Faillite de Gibert : échec de la lutte contre le numérique et le gratuit

Un article de Henry Bonner

Le groupe Gibert, spécialisé dans les librairies, s’est placé dans une procédure de sauvegarde en raison de baisses de résultats et la nécessité de fermetures de magasins et ainsi des réductions d’effectifs.

Le Monde explique ainsi :

“Le groupe Gibert, qui se revendique premier libraire indépendant de France, va demander son placement en redressement judiciaire en raison du « déclin du marché des livres neufs », qu’il entend compenser en pariant sur l’occasion, a-t-il annoncé, lundi 27 avril.”

Le groupe réduit la voilure depuis les confinements, via la fermeture de magasins :

“En 2021, Gibert avait fermé quatre de ses librairies situées place Saint-Michel, en plein cœur de Paris, où il était installé depuis 135 ans, conservant essentiellement sa grande librairie située près de l’université de la Sorbonne.”

De plus, Gibert vise une hausse de la part de l’occasion, en raison de la rentabilité par rapport à la vente du neuf, et de l’essor du secteur chez les consommateurs.

Le journal continue :

“Pour assurer sa pérennité, « le groupe mise sur un virage stratégique autour du livre d’occasion, marché porteur qui connaît 10 % de croissance par an et offre une meilleure maîtrise de la chaîne de valeur et des marges ». Son objectif est de « doubler la part de ses ventes de livres d’occasion d’ici 2029 », de 30 millions d’euros en 2025 à 60 millions. Ce segment a représenté l’an passé 35 % de son chiffre d’affaires annuel de 86 millions d’euros.”

Les difficultés pour les libraires comme Gibert proviennent en partie d’un déclin des ventes de livres depuis les dernières années.

Selon les données de NielsenIQ, le secteur a fait 307 millions d’exemplaires de ventes en 2025, une baisse de 2,5 %, et un chiffre d’affaires de 3,9 milliards d’euros, soit une baisse de 1,5 %. L’essor des livres d’occasion, et les hausses de prix des livres en moyenne, fournissent une compensation pour la baisse des ventes dans le neuf. Les librairies atteignent une hausse de revenus, au total, de 0,6 %, selon l’Observatoire de la librairie.

Le graphique ci-dessous (source) montre le chiffre d’affaires des éditeurs de livres jusqu’en 2024. Après une hausse en 2021 avec la réouverture, les ventes baissent sur 3 ans, en exemplaires et en chiffre d’affaires. Les éditeurs font grosso modo du surplace depuis 2019 malgré les hausses de prix et de coûts de fonctionnement sur la période.

La pression sur le secteur porte atteinte aux librairies en raison des coûts de personnel et de loyers, par rapport aux plateformes en ligne comme Amazon ou la Fnac.

Les difficultés de Gibert font partie d’une tendance autour du monde. Par exemple, le géant des grandes surfaces de livres aux États-Unis, Barnes & Noble, chute en Bourse de 99 % en 5 ans.

Echec de la lutte contre le numérique et le gratuit

Depuis des années, les librairies et éditeurs de livres obtiennent des protections de la part des gouvernements. Ainsi, fin 2023, le gouvernement crée par exemple des lois contre la gratuité des livraisons de livres. Dans le même contexte, le Syndicat de la librairie française propose des mesures contre les faillites de librairies comme Gibert. « Il faut éviter la contagion et, pour cela, il faut que les éditeurs et les pouvoirs publics s’engagent », affirme un représentant du syndicat.

Le gouvernement crée aussi des protections pour les éditeurs de livres via la loi sur le “prix unique” contre les ventes à rabais.

Le déclin des ventes de livres (et la fermeture de librairies comme Gibert) font en réalité partie des signes de l’échec de protections pour le secteur. En effet, les auteurs de livres et les consommateurs trouvent des contournements à ces protections.

En principe, les livres physiques conservent la majorité de la part de marché au profit des éditeurs et librairies. Le graphique ci-dessous montre la part des ventes par type de livre, selon les pays (source).

En revanche, la stagnation de la part du numérique dans les ventes passe sous silence la hausse des téléchargements de livres gratuits. En effet, selon une étude de 2014, plus de 70 % des téléchargements de livres sur Internet proviennent du gratuit !

Google Gemini donne des chiffres récents sur les téléchargements de livres gratuits :

“En 2025, les médiathèques publiques, et les écoles, ont fait des records dans le nombre de téléchargements de livres gratuits proposés via la plateforme OverDrive. Le nombre de téléchargements gratuits atteint 379 millions en 2025…. Mondialement, le nombre total de personnes qui ont consommé un livre numérique en 2025 a atteint plus de 1 milliard.”

De plus, la méthode de l’autoédition, via des plateformes comme Amazon, gagne davantage de popularité au fil du temps.

Le tableau ci-dessous de Automateed montre le nombre de publications de livres par des maisons d’édition, contre les auto-éditions, aux États-Unis. En nombre de parutions de livres, les éditeurs traditionnels comptent pour à peine 2 % du total !

Les maisons d’édition, en partie grâce à des réseaux de distribution et de promotion, font beaucoup plus de ventes par livre. Les auteurs autoédités font en moyenne 22 ventes par parution contre 1.458 pour les maisons d’édition selon un rapport du gouvernement.

Cependant, l’auto-édition permet une explosion du nombre de parutions en compensation pour le manque de promotion ou de communication.

L’autrice à succès Freida McFadden atteint par exemple 6,9 millions de ventes en France en 2025. Or, les succès de l’autrice depuis 10 ans proviennent de ses parutions en auto-édition aux États-Unis, après les refus de maisons d’édition.

En bref, les difficultés des éditeurs et librairies viennent de l’explosion de l’auto-édition et des téléchargements gratuits de livres sur Internet.

Les consommateurs de livres ont plus de choix, sans les coûts des livres de maisons d’édition.

Les librairies comme Gibert perdent des ventes à la fois en raison du tournant vers les téléchargements gratuits, et de la concurrence de plateformes en ligne, comme Amazon ou la Fnac.

Les protections contre l’innovation, pour des secteurs, créent pour un temps des freins contre la concurrence. Par contre, les mesures créent plus de coûts pour les consommateurs, sans effet sur la tendance à terme.

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Commentaires45

  1. Le Gnôme

    J’entendais l’autre jour une chronique de F. Langlet qui constatait une baisse de l’achat de livres en Allemagne et en France alors que dans d’autres pays elle était en Hausse.

    Bizarrement, c’est dans les deux pays où le prix du livre est unique et fixé partout par l’éditeur que la baisse est la plus importante.

    Moralité, le manque de liberté entraîne un prix du livre plus onéreux que le prix que le client est disposé à mettre.

    1. Higgins

      Je me considère comme étant un gros lecteur. Une de mes satisfactions dans la vie est de pouvoir m’offrir un livre quand je le souhaite. C’est le cas mais il est un fait que le prix du livre neuf est bien trop élevé. On assiste au même cercle vicieux que pour le cinéma. Il y a une offre pléthorique, assez médiocre, qui ne trouve pas preneur. C’est un peu comme pour les restaurants où, la faute aux coûts induits, il leur est devenu quasiment impossible de poposer un menu à un prix de dix euros. Les crêperies disparaissent en partie à cause de ça.

  2. Steph

    Article très intéressant

    Je confirme pour la vente de livres via l’autoedition. Une nuance : c’est aussi bien en version papier que dématérialisée.

  3. CPB33

    j’avoue que je n’achète pratiquement plus de bouquins papier; avec une liseuse électronique je peux transporter des centaines de livres et les ebooks sont moins chers ou trouvables gratos !!!

        1. Pheldge

          vous n’y connaissez rien, et vous avez un goût de chiottes : c’est « auteuse » qu’il faudrait dire ! 😀

      1. Grosminet

        @ bob razovski 2 mai 2026, 12 h 50 min
        Alors que la logique* voudrait que ce soit auteuse. Un faiseur une faiseuse, un diseur une diseuse, un chieur une chieuse…
        * oui je sais, utiliser le mot logique à propos de la langue française c’est fort de café.

          1. Grosminet

            @ durru 2 mai 2026, 14 h 17 min
            Un emmerdeur mais une emmerdante, une emmerdeuse ou une emmerderesse… misogynie à part bien entendu.

          2. Grosminet

            @ durru 2 mai 2026, 14 h 17 min
            Tiens d’ailleurs, pendant que je te tiens, un avis ? :
            youtube.com/watch?v=CmivZ4TrNeM

            1. Pierre 82

              J’ai écrit un mot sur cette vidéo : j’ai trouvé Gave particulièrement affecté (à la limite du desespoir) après avoir lu ce manifeste.
              Il est profondément choqué (tout comme moi, d’ailleurs).

              1. Theo31

                Il n’a pas évoqué le lien entre Palantir et les projets expansionnistes et génocidaires des sionistes révisionnistes de Tel-Aviv. Il ne voit que ce qui l’arrange.

              2. durru

                Je pense pour ma part que seuls les signataires de ce « manifeste » sont concernés et assument les positions y contenues.
                Je pense aussi que Gave extrapole un peu trop.
                C’est choquant, effectivement, dans un pays comme la France, où on ne peut plus rien dire (ou écrire) de pas très-très lisse, d’entendre (ou de lire) de tels propos. Heureusement que la liberté d’expression existe toujours. Et malheureusement, il faut aussi prendre en compte qu’il y a des projets bien plus inquiétants qui ne sont pas ainsi formalisés. Mais bon…

  4. Aristarkke

    Concernant Gibert, l’auteur passe sous silence la tendance lourde d’Annihildalgo (et de son prédécesseur et de son successeur) à pourrir la vie automobile dans la capitale, spécialement dans les arrondissements centraux (même Rive Gauche, proportionnellement plus fréquentable que la rive droite).
    Ce qui démontre en creux que les parigots intra muros ne suffisent pas à maintenir leurs commerces à flot.
    Cela a contribué à renforcer la tendance générale…

    1. Higgins

      Je plussoie. J’habite une ville où il y a une librairie Gibert. Parmi les causes qui génèrent la désaffection générale envers la librairie traditionnelle figure en bonne place l’intelligente politique anti-automobile conduite par les municipalités depuis une bonne vingtaine d’années. Pourquoi s’emmerder à aller en centre-ville alors que Cultura ou Leclerc culture dans des grands centres commerciaux offre des places gratuites faciles d’accès ? Un autre facteur est également la désaffection croissante pour l’activité lecture. Qu’on l’apprécie ou non, les jeunes générations lisent de moins en moins. C’est hélas un fait.

      1. Pheldge

        Gibert n’était pas spécialisé dans le livre pour étudiant ? mes souvenirs sont un peu flous entre « Joseph Gibert » et « Gibert jeune » …

        1. Higgins

          Tu as l’historique ici avec ce point :
          « Dans un mémorandum interne révélé par plusieurs organes de presse spécialisés, la direction du groupe Gibert dissèque les ressorts de cette déroute. L’entreprise se trouve prise dans un redoutable « effet ciseau » : tandis que les charges fixes s’envolent – loyers, énergie, personnel -, les marges sur le livre neuf s’amenuisent inexorablement sous la contrainte réglementaire du prix unique. »

          economiematin.fr/gibert-crise-livre-joseph-redressement-judiciaire

  5. AtomeCrochu

    « Autrice »
    Voilà qui fait biper mon détecteur à connard.

    Article très intéressant au demeurant.
    Mes bouquinistes d’occase mettent tous la clef sous la porte depuis 25 ans malgré leur marge et le marché internationnal que permet la vitrine numérique. Gibert-Joseph est condamné.

  6. Gerldam

    Rien ne remlace le vrai livre que l’on pose sur ses genoux et dont on tourne les pages avec délectation.
    Le prix d’un livre ne m’a jamais empêcher d’en acheter un, sauf les livres rares ou de luxe.
    Une seule exception: mon édition de Kehl des oeuvres complètes de Voltaire en 75 volumes.

  7. Hagdik

    HS : pour les connaisseurs autour de Bordeaux, je constate que le compte « info-bordeaux.fr » a été suspendu.
    Pas d’infos sur l’origine.
    Ce site apportait des infos ciblées politiquement sur la métropole.
    Liberté d’expression ?

  8. turlututu

    …. le chiffre d’affaires, qui était de 16,5 millions d’euros en 2024, est descendu à 12 millions en 2025 et le résultat opérationnel, qui était de 1,2 million d’euros en 2024, a diminué de moitié pour ne représenter plus que 0,6 million en 2025. Pendant ce même temps, la rémunération annuelle d’Olivier Nora est passée de 830 000 euros à 1,017 million d’euros… (V. Bolloré à propos de Grasset)

    Afin que la caste puisse continuer à se nourrir sur la bête et s’assure un revenu fixe et décent, il n’est pas étonnant qu’il faille le réglementer le prix du livre.

    Tout ça pour éditer BHL ou V. Despentes !

      1. Pierre 82

        Quelque part, c’est de l’argent qu’on ne devrait pas sortir de sa poche pour se payer un bouquin à cause de l’état, pour le distribuer à ses copains.
        Certes ce n’est pas de l’argent public, mais ça a quand même quelques similitudes.
        Et d’ailleurs, soit dit en passant, le prix du livre électronique, qui en principe devrait servir quasiment exclusivement l’auteur (et un peu l’éditeur, je ne nie pas) est au prix de 75% environ du prix du livre, alors qu’il n’y a rien de physique.
        C’est la raison pour laquelle je n’en prend jamais.
        Il doit y avoir une magouille extraordinaire dans ce truc. Les éditeurs doivent se goinfrer bien plus encore que le « syndicat du livre ».
        Ca pue la connivence à des kilomètres

      2. durru

        C’est vrai que toutes les médiathèques de France et de Navarre qui se tiennent à jour de toute l’actualité politique, philosophique ou économique officielle, c’est de l’argent privé 😆

    1. Higgins

      « Editions Grasset : Vincent Bolloré répond aux attaques et dénonce «une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous» »
      cnews.fr/culture/2026-04-19/editions-grasset-vincent-bollore-repond-aux-attaques-et-denonce-une-petite-caste

  9. Theo31

    J’avais acheté à l’poque pas mal de bouquins à Gibert Saint Michel en été 1997. Le Gibert de Grenoble ne faisait que de l’occasion.

    Sinon, je préfère avoir des livres en support papier : moins de 50 euros pour trois ouvrages neufs d’Eric Branca via Rakuten.

  10. Aleph

    Gibert s’est toujours distingué par son système industriel de reprise des livres d’occasion qui lui donnait le catalogue vendu sur place le plus important du pays. Prétendre qu’il va « se recentrer » sur le marché d’occasion est absurde. C’est juste que la clientèle qui cherche un livre précis n’est pas la même que celle qui a besoin d’une zone de chalandise : les clients desdits livres d’occasion trouvent leur bonheur en ligne, gratuitement ou non (Momox, Rakuten, eBay, etc.), chez des concurrents qui ont tout centralisé hors des villes et ont des charges moindres. Gibert ne peut pas suivre.

    Quant à l’auto-édition, elle est encore une jungle à part. La comparer aux imprimés des maisons traditionnelles, c’est comparer au marché du manuscrit enluminé sur parchemin la circulation des imprimés 60 ans après Gutemberg. Les usages nouveaux sont prépondérants et les comparaisons faciles volent en éclats.

  11. CPB33

    le forçat du mégaphone
    minurne.net/2026/05/le-forcat-du-megaphone-50-ans-de-1er-mai-0-jour-a-lusine-christian-potier/

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