Education Nationale : un témoignage qui dérange

Il y a quelques jours, j’avais écrit un article sur un bouquet odorant de romantiques élèves de terminale qui réclamaient la démission de leur professeur d’anglais parce que celle-ci avait, tout simplement, réclamé de la discipline. Ce billet a déclenché une jolie salve de commentaires, et un témoignage que je juge nécessaire de retranscrire ici, in extenso.

Il s’agit de la lettre de M. Jean-Paul Saint-Marc, enseignant à l’académie de Bordeaux, à sa hiérarchie. Les gras sont de moi.

Jean-Paul SAINT-MARC, Ancien professeur au Lycée les Iris – Lormont

Le 13 novembre 2009

Lettre ouverte à M. le Recteur de l’académie de Bordeaux

Monsieur le Recteur, dans une lettre recommandée du 25 mai 2009, je vous demandais votre arbitrage dans un différend règlementaire m’opposant au proviseur de mon lycée. N’ayant pas eu l’heur d’une réponse, convient-il de conclure à l’absence d’arguments qui me soient opposables ? En effet, la nature du différend est telle qu’elle signifie une irrémédiable rupture du lien de confiance entre sa hiérarchie et le professeur, et réciproquement.

Pour rappel des faits tels que je vous les ai détaillés :

Le portable de l’élève a émis un son qui n’était pas dû à un appel et à l’oubli de couper le fonctionnement de celui-ci, mais à la manipulation de l’élève avec l’intention de troubler le cours. Le repérage a été instantané, l’élève faisant passer son portable « noir » d’une poche de son blouson « blanc » vers le dessous de la table. J’ai donc exigé la remise de l’appareil, saisi suite à plusieurs injonctions avec l’intention décrite ci-dessus. Les 20 minutes qui ont suivies ont été émaillées de remarques et d’interventions inappropriées au cours et un concert de sons curieux et de mots inintelligibles d’élèves ventriloques. La solidarité et le jeu ont des limites qui ont été largement dépassées ici.

A la fin du cours, l’élève fautif est venu réclamer son portable avec le soutien de deux de ses camarades. Après plusieurs refus, après que l’élève responsable ait eu l’autorisation d’éteindre son portable, les élèves ont déclaré se rendre chez le proviseur, sûrs d’être écoutés. Sur le départ, l’élève perturbateur a laissé entendre qu’il y avait quelque chose de raciste, et devant un « pardon ? » fortement interrogatif, s’est rétracté !

Trente minutes plus tard, me rendant chez le proviseur, je n’ai pas été surpris de croiser les élèves qui en sortaient. Ils arboraient un sourire de victoire, puisque sans m’avoir consulté sur les faits, le proviseur avait décidé de ne pas sanctionner le perturbateur, au prétexte, je me permets de le rappeler, que tous les élèves s’opposant au professeur, ce dernier avait nécessairement tort.

En conséquence, surpris et décontenancé par la position de M. le proviseur, j’ai été réduit à attribuer une punition scolaire à l’élève initiateur du trouble, au motif de l’usage intempestif du téléphone, avec l’obligation de réaliser cette punition pour le 26 mai pour être accepté en cours.

Au-delà du conflit interne à un établissement, les faits et l’attitude de l’administration de l’Éducation nationale qui en résulte ont de quoi soulever des questions et de susciter des remarques.

En dépassant l’aspect de la juridiction administrative, il s’agissait d’une lettre d’un professeur qui a été plus que déstabilisé et qui vous l’a formulé ainsi :

Je considère que la position de M. le proviseur contribue à me mettre en difficulté face à la classe. Mais pas uniquement cela, je suis aussi mis en danger tant sur le plan moral que physique. En effet, le professeur que je suis a dépassé l’âge l’autorisant à demander la retraite et sa résilience à l’effet du stress de tels évènements est amoindrie.

Outre la forte amertume que suscite chez le professeur l’insensibilité de sa hiérarchie, cette surdité n’est pas sans rappeler les déclarations des plus hautes instances de l’E.N., à chaque fois que survient un évènement grave dans des établissements de telle ou telle académie. On feint alors l’ignorance, on affirme qu’aucune information n’est remontée permettant de considérer que l’établissement en question est autre chose qu’un « établissement tranquille », et on déclare que l’évènement était imprévisible. L’émotion qui semble alors toucher la classe responsable confine à l’incongruité.

Si par chance, l’académie de Bordeaux a été épargnée jusqu’à ce jour, bien des situations approchent chaque année le point de rupture…

Pour qui suit l’actualité de l’EN, force est de conclure que la surdité interne est un principe fondamental de gestion du système dont j’expose ici un des aspects. Pour revenir à l’aspect juridique des suites que j’aurais pu engager au tribunal administratif, outre que la procédure en est toujours aléatoire, ce que l’administration sait, elle s’inscrit généralement dans la discrétion recherchée et n’a le plus souvent que peu de conséquences visibles ce dont l’administration s’accommode fort bien… Je n’aborde même pas l’obligation de réserve du fonctionnaire tant elle suppose en retour la considération de son administration qui est ici hors sujet !

Pour revenir aux faits et à la position prise par le chef d’établissement, alors que le règlement intérieur indique une interdiction formelle du portable en cours, il y a là une démonstration faite aux élèves que les règles énoncées peuvent être contournées. Quand on sait que pour se targuer d’être un modèle l’E.N. rajoute le qualificatif « citoyenne » à éducation, là on aboutit à la tartufferie la plus schizophrène…

Comme je l’ai précisé, « les élèves ont déclaré se rendre chez le proviseur, sûrs d’être écoutés » révèle qu’il s’agit d’un fonctionnement devenu coutumier, et se trouve là l’expression stricto-sensu des décrets de juillet 2000 sur le règlement intérieur des « Établissements Publics Locaux d’Enseignement ». D’un esprit déjà suspicieux à l’encontre des enseignants et personnels de l’E.N. desquels il faut protéger l’élève, le zèle particulier du clientélisme désormais installé (et subrepticement introduit dans la notion de mérite) au sein de l’E.N., en fait des employés qui doivent complaire à des « clients » ! Là aussi, on n’est pas à une contradiction près quand les instances de l’E.N. déplorent le consumérisme des familles !

Reste à l’E.N., à sa hiérarchie et aux divers ministres de l’E.N. d’assumer véritablement leurs responsabilités, ce dont ils s’exonèrent en permanence… Autant ceux-ci se gargarisent des apports de l’éducation au fonctionnement de la société et à l’intégration de la jeunesse, ce qui me paraît de moins en moins juste, autant ils se taisent lorsque des évènements liés à l’anti-éducation dispensée au sein de l’École viennent faire l’objet de la rubrique des faits divers et délits.

Depuis la rentrée, par deux fois au moins, Sud-ouest s’est fait l’écho d’un délit de fuite lors d’un contrôle policier de deux roues… En effet, à l’École on apprend que l’on peut passer outre le règlement, qu’il suffit de se récriminer, de s’organiser en clan pour imposer « sa » loi, pourquoi cela n’en serait-il pas de même dans la « vraie » vie ? Le premier et ses suites relatés dans SO les 8/9 et 10 septembre ont eu lieu à Lormont. Commune aux quartiers sensibles, cela aurait pu dégénérer sans le sang-froid des policiers… Le second dans SO du 29 octobre, encore un délit de fuite, ici d’un jeune majeur à Pessac. Après une course poursuite, il a été touché par la voiture de police, mais sans gravité… Ouf ! Enfin, là on ne voit pas l’E.N. revendiquer sa « réussite » comme elle le fait à chaque étalage d’éducation « citoyenne » et bien-pensante pourvoyant au spectacle lénifiant et mystificateur qu’il convient d’exposer à l’opinion publique…

Le tableau n’est pas complet si on ne rappelle pas le contexte de l’orientation sociale donnée au fonctionnement de l’E.N. Désormais la référence est l’élève en difficultés, celui à qui on n’a de cesse de dire qu’il est victime de la société, lui appliquant une pédagogie de commisération le plaquant ainsi dos à ses origines sociales, quitte même à entrainer dans le déclassement une partie des catégories ayant bénéficié par le passé de l’ascenseur social républicain… Comment peut-on alors penser qu’il ait encore envie de s’intégrer dans la société ? En fait les seuls gagnants, comme d’habitude, sont ceux qui affichent le « beau rôle » qui conforte l’indigent dans sa situation.

Quel est le bilan de cette politique assénée à l’enseignement public (dans l’académie pour le moins) ? Il est des évaluations difficiles à contester malgré les résultats aux examens largement « dopés », des comparaisons faites sur des calculs tenant compte des catégories sociales et déterminés par le M.E.N. lui-même… Ainsi en Gironde, le classement de l’Express en 2008 de 38 lycées, 27 publics et 11 privés, voit dans les 10 premiers seulement 4 établissements publics alors qu’ils sont les plus nombreux… Les deux lycées les plus prestigieux de Bordeaux se retrouvent 10ème (Eiffel) et 14ème (Montaigne). Le sens de cette lecture se retrouve chez « L’Étudiant » et d’autres médias, autrement dit elle est générale. En quelques années, le public, à qui on impose des règles de fonctionnement aberrantes, a chuté face au privé de façon dramatique…

Monsieur le Recteur, on prétend actuellement rechercher plus d’efficacité dans la fonction publique… En réalité, cette politique appliquée à l’E.N. n’a d’autre finalité que de développer des apparences. Elle montre qu’elle n’a cure, outre de sa réelle efficacité sur le plan social, des personnels qu’elle expose à toutes les vicissitudes même s’ils en subissent de forts préjudices. En somme, tenter de répondre à mon courrier aurait été reconnaître les défaillances d’un système dans lequel vous assumez des fonctions importantes.

En conclusion, nous sommes sur la « bonne » voie, celle d’un objectif de 10% à 20% de la population instruite nécessaire pour assurer le fonctionnement de la société que l’on installe. Quant au reste, dont l’acculturation programmée le prive des savoirs permettant de comprendre et de participer à la gestion le monde, il sera cantonné au « tittytainment », ce qu’explique si bien Jean-Claude Michéa dans « L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes »…

Veillez agréer, Monsieur le Recteur, mes respectueuses salutations.

Je partage évidemment le constat de M. Saint-Marc. J’encourage évidemment d’autres blogs à relayer ce témoignage.

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Commentaires27

  1. Evan

    La situation de l’éducation en France n’est pas grave ; elle est désespérée. Ce témoignage est frappant par l’ordinaire qu’il reflète.
    J’ignore si on doit voir dans ces constats de plus en plus nombreux sur le web un début de prise de conscience…

  2. Mr T.

    J’ai passé mon bac il y a 5 ans et j’ai fréquenté un établissement privé jusqu’à la fin du collège, puis lycée public – relativement correct. Et pourtant, la lecture de cette lettre a été un sacré moment pendant lequel je me suis reconnu dans mon vécu ! J’ai de jeunes frères et soeurs encore au niveau lycée, et de ce que je peux en dire le désastre est non seulement généralisé mais tend à s’accentuer.

    Enfin pas besoin d’être un fin observateur pour se lamenter devant la vulgarité et la misère intellectuelle de la plupart des jeunes produits du système. Enfin côté prof, c’est marrant aussi ; quand mon frangin m’a raconté l’excursion à une conférence du sergent Poivre (d’Arvor) organisée par leur professeur de français dans le cadre du cours (rapport??), j’ai pas su si je devais rire ou pleurer…

  3. maurice b.

    La plupart des sympathisants de l’UMP ont fait le choix de l’enseignement privé depuis longtemps.
    C’est à dire d’un enseignement qui privilégie le mérite et n’octroie aucun droit systématique aux élèves.
    Or les syndicats de parents d’èlèves exigent de l’ecole un contrat garantissant la réussite à n’importe quel prix.
    Ce qui est, bien sur, une chimère « socialo-communiste » induisant des débats dans lesquels l’UMP ne veut plus s’impliquer.
    Nous préférons laisser aux parents la responsabilité du choix de l’un des deux système d’enseignement.

  4. Marc44

    Contrairement à Maurice B., je pense qu’il faut qu’une juste discipline existe obligatoirement à l’école publique et que l’école privée est une erreur, il suffit de voir les débats actuels en Angleterre pour s’en convaincre.

    un socialo-communiste.

    Bof. En France, dans le privé sous contrat ou dans le public, en gros, la discipline devient de plus en plus chimérique…

  5. GB

    @Mr.T. J’ai le même âge que toi, parcours public, et les mêmes souvenirs aigres de ce qui se passait déjà à l’époque.
    Je me souviens d’un prof de français accusé à tort de pédophilie par mes camarades de 4ème (c’était la mode à l’époque). La direction ne l’a jamais soutenu, et ce sont ses collègues qui ont du nous « faire la morale ».

    Quant à mes jeunes frères, oui, c’est de pire en pire.
    En juillet dernier, j’écrivais une lettre à la prof d’histoire du plus jeune (Terminale), lui demandant si leur parler 1h de ATTAC dans le cours sur la mondialisation faisait partie des programmes. Jamais eu de réponse. Mon frère changeait de lycée, alors j’ai écrit au proviseur. Pas de réponse non plus.

    Pour l’histoire, il m’a ramené un jour un de ses contrôles, avec des questions comme « quels sont les bienfaits du socialisme ? », « quels sont les dangers de la mondialisation ? », etc…

    Du vrai bon nettoyage de cerveau…
    Incroyable…

    @Maurice, au parti socialiste de droite, vous laissez choisir l’un des deux systèmes ? Vous voulez plutôt dire que vous forcez ceux qui veulent donner une éducation satisfaisante à leurs enfants à payer à la fois pour le privé ET le public.
    Pile vous gagnez, face nous perdons.

  6. Largo Winch

    « L’UMP ne veut plus s’impliquer ».
    Ce n’était pas la peine de le préciser, maurice. Tout le monde à bien compris que Darcos puis Chatel n’ont été que des incapables, tout juste bons à laisser l’Education Nationale aller encore plus à la dérive, tout en reprenant des petits fours…
    Non, à l’UMP, on préfère perdre du temps à débattre de questions déterminante pour l’avenir du pays, comme l’identité nationale… Mouarf !!

  7. maurice b.

    > tout juste bons à laisser l’Education Nationale aller >encore plus à la dérive…

    Quand il n’y a plus que 20% des personnels qui veulent continuer à ramer, il vaut mieux inciter les gens à changer de bateau.
    C’est pareil que la gestion d’une entreprise, les directions delocalisent quand il comprennent qu’ils ont trop perdu leur temps avec des personnels qui les mènent en bateau.

  8. Hoho

    > les directions delocalisent quand il comprennent qu’ils ont trop perdu leur temps avec des personnels qui les mènent en bateau

    Oui, maurice (et, accessoirement, un tout petit peu à cause de la fiscalité et du code du travail).

  9. Sekonda

    Dans le même genre : http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/12/02/prof-ephemere-ou-la-grande-galere-d-une-remplacante-en-banlieue_1274996_3224.html

    « Jeudi et vendredi, je prends un carnet. « Madame, vous êtes sûre vous voulez me mettre un mot ? » Menace à peine voilée, qui sera réitérée le lendemain. Une exclusion de cours est impossible, l’équipe de « vie scolaire » (surveillants et conseiller d’éducation) est débordée, et on me l’a expressément interdit.

    Week-end infernal. Leurs tentatives d’intimidation commencent à fonctionner. Je pense à eux, tout le temps. J’essaie d’imaginer des stratagèmes, je refais des cours, en plus simple, toujours plus simple, des leçons »à trous » pour éviter d’avoir à écrire trop au tableau, car leur tourner le dos est souvent source d’agitation, de jet d’objets. »

  10. Mr T.

    GB : Pas mal le coup de ATTAC dans le cours d’histoire et les questions du genre plus orienté tu meurs. Je me rappelle pas trop ce genre de chose – enfin, pas aussi sévère j’entends – mais je me souviens des cours d’histoire-géo formatés et du message clairement et résolument négatif sur la mondialisation, sans mise en abîme ni rien, y avait même un ou plusieurs chapitres consacrés à ça dans mon bouquin de géo, c’était vraiment du feuilleton télé vide de toute idée qui puisse mettre en action les quelques neurones épargnés des élèves.

    Dans le même genre je me souviens très clairement d’un cour de SVT consacré à l’effet de serre et au réchauffement ; pour moi il est clair depuis longtemps que l’Education nationale entend résolument contribuer à façonner les esprits pour qu’ils acceptent toute sorte d’idées reçues qui servent les gouvernements successifs. Au fond, comment en vouloir à des mioches pour la plupart dénués de tout sens critique de prendre pour garanti le savoir qu’on leur inculque en classe…

  11. Hervé

    Le problème, est que l’éducation nationale est un repère de gauchistes, et que la gauche a tout fait pour empêcher les réformes. Mais gageons que cela ne peut plus continuer, et que le gouvernement réagira, il en va de notre avenir. Je ne suis pas d’accords sur ce point avec mon confrère Maurice, il faut osez s’attaquer à ce monstre gauchiste !

  12. yodalf

    La crise de l’EN est indéniable, et elle commence avec la réforme Haby avec ses erreurs et en plus les aberrations de son application. Donc plus de trente ans.
    je ne pense pas qu’il y ait de solutions françaises. Il n’y a plus rien à restaurer -si on se réfère aux valeurs véhiculées par vingt ans de néolibéralisme, de chômage, et d’apologie de la satisfaction immédiate des consommateurs. La voie de la réussite réside désormais uniquement dans l’héritage (Prince Jean S.), le show biz (Bigard chez le pape), le sport (Zizou au CA de Nestlé), et les Reality.
    Peut être le seul moyen serait d’établir un nouveau code à partir d’un socle commun européen. Harmoniser les programmes et les examens, pour permettre la fluidité et la poursuite d’études entre les pays – permettrait de trouver une légitimité.
    Bien sûr beaucoup des traditions vont être perdues… mais de fait la réalité a déjà tranché: elles n’existent plus…et les proviseurs come les IA et les recteurs ne répondemnt pas parce qu’il n’y a PLUS RIEN. Il ne faut pas prendre ce silence comme une offense: c’est un point de départ.

    1. @yodalf :

      vingt ans de néolibéralisme, de chômage, et d’apologie de la satisfaction immédiate des consommateurs

      Ne mélangeons pas tout. Le libéralisme n’a rien à voir avec la gestion de l’EdNat, au contraire même.

      Pour ce qui est d’harmoniser les programmes européens, quand on côtoie des européens de tous les pays tous les jours, on se rend compte du gouffre qu’il peut y avoir entre les Français qui ne sont jamais sortis de chez eux et les autres. C’est assez impressionnant. Si on doit uniformiser, ce devra être par le haut, ce qui représentera un tel effort pour l’EdNat qu’il n’est même pas la peine d’y penser maintenant…

  13. igel

    Merci pour la diffusion de la belle missive. Bien entendu ce n’est pas cela qui va faire la une des journaux, mais on comprend mieux pourquoi entre les incapables et les dégoutés l’avenir de l’EN est un grand trou noir. Oh pardon, un grand trou sombre. Manquerait plus que les ligues anti racisme porte plainte contre ma remarque. C’est pas beau d’en être arrivé là? Et je pense qu’on va descendre encore. J’ai eu la chance de visiter les USa en 69 et on m’a dit: regarde bien tu verras la France dans 20 ans. J’y suis retourné plusieurs fois et j’ai pu constater les progrès que nous faisions à mesure que le temps passait. On pourrait même déjà envoyer plus de troupes en afga, irak etc cela permettrait, comme aux jeunes américains désouevrés et incultes, aux notres de s’engager et aux parents des disparus de porter plainte pour management des combats inefficace. Un tuyau, pour vos enfants, une profession qui a de l’avenir: Avocat. L’affaire décrite n’est pas allé devant le tribunal, mais laissons faire quelques réformes et il y aura de belles opportunités de ramasser des indemnités qui seront alors partagées avec les avocats. C’est interdit pour le moment, mais en vigueur depuis belle lurette aux usa, donc encore un changement de statut qui va se faire pour « booster » le commerce. Et à la fin, tout ça c’est de la croissance du PIB! Ah il y a de quoi être fier d’être dans un pays très développé!

  14. Nick De Cusa

    Si on veut « laisser aux parents le choix du public et du privé », il faut cesser de forcer tout le monde à financer le public ». Vive le chèque éducation que les parents dépensent dans l’établissement de leur choix, avec des établissements autonomes sur leurs méthodes, point à la ligne.

  15. brother45

    Cette lettre est le symbole du dégoût éprouvé par un nombre de plus en plus important de profs qui essaient de faire consciencieusement leur boulot. Je suis moi-même enseignant dans un LEP et je précise : privé. Je ne peux plus entendre les discours idiots du genre : le privé c’est de l’élitisme pour les riches etc… Je suis dans un établissement de 200 élèves et reçoit dans jeunes exclus du système public et certains même (de plus en plus nombreux) placés par la justice… « Tu vas en cours et tu retournes faire dodo en prison », ou « Tu vas en cours ou tu restes en prison »… On ne peut pas taper sur le privé et en même temps lui demander de pallier les déficits de l’Etat. Les grands lycées privés « boîte à bac » ne sont de loin pas la majorité ni représentatif du privé aujourd’hui. D’autant que nous sommes complètement lachés par la hiérarchie pour des raisons idéologiques : exclus des formations, des concertations etc… Tout juste bons à assurer les examens (surveillances et corrections) parce que le taux d’absence des profs est chez nous plus faible que dans le public !
    Je crois que l’on ne résoudra rien dans le système scolaire tant que l’on ne se sera pas posé des questions fondamentales : quelle société voulons-nous ? quelles valeurs voulons-nous défendre ? et tant que l’on ne se sera pas donné les vrais moyens pour mettre en ouvre ce qui aura été décidé.
    Je suis assez d’accord pour dire que le système actuel n’a qu’un seul but : créer des crétins facilement gouvernables à coup de spots publicitaires et de reality show et de bons consommateurs. On demande aux profs d’être des enseignants, des parents, des psychologues et des conseillers conjugaux et en plus de garder les enfants au chaud pour ne pas qu’ils trainent dans la rue! De qui se fout-on ?
    La société devrait se poser de graves questions quand elle voit que 65 % des enseignants souhaitent changer de métier…
    Première réforme : supprimer ce nom absurde d’Education Nationale et revenir à celui d’Instruction publique. Là, ma mission sera claire : instruire, former des intelligences libres. Tout Etat qui prétend assurer lui-même l’Education du peuple n’est-il pas en marche vers la dictature ?
    Cela remettrait la responsabilité d’éducation aux parents. Ce qui, somme toute, est dans la nature des choses. Ne sont-ce pas eux qui font les enfants ?

    1. @brother45 : bah oui. Je ne peux qu’acquiescer : ce sont les parents qui ont la charge de l’éducation, et les profs de l’instruction. Mais le mal est profond…

  16. Prométhée

    Le mal est profond, c’est vrai. L’Ecole est complètement inadaptée, elle facilite la reproduction sociale, fonctionne encore sur des systèmes de notation individuels passés de date (le principe de la constante macabre),

    Ah, encore un petit retard à l’allumage. Si seulement ces notations individuelles existaient encore…

    la prétendue « éducation » qui y est fournie est un formatage mental à grands coups de hachoir culturel, ce n’est plus de la maïeutique, c’est de la césarienne mentale….

    C’est bien de tenter quelques métaphores, encore faut-il arriver à en faire sens.

    L’instruction publique, ça marchait quand les pauvres savaient que leurs enfants devaient faire des métiers de pauvres. LA problématique est totalement différente avec les idées d’égalité des chances.

    Vous voulez dire, jadis, quand le pourcentage d’ouvrier à Polytechnique était 6x supérieur à ce qu’il est maintenant ? Vous voulez-dire il y a 50 ans, lorsque des fils d’ouvrier pouvaient, comme Brighelli – qu’on ne peut pas taxer de libéralisme farouche, hein – aboutir avec des diplômes prestigieux, chose qui ne se reproduit plus maintenant ? Vous voulez dire il y a 30 ans, lorsqu’on sortait de l’école en ayant une orthographe correcte permettant d’écrire « notations individuelles » avec les S et le féminin au bon endroit ? C’est de ça, dont vous voulez parler ?

    Ah oui. Il est loin, ce temps où les zouvriers restaient des zouvriers. Maintenant, c’est génial, tout le monde le sait : l’ascenseur social fonctionne à plein régime.

    En ce qui me concerne, je suis plutôt d’avis de faire éclater l’école, pour passer à quelque chose d’efficace, qui fasse à la fois de l’éducation, de l’instruction, et de la préparation professionnelle. je renvoie aux travaux de Philippe Meirieu, par exemple.
    Bien des choses,
    Un salaud de bourdieusien

    Oui voilà, Meirieu, un excellent explosif à école.

    Dites moi, vous avez lu ce blog ou, comme bien souvent pour les trolls baveux, vous débarquez, pondez trois petites crottes sans savoir et repartez ?

  17. Ingrid

    Elèves, parents, hierarchie passent une partie de leur temps à enfoncer les enseignants. Quand ils n’auront plus de candidats au professorat, ils se retrouveront avec des suppléants sans qualification, qui feront de la garderie pour leurs chérubins. C’est tout ce qu’ils gagneront !

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