L’état pervasif

L’état, par nature, tend, à s’agrandir le plus possible. Il essaie, dès qu’il le peut, d’augmenter son emprise, d’augmenter ses ressources, d’augmenter le nombre d’assujettis à ses besoins, et de transformer des besoins individuels en collectifs, tournés vers sa propre conservation. Petit jeu de rôle : vous êtes un état, ou même, disons, une administration étatique, au départ pas trop grosse, pas trop vitaminée, pas trop maline. Vous désirez donc grossir. Comment allez-vous procéder ?

Il n’y a que deux méthodes possible pour augmenter l’assise collectiviste d’un état : la méthode radicale, et la méthode de « cuisson du crabe ». La méthode radicale est relativement simple : c’est, typiquement, la proclamation de la prise autoritaire du pouvoir, de façon généralement sanglante. L’établissement dictatorial qui suit permet la mise en place d’une tuyauterie étatique toute puissante, notamment par la nationalisation de toutes les propriétés. L’état est alors maître de tout…

La méthode radicale, à terme, est vouée à l’échec : tout ne peut pas être étatisé, les comportements individuels se fondant généralement mal, par leur nature chaotique d’ensemble, dans un schéma planifié, régulé, règlementé, corseté par des administrations sur tout et n’importe quoi. Comme tout système sous contraintes, plus l’environnement est chaotique, plus les contraintes imposées sont fortes, plus le système risque de casser violemment. Avec les régimes totalitaires soviétiques, chinois, cubains, etc… , on a pu vérifier concrêtement que l’idéal tout-étatique ne tenait pas très longtemps de façon stable.

L’autre méthode, elle, est plus subtile. La France, toujours en avance sur son temps, a décidé de la tester en avant-première sur le reste de la planète. Pour cela, il faut introduire le collectivisme de façon très progressive, comme la chaleur dans la cuisson du crabe : si on plonge un crabe dans l’eau bouillante, il se débat. En revanche, si on le plonge dans l’eau froide qu’on fait chauffer très progressivement, le crabe s’engourdit dans l’eau devenue chaude, et finit par cuire sans agitation. Pour le collectivisme, c’est pareil : les expériences radicales ont montré que l’introduction rapide provoquait des soubresauts du peuple concerné. Mais l’introduction insidieuse, progressive, du collectivisme dans tous les domaines de la société permet d’obtenir un résultat bien plus probant …

L’idée, d’une part, est de ne surtout pas dire qu’il s’agit de communisme, de collectivisme ou de socialisme soviétique tel qu’on peut le concevoir. On aura à coeur de l’appeler par exemple le « Modèle Social à la Française » ; ça passe mieux que le Modèle Soviétique à la Française. Mais c’est la même chose.

D’autre part, il faut que la mentalité même de la redistribution de tout, à grande échelle, pour tout, pour tous et pour n’importe quoi soit suffisamment ancré dans les mentalités pour que toute supposition que cet état de fait n’est pas nécessaire soit immédiatement rebutée comme une hérésie.

A partir de là, chaque critique prononcée contre l’état de fait sera perçue comme idiote, ou sans intérêt. Mieux que le collectivisme stalinien, où les opposants sont réduits au silence par la force, dans le collectivisme à la Française, les opposants sont réduits au silence par … l’absence d’intérêt. Pour qu’une information existe, il faut qu’elle soit écrite, certes, mais surtout, qu’elle soit lue. Si personne ne la lit, cette information, virtuellement, n’existe pas. Les critiques et les arguments de bon sens contre le collectivisme à la française sont effectivement écrits (ici et dans bien d’autres blogs, médias, …) ; mais ils ne semblent pas lus, par aucun de ceux qui sont d’habitude les colporteurs d’opinion.

Dès lors, l’état peut intervenir, progressivement, partout où bon lui semble. Sur les cinquante dernières années, son emprise n’a pas cessé d’augmenter. On retrouve à présent des règlements, des législations, des taxes sur des domaines toujours plus variés, plus pointus. Ce qui fait sa force, c’est qu’on s’imagine fort bien s’en passer dans la vie de tous les jours, alors qu’il est responsable et acteur de tant de domaines que son existence est visible tout autour de nous, de façon permanente.

En réalité, a-t-on besoin d’un état pour construire des routes, entretenir des parcs, dispenser des cours à l’école, transporter des biens et des gens, produire de l’électricité ? Est-il utile et efficace pour recruter et placer des gens ? Construit-il correctement des habitations ? Permet-il vraiment le respect de l’environnement ? A toutes ces questions, tous ces domaines, des réponses privées, sans le besoin d’état, existent naturellement.

Cependant, essayez, juste pour rire, d’évoquer, avec des connaissances, la disparition pure et simple de l’état. Vous vous heurterez aux réactions ulcérées (et compréhensibles) de gens qui n’ont jamais connu que lui, partout, tout le temps, à l’image d’une nurse omnipotente et omniprésente.

En se rendant pervasif, l’état a réussi le pari de nous placer dans sa marmite et de monter, très doucement, la température. En mai 2007, avec un cynisme consommé, il nous proposera même de choisir la sauce à laquelle nous serons mangés.

Bon appétit.

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Commentaires2

  1. Ash

    "D’autre part, il faut que la mentalité même de la redistribution de tout, à grande échelle, pour tout, pour tous et pour n’importe quoi soit suffisamment ancré dans les mentalités pour que toute supposition que cet état de fait n’est pas nécessaire soit immédiatement rebutée comme une hérésie."

    La première et la plus simple phase de discipline qui peut être enseignée, même à de jeunes enfants, s’appelle en novlangue "arrêtducrime". L’arretducrime, c’est la faculté de s’arrêter net, comme par instinct, au seuil d’une pensée dangereuse. Il inclut le pouvoir de ne pas saisir les analogies, de ne pas percevoir les erreurs de logique, de ne pas comprendre les arguments les plus simples, s’ils sont contre l’Angsoc. Il comprend aussi le pouvoir d’éprouver de l’ennui ou du dégout pour toute suite d’idée capable de mener dans une direction hérétique. Arretducrime, en résumé, signifie stupidité protectrice.

    G. Orwell, 1984.

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