Pourquoi la révolution n’est pas pour demain

Björn, inlassablement, repart au combat. Il va retrouver ses frères de lutte pour combattre l’hydre fasciste qui veut la mort des pauvres ! Ce matin encore, il va lutter pour sa retraite de dans 50 ans, et ne laissera pas le sarkozysme étouffer la voix du peuple. C’est pourquoi il va, déterminé, chouraver des jeux vidéos à Micromania avec sa bande de potes.

On pourrait croire que Björn (* le prénom a été changé) est un de ces abrutis qu’une bonne paire de baffes remettrait dans le droit chemin, quitte à réitérer l’opération assez souvent pour qu’il associe enfin « chouraver » avec « douleur ».

Ce serait, en réalité, se méprendre. Björn est, selon bien des critères, une petite racaille, mais certainement pas un abruti. Il a ainsi parfaitement compris comment fonctionnait la société française : un mouvement social, c’est l’occasion de montrer son mécontentement, de brûler des choses, de péter des trucs, de bloquer des machins, et de s’agiter la couenne. Un peu d’exercice physique est excellent pour la santé.

Jeunes déçus

D’autre part, Björn a pas mal d’amis. Oh, pas des amis directs. Il ne les connaît pas vraiment, mais ses amis, eux, prétendent le connaître, et ils travaillent pour lui, tous les jours. Si on lui demandait, Björn expliquerait qu’il méprise ces personnes. La réciproque n’est pas vraie, bien sûr : les amis de Björn font en effet tout pour que Björn se sente bien dans cette société qu’il a pourtant parfaitement comprise.

Les amis de Björn, il y en a plein les journaux : des sociologues, des maires de villes petites et grandes, des journalistes. Et ces amis sont pratiques : ils jouent les idiots. Et ça marche assez bien.

Ainsi, pour eux, les déchaînements de violence de Björn s’expliquent difficilement.

Pour ces sociologues, ces maires, ces journalistes, c’est « tout à fait inédit » d’avoir des violences aussi rapidement avec la montée d’une mobilisation citoyenne, démocratique, responsable et – évidemment – bonne enfant.

Ils déclarent par exemple, parlant de Björn et ses camarades, que « leurs motivations sont difficiles à identifier« . Il est vrai que des jeux vidéos, des jeans, des sacs en cuir, des bijoux ne sont pas, en soi, des motifs suffisants : où est le versant politique de l’action revendicative portée par de tels gestes ?

Selon l’ami qui parle dans le micro du journal le Monde, si Björn et ses camarades pillent des magasins, c’est probablement parce qu' »il peut y avoir un cumul de facteur : (…) les retraites, mais j’y crois pas beaucoup, (…) un mélange d’anti-sarkozysme, de rejet des institutions, de sentiment très fort de subir des discriminations dans leur vie scolaire, (…) révélateur d’une ghettoisation sociale, ethnique, … »

(Heureusement, pour les retraites, il n’y croit pas beaucoup, hein.)

Moyennant quoi, on le comprend, Björn est un véritable mystère sociologique, une énigme comportementale : « le profil des casseurs est dur à établir« . Des pistes sérieuses sont étudiées. Par exemple, « le fait d’avoir des incidents plutôt le matin, c’est un indice qu’on est bien sur des lycéens, peut-être des lycéens professionnels…« .

(Oui, vous avez bien lu.)

Peut-être Björn fait-il partie de ces lycéens professionnels ?

Björn, lycéen professionnel, se bat pour sa retraite.

Présenté ainsi, entre la bêtise assez prodigieuse des amis de Björn et la montée en puissance des poussées d’urticaire du jeune déçu, on pourrait avoir peur.

Mais à toute chose, malheur est bon : Björn est utile, aussi pénibles soient ses « revendications » sur les vitres de certains magasins et ses « slogans » sur les voitures du voisinage.

Utile au pouvoir, on s’en doute, et je l’ai évoqué hier. Mais il est surtout très utile pour l’observateur informé et permet au moins de se rassurer d’une chose : le grand swâr, celui où de rouges bannières flotteront au dessus de noires fumées et d’âcres parfums de révolutions populistes, ce grand swâr dont on a déjà régulièrement entendu parler, ce n’est pas pour tout de suite.

Et loin s’en faut.

Ces racailles montrent exactement où la France se situe sur le plan social, et le contraste est évident avec, par exemple, mai 1968, que tant de syndicalistes en mode humide voudraient rejouer.

A l’époque, la France engrangeait des richesses, la croissance était réellement bonne (+4.3%), les perspectives réjouissantes. Les heurts les plus violents eurent lieu, finalement, entre des forces de l’ordre disciplinées et des lettrés, cultivés, qui pouvaient citer du Nietzsche. La société, sans doute, aspirait à un changement, à profiter des largesses que la croissance offrait.

En 2010, le tableau est un chouilla différent : le pays s’enfonce dans les dettes et l’abus continuel de sociale-démocratie mollassonne, pervasive et brutalement gentille a réussi à transformer les lettrés d’hier en ânes de Panurge qui braient les fadaises pitoyables soufflées par un parti socialiste et des syndicats résolument ancrés dans le formica des années 70.

En 1968, c’était les futurs patrons qui défilaient. En 2010, ce sont les futurs chômeurs.

En 1968, les émeutiers avaient un mot d’ordre. En 2010, les casseurs n’ont plus qu’un mode opératoire, tant il est vrai qu’un Phonehouse comme cible institutionnelle d’une révolte populaire, ça le fait moyen.

En réalité, le fait même que le pouvoir étatique ne réponde pas par la violence brute et définitive aux émeutes perpétrées montre le peu de cas que ce pouvoir fait de ces avortons, et, de façon plus générale, de l’ensemble du mouvement : il n’y a pour lui, en réalité, qu’une menace très locale. Oh, il agira avec un peu de fermeté lorsqu’il sera vraiment utile de calmer le jeu. Mais c’est tout.

Eh non : ce n’est pas le grand soir. Ce n’est même pas le petit matin.

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Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Commentaires61

  1. TWINS

    merci H16 toujours aussi lucide.
    Dire que l’ont m’avait dit que Björn et ölaf payerait ma retraite et que le Mufti-kulti était la chance pour la france
    on m’aurait menti?

  2. Cultilandes

    Si les violences et pillages ont lieu le matin, c’est tout simplement que les manifestations sont organisées le matin!
    Les voyous sont opportunistes.

    1. Théo31

      Tout à fait. Il y a quelques années, j’ai bossé dans une grande gare (même pas honte héhé). Le matin, c’était bondé de passagers et … de pick pockets qui traînaient pendant des heures aux abords des halls.

    1. yoook

      Mais qu’est ce que c’est que ce lien ?
      Extrait : « Les salariés des secteurs « clés » de l’économie, ceux de l’énergie, des transports de marchandises, des transports internationaux, des banques, des industries etc. se mettraient en grève illimitée. En même temps, des salariés « solidaires », comme les artisans et les petits commerçants, les salariés des services sociaux, d’associations, des médias, la plupart des employés de bureau, etc. continueraient de travailler tout en reversant l’équivalent de une à plusieurs journées de salaire à un fond qui compenserait la perte de revenus des grévistes. »
      Payer nous pour foutre le bordel ! Hallucinant.

      1. Herstal

        Pas de panique !
        ils ne sont pas sectaires et acceptent tous les dons !
        ils faut cliquer sur : « comment donner ? »
        c’est un peu plus bas sur la page.
        Non, non , ne me remerciez pas ; je sais que pour les personnes agées, c’est parfois pas évident à trouver…

        1. Arkh

          Ce que les bloqueurs ne semblent pas comprendre, c’est que le jour où ce sont les gens qu’ils bloquaient qui se foutront massivement en grève pour les emmerder il y aura gêne.

          « Allo monsieur le serrurier, on m’a piqué mes clés, y aurait moyen d’ouvrir mon appart’ ?
          Non désolé, on est en grève. »

          « Merdalors, un dégât des eaux, il me faut un plombier !
          Non désolé, on est en grève. »

          « Y aurait moyen d’être dépanné ? Ma voiture est en panne sur la voie de gauche de l’autoroute.
          Non, on est en grève. »

          « Zut alors, plein de sites français ne sont plus accessible, que fait la maintenance ?
          On est en grève. »

          « C’est bizarre Jeanot, le boulot n’avance pas.
          Normal tous les CDD, intérims’ et autres contractuels sont en grève. »

          « J’ai faim là. Mais les boulangeries sont fermées, tout comme les supermarchés, les restaurants, les marchés. »

        2. Stéphane

          Cette vision à la Atlas Shrugged, cette idée Randienne d’une grève des entrepreneurs, ne se produira JAMAIS. Les serruriers, plombiers, garagistes et autres ne mangent que s’ils bossent, bien que versant 50% de leurs gains au système qui les étouffe.

          Je ne dis pas que « les boulangeries sont fermées, tout comme les supermarchés, les restaurants, les marchés » est une hypothèse impensable, mais si cela arrive ce ne sera pas par la volonté des boulangers, responsables de la grande distribution, restaurateurs, cafetiers, etc.

          Dans un commerce libre la grève est un non-sens – cela consiste simplement à laisser chopper ses clients par un concurrent.

        3. denis d’aubouison

          non y fo qui bossent tous mais y peuvent aussi décider de ne plus accepter que les pièces en or ou en argent et fini la monnaie papier qui vaudra même plus le papier sur lequel elle est imprimée

          aller aller courage bientot la 3eme

    2. El Gringo

      Extrait:
      « Bilan des dons:
      Pour la suite plusieurs personnes ont déjà annoncé qu’elles renouvelleraient leur don ! et plusieurs dizaines ont déjà annoncé un don prochainement. Moi le premier, dès que je trouve le temps de signer un chèque ! »
      Dès qu’il trouvera le temps…
      MDR!

  3. Mr T

    Une analyse pertinente, du grand h16 🙂

    Les commentaires sur l’article du Monde sont comme d’habitude une mine d’or dans le genre platitudes bobo-èsques, extrait :

    « Sarkozy croyait avoir « verrouillé » la presse et les télés publiques. Il a surtout empêché le dialogue au sein de la société française. Beau résultat! Que reste-t-il aux habitants de ce pays pour faire connaître leurs mécontentements, leurs colères, pour souligner les injustices? Les conservateurs ont accepté d’être représentés et conduits par le plus médiocre démagogue, celui qui a fait taire toute opposition. Rendez-nous la démocratie, les jeunes ne demandent que ça. »

    Ca part d’une vague idée branlante sur la télé publique (maladroitement associée à la liberté d’expression baillonnée, ça va chercher loin), on improvise un lien de cause à effet foireux avec les jeunes déçus (dont je doute que le mot « mécontentement » fasse partie de leur vocabulaire), et ça se termine par un numéro d’équilibriste avec un aphorisme à 2 sous.

    Le jour ou ces progressistes auto-proclamés envisageront qu’il puisse, possiblement à y regarder de bien près avec des verres grossissants, quelque chose qui ressemble (soyons fou) à un lien de cause à effet entre les subventions à produire du moutard et l’assistanat public d’une part, l’école publique et la démission de la justice et de la police d’autre part, on aura peut être fait un pas en avant. Ouf, ceci n’arrivera pas, du moins pas avant que le cancer généralisé ait gagné le pays.

    1. Flak

      « dont je doute que le mot « mécontentement » fasse partie de leur vocabulaire) »

      si si mais ils le prononcent mecontmeutmeu..zyvaa!

  4. Pouët-Pouët

    Juste quelques mots et bribes de phrases extirpées de leurs origines, copiées-collées, re-mixées et re-mastérisées. De Coluche à de Gaulle en passant par Desproges…

    Mort aux Cons, c’est la Chienlit, et un Quarteron de syndicalistes/politicards/médiateux en (pré-)retraite (eux) vient nous gonfler sévère. Dans ces milieux autorisés tout est permis…

  5. France libre

    J’ai adoré: « En 1968, c’était les futurs patrons qui défilaient. En 2010, ce sont les futurs chômeurs. »

    Je suis allé faire un tour sur un blog pro manifestations pour voir. On y parle de ‘mieux partager les richesses’… Mais derrière ce joli slogan, il n’y a pas de partage, juste du vol. C’est aux autres de payer!

    Et quand la gauche incite au vol, les jeunes déçus ne font qu’appliquer ses recettes eux-même.

    J’ai bien fait de me tirer et plains tous les libéraux qui sont encore en France occupée (par le socialisme).

    1. Flak

      « On y parle de ‘mieux partager les richesses’… Mais derrière ce joli slogan, il n’y a pas de partage »

      il n’y a plus non plus de richesse.On va surtout partager les problemes.

    2. Mr T

      Une fois qu’on a compris que « partager les richesses » signifie voler dans la poche du voisin (voir le fameux slogan caricatural « don’t tax me, tax the man behind the tree »), on a décrypté l’essentiel de l’idéologie socialiste.

      1. Winston (l’autre)

        « The trouble with socialism is that eventually you run out of other people’s money. » (Margaret Thatcher)

        Un de vos meilleurs billets, H16. S’ils vous lisaient (quoique) vous auriez des emmerdes avec SOS Ramzisme, la gloire quoi… 🙂

  6. Flo

    Pourquoi la révolution n’est pas pour demain?

    Mais parce que les « lycéens professionnels » écrivent dans Le Figaro.fr bien sûr:

    « INFO LE FIGARO – Les syndicats devraient appeler jeudi soir les Français, non pas à une, mais à deux nouvelles journées de mobilisation CONTRE LES RETRAITES, probablement la semaine prochaine. »

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2010/10/21/04016-20101021ARTFIG00528-retraites-deux-journees-de-mobilisation-en-vue.php

    1. Non pas une, mais deux ! Toujours pour le même prix ! Semaine promotionnelle ! La Maison Fraônce ne recule devant aucun sacrifice des autres !

      1. flak

        tu n’es pas a l’ecoute des jeunes

        mobilisons nous contre les retraites! a bas la retraite! ouais!
        probablement la semaine prochaine.Peut-etre la semaine derniere, mais c’est moins probable.

    2. fifou

      Une mobilisation contre les retraites? ils veulent quoi les syndicats, qu’on travaille toute notre vie?

      Incroyable de voir une telle coquille dans un journal mainstream

  7. lg

    Alain Juppé disait il y a quelques mois: « L’une des clefs, c’est le déficit de justice que ressentent beaucoup de Français. Certes, les contraintes d’une crise sans précédent ne peuvent être ignorées. Mais le sentiment s’est installé que, au coeur de la tourmente, quelques gagnants gagnent trop, et que les perdants souffrent trop. »

    Cette injustice dont parle Juppé est bien une réalité et pas un sentiment ou un ressenti. L’écart des ressources entre les plus riches et les plus démunis c’est gravement accentué ces 30 dernières années, dans tous les pays occidentaux.

    Les réformes passeront mieux si elles s’accompagnaient de justice sociale.

    Et puis foutez Bjorn en prison et n’en parlons plus. Car il est quand même un peu hors sujet non?

    1. « L’écart des ressources entre les plus riches et les plus démunis c’est gravement accentué ces 30 dernières années »
      Mais on s’en fout, royalement.

      1980 : X gagne 10, Y gagne 100
      2010 : X gagne 30, Y gagne 200
      Conclusion : Y gagne trop et l’écart s’est gravement accentué. En 1980, il était de 90, en 2010, il est de 170. Oublions vite que X a multiplié par trois ses revenus.
      Pire : même si on considère que Y gagne à présent 300, l’écart est encore plus grand, mais là encore, X a tout de même triplé ses revenus.

      Google Gapminder montre très bien que oui, les écarts peuvent se creuser (c’est ce qu’ils font) mais qu’en même temps, la pauvreté diminue. Et elle diminue plus vite que l’écart ne se creuse.

      1. Laglute

        Exact, il n’y a qu’a voir les différences de niveaux de vie entre nos jeunes déçus actuels et les malheureux qui peuplaient les bidonvilles de Nanterre et Navarre dans les années 50-60…

      2. Flo

        Ces histoires d’écarts qui se creusent sont des fadaises pour ignorants ou sentimentalistes qui ne prennent même pas la peine de consulter les statistiques, fussent celles de l’INSEE ou de quelque observatoire des inégailités payé avec les sous de tout le monde pour constater que bah…rien, en fait les « inégalités », même salariale, reculent.
        SMIC en 1980 : 2300 F. Salaire bas du dernier décile 7500 F.
        Rapport : 3,26.
        SMIC en 2009 : 1383 €. Salaire bas du dernier décile 4149 €.
        Rapport : 3.
        En terme de pouwar d’achaaat c’est bien entendu encore plus à l’avantage des salaires les plus bas.
        Si on estime le prix des biens matériels par rapport au SMIC horaire les plus usuels on peut soutenir avec peu de risque d’être démenti qu’il a considérablement augmenté en trente ans.
        Si on essaie de se figurer ce qui a le plus augmenté en trente ans on pense intuitivement à l’immobilier.
        Par curiosité j’ai fait le calcul pour mon habitation en divisant son prix en 1981 (un an après sa construction) et son prix estimé actuel par les SMIC mensuels des deux époques. On tombe sur le même chiffre à 1 % près.
        En 1981 une TV couleur de 46 cm coûtait 5000 F (+ de 2 SMIC). Aujourd’hui une TV de 82 cm coûte 300 € (- de 1/4 de SMIC).
        Le « prix » a été divisé par plus de 8, sans parler des amélioration techniques (car sur le plan du contenu on pourrait discuter!).
        Ainsi malgré tous les coups portés à l’économie le niveau de vie de « tous » (je mets des «  » pour signifier qu’il faut prendre le mot dans le sens général au cas où me reprocherait d’ignorer que la misère existe malheureusement) progresse et il progresse plus rapidement pour les moins riches que pour les autres.

        1. Oui, évidemment. Là encore, au niveau de l’humanité entière, on se reportera à Google Gapminder pour s’en persuader.
          Effectivement : la misère recule. Et c’est grâce au commerce, au libre échange et au capitalisme. Pas du tout grâce au socialisme.

    2. Joe

      « Les réformes passeront mieux si elles s’accompagnaient de justice sociale. »

      A chaque fois que l’on est obligé de rajouter un mot derrière « justice », c’est que ça n’en est plus.

  8. obligatoire

    Très sympa cet article sur Bjorn et son ambition revendicative si élevée qu’elle butte contre le pas de porte des boutiques qu’il casse, mais je pense qu’on a les Bjorn qu’on mérite, ou plutôt qu’on a fabriqué à coup de décennies de ghettoïsation et d’import massif de main d’oeuvre ouvrière déconsidérée pour faire le sale travail que le français de souche ne voulait pas se salir à faire. Et comme nous sommes un peuple fier à qui il ne faut pas donner de leçons car la patrie des droits de l’homme mon bon monsieur c’est nous, nous avons nos oeillères bien ancrées et nous ne regardons pas ce qui nous entoure pour ne pas nous affoler, d’ou le recours à des sociologues qui essaient d’analyser cette montée de violence qui se banalise en faisant mine de ne pas la comprendre.
    Je ne défend pas Olaf, je dis juste que tout le monde a un Olaf à pointer du doigt. Ca commence au bureau ou le CV de Sven n’a pas été retenu par rapport à celui de Gérard à qualifications équivalentes, puis l’appart que Lars n’arrive pas à louer alors qu’il a les bonnes garanties, puis ça continue avec les Roms qui sont la cause de tous les maux de la France, et ça finit (ou plutôt ça a commencé) avec les Etats Unis qui envahissent l’Irak pour le libérer… de ses réserves de pétrole et laisser sa population crever. A toutes les échelles, qu’elles soient locales, nationales ou internationales, nous avons fabriqué des générations d’Ingvar à nous détester à travers le monde et à juste titre (je parle de nous, le monde occidental). Donc je trouve que nous avons une attitude soit très naïve de nous réveiller un matin en nous demandant pourquoi ça pète sous nos fenêtres, soit très faux-cul en nous disant qu’au pire si ça dégénère trop on aura qu’à voter Marine dans deux ans comme sont déjà en train de le faire plusieurs pays européens.
    Au sujet des grèves, je pense que la retraite n’a été qu’un prétexte pour lancer un mouvement social d’ampleur nationale, ça aurait été un autre sujet que ça aurait été pareil, tout ce que voulait les syndicats c’est un dossier social pour enfin se montrer. Actuellement Chérèque et Thibault ont une trique phénoménale (et ce sans viagra) à occuper la scène médiatique, chose qu’aucun syndicat n’avait connu depuis de nombreuses années. Ils enchaînent les plateaux TV comme des vieilles stars les tournées nostalgies 80, ça ne m’étonnerai pas qu’ils fassent Sebastien en prime un samedi. Les vieux syndicats trimballaient une batterie de casseroles et d’image de vieux communiste qui les a mis au bord du gouffre financier, il n’étaient donc pas question pour eux de rater une occasion de revenir occuper la scène et en profiter pour refaire le plein d’adhérents et de sympathie nationale. Et surtout, ils mouchent enfin le petit postier morveux qui leur a soufflé la vedette depuis quelques années. Bref c’est ce que j’appelle de l’opportunisme à la petite semaine, ça ne durera pas car ils vont tomber dans le piège de cet engouement et vont essayer de faire durer le conflit jusqu’à noël pour faire un remake de 95, en oubliant que râler ça oui c’est un sport national français très apprécié, mais faire chier pendant les fêtes et les vacances là non faut pas pousser mémé dans les orties non plus. Ces têtes pensantes du syndicalisme français sont certainement très bien conscientes du gouffre vers lequel le pays glisse s’il reste figé dans ses acquis d’un autre âge, mais comment résister quand on a l’occasion de se faire une gloire sur le dos de la misère du peuple, le tout en accusant le gouvernement de tous les maux, c’est une situation rêvée.
    Quant au gouvernement, rien ne presse, il n’a qu’à attendre que ça s’enlise tout seul, surtout que dans le rôle du crucifié qui endossera tous les péchés du pouvoir, il a déjà un nom depuis l’été, la boite à clou est déjà prête et la croix est dressée pour M. Woerth. On a confié à un pestiféré le soin de mener une réforme impopulaire car mal préparée, et cela ne pouvait pas tomber mieux pour blanchir le reste du gouvernement. Pensez-vous, un homme aussi malhonnête que M. Woerth c’est terrible, à côté les autres ministres sont des anges, et des anges on les garde au prochain remaniement en faisant juste un peu tourner les chaises.
    Et le bien être social dans tout ça ? Le redressement de la France ? Ouhla mon bon monsieur mais on en est pas là, on a déjà tous à notre échelle bien assez à faire à défendre nos privilèges, si en plus il faut s’inquiéter de sujets sérieux de société… Pour les miracles, voyez plutôt le pape merci. Finalement comme dirait l’auteur de ces lieux, c’est bien foutu.

    1. fifou

      Ca m’a pris beaucoup de courage de le lire, j’ai du m’y reprendre a plusieurs fois, mais…
      ca valait le voup. First Class comment M. Obligatoire. Ca traduit beaucoup de choses que je pense

    2. concombre_masqué

      Puisque que Sven, qui est suédois, a les mêmes qualifications que Gérard, pourquoi devrais-je le recruter préférentiellement à Gérard, qui lui est français ?

  9. Martin Lothar

    Et si on instituait une taxe sur le bolossage ? (payée par le bolossé, évidemment hein ! Pour financer la retraite du bolosseur. J’appelle Bercy illico. Trop cool génial mon truc)

  10. Alex6

    Ca c’est clair, ceux qui attendent un nouveau grand soir en seront pour leurs frais. Pour faire une revolution il faut une conviction forte et surtout que le pays puisse se le permettre economiquement.
    Les jeunes decus se foutent completement du pouvoir, ils l’ont deja obtenu dans leurs quartiers et en dehors ils sont peu inquietes quoiqu’ils fassent. Leur base culturelle est 100% capitaliste et ultra (eh oui, moi aussi je peux utiliser des superlatifs) materialiste, ils se fichent des grandes idees marxistes et n’ont aucune visee intellectuelle holistique pour la societe.
    Mai 68, c’etait une opposition qui partageait un fond commun malgre tout, qui croyait en la valeur du travail, en la famille. Aujourd’hui, c’est relativisme a tous les etages, impossible de declencher une revolution avec ce type de reference, c’est trop faible.
    La France s’enfonce doucement mais surement et rien ne changera cette trajectoire. Enfin si, l’arret net des flux financiers en provenance du marche…

    1. Théo31

      Les syndicalistes se fichent également des grandes idées marxistes. Ce qui leur importe, c’est que des cons tribuables triment toute leur vie pour leur payer un train de vie confortable.

  11. Crucol

    bonjour,

    mes connaissances historiques sont lacunaires, mais il me semble que la révolution d’octobre est le fait d’un très petit groupe qui a agi dans une ambiance de guerre civile ou très proche. Or, nous sommes dans cette même ambiance ou presque.

    pour nuancer mes propos, je doute que les socialistes fossilisés dans une époque révolue soient suffisamment organisés et couillu pour ça.

    je vous félicite pour ce post et ce blog, et je vous souhaite une bonne fin de journée,

    Crucol

    1. La situation « insurrectionnelle » de 1917 n’a pas grand-chose à voir avec la France de 2010. Le facteur essentiel : les gens ne crèvent pas de faim.

      1. scaletrans

        Et aussi, à ma connaissance, aucun groupe ne reçoit les financements qu’avaient reçu les bolcheviques (mais on ne sait pas tout…)

        1. Higgins

          Lénine et consort étaient généreusement rétribués par le grand empire germanique. Ludendorff, qui avait la haute main sur le GQG allemand, leur a fait traverser toute l’Europe en avril 17 depuis la Suisse pour expédier « les bacilles de la peste » chez l’ours russe et lui porter l’estocade. Plan réussi à 100%. Le paradoxe est que l’abdication du Tsar Nicolas II, début mars 17, fut saluée autant par les alliés, qui ne souffraient pas trop ce pouvoir autocratique et n’y ont vu que l’avènement d’une nouvelle démocratie, que par les ennemis militaires de la sainte Russie. le reste n’a été qu’une succession d’évènements, considérables par leurs conséquences mais modestes dans leur déroulement.

      2. Théo31

        Les rayons de l’hypermarché où je me suis rendu ce soir ressemblaient étrangement à ceux de Varsovie en 1980. Mais la direction a été très sympa : elle a mis des écriteaux pour expliquer que c’était dû à l’action d’une bande de gros enculés de grévistes.

        1. The-Black-Doll

          Pas d’essence, pas de livraison… Le génie frenchie dans sa plus pure forme…
          Mais qui va payer pour toutes les merdes laissées derrière quand ça sera fini (si il y a une fin évidemment…)?

  12. adnstep

    Donc, il y a trois jours, les grévistes bloquaient la France, c’était la pénurie, plus d’essence dans la voiture, toussa, toussa. Le peuple aux portes de l’Elysée, les bobos en tête, la Révolution avant 17h (fin du boulot), …

    Et puis, et puis. Il y a deux jours, un bobo s’est rendu compte que s’il n’y avait plus de pétrole, il ne pourrait plus filer vendredi midi (RTT oblige) à La Rochelle avec bobonne et les petits futurs grévistes.

    Ah, mais c’est que ça va plus, ça.

    Aussitôt, la grève, ça devient moins sexy.

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