Une fable actuelle

Parfois, pour faire comprendre les choses aux enfants, rien ne vaut une petite fable pour faire passer un message discret. Cela permet la plupart du temps de leur expliquer le bien, le mal, les notions de la vie qu’il est important de comprendre pour bien s’armer dans le monde qui nous entoure. Cependant, les fables ont besoin, parfois, d’un peu de rafraîchissement pour coller à notre réalité. En voici un essai.

Version originale

Trois petits cochons, devenus grands, se séparent de leur maman : elle leur souhaite à chacun un destin heureux et les met en garde contre, notamment, le grand méchant loup qui rôde et croque parfois les petits cochons imprudents. Chacun allant son chemin s’installe dans sa petite vie de célibataire.

Le premier petit cochon, franchement pas travailleur, construit une hutte en paille, jugeant cela suffisant pour se protéger de la pluie. Le second petit cochon, pas franchement travailleur, construit quant à lui une cabane en bois, estimant qu’elle sera suffisante pour le protéger des intempéries. Le dernier petit cochon, le raisonnable de la bande, construit de ses mains une maison en briques. Il la bâtit suffisamment solide pour le protéger des intempéries et même un peu plus.

Survient alors le Grand Méchant Loup. D’un souffle puissant, il balaie la hutte de paille. Son occupant a juste le temps de s’enfuir et de rejoindre son frère dans sa cabane. La cabane n’offre d’ailleurs pas un refuge plus solide : elle est à son tour balayée par le souffle puissant du prédateur. Fuyant à toutes jambes, nos deux petits cochons malheureux trouvent refuge dans la maison en brique de leur troisième frère. Cette dernière s’avère solide : malgré le souffle en tempête du loup, elle ne bouge pas, et il repart broucouille, comme on dit dans le Bouchonnois.

***

USA, circa XXIeme

Trois petits cochons, à peine calmés de leur poussée hormonale, se séparent de leur mommy : elle leur souhaite à chacun de trouver un job bien payé et les met en garde contre le sex, drug and rock’n’roll, et, accessoirement, le grand méchant loup qui rôde et croque parfois les petits cochons imprudents. Chacun allant son chemin s’installe dans sa petite vie de bachelor.

Le premier petit cochon découvre qu’il peut vendre des tire-bouchons roses sur internet, estampillé « Pink Little Pig »(tm), et lance un business de fabrication de 100.000 unités grâce à un business-angel trendy. Après un LBO réussi, il se retire dans les îles caïmans pour profiter d’une retraite dorée.

Le second petit cochon, lui, s’est lancé dans les biotechs. Il découvre un moyen d’accéler la Polymerase Chain-Reaction par un facteur 10, dépose son brevet et encaisse les royalties depuis son research-center de Seattle. Depuis, il sirote des cocktails classy en écoutant de la musique funk dans son living-room : il a su rester cool.

Le dernier petit cochon, the last but not the least, lui, se lance dans les buildings; il construit un skyscraper avec un nouveau type de béton armé précontraint qui résiste sans aucun problème à un earthquake de magnitude 8, et au souffle d’un grand méchant loup. Son procédé de fabrication devient une trademark, ™, (c) et (r) et tout ça. Il rédige sa méthode de fabrication et crée une franchise, « Pig Concrete », qui compte bientôt des centaines de franchisés. Il explique sa méthode de réussite dans un livre, qui devient un best-seller. A la suite de douzaine d’interviews, il finit par séduire un célèbre film-director, et devient action-hero d’un film autobiographique. C’est maintenant une star, il a trois bodyguards. Alors, quand le grand méchant loup, célèbre serial-killer, a vaguement tenté de s’approcher de lui pour le shooter, il s’est fait kicker assez sauvagement avec une batte de base-ball…

***

France, circa XXIeme

Trois petits cochons, devenus grands, tentent de se séparer de leur maman sur le plan fiscal : elle leur souhaite à chacun un travail tranquille, dans une administration territoriale pas trop loin de chez elle, ou, à la limite, dans une grande entreprise d’état, comme France Télécom, EDF ou Total, et les met en garde contre, d’une part, le grand méchant loup qui rôde et croque parfois les petits cochons imprudents, et le fisc, pas super tendre non plus. Chacun allant son chemin s’installe dans sa petite vie de célibataire.

Le premier petit cochon, franchement pas travailleur, opte pour des études en Histoire de Lard. La fillière est ultra-bouchée, mais elle dispose de deux atouts non négligeables : les bancs de l’amphi sont plein de petite truies bien cochonnes, les profs sont super sympas, super compréhensifs, et, surtout, notre petit cochon connaît un pote à la Direction Départementale des Musées qui, en suivant cette filière, a trouvé un job de planqué, pleins d’avantages, sans trop se fouler. Comme son ami est déjà dans la place, il ne devra pas avoir de mal à décrocher un poste, d’autant qu’il sait qu’il fera partie du jury pour le concours d’admission.

Le second petit cochon est un peu plus travailleur, et il a choisi le droit. Au bout de six années (dont une de redoublement) à trimer dans des amphis surchargés sur des codes de procédures dont le volume a doublé entre son arrivé en fac et sa sortie, il a un mal de chien à trouver un stage dans un cabinet. Au cours de celui-ci, il est promu Project Office Manager, ce qui revient essentiellement à être cantonné à faire des photocopies et du café pour préparer les réunions des associés. A la fin du stage, comme aucun job ne se profile à l’horizon, il se retrouve guichetier dans une grande banque.

Le troisième petit cochon, lui, en veut vraiment : pendant ses études d’ingénieur en informatique, il a découvert un nouveau moyen de faire des recherches plus rapidement sur internet. Il développe une petite application, et passe un an à établir un dossier pour l’Anvar, afin d’obtenir des subventions. L’anvar lui demande, pour accepter son dossier, de candidater à un concours organisé par une institution étatique prestigieuse, mais le dossier se perd à la CCI. Comme notre prévoyant petit cochon en avait fait une copie, il peut l’envoyer quand même dans les temps. Six mois plus tard, il n’est malheureusement pas sélectionné : à la place, c’est un chercheur de l’Institut National de l’Informatique Pour Les Recherches Sur Internet qui, bizaremment, dispose du même algorithme que lui, à deux trois petits détails près.

Comme notre petit cochon pense qu’il y a eu une fuite, il attaque la nouvelle start-up de ce chercheur épaulé par France Télécom R&D, EDF et Total R&D. Il perd au procès et doit payer une très lourde amende pour procédure injustifiée. Ruiné, il se retrouve au RMI pendant deux ans. Il va finalement voir son premier frère, qui, lui, a finit par obtenir son poste à la Direction Départementale des Musées. Il l’héberge pendant un mois, puis lui file quelques ronds et l’expédie chez son autre frère, le guichetier. Ce dernier lui propose l’immigration au Canada. Le troisième petit cochon, au bout du rouleau, accepte et embarque pour Toronto. Il y monte finalement sa société de Data Storage qui deviendra deux ans après un leader du marché.

Pendant ce temps, le grand méchant loup, lui, s’est fait expulser de son squat. Recueilli par Emmaüs, on le retrouve, victime d’une overdose, un petit matin froid de décembre.

A ce moment, le fisc tombe sur le guichetier qui, pour arrondir ses fins de mois, faisait un peu de brocante sur eBay. Ruiné, il se suicide.

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Toute ressemblance avec un Système Social Que Le Monde Nous Envie serait, évidemment, purement fortuite.

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Commentaires11

  1. LePetitPingouin

    hihihouhouhaharha arh arh arh
    super article

    comment ca fable?
    http://www.liberation.fr/page.ph...

    ping

    au passage, ce qui me donne vraiment envie de tuer avec Libe c’est qu’alors qu’ils nous balancent en permanence un brainwashing assez intense dans leurs articles altermondialistes-light pour attardes, leurs articles qui pourraient apporter une analyse interessante sont deseperement absent de tout point de vue editorial FORMULE, non mais MERDE relisez cet article! a aucun moment le journaliste ne dit clairement: ce systeme craint parce que…rien, y a rien, juste un silence qui dit’ j’ai pas besoin d’en rajouter tt le monde a compris"
    mais tout le monde a compris quoi?
    ah mais peut-etre que l’analyse sonnerait une peu liberale aussi, et ca ca ferait tache.
    quelle bande de cons tiens ca m’enerve!

    bisous a tous

  2. SIlent Bob

    Excellent!!
    Il est vrai qu’en France il est très très compliqué d’obtenir des financements afin de donner le jour à des innovations. La plupart des "trouvailles" sont le fruit des chercheurs, et on peut dire que les "trouvailles" privées ne sont pas légions, sauf, sauf dans les services, seul domaine ou avec pas grand chose on peut faire beaucoup.
    Maintenant il faut savoir que planquer son argent reste possible, en toute illégalité bien sûr, mais sans que le fisc le sache, mais bon après comment profiter de son argent, c’est dur! Il y a plétaure d’agents du fisc, qui ont acces à tellement d’informations sur nous que ça en à vomir exemples:http://www.01net.com/article/176...
    http://www.lentreprise.com/dossi...

    En France on ne peut rien faire sans avoir le fisc sur le dos, soi dit en passant, le fisc français est un des "repoussoir" à investisseurs les plus fameux! En général, une des premières choses que l’on dit à une personne qui s’installe en France, c’est "fait gaffe au fisc". Qu’il y ait une administration fiscale certes c’est normal, mais qu’elle soit l’une des plus argneuse au monde et une de celle qui a le plus de pouvoirs et d’accès aux informations NON!

    Le fisc français recherche tellement les fraudeurs pour remplir les caisses de l’Etat (ce qui est le signe d’un pays malade) qu’ils reviennent parfois plusieurs fois afin de vous mettre la pression jusqu’à ce que vous fassiez une erreur. La plupart des controles sur les entreprises en france donne lieu à des redressements.

    De plus notre loi fiscale est un boubier sans nom! Et comme nul n’est censé ignorer la loi…

    Il y a combien de personnes qui voulaient monter un business tranquilement qui sont parties? Combien? On dit qu’il y a 2 millions de français à l’etranger, on dit que beaucoup reviennent, on dit que l’étranger c’est pas bien, on dit que le système français il est le meilleur, on vous dit toujours le problèmes des autres pays et si peu souvent les possibilités de reussite. Partir à l’etranger, dans un pays qui vous permet de porter un projet n’est pas idiot! Je le dis et répète, une grosse partie de ma promo d’ecole de commerce s’est barré à l’etranger !

    Pas de travail, des impôts énormes pour les jeunes diplômes qui ont déja du mal a payer leur train de vie médiocre, certains veulent travailler davantage mais ce n’est pas possible, les heures supplémentaires ça coute trop cher à l’entreprise!

    Honnêtement, notre système social sombre parce qu’il ne laisse aucune possibilité de rêver, on peut pas se dire "tiens, j’ai une super idée, j’essaye de la développer", pourquoi?
    Parce que notre système ne nous permet pas la seconde chance, je m’explique, vous êtes jeune diplomé, vous avez une idée, cela va vous prendre du temps pour la développer, ensuite du temps pour voir si ça fonctionne ou pas, admettons que ca ne fonctionne pas, le jour ou devrez trouver un boulot, on vous dira "Monsieur, apres vos études vous avez tenté de créer votre propre entreprise, mais vous n’avez aucune expérience, de plus vous n’êtes plus dans le cycle du travail dit normal, désolé monsieur…"

    Sans rire, on est un pays de loosers, dans lequel il n’est pas bon gagner de l’argent, dans lequel l’innovation n’existe plus sauf de la part de nos amis les politiques, si votre vocation c’est créer une entrprise, fuyez! Et si vous restez en Europe, bossez avec la France! Toute l’astuce est là!

  3. Jim16

    Yello les boyz

    He oui monsieur Bob le Silencieux (comme celui qu’on met au bout des pistols?), ca m’a pris un contact, un mail, un coup de fil et un CV en 1 exemplaire pour trouver un job a l’etranger (un bon chouette job).

    le meme CV soumis pendant un an et demie a l’ANPE n’a jamais rien donne d’autre que des propositions de stage comme figurant ou jongleur ( je fais de l’infographie )
    avec un bon CV en plus! ahaha

    "comment tu traduis ‘motion capture data manager" en francais?
    -tu coches la case bateleur/contortionniste en bas a droite, dans la categorie ‘troubadour,menestrels- metier du cirque’.

    en fait je viens de penser a un sujet de thread:
    etes vous deja passe par les assedic et l’anpe?
    que de bons souvenirs !

    allez a plusse!

    jim

  4. Nx

    merci pour cette petite continette , bizarrement elle sonne tellement vrai…

    @Jim16 : ben oui j’y suis en ce moment dans la mélasse hahennepéesque
    je suis technicien de réseaux info à multiples casquettes ( couteau suisse en bref ) et bizarrement il y a plein d’offres correspondants mais on ne me les propose pas ( je bénéficie pourtant d’un suivi "personnalisé" ). je suis obligé de justifier de ma capacité à remplir les prérequis de l’offre parce que "vous comprenez on ne peut pas tout le temps envoyer des dossiers sinon les employeurs ne s’adresseront plus à nous." remarque émise par une personne se servant de 2 doigts pour taper sur son clavier et éminament capable de juger de mes capacités techniques , de mes 3 ans d’études après le bac et de mes 6 ans d’expérience…. c’est simplement pathétique.

  5. Jim16

    "vous comprenez on ne peut pas tout le temps envoyer des dossiers sinon les employeurs ne s’adresseront plus à nous."

    ah bon il ya des gens qui recrutent par l’anpe?
    non serieusement ?

    @Nx:

    en meme temps, si t’es technicien reseau tu trouverais un travail en deux secondes dans n’importe quel autre pays.
    bouge!

    ben quoi, t’es encore la?

  6. Nx

    @jim16 : ben apparemment oui il y a des gens qui continuent à recruter par l’anpe, en même temps c’est pas les plus malins non plus.

    quant à l’étranger , oui je m’y prépare activement , cela dit n’étant pas en possession d’un passeport valide je me devais d’attendre la résolution du "conflit" sur les passeports biomètriques pour obtenir le merveilleux sésame.
    Tout conflit passé on m’a conseillé d’attendre encore parce qu’ils ne seront disponible sur l’ensemble du territoire français qu’à partir de mai et ce si tout se passe bien …. mais là c’est une autre histoire .

    au fait une question me tarabuste depuis le début de la semaine :
    quelle est la différence entre l’administration ( française ) et une savonnette de quinze tonnes sur du carrelage mouillé ?

    ça je pourrais décemment y répondre en mai.

  7. fj

    Tres bien vue l’histoire du troisieme petit cochon francais. La spoliation par les magouilles internes des systemes soit disant d’aide n’est pas une hypothese mais bien la realite de ce systeme bananier et ou se deroule en toute impunite ce petit business entre amis. Il y a egalement le cas des association lucratives sans but, une societe a irresponsabilite illimitee en somme. Mais il y a egalement les projets sans fondement qui sont montes dans le strict respect du technocratiquement correct pour etre ensuite irrigue s de subventions. Bref ces gens se la joue grave messieurs les lecteurs.

  8. fj

    à h16: Il serait bon de regarder l’activte reelle de tous les organismes charges de mission de developpement economique. Ils consomment pour leur mission et en fait revendiquent tous les memes (maigres) resultats : a un prix fou et pour pas grand chose. Il y a egalement les projets officiels lances d’en haut qui quelques temps plus tard tombent tous a plat en recopie de solutions americaines anciennes. Je ne compte plus le nombre de cas.

    Mais il y a bien pire, attachez votre ceinture, nous plongeons au coeur du grand oeuvre: la pierre philosophale inverse.

    En bien des provinces ne survivent que des activites strictement locales irriguees par la depense publique locale, l’employeur principal est la Mairie ou bien un acteur dit d’economie mixte. Tout devient vite artificiel, on fait une politique de travaux (on creuse le matin et rebouche le soir), on fait une politique de pots de fleurs (jardins, pelouses), on fait une politique de batiments (on trouve un motif sociaaaal une mediatheque par exemple), tout cela est tres visible. Notre grand homme fait le bonheur de ses electeurs qui en retour le reelise. Bien sur tout ceci est directement branche sur l’endettement des nourrisons. Comme en ces lieux, sauf cette economie captive, dependante et controlee par la mairie, on ne cree aucun emploi reel (non dans ce miodele economique), les jeunes partent travailler au loin. Il reste un faible (relatif) chomage et une population vieillisante; fin du fin les jardins d’enfants sans enfants et les kiosques à musique sans orchestre!

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