Ormuz : Le suicide géopolitique de la City ?

Dans les victimes de guerre, on trouve systématiquement l’innocence et la vérité. Cette fois-ci, avec ce qui se passe en Iran, on pourra y ajouter les assurances : ainsi, Lloyd’s of London, cette vénérable institution qui depuis trois siècles manie l’assurance maritime comme d’autres manient l’épée, se retrouve confrontée à un changement paradigmatique majeur.

Il y a quelques heures, le 2 mars dernier et devant les événements dans le détroit d’Ormuz, Lloyd’s a eu cette brillante idée d’annuler purement et simplement ses couvertures d’assurance maritime pour le détroit d’Ormuz au motif « d’évaluer les risques accrus au Moyen-Orient ».

Cependant, on peut y déceler un autre motif : l’establishment britannique a essayé une fois de plus de se servir de cette arme géopolitique et cela ne s’est pas passé comme prévu.

Dès l’annonce de Llyods, on a pu assez logiquement observer un effondrement de 80% du trafic maritime dans le détroit, avec une hausse rapide des coûts de transport (de 1 800 à 3 700 dollars pour un conteneur Shanghai-Dubaï), entrainant rapidement une véritable paralysie commerciale, soit la recette habituelle des « gendarmes du commerce mondial » de sa Gracieuse Majesté.

Malheureusement, ce qui devait être une réaction classique a été rapidement récupérée par nul autre que Trump qui a sorti de son chapeau une assurance d’État via la U.S. Development Finance Corporation pour couvrir « tous les risques maritimes dans le Golfe ».

En une déclaration, le président américain vient de court-circuiter trois siècles d’hégémonie britannique sur l’assurance maritime mondiale.

Et ce n’était pas une improvisation.

En effet, dès décembre 2025, l’administration Trump avait confirmé Stephen Carmel (ancien cadre dirigeant de Maersk et capitaine de pétrolier) à la tête de MARAD, l’administration maritime américaine. Sous la houlette du secrétaire aux Transports Sean Duffy, Carmel travaillait depuis des mois sur un plan de « restauration de la dominance maritime américaine », incluant 6,2 milliards de dollars de contrats pour la flotte de réserve. La DFC comme assureur de dernier recours n’est donc pas sortie d’un chapeau : c’est la pièce manquante d’un dispositif méticuleusement préparé.

Vraisemblablement, Lloyd’s a foncé tête baissée dans un piège qui l’attendait.

Ce faisant, Trump a aussi démontré ce que certains savaient déjà et que beaucoup ne veulent toujours pas croire : la Llyod’s n’est pas un acteur commercial indépendant, mais le bras armé financier de Whitehall déguisé en compagnie d’assurance.

Car enfin, regardons qui dirige Lloyd’s aujourd’hui : Sir Charles Roxburgh, fraîchement émoulu du Treasury où il a passé six ans comme Second Permanent Secretary, marié à Dame Karen Pierce, ex-ambassadrice aux États-Unis et fine connaisseuse des efforts de renseignement conjoints américano-britanniques. Un couple qui incarne à merveille ces « revolving doors » si chers au système britannique. Quant au CEO Patrick Tiernan, il a lui aussi débuté sa carrière dans les autorités réglementaires britanniques.

Rappelons que selon les statuts de Lloyd’s, les nominations clés doivent être « confirmées par le Gouverneur de la Bank of England » : le gouvernement britannique a plus que son mot à dire sur qui tient les rênes.

Cette promiscuité n’est pas fortuite : elle transforme Lloyd’s en parfait instrument de projection géopolitique et seuls les naïfs et les actuaires en bas de la pyramide peuvent ignorer cette réalité. Besoin de sanctionner l’Iran ? Lloyd’s retire ses couvertures aux compagnies maritimes iraniennes. Envie de faire pression sur la Russie ? Lloyd’s applique religieusement les sanctions gouvernementales. Volonté d’intimider Taiwan face aux ambitions chinoises ? Lloyd’s augmente soudainement ses tarifs pour la région.

Derrière cette mécanique bien huilée se cache Lloyd’s List, ce réseau de renseignement maritime vieux de 300 ans qui cartographie en temps réel tous les mouvements navals mondiaux. S’il s’agit officiellement d’un journal spécialisé, officieusement c’est une « unité de renseignement global » selon les termes mêmes des analystes académiques.

Ainsi, depuis 1734, Lloyd’s collecte, traite et diffuse des informations précises sur les routes, cargaisons et mouvements de la quasi-totalité de la flotte marchande mondiale. Un trésor d’intelligence commerciale et stratégique qui explique pourquoi Londres a pu si longtemps tenir le commerce maritime mondial par ses parties les plus sensibles.

Cependant, avec ce mouvement trop rapide concernant le détroit d’Ormuz, Lloyd’s a commis une faute stratégique majeure que Trump a immédiatement saisie pour proposer une alternative crédible, soutenue par la puissance financière et militaire américaine.
Car contrairement aux Britanniques qui ne peuvent plus aligner que leurs beaux discours sur les « valeurs occidentales », les Américains disposent encore des moyens de leurs ambitions. Quand Washington propose une assurance d’État, elle est adossée à une marine de guerre capable d’escorter effectivement les navires.

Ce qui se joue dans le détroit d’Ormuz dépasse largement une simple querelle commerciale. C’est la fin programmée d’un modèle géopolitique où une ancienne puissance impériale pouvait encore dicter sa loi au commerce mondial grâce à ses positions acquises dans le secteur financier.

Lloyd’s restera sans doute un acteur important de l’assurance maritime – l’expertise accumulée ne disparaît pas du jour au lendemain – mais son statut quasi-monopolistique et son rôle d’instrument de la politique étrangère britannique viennent de prendre un coup fatal.

L’ironie de l’histoire veut que cette institution née dans un café londonien pour mutualiser les risques du commerce maritime retrouve soudain sa vraie nature : celle d’un simple assureur parmi d’autres, privé de ses privilèges géopolitiques.

La déroute de Lloyd’s dans l’affaire d’Ormuz illustre parfaitement l’effondrement en cours de ce que l’on pourrait appeler « l’empire informel » britannique. Faute de porte-avions et de divisions blindées, Londres avait misé sur la City et ses tentacules financiers pour maintenir son rang mondial.

La mise est perdue : l’Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais découvre le crépuscule.

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Commentaires42

    1. durru

      Merci, Patron ! Je pensais pas être pris au sérieux…
      Sinon, il y a une ‘chtite erreur dans le lien vers Dame Karen Pierce, si Mélusine passe par là 😉

    2. Aristarkke

      Bon, j’espère que ce n’est pas celui prévu demain que vous avez avancé sans intention d’oublier de faire paraître un autre ce vendredi, histoire de vous ménager un week-end prolongé ou pire de nous (me) ménager avant l’annonce d’un congé inapproprié, vu du lectorat.

  1. Grosminet

    « Dès l’annonce de Llyods, on a pu assez logiquement observer un effondrement de 80% du trafic maritime dans le détroit »
    Effet d’un quasi-monopole dans le domaine de l’assurance maritime ou simplement effet d’annonce suivi par les concurrents ?

    1. P&C

      D’où une question : pourquoi un tel monopole ? T z pas des compagnies d’assurance chinoises, us, russes, arabes, etc…

    2. Aristarkke

      Cette compagnie détiendrait à elle seule 40% du marché de l’assurance du transport maritime…
      Normal que ses mouvements soient scrutés par ses confrères.

    1. Higgins

      Ben, pour sortir du golfe Persique, à part le détroit d’Ormuz, je ne vois pas bien. Et il y a également l’entrée de la mer Rouge que les Houthis veulent interdire.

      1. nemrod

        Oui j’aurais mieux fait de regarder la carte.
        Si ça tourne moyennement, les pays du golfe producteurs de pétrole sont quand même dans la merde…non ?

    2. Deres

      Il y a des pipeline mais les débit sont limités et déjà utilisé à plein. En plus les iraniens ont bien entendu immédiatement visé les installations débouchant en dehors du golfe Persique.

  2. infraniouzes

    Et maintenant la flotte US va se faire un plaisir d’écrabouiller toutes les vedettes rapides et les drones de la région, garantissant ainsi la sécurité du passage. Une fois cela fait, le trafic reprendra sous la houlette américaine, moyennant finance. Ceux qui ont des actions de Llyods doivent-ils vendre ou conserver ?

    1. du

      Il y a aussi les mines , je ne crois pas que le détroit puisse être véritablement sécurisé , sans compter le bab el manded où Ansarurrah est en embuscade

  3. Titi

    Donc que va t il se passer? Est ce que l’assurance proposée par les US couvre uniquement la région du Golfe, et que les armateurs vont devoir maintenir leur souscription chez Llyods? Si oui, n’y a t il pas matière à manipuler les contrats pour diminuer la couverture tout de même, à « tout bateau étant passé par le détroit d’Ormuz sur une certaine période »?
    A quel point cette assurance US est indépendante de la volonté de Trump? Les armateurs peuvent en effet se méfier de sa volonté changeante, et en la matière, ils sont extrêmement adverses au risque.

    1. nemrod

      Ouai…il y a sûrement un plan ou alors tout ça est très erratique.
      Le doute m’habite et peut être qu’il habite aussi les armateurs.
      Je regarde encore à travers ma pelle …

  4. CPB33

    pendant ce temps-là, la « justice » française à l’œuvre :
    policeetrealites.com/2026/03/05/%f0%9f%87%ab%f0%9f%87%b7-mort-de-nahel-merzouk-lors-dun-refus-dobtemperer-a-nanterre-florian-sera-juge-pour-violences-volontaires-ayant-entraine-la-mort/

  5. Higgins

    Comme les emmerdes volent toujours en escadrille, Vlad se rappelle au bon souvenir des TDC de Bruxelles : lecourrierdesstrateges.fr/moscou-brandit-larme-gaziere-bruxelles-dos-au-mur/

    1. Deres

      Le prix du gaz monte en flèche et une des sanctions européennes est un prix plafond pour le gaz. Les Russes veulent donc faire sauter cette sanction sachant qu’il y a d’autres acheteurs.

      1. Mildred

        Comment ne pas être d’accord avec vous, du, puisque j’en ai même dégotté un ici, chez le Patron, qui ne manque jamais l’occasion de faire sa propre propagande en nous infligeant crânement ses fautes d’orthographe et de français à toutes les lignes, sans que personne ne s’en offusque !

    1. Deres

      Trump a la suprême imbécillité de s’avoir s’entourer de gens brillants et de les écouter. Un président comme Macron qui se sur-estime préfère s’entourer de flatteurs qui lui confirment son orgueil. Rappelez vous que ses conseillers disait avec emphase que c’était le premier épidémiologiste de France pendant le COVID … On connait le résultat.

  6. Pierre 82

    Bravo et merci Patron, pour cet éclairage nouveau (enfin, nouveau pour moi car j’ignorais que les US avaient prévu une « assurance d’état des US)…
    C’est vrai que la guerre est totale, et que l’UK vient manifestement de prendre une grosse claque.

      1. durru

        « ancien allié » : oh que oui, « ancien » est de mise !
        Allié du Deep State, pas des US.
        Mandelson, une première piste.

  7. bob razovski

    Merci Patron pour ce travail supplémentaire, avec encore des analyses qui dépassent largement la capacité des zinsipides zéditorialistes de plateaux tv.

  8. CPB33

    Théo va payer pour son squatteur !!
    policeetrealites.com/2026/03/05/%f0%9f%87%ab%f0%9f%87%b7-toulouse-un-squatteur-frappe-dans-le-balcon-dun-appartement-il-seffondre-en-pleine-rue/

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