La France, champion d’Europe des prélèvements mais lanterne rouge de l’ordre

C’est décidément une enfilade de trophées que la France récolte actuellement : le 29 octobre, Eurostat a ainsi décerné au pays la place de Championne d’Europe en part du PIB prélevé pour les impôts et les cotisations.

Avec 46,0 % gobés par l’État, la France reprend sa place de championne d’Europe, loin devant la Belgique et le Danemark. Ceci intervient alors que, deux jours plus tôt, CCI France publiait l’état des lieux suite aux débordements du 17 octobre, avec 2.488 commerces touchés, dont 1.161 pillés, saccagés ou incendiés, pour une facture qui dépasse le milliard d’euros : eh oui, le pays en Europe qui prélève le plus ne sait plus protéger de simples commerces.

Et alors que ceci devrait déclencher une certaine prise de conscience au sommet de l’État, ce dernier a plutôt déclenché une avalanche de taxes, de saisies et d’interdictions qui, comme il se doit en anarcho-tyrannie, s’abattent sur les innocents.

Utilisant avec gourmandise une certaine balourdise dans son argumentaire, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a choisi de faire preuve de franchise en reconnaissant une « perte de contrôle » dans certaines villes, un « manque d’anticipation » et une « asymétrie » entre ses forces et la foule, deux fois et demie plus nombreuse que prévu. Jolie franchise pour une information dont on disposait pourtant plusieurs heures avant (la préfecture de police identifiait noir sur blanc un risque sérieux de report de l’ultragauche vers le cortège parisien). À la fin, incompétence ou calcul (un peu de chaos n’a jamais nui à un pouvoir en quête de prétextes), le résultat est identique : les pillards ont eu le champ libre une soirée entière, exactement comme sur les Champs-Élysées en mars 2019, avec le même ballet de déclarations martiales le lundi suivant.

Déclarations de fermeté accompagnées de 2.500 gardes à vue, 917 déférés, des comparutions immédiates à la chaîne. Sur le papier, la réponse pénale a de l’allure.

Dans les faits et quelques semaines après les exactions, c’est nettement moins ferme : ainsi, à Rennes, un receleur du pillage d’un opticien et d’un magasin d’électroménager (340.000 € de préjudice) repart avec quatre mois aménagés sous bracelet électronique. Ainsi, à Rouen, deux hommes qui bombardaient des gendarmes écopent de douze mois… sous bracelet, quand la procureure réclamait de la prison ferme.

C’est de la fermeté molle : depuis 2020, sous un an d’emprisonnement, l’aménagement est devenu la règle et la cellule l’exception. La peine « ferme » se purge donc à domicile, entre le canapé et la console. Et quand la gauche s’émeut (un peu trop) bruyamment du sort d’un homme prétendument poursuivi pour avoir ramassé une boîte de lait infantile, via une histoire fake-news lancée par L’Humanité et relayée par une brochette de députés insoumis, on découvre par le parquet que l’individu qui comptait déjà sept condamnations volait des cartons sans connaître leur contenu. Bref, la « justice de classe » fantasmée sert de paravent à une justice réelle d’une remarquable mansuétude.

À tel point que pendant ce temps, l’État n’arrête pas les pillards et les casseurs, ce qui pose un problème lorsqu’on prétend vouloir que ceux qui cassent et pillent finissent par rembourser.

Sapristi, il va falloir trouver d’autres payeurs !

Or là, miracle de la réactivité administrative, les solutions sont prêtes, sorties des tiroirs où elles attendaient sagement la bonne crise.

Et pouf, une « taxe émeute » !

En fait, imaginée après les violences de 2023, glissée dans le budget 2026 promulgué en février, elle prélèvera dès le 1er janvier 0,8 % sur les contrats d’assurance auto, habitation et professionnels, pour quelque 400 millions d’euros. Rassurez-vous, ce n’est pas une taxe comme le promet Roland Lescure, mais simplement une « certaine solidarité entre assureurs », une solidarité obligatoire, prélevée sur chaque contrat de chaque Français, comme un impôt ou une taxe, mais ce n’est pas ça. Mm’voyez.

Et pouf, une loi « casseurs-payeurs » !

Conçue après les débordements de la victoire du PSG en mai, elle a finalement été adoptée par le Sénat, généreusement durcie dans la nuit du 27 au 28 octobre, et elle rend solidairement responsable des dégâts tout participant à un rassemblement violent, même s’il n’a rien touché.

Quand on a une bonne crise, ça serait dommage de gâcher.

D’où les couvre-feux étendus aux majeurs, l’interdiction de toute manifestation dans un département entier, et un amendement qui permet à l’administration, sans juge, d’exiger le retrait sous 24 heures des contenus « susceptibles de créer un trouble grave à l’ordre public », notion assez élastique pour englober n’importe quoi, y compris un billet de chronique un peu vif.

Le 22 octobre, Matignon demandait d’ailleurs aux opérateurs de se tenir prêts à couper TikTok, Instagram et Snapchat. Le 28, le président affirmait qu’une coupure n’avait jamais été envisagée. Ben tiens.

Et toutes ces gesticulations interviennent alors que le droit a déjà tranché ces questions : selon l’article L211-10 du Code de la sécurité intérieure, l’État est civilement responsable des dégâts causés par les attroupements, sans qu’on ait à prouver la moindre faute de sa part. C’est logique : l’ordre public est sa mission, son échec est sa facture. Depuis 2019, il peut même se retourner contre les auteurs. Las, c’est une faculté qu’il n’a jamais exercée contre un seul coupable identifié.

Plutôt que d’utiliser l’outil existant, on en forge donc un plus large, qui garde la mission sur le papier et refile l’addition aux assurés, aux manifestants et à leurs familles.

La réponse est pourtant connue, et n’a rien de sorcier : une foule, ça se gère ; des casseurs, ça s’éparpille ; des pillards, ça s’arrête, ça se juge et ça finit en prison. La République a su faire, mais il est limpide qu’à présent, elle ne veut plus.

Elle préfère désormais punir tout le monde pour ne surtout pas avoir à punir les coupables.

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