniers jours.

Parce qu’un foutage de gueule ne serait pas entier s’il n’était pas public, s’il n’était pas affiché haut et fort, et s’il n’avait pas cette capacité à nous rappeler qu’en définitive, nous méritons, tous, la fange qu’ils nous jettent à la figure, les parlementaires ont en effet clôt la semaine sur un vote, unanime, renforçant l’indemnisation des élus battus.

politics, before & after elections...

Bien tristement, il ne s’agit pas d’une loi qui s’occuperait de mettre en place une indemnisation pour ces élus ou leurs familles survivantes lorsque la foule, exaspérée par leurs comportements et leurs casiers judiciaires, s’en prendrait à eux et les battrait comme plâtre. Malheureusement, c’est bien d’une loi visant à leur offrir de confortables coussins financiers lorsqu’ils se font débarquer par les voies naturelles de la démocratie.

Cette loi prévoit notamment de doubler la durée d’indemnisation des élus après la fin de leur mandat. Comme l’explique le député socialiste Philippe Doucet, les sanglots dans une voix tremblante d’émotion,

« Un maire battu aux élections n’a pas le droit à Pôle emploi. Il s’agit que les élus n’aient pas moins de moyens que le reste de la population parce que ça peut freiner les ambitions de ceux qui voudraient s’engager .»

Eh oui. Tout comme un artisan, un commerçant, un indépendant ou une profession libérale qui se gamelle, un député, un maire ou un conseiller général n’a pas droit à Pôle Emploi. Mais au contraire de l’artisan, du commerçant, de l’indépendant ou de la profession libérale, l’élu, lui, écrit les lois et peut donc largement corriger cette situation inique. Comme le souligne ce député solidaire avec l’argent des autres, ce serait en effet dommage que cette absence d’indemnisation en cas de défaite ne freine les ambitions de ceux qui voudraient s’engager en politique.

Ben oui. Ce serait dommage que la politique ne soit pas un métier, que dis-je, une carrière, avec des émoluments, des gratifications, des à-côtés plantureux, des indemnités en cas de pépin et des golden-parachutes ici ou là, alors que chacun sait que les « autres » professions en bénéficient.

Moutontribuables, ce dimanche est un jour d’élections. Si vous avez choisi, encore une fois, d’adouber ce système, relisez bien ce billet. Repensez bien aux emprunts que ces élus vont faire sur votre dos, avec votre argent et celui de vos enfants. Rappelez-vous bien du cynisme qui les motive. N’oubliez pas cette loi, subtile et tendre, qu’ils viennent de voter, à l’unanimité, pour se molletonner les fesses en cas de déroute pourtant largement méritée.

Et surtout, après avoir glissé le bulletin, lorsqu’on apprendra que les élus ont, encore une fois, merdé, qu’ils ont, encore une fois, dépensé sans compter, qu’ils ont encore une fois trempé leurs gros doigts dans vos pots de confitures, encore une fois, encore une fois

… Ne venez pas dire que vous ne saviez pas. Vous aurez eu ce que vous méritez.

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