Le Grand Secret

Ce qui caractérise les empires en déclin, les dynasties peu avant leur effondrement et les royaumes au bord de la crise de nerf, ce sont les rumeurs, les petites cachoteries et les grands secrets de polichinelle : tout le monde sait qu’un drame se trame dans les coulisses, mais personne n’en chuchotte mot, et tout le monde, en scène, fait comme si de rien n’était, un sourire un peu crispé aux lèvres…

En quelque sorte, nous assistons à la théorie de la conspiration du pauvre.

Dans une bonne théorie de la conspiration, on part de faits disparates, qu’on tente de relier de façon logique quitte à ce que le lien soit franchement farfelu, en partant du principe que la vérité est toujours très bien cachée et que des intérêts supérieurs président à la conspiration en question. On imagine alors facilement des êtres machiavéliques, doués d’une intelligence hors du commun manipulant les foules. Evidemment, le trait caractéristique d’une théorie de la conspiration, c’est qu’elle restera à jamais une théorie, puisque rien ne viendra jamais confirmer ou infirmer celle-ci.

Dans le cas qui nous intéresse, on a une version édulcorée : les faits ne sont pas disparates (ils pointent facilement dans le même sens), les intérêts supérieurs ne le sont que par leur volume et pas par leur hauteur d’esprit, et les êtres machiavéliques sont plutôt doués d’un autisme hors du commun. Ca sent la foirade de dernière minute. Et évidemment toute bonne théorie de la conspiration du pauvre termine en jus de boudin : tout le monde découvre la conspiration, et tout le monde, au même moment, se retrouve marron…

Il va en France de ce principe de conspiration mal fichue : on tente d’évacuer discrêtement les problèmes de la dette, de la sécurité sociale, et des patouillages quotidiens que nos machiavéliques autistes nous pondent tous les jours sans relâche, mais au final, on sait pertinemment que la conspiration sera éventée…

La dette, d’abord : les milieux informés savent, qu’elle est moOonstrueuse ; mais chut, ne le disons pas comme ça. Désignons un benêt, un idiot utile, qu’on mettra à Bercy et qui donnera quelques éléments de réflexion. On pourra toujours dire, ensuite : « vous voyez, on vous l’avait bien dit – bien qu’un peu tard ». On trouvera une image, mettons … celle d’un paquebot, grand, large, lourd, pas mal d’inertie, lancé à pleine vitesse, tentant de faire marche arrière, et on la soufflera à un ministre poète qui s’empressera de la ressortir (sans prononcer le mot Titanic, ce qui est très fort – on se croirait dans un pictionnary déjanté).

Et pour combattre la dette, on ne proposera officiellement que des petits remèdes sympathiques : on lisse les dépenses, on fait de petits efforts budgétaires d’ici à 5 ans (ou 10, ou 20, ou… bof), on chipote dans les dépenses, on tatouille là ou on tripote ici, et cela passe, comme un tour de magie bien rôdé où l’on hape le regard avec une sémillante hôtesse en escamotant le petit lapin d’un geste souple. Ici, cependant, le petit lapin fait deux mille milliards d’euros. C’est plus délicat à escamoter, mais le principe est le même. Il faut juste (beauUucoup) plus de paillettes.

Par contre, dans le fond, il n’existe que deux méthodes pour diminuer la dette : diminuer drastiquement les dépenses (aïe), et / ou augmenter drastiquement les impôts et cotisations (ouille). On sent que nos petits conspirateurs choisissent doucement la dernière option… Cela a déjà commencé avec des Taxalakons[1] sur des biens et services improbables (raquettes, films pornos, crémation, …) . Cela continue avec les cotisations salariales cachées patronales. Tous les jours, une augmentation. L’important pour que la conspiration ne soit pas éventée, c’est que chaque augmentation passe inaperçue. Et pour haper le regard, on utilisera Solidarité ou Justice Sociale, deux pouffes faciles aux courbes pneumatiques.

La sécu, ensuite : la vieille dame incontinente perd ses sous à tous les coins de rues. De surcroît, et c’est officiel, chacun peut quitter cet organisme tentaculaire qui pompe de tous les côtés (on en trouvera des éléments de preuves ici et ). Mais là encore, c’est un petit secret bien gardé : la solidarité ne fonctionne que si tout le monde est solidaire, de façon obligatoire et compulsive. Certes, une obligation de solidarité, cela sonne comme un oxymore, un paradoxe succulent que seuls quelques collectivistes peuvent encore soutenir. Mais puisque c’est pour votre bien, on vous dit, que cette Sécu pisse de l’argent par milliards de tous côtés ! Allez, quoi ! Continuez à donner, donner, donner : cela ne vous sera pas rendu, mais peut-être aurez-vous bonne conscience !

On ne peut que constater que nos petits polichinelles conspirateurs font tout ce qui est possible pour cacher une telle bombe (on les comprend : si tout le monde, maintenant, quittait la sécu, celle-ci s’écroulerait avec notre Modèle Social Que Le Monde Entier Nous Laisse). Mais comme toute conspiration du pauvre, cela finit par se savoir. Petit à petit, les esclaves, après des déboires et des batailles homériques avec les URSSaf, Tribunaux Administratifs et Caisses d’Assurances, se délivrent de leurs chaînes, et se rendent compte qu’ailleurs, l’herbe est plus verte et les assurances moins chères et … s’en vont. L’important, ici, pour que la conspiration ne soit pas éventée, c’est que le nombre de personnes à fuir ne soit pas divulgué, et qu’il reste le plus faible possible.

Les petites patouilles, enfin. Tous les jours, des fuites dans les médias révèlent la gabegie et le flou artistique qui règnent tant au niveau des finances de l’état que des collectivités locales ou des entreprises publiques. Avec l’arrivée de la norme IFRS, ou à l’occasion de la libéralisation des marchés, le gouvernement du moment se retrouve avec la délicate tâche d’escamoter discrètement un lapin en décomposition avancée de son chapeau. Les gesticulations de la sémillante hôtesse attirent le regard, mais l’odeur, elle, est forte et ne peut que difficilement être oubliée. Le lagomorphe du jour, bien avancé dans son retour à l’humus, s’appele GDF. Bientôt, la dérégulation du prix du gaz en France va mettre à jour la formule qui lie le prix du pétrole avec les tarifs pratiqués par GDF. Et cette formule, comme les autres secrets de la République, va elle aussi révéler son pesant de petites bassesses politiques qu’on aura mis bien du mal à cacher.

« The best trick the Devil ever pulled was convincing the world he didn’t exist. » disait un des personnages de Usual Suspects. Bien que l’écoutant assidûment, nos petits polichinelles ont apparemment encore de longues leçons à recevoir du maître des enfers…

Notes

[1] (c)(tm)(r)République Française

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