La presse en mode pincettes, la France en mode panique

Ah, qu’il est bon d’avoir une presse subventionnée ou (quand elle ne l’est que modestement) qu’elle soit adoubée par le pouvoir en place ! Sa lecture est aisée, ses annonces y sont douces et l’avenir qu’elle trace si joyeux ! Pour elle, pas de doute, la France ne décline pas du tout.

Ainsi, avec la verve de cette rédaction de fins lettrés qui la caractérise, BFM TV titrait vendredi « Un lent déclin plutôt qu’un gros décrochage » sans se déballonner. Lecture apaisante qui permet d’apprendre, au détour de formulations cotonneuses et de précautions d’usage, que l’Italie vient de rattraper la France en PIB par habitant (et ce pour la troisième année consécutive, la France se situant sous la moyenne européenne) mais que ce n’est pas si grave et « à prendre avec des pincettes » en nuançant bien fort.

Voilà : c’est ça qui est chouette avec la presse actuelle, le gouvernement du moment, les politiciens de l’instant et les experts de plateau, c’est que ça roucoule, ça flatte, ça nuance, ça relativise, ça contextualise, ça fact-checke aussi peu que possible et ça noie le poisson avec méticulosité.

Le problème, c’est que le poisson pèse désormais 119 % du PIB et sent de plus en plus fort.

Car derrière ce poisson que BFM et consorts ne mentionnent qu’en passant se cache en réalité une accélération vertigineuse des mauvaises nouvelles, un empilement maintenant hebdomadaire de révélations toutes plus accablantes les unes que les autres.

Et le mois de février qui vient de s’achever fournit une excellente idée de ce rythme de plus en plus nerveux.

Jugez plutôt : le 19 février, la Cour des comptes publie le rapport accablant dont un précédent billet faisait mention : déficit à 5,4 % du PIB, dette record proche de 119 %, nécessité de trouver 80 milliards d’économies en surcroît des efforts (ou des bricolages, plutôt) déjà concédés… La France est officiellement le cancre de la zone euro, avec un déficit supérieur à celui de tous ses voisins et des taux d’emprunt au niveau de la Grèce.

Le lendemain, le 20 février, le Sénat révèle que 13 335 foyers fortunés échappent intégralement à l’impôt sur le revenu, en fait des contribuables éligibles à l’IFI mais dont l’IR est « nul ou négatif ».

Une semaine plus tard, le 27 février, l’ex-ministre Éric Lombard corrige le tir après « un calcul statistique rapide » (au doigt mouillé ?) : en fait, ce ne sont pas 13 000, mais 50 000 foyers soit – oups !- une multiplication par quatre en sept jours. Un ministre qui se trompe d’un facteur quatre, cela donne une solide opinion de la valeur des calculettes à Bercy, vous ne trouvez pas ?

Et ce n’est pas fini. Le même 27 février, l’INSEE annonce que l’inflation bondit de 0,3 % à 1 % en un mois. Là encore, les calculettes de Bercy ont chauffé et se sont autorisé un petit dérapage d’un facteur trois que les technocrates expliquent sobrement par « une baisse moins prononcée des prix de l’énergie », périphrase délicieuse pour dire que tout augmente.

Dans la foulée, l’OFCE enfonce le clou : 40 milliards d’économies seront nécessaires en 2027 en plus des économies promises en 2026 sur un budget de cette même année jugé « trop accommodant ».

Ici, on aurait pu dire que les mauvaises nouvelles, chacune pire que les précédentes, s’enfilent comme des TGV en gare de Montparnasse si ces trains ne subissaient pas, eux aussi, des soucis de ponctualité et de fréquence.

Et pendant ce temps, que fait la presse de grand chemin ? Elle s’occupe.

Avec une application touchante, nos grands médias se concentrent sur ce qui compte vraiment : la prononciation du nom d’un pédocriminel et son impact sur la politique française, l’interdiction des petits shampoings d’hôtel, les péripéties de Rachida Dati quittant la Culture pour briguer Paris, et surtout – divine providence ! – les frappes en Iran qui tombent à pic pour occuper toute la bande passante éditoriale. Epic Fury offre aux rédactions un os géopolitique à ronger pendant que la maison France prend l’eau de toute part. On débat doctement de l’escalade au Moyen-Orient, Macron gesticule en Conseil de défense pour essayer d’exister encore un peu sur la scène internationale, et pendant ce temps, personne ne pose la seule question qui devrait obséder le pays : qui va payer les factures ?

Car la vérité que personne ne veut regarder en face, c’est que le scénario de septembre 2025 va se reproduire.

Souvenez-vous : un budget impossible à boucler, des négociations interminables, un gouvernement incapable de trouver la moindre économie structurelle, et au final un bricolage comptable baveux qui n’a fait que repousser le problème de quelques mois. Nous y revoilà. L’OFCE annonce 40 milliards à trouver en 2027, la Cour des comptes en demande 80. Le budget 2026, mal voté dans la douleur, insuffisant, ressemble déjà à une déroute. Et les mécanismes qui ont produit la crise budgétaire de l’automne dernier (une dépense publique incontrôlable, des recettes fiscales en berne, un endettement qui s’auto-alimente) non seulement n’ont pas été corrigés, mais se sont même aggravés.

La France ressemble de plus en plus à ce joueur de poker qui, assis sur une main désastreuse, continue de relancer en espérant que les autres joueurs quittent la table avant l’abattage. Malheureusement, les marchés ne quittent jamais la table. Les agences de notation ne quittent pas la table. Le reste du monde ne quitte pas la table. Et quand viendra l’heure de montrer ses cartes, d’ici quelques mois et au moment de boucler le budget 2027, il faudra bien admettre que le roi est nu, le trésor est vide, et que les « pincettes » de BFM TV ne suffiront pas à masquer l’ampleur du désastre.

Mais d’ici là, il y aura certainement une nouvelle guignolade politique à commenter ou une nouvelle crise internationale à décortiquer de travers.

Ne vous inquiétez pas : tout va très bien vite se passer.

J'accepte les BTC, ETH et BCH !

1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf

Vous aussi, foutez les banquiers centraux dehors, terrorisez l’État et les banques en utilisant les cryptomonnaies, en les promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !
BTC : 1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf
BCH : qqefdljudc7c02jhs87f29yymerxpu0zfupuufgvz6
ETH : 0x8e2827A89419Dbdcc88286f64FED21C3B3dEEcd8

Commentaires40

    1. Pheldge

      l’âge se fait sentir, il serait temps qu’il en tire les conclusions qui s’imposent, et profite de la promo de printemps sur les contrats SG Premium +

  1. Aristarkke

    « c’est que le poisson pèse désormais 119 % du PIB et sent de plus en plus fort. »
    Poison pouvait aussi le faire

    1. Dom17

      « le 19 février, la Cour des comptes publie le rapport accablant dont un précédent billet faisait mention : déficit à 5,4 % du PIB, dette record proche de 119 %, nécessité de trouver 80 milliards d’économies en surcroît des efforts (ou des bricolages, plutôt) déjà concédés… »
      Amélie va arranger ça.

    1. Theo31

      Comme dans La guerre du Péloponnèse, les meilleurs morceaux d’Atlas Shrugged sont les discours de John Galt et Francisco d’Anconia.

  2. Aristarkke

    « Un ministre qui se trompe d’un facteur quatre, »
    Ça fait passer le nombre de contribuables « millionnaires » de 0,5% du total desdits millionnaires à 2%… Et fait un écho à la taxe Zucman, histoire de dire que ce lamentable écart n’existerait pas alors!…
    Et façon de dire que si cette taxe concernera exclusivement les milliardaires initialement, il ne faudra pas dix ans avant qu’elle ne concerne tous les demi-millionnaires, à grands coups de justice sociale ding ding dong !

    1. Mitch

      Une façon de relancer LE débat grançais: les riches (1) sont des salauds et ils ne contribuent pas assez (2) aux modèles sociaux (3)

      (1): Lire, ceux qui gagnent plus de €3600/mois
      (2): Lire, ne sont pas racketter assez
      (3): Lire, les Ponzis

      NB: l’état le plus pauvre des US (pays ou on y crève dans la rue, rappelons-le) à un PIB/hab supérieur à la plupart des pays européens, mais le débat grançais qui occupe médias, Marcel et Germaine, c’est les élections aux US, le salaud de Donald, les pov’ palestos et l’Iran, etc, etc

      1. Franck

        Comme de + en + désormais, il ne faut plus regarder les moyennes qui ne signifie rien, mais les médianes qui sont les vrais indices représentatifs de richesse/pauvreté. Quelques milliardaires peuvent « facilement » fausser les statistiques de richesse d’une ville ou d’un Etat, une médiane elle, est bien + révélatrice (et souvent + difficile à obtenir)

  3. Ryan

    « Le lendemain, le 20 février, le Sénat révèle que 13 335 foyers fortunés échappent intégralement à l’impôt sur le revenu, en fait des contribuables éligibles à l’IFI mais dont l’IR est « nul ou négatif ». »

    Le terme échapper me gêne et aurait mérité des guillemets: ces foyers ne paient pas d’impôts sur le revenu car en appliquant les règles de Bercy, ils n’ont pas à le payer. Peut-être s’agit-il de foyer sans revenu et avec un gros patrimoine ou autre…

      1. Dom17

        Il y en a même qui doivent payer un IFI supérieur à 50% de leurs revenus.
        (Ce n’est qu’à 75% qu’on peut crier grâce)

    1. Aristarkke

      J’imagine surtout que ce sont des possesseurs d’une seule unité de million essentiellement composée de leur lieu d’habitation. Dans ma clientèle parisienne et de proche banlieue, j’en ai connu des dizaines qui n’avaient pas en réalité de moyens élevés bien qu’ils foulent un pactole inerte de ce niveau, chaque jour…

    2. Pheldge

      c’est juste un moyen simple pour les désigner comme les seuls responsables de la situation, et comme des coupables pour lesquels le peuple demandera un châtiment exemplaire.
      Ils font le coup à chaque fois depuis quarante ans, vous devriez être habitués … « fraude fiscale de 100 milliard € » « les évadés fiscaux qui ne paient pas d’impôts » aujourd’hui « les millionnaires qui ne paient pas d’impôts », et ça marche à chaque fois.

          1. Pheldge

            les meilleurs, ceux qui fonctionnent depuis l’éternité, ce sont les riches et les juifs … et malheur à ces derniers s’ils ne sont pas pauvres 😉

    3. Aleph

      Avec des prix de l’immobilier sans comparaison avec les années 70, et des carrières parfois moins lucratives que celles de leurs parents, des enfants peuvent se trouver à hériter en indivision de biens ayant une grande valeur, sur lesquels ils paient des droits de succession colossaux qui détruisent leur capital, empêchent ou anéantissent leur activité professionnelle parfois fragile, leur épargne, etc. tout en n’étant que nu-propriétaires, sans droits, le parent survivant conservant tout l’usufruit, et notamment la perception des loyers éventuels. Cela, parce que l’Etat n’attend pas que les héritiers entre pleinement en possession d’un bien pour taxer (sans parler du fait que le bien a déjà été taxé, et qu’on parle la du transfert de propriété à l’héritage). La vente contentieuse des biens en indivision peut prendre 6 ou sept ans minimum (donc situation perdure), et elle est fortement dévaluée. On a donc un exemple possible de millionnaires sur le papier devenus du fait de Bercy trop pauvres pour payer l’impôt sur le revenu. Et qui, du fait de leur patrimoine immobilisé, sont exclus de plein de services d’aide qu’ils paient au prix fort.

  4. Ryan

    La foire à la saucisse fiscale va recommencer chaque année. Et chaque année, la saucisse sera plus aigre.

    Il est vraiment temps de mettre son patrimoine à l’abri.

  5. Aristarkke

    Monseigneur, vous oubliez qu’il y a une campagne électorale en cours et qu’il faut mettre du rose partout pour que les électeurs hésitent à mal voter.
    Au hasard de chez Xwitter, il se murmure que toute la clique des maires escrolos risque de perdre son taff dans deux semaines et pas de justesse, le tout écrit baigné de larmes de crocodile sur les grandes avancées urbaines propulsées à la réalité par ces guignols…

    1. Theo31

      La pauvreté rappelle qu’il est plus important de donner à manger à ses enfants que fêter la journée des femmes ou bien trier ses déchets.

      1. P&C

        C’ est à ce genre de détails sue l’on voit que le gauchiste moyen n’a pas de problèmes de sous : il se bats pour du luxe.

  6. CPB33

    pour l’affaire des shampooings, j’avais mis ce lien sur le billet précédent

    pendant ce temps-là, l’UE prend des mesures qui décoiffent…
    bvoltaire.fr/satire-a-vue-conflit-mondiaux-lue-interdit-les-mini-gels-douche-dans-les-hotels/

    1. Pheldge

      c’est sûr qu’avec des mesures aussi essentielles, les citoyens sont fiers, et l’UE montre à Trump, Poutine et Xi, qui dirige le monde !

  7. Gerldam

    La France étant TBTF, la BCE va imprimer ce qu’il faut de manière à sauver le soldat français moyennant quelques ajustements dans les dépenses décidés par une nouvelle troïka d’hommes en noir.
    L’Allemagne sera–telle d’accord avec les conséquences d’un QE massif?
    Quoi qu’il,arrive, CPEF.

  8. Thomas

    Faut demander à la Chine d’attaquer Taiwan… Mais pas maintenant, disons en septembre, histoire d’utiliser le temps d’antenne pendant les discussions de budget 🙂

  9. Dom17

    On arrive au bout de la « justice sociale »- expression magique – qui n’est que le prétexte d’un dirigisme qui maintient une grande partie de la population en situation de dépendance des structures étatiques: il suffit d’organiser la spoliation légale et la redistribution.

    Mais on doit comprendre qu, parallèlement à cette « justice sociale » sans cesse mise en avant, se cache un maillage d’intérêts croisés des grandes multinationales (en particulier bancaires) et de politiciens complices avec le soutien de médias parfaitement intégrés au « système ».
    Les moyens concrets de ce capitalisme de connivence sont le détournement massif des fonds publics, des lois qui faussent ou paralysent la concurrence, la mainmise sur l’Education et la culture, la complicité des syndicats et autres parangons de vertu (para-étatiques ou associatifs), et maintenant la surveillance généralisée de la population sous prétexte de terrorisme, de virus ou tout autre prétexte.

    La « défense de l’intérêt général », la « transparence », les « droits de l’homme », la « santé », le « vert » ou le « responsable » ne sont que des slogans destinés à endormir la vigilance du citoyen en l’assurant de fausses sécurités ou à le culpabiliser pour éviter sa révolte. Dormez, braves gens, l’Etat s’occupe de tout!

    Cet Etat dirigiste a négligé depuis des dizaines d’années ses fonctions régaliennes au profit du recyclage électoraliste de prélèvements obligatoires de plus en plus lourds.
    Cet Etat dont la justice est faible avec les violents, est intraitable avec ceux qui expriment pacifiquement des opinions ou avec les manifestants de la Manif pour tous ou gilets jaunes.
    Cet Etat exploite des différences entre les citoyens et fait ainsi le lit de divisions, du racisme, de la haine et autres « phobies » qu’il dénonce et punit.

    1. Dom17

      Et le pire, c’est que cet Etat dirigiste a négligé depuis des dizaines d’années ses fonctions régaliennes au profit du recyclage électoraliste de prélèvements obligatoires de plus en plus lourds.
      Dans cet Etat, la justice est faible avec les violents, et intraitable avec ceux qui expriment pacifiquement des opinions ou avec les manifestants de la Manif pour tous ou gilets jaunes ou agriculteurs.
      Cet Etat exploite des différences entre les citoyens et fait ainsi le lit de divisions, du racisme, de la haine et autres « phobies » qu’il dénonce et punit.
      Et Etat accumule les lois contre la liberté d’expression parce qu’il ne reste que que ça pour éviter la révolte.
      La subjectivité des citoyens existe, certes. Mais on peut compter sur le poids du bon sens avec des millions de citoyens informés librement.
      L’Etat veut simplement remplacer cela par la subjectivité des hommes du pouvoir, tous issus des mêmes cercles et qui se tiennent par la barbichette au nom de leurs intérêts bien compris.

    2. P&C

      Toutes les actions de contrôle des réseaux sociaux, la justice qui defonce les Nicolas, tout fait sens : nos dirigeants veulent verrouiller une situation sans issue pour continuer de prendre leurs rentes. Car ils sont ministres, ils ne savent rien faire.

      Avec une dette pareille, y a que trois solutions : hyperinflation, défaut, ou pillage. Dans les trois cas, ca finira mal.

  10. CPB33

    pour le Major :
    « Un exploit historique pour Tsahal : un avion F35I de l’armée de l’air israélienne a abattu un avion de chasse iranien YAK-130 au-dessus du ciel de Téhéran — la première interception au monde de ce genre. »

Laisser une réponse

(obligatoire)
(facultatif)