Certes, Sébastien Lecornu est un gros nul, mais dans l’océan de ses lacunes surnage une rare compétence : transformer les non-événements en triomphes.
Vendredi soir, Moody’s a décidé de ne pas abaisser la note souveraine française, qui reste à Aa3 avec une perspective négative, ce qui a aussitôt permis au Premier ministre de se féliciter chaleureusement d’une décision qui « déjoue les pronostics », à l’instar d’un cancre médiocre rendu tout fier d’avoir échappé au redoublement grâce à l’indulgence du conseil de classe, alors que son bulletin s’aggrave de trimestre en trimestre.
Ces généreuses autocongratulations semblent cependant occulter le fait que, la veille, la France empruntait à dix ans à plus de 5,1 %, un sommet depuis 2002 faisant avec le Bund allemand un grand écart jamais vu depuis 2011. La France paie désormais plus cher que l’Italie, l’Espagne… et la Grèce.
En réalité, il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser : si Moody’s attribue cette note, c’est surtout car l’agence parie sur l’adoption d’un budget réduisant le déficit et sur un retour au calme social. Au moins, certaines agences de notation ont développé un sens de l’humour particulièrement caustique.
En effet, ce même vendredi, l’Assemblée rejetait violemment la partie recettes du budget de la Sécurité sociale avec un vote quasi-soviétique par 115 voix contre… une. Quant au budget de l’État, son examen a été suspendu après que les députés l’ont si consciencieusement amendé que le ministre des Comptes publics a dû constater une dégradation du déficit de 10 milliards d’euros. Le texte revient du diable vauvert mardi, avec quelque 2 600 amendements en souffrance, ce qui laisse heureusement toute latitude pour faire pire.
Bref, on sent que cette « Iperspective négative » n’est qu’un sursis. D’ailleurs, ça tombe bien, S&P, qui avait déjà dégradé la France l’an passé, rendra sa copie le 27 novembre.
On rigole, on s’amuse, mais il est vrai que les marges de manœuvre du gouvernement sont un peu étroites. Nulles, en fait.
L’impôt ? Le taux de prélèvements obligatoires doit encore grimper de 43,9 % à 44,2 % du PIB en 2027. Le pays truste déjà les podiums mondiaux en la matière, chaque nouvelle taxe rapporte un peu moins que la précédente, et les contribuables les plus mobiles ont depuis longtemps repéré la sortie. Les autres, qui ne rapporte plus ou pas encore, mais qui contribuaient quand même à la vie économique du pays, vont bientôt les rejoindre. Youpi.
La croissance ? Le budget table sur 1 % en 2027 – avec une crédibilité nulle – quand 2026 devrait péniblement finir vers 0,4 % au mieux. Seb et ses ministres appellent cela une « hypothèse » mais partout ailleurs, on parlerait plutôt d’une hallucination collective. Youpi.
Ah, et les taux ? Ils ne se décident plus à Paris mais à Francfort et sur les marchés, et avec une inflation à 3,1 % en septembre, personne n’attend la moindre détente.
Bon et que dire des dépenses, alors ?
Rien justement : alors qu’il y a tout à faire en la matière, « rien » semble être le leitmotiv gouvernemental : envisager des retouches sur les pensions déclenche immédiatement des salamalecs poisseux de tout le banc gouvernemental, le plus petit coup de rabot sur une aide sociale provoque des atermoiements sans fin, et face à la colère sociale qui monte, le gouvernement n’a trouvé qu’une réponse ridicule : avancer de quelques semaines la revalorisation automatique du SMIC, soit une quinzaine d’euros nets par mois, maquillant un changement de date en geste social.
Pendant ce temps, la dette s’auto-alimente avec un bel appétit : la charge d’intérêts atteindra 91 milliards d’euros en 2027, loin devant l’Éducation et la Défense, avant de dépasser les 100 milliards dès 2028. On augmentera gaillardement ces intérêts de 12 milliards tous les ans, soit ce que les députés viennent d’ajouter au déficit en quelques séances venteuses. Les prétendus efforts ne compensent même pas. On rame de plus en plus fort pour rester sur place, et on y échoue.
L’ironie de la situation est de surcroît visible jusque dans les rues. Ces intérêts pèsent près de sept fois le budget de la Justice et plus de quatre fois celui de la police, de la gendarmerie et des secours, alors que le 17 octobre dernier, des pillages et des violences d’une ampleur inédite ont frappé une vingtaine de villes. L’État qui se mêle de tout, du prix de l’électricité au taux de sucre des sodas, ne fait plus rien de bien et n’arrive même plus à garantir la seule chose pour laquelle on l’a inventé : la sécurité des personnes et des biens.
En pratique, le seul vrai levier est celui qu’aucun de ces clowns ne veut toucher : recentrer l’État sur le régalien et rendre le reste aux Français. Et manque de pot, incompétence, désir d’avenir d’emmerder les Français ou simplement sabotage, ceci ne figure dans aucun programme.
Pendant ce temps, la suite s’écrit quasiment sans tenir compte des gesticulations de nos dirigeants. Les mouvements sociaux se multiplient : le 17 a fait place au 24 puis au 31 octobre ; le 5 novembre, cinq syndicats appellent à la grève interprofessionnelle. Le 17 novembre, l’Assemblée votera (ou pas) un budget frankensteinesque que le Sénat recoudra en vrac avant un compromis de façade. Le 27, S&P mettra son grain de sel et le 17 décembre, le délai constitutionnel de 70 jours expirera, ce qui pourrait bien nous valoir une loi spéciale comme l’an dernier.
Avec une campagne présidentielle qui sent déjà le moisi et qui va pourtant entrer dans sa dernière ligne gauche, les promesses vont pleuvoir dru, et aucune ne parlera d’économies : retraites, SMIC, blocage des prix, chèques en tout genre, demandez et vous serez exaucé… Ou presque, car dans le même temps, l’État devra trouver près de 340 milliards d’euros sur les marchés qui verront probablement les choses autrement.
Sur le papier, on sait comment cette histoire se termine. La Grèce l’a vécue avec Athènes sous la tutelle de la troïka (Commission européenne, BCE et FMI) de 2010 à 2018 : trois plans d’aide, des pensions et des salaires largement amputés, des privatisations à marche forcée, un quart du PIB évaporé et un chômage au-delà de 25 %.
Ces réformes que les Grecs ne voulaient pas se sont imposées pour rembourser un train de vie en décalage complet de leur richesse réelle.
Et sur le papier, la France devrait en passer aussi par là… Avec la différence de taille : en 2010, la dette grecque tournait autour de 330 milliards d’euros ; la française dépasse aujourd’hui les 3 400 milliards, soit dix fois plus. La Grèce a pu être « sauvée » parce qu’elle était petite. Pour la France, ni le Mécanisme européen de stabilité ni le FMI n’ont les poches assez profondes, et les effets de bord seraient d’une tout autre violence : banques gavées d’OAT, assurances-vie des épargnants en première ligne, contagion immédiate à l’Italie et, pour finir, l’euro puis, possiblement, l’Union européenne elle-même sur la table.
Ce qu’aucun gouvernement français n’a eu le courage de proposer, un technocrate étranger pourrait bien l’imposer en quelques semaines. Et ce pourrait n’être même pas suffisant.
Forcément, cela va très bien se terminer.





Le précipice de précaution ?
Tellement soce, cette capacité à travestir le réel
@ Aristarkke. 26 octobre 2026 at 9 h 02 min
Deux minutes de retard, franchement ça fait pas sérieux 😀
ça lui arrive de plus en plus souvent, l’âge sans doute … mais ça ne l’empêche pas de commenter d’après le titre, comme d’habitude 😉
et encore il a pas oublié de changer l’heure !!!!
La faute à une mauvaise réception d’internet mobile (bien que n’étant pas à Carnac, néanmoins dans la Grance profonde sans être pour autant dans la diagonale du vide) avec de multiples essais pour charger la nouvelle page après mon dernier commentaire sur le billet précédent…
Trahi par la technologie et l’arriération locale…
Du même calibre que les prétendues économies recherchées ardemment qui se transforment en augmentation des dépenses et pas que de l’épaisseur du trait…
« qui ne rapporteNT plus ou pas encore, mais qui contribuaient quand même à la vie ».
Mélusîîîîne, stp, pour l’harmonie du lieu ! 😘
du calme voyons, on écrit de plus en plus « qui ne rapporteS plus » pour montrer qu’on a le sens du pluriel, alors faudra t’habituer, l’usage faisant la règle 😉
Écornifleur ! Et fier de l’être apparemment ! Remarque dans quel enfer sainte- taxique, tu jettes notre Sud Af’ qui veut pourtant bien faire en me ménageant !
« Pour la France, ni le Mécanisme européen de stabilité ni le FMI n’ont les poches assez profondes »
On peut déjà commencer par faire complètement les poches de Nicolas…
elles sont de plus en plus vides…
j’en connais quelques uns ici, de Nicolas, qui ont encore largement de quoi … et si le Ministère me le demande, je serai dans l’obligation de donner une liste complète de noms ! 😉
D’autant que le mondialisme – l’Etat profond monfial si l’on veut – dont la BCE et le FMI sont parties prenantes, est à l’origine de multiples dépenses (Ukraine, UE, immigration etc…) contribuant au précipice financier que nous vivons. Le tropisme français pour la bureaucratie et la corruption qui s’est emparée des « élites » depuis que les socialistes sont au pouvoir, ont fait le reste.
« une quinzaine d’euros nets par mois, »
Avec l’avantage d’abonder la SS de quasi autant…
Très bon papier de Charles Gave sur l’IDL : institutdeslibertes.org/imbecillites-economiques-et-campagnes-electorales/
« Depuis Mitterrand, ce pays a été gouverné par des menteurs, et cet homme, qui est à l’origine de tous nos désastres, a convaincu tous les hommes politiques que, pour l’emporter, il fallait non seulement mentir, mais éliminer tous ceux qui portaient en eux une vérité différente.
Et donc, tous les candidats à qui j’ai pu parler depuis trente ans me disent : si je dis la vérité, je ne serai jamais élu.
Ce qui veut dire que, pour chacun d’entre eux, être élu est plus important que de dire la vérité.
Et c’est de cette réalité que nous crevons. »
pas depuis Mitterand, depuis Pompidou, VGE…
Mitterand n’a fait qu’accélérer.
Et puis la sécu monopolistique, c’est mongénéral…
Pompidou ???
Même sous VGE, les budgets étaient présentés et votés en équilibre, les pertes résultant d’une exécution problématique de concurrence soce.
VGE restait donc très en deçà de son successeur qui a ouvert les vannes de la création de l’argent magique mis bas par des licornes…
Oui, mais VGE a enclenché des réformes qui ont alimenté l’euromondialisme, et produisant des effets sur le long terme. Que l’on pense au regroupement familial ou à la création de la French American Foundation.
Déficit monstrueux en 1968, année où le chômage commence son irrésistible ascension.
Théo, la cause du printemps chaud est bien connue et c’était là aussi, un déficit d’exécution budgétaire et non une intention initiale.
La dette a servi à acheter la paix sociale et les élections. Le prolétariat ouvrier diminuant et se détournant des partis de gauche, on l’a remplacé par les immigrés et les minorités.
Nan… comment peux tu dire du mal du saint général ?
« sa dernière ligne gauche »
Avec les cohortes de tous les tordus déjà en lice sans compter les arrivants sous peu, comment espérer la rectitude ?
En tout cas j’ai adoré le terme, il a fait ma journée!
Hélas, tellement vraie et réaliste au delà du (bon) jeu de mots avec les cinquante (au moins) nuances de socialisme et de collectivisme débridés arborées par tous les candidats, surtout les RINO…
« Ces réformes que les Grecs ne voulaient pas se sont imposées »
La troïka vérifier a-t-elle l’acuité visuelle des chauffeurs des taxis parisiens ?
3400 milliards de dettes auxquels il faut ajouter le hors bilan des pensions des fonctionnaires et régimes spéciaux qui dépasse 1600 milliards.
En 2010-2011 Claude Reichmann, mort cet été, et JC Mouniq avertissaient toutes les semaines sur les risques d’un défaut de paiement français.
Mais je vous inquiétez pas la loi Sapin 2 est prête à être appliquée.
Si j’ai bien compris, la loi Sapin 2 n’est là que pour éviter des mouvements de panique, mais n’est pas conçue pour une confiscation rapide des assurances-vie, vu que tout l’argent est placé en de très nombreux endroits (dont de la dette française), mais ne pourrait pas être aisément transférée vers 100% de dette française sans créer un mouvement de panique encore pire sur les autres marchés.
Ou alors je n’ai rien compris et tout l’argent est déjà placé sur cette dette moisie…
De toutes façons, je ne comprends même pas comment on peut encore ne pas s’être débarrassé de ces AV, depuis le temps qu’on sait que ça sent le renard.
J’avais fait un rapide sondage auprès de mes collègues il y a dix ans, et un seul m’a avoué qu’il avait souscrit une assurance vie en France, et que personne n’avait l’intention d’en souscrire parmi eux.
C’est la sapin 3 celle là. Elle est dans les cartons 🙂
€12b d’intérêt de la dette de plus en 2028 vs 2027 et augmantation exponentielle. Intérêt de la dette à €100b / an en 2027, tout va bien se passer, et certains en ces lieux (salut Philou 😉 ) nous expliquerons qu’on voit la chute partout et à chaque instant nous les prophètes de l’apocalypse et ils rajouterons que comme ça a tenu 50 ans ca tiendra bien encore 50 ans de plus 😉
Laugh and cry, take your pick my chommy 😀
augmentation. Je prend soin du coeur de Ari 😉
Si ma santé cardiaque est un de vos sujets préférés, outre ceux de mécontentement, merci (vraiment une bordée de remerciements et de gratitude vous sera adressée) de considérer que le conseil de Philou, cet écornifleur de Sainte Taxe de mettre des S de partout en cas de pluriel nécessiteux, n’est pas valable pour les verbes à la troisième personne du pluriel, les susdits se contentant d’un simple T en lieu et place du S final…
Mais néanmoins votre attention m’est allée droit au 💓💓💓💓
Et vice du français (la langue), il est capable de demander de placer du S dans des termes au singulier, en conjugaison de verbes dits irréguliers (prendS) à la première et surtout à la seconde personne…
Juste un instant, monsieur le bourreau
Toutes ces discussions oiseuses alors que du pognon, il y en a plein dans les poches des ultra-riches… *
* encore entendu récemment, venant d’une boomeuse de compétition.
du pognon il y en a un sacré paquet chez les trafiquants de drogues ou autres….
Gageons que la limite basse des ultra-riches finira par être fixée à 3.500€/mois…
3.500€/mois ? non !
SMIC+1€.
Vil capitaliste.
Les députs ignorent-ils que la France croule sous une dette qui commence à faire boule de neige. Qu’on emprunte à 5% et que la croissance elle soit nulle n’effleure pas le moindre neurone de ces « représentants du peuple », au point qu’ils suggèrent tous avec un bel entrain de creuser encore cette dette en augmentant les dépenses?
Personne qui n’aille demander des comptes à ces foutriquets dans leurs permanences hebdomadaires?
Les braves élus fuiront sans doute avant, cf 1940.
Ensuite, les boomers ne demandent que ça, si il faut vendre ce pays à la découpe pour sauver la retraite par répartition, ils voteront pour.