Les glandes à flan

On l’oublie parfois, mais l’homme (ou femme) politique, tout pétri de ses convictions soit-il (ou elle), n’en reste pas moins homme (ou femme). Etonnant fatras de muscles, d’os, de tissus durs et de tissus mous, l’animal politique contient quelques glandes, dont une plus ou moins grosse au milieu d’une boîte osseuse fixée au-dessus de ses épaules, qui le poussent parfois à agir par impulsion. Le plus étonnant, c’est la production de ces glandes.

Comme un tueur en série qui, compulsivement, viendrait enlever sa victime, la violerait et la tuerait sauvagement en la laissant sur le bord d’une route vicinale, le politique (homme ou femme, parité oblige), compulsivement, se sent toujours dans le besoin de réagir plus ou moins violemment aux événements journaliers. Notons que la comparaison avec le tueur en série ne s’arrête pas là, puisqu’en général, avec le politique, la victime (nous, les minus habens) se retrouve généralement violée et abandonnée en rase campagne au petit matin, avec la culotte sur les oreilles dans le meilleur des cas.

En effet, le politique qui ne réagit pas ne produit pas lui-même de l’information, et, petite bulle évanescente dans le tsunami déferlant quotidien, devient vite perdu, ou pire, oublié. Un politique oublié, ou un gouvernement dont on ne sait pas ce qu’il fait, sont condamnés à disparaître aux prochaines élections.

Cela se vérifie assez bien avec la récente affaire indigeste sur Indigène : il s’agit du film scolaire lacrymogène qui relate comment les combattants des colonies françaises d’alors se virent envoyés au front et mourir dans les boucheries de 14-18. La grosse glande évoquée précédemment, chez l’homme normal, va provoquer quelques émotions (habillement titillées par la mise en scène du film, la musique, les dialogues). Chez un politique, cependant, on notera quelques petits spasmes dans les membres supérieurs, des mouvements nerveux des membres inférieurs, et, rapidement, des agitations frénétiques des maxilaires et de la langue.

Le politique prend la parole, s’agite et décrête qu’il faut faire quelque chose.

Parce que voilà plus d’un demi-siècle que les pensions des survivants coloniaux n’ont pas été revalorisées et que les quelques rescapés touchent des clopinettes. Ici, c’est – mettons – le bulbe de la dame Bernadette, la mamie Chirac, qu’aura fait réagir le film ; on imagine ensuite Bernie Chi, tançant vertement son président de mari, et l’exhortant à rééquilibrer les pensions des malheureux oubliés de la République, quitte à les aligner fissa avec celles des combattants pur sucre.

Le président est un homme, et à ce titre, va là encore utiliser ses glandes. C’est un homme politique, ses glandes vont donc surperformer. Pour le coup, je ne parierai pas sur la grosse glande d’en-haut, mais plutôt sur les deux petites du bas : même à 74 ans, ça peut encore donner un petit kick quand on est flappi et qu’on veut redorer une image médiatique passablement jaunie. Chez l’homme normal, cela s’appele l’instinct sexuel de préservation. Chez le politique, c’est celui du pouvoir.

Voilà donc mon Chi décidant souverainement que ces fameuses pensions seront alignées. Youpi ! L’affaire est dans le sac, les papys berbères seront payés comme il faut.

En plus, cela tombe bien, les gouvernements successifs travaillent justement à cet épineux problème depuis 2001, où de timides microscopiques revalorisations avaient eu lieu. Tiens, d’ailleurs, on dirait presque que la promo présidentielle du film est tombé fort judicieusement au moment où justement, Chirac semblait bien seul, dans son grand palais, à mâchonner du saucisson et boire de la Desperado.

Evidemment, la presse et le gouvernement Villepin pond majoritairement des louanges en expliquant que cette revalorisation permet de rétablir la justice, la fraternité, l’égalité (vous savez, ces petits mots gravés sur les pièces de monnaie).

Oui mais voilà, c’est du flan.

En effet, si, pour un homme normal, les glandes de son corps produisent des fluides, des hormones notamment, pour un homme politique, ses glandes produisent essentiellement du flan. Caramel. Sucré, joli à regarder, mais du flan.

Parce qu’ici, les pensions resteront minimes : il va s’agir de les augmenter de 110 millions. Pas par tête de pipe, notez bien (sinon, pour le coup, ce serait un sacré jackpot) – non, il s’agit de les augmenter pour les 84.000 anciens combattants coloniaux ; ça fait 1310 euros en moyenne. Par an.

Parce que là, on ne rattrapera pas les 30 années d’inégalités (et plus).

Parce qu’un paquet de ces combattants sont morts et enterrés depuis longtemps, et qu’en prenant cette décision maintenant, Chirac s’assure à peu de frais une petite place dans l’histoire, ou, à tout le moins, dans l’actualité ; et c’est important, l’actualité, rappelez-vous : c’est ce qui permet à de vieux croutons embarrassants de croire qu’ils peuvent encore influencer le moôonde alors que leurs costumes, leurs discours, leurs habitudes et leur regard puent la naphtaline.

D’autres questions viennent aussi naturellement à l’esprit :

  • Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Les hommes du gouvernements, qui se gargarisent d’égalité, de justice, de fraternité (mais pas de liberté, tiens, c’est bizarre) à longueur de septennats ou de douzainats, n’ont donc pas vu l’aberration d’une telle situation ?
  • Comment le président peut-il décider unilatéralement qu’une somme assez conséquente (110 millions tout de même) va être débloquée ? Dans le même registre, on ne peut que se féliciter qu’il ait vu Indigènes et pas Taxi, ce qui aurait probablement donné un résultat gratiné pour la police française (nous n’aurions pas eu deux Subarus éclatées par la gendarmerie routière en quelques mois, mais des douzaines).
  • Où, exactement, est le processus démocratique ? D’ailleurs, où était-il, ce même processus, lorsque De Gaulle décida de geler les pensions, il y a de cela si longtemps ?

Avec cette production effrenée de flan bon marché, on va encore – pour rester dans la pâtisserie – passer pour des cakes auprès d’un paquet de peuples de la planète, ce qui ira fort bien à notre excellente réputation que le Chi nous aura fabriqué pendant toutes ces années.

Le Monde
Le Figaro
Un article qui cogne : yabiladi

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Commentaires5

  1. SIlenT BoB

    Je ne suis pas contre le fait d’augmenter les pensions des hommes ayant combattus pour la France, mais il est vrai que l’on peut se demander comment le président de la ripoublik peut décider seul de la distribution de 110 millions d’euros en plus et par an. Je rappelle quand même que 110 millions d’euros représentent 220 vie de travail de SMICARD ; ce n’est pas rien quand même!
    On voit bien que le processus de décision est complètement floué, il me paraît bien grave ce qui se passe en France depuis quelques mois, de plus en plus de passes-droits, de plus en plus de "loi d’entreprises", des tours de passe-passe, des lois qui avantagent certains membres de l’UMP (affaire du sauteur de haies), bref plus d’un scandale qui ramènent tous à El CHI!

  2. pierrem

    "il s’agit du film scolaire lacrymogène qui relate comment les combattants des colonies françaises d’alors se virent envoyés au front et mourir dans les boucheries de 14-18"

    La boucherie de 39-45, h16, la boucherie de 39-45…
    Ceux de 14-18 sont déjà mort depuis longtemps (ou presque il reste à ce jour 6 poilus en vie)

    "Comment le président peut-il décider unilatéralement qu’une somme assez conséquente (110 millions tout de même) va être débloquée"

    En même temps quand il prend l’avion ou commande un traiteur il ne nous demande pas non plus notre avis… Et les sommes dont du même ordre de grandeur.

  3. @pierrem : effectivement, 39-45 ; les lecteurs auront corrigé cette bévue. En revanche, pour ce qui est des commandes du traiteur ou l’avion, la ligne budgétaire existe et est votée tous les ans par nos députés…

  4. Jesrad

    En fait, la ligne budgétaire en question n’est votée qu’à mesure d’un quart des dépenses environ. Les trois quarts restants sont à l’avenant…

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