Plaie d’argent n’est pas mortelle. Mais faut pas pousser non plus.

Les sujets rigolos, dans l’actualité, ne manquent pas. Je pourrais (facilement) me moquer des paléosocialistes qui entament leur primaire avec la danse du dinosaure lillois. Je pourrais me gausser des arcanes juridiques du procès Chirac dont tout indique qu’il va terminer en jus de boudin. Je pourrais aussi reprendre la petite joute poussiéreuse entre Joffrin et Le Pen, dont le niveau de cour d’école illustre très bien la valeur moyenne du débat politique en France. Mais voilà …

D’une part, je suis un peu débordé. C’est actuellement assez difficile de remplir un billet par jour. Et puis bon : on ne peut pas se contenter de chroniquer une info, généralement bien pathétique, y ajouter le mot « concombre fadasse » et espérer amuser la galerie.

(Encore que j'admets la tentation grande lorsqu'il s'agit de Martine Aubry, mais j'ai dit que je n'en parlerais pas, je m'y tiens.)

D’autre part, il faut se rendre à l’évidence : l’actualité, la vraie, celle qui fait et va faire le quotidien des gens normaux, loin des petits-fours gratosses d’une République incontinente de ses deniers, cette actualité là n’est guère réjouissante.

L’histoire est une application parfaite des principes de base de la gestion de projet.

Le sujet de base concerne ici la gestion de la crise bancaire dont l’évolution n’en finit plus de faire des remous un peu partout.

Tout commence par l’enthousiasme, très vif, de certaines banques à vendre des crédits aussi farfelus et compliqués que possible, aiguillonnées par l’enthousiasme, aussi vif, des politiciens et des Etats derrière eux pour justement favoriser l’accession à la propriété du plus grand nombre possible de gogos qu’on pourra ensuite matraquer de taxes bigarrées et amusantes.

Rappelez-vous qu’à cette époque, un certain Sarkozy rêvait d’une France de propriétaires. Il n’avait pas suffisamment éclairci sa pensée : il s’agissait probablement de propriétaires de dettes. On peut dire que c’est un succès auquel il aura grandement contribué à hauteur de plusieurs centaines de milliards d’euros en quelques années.

Et c’est la crise. Patatras. Comme de juste, à l’enthousiasme benêt des incompétents, des imbéciles et des boute-feux succède leur inquiétude.

Suivie mécaniquement par la panique lorsqu’il s’est agi de faire quelque chose, n’importe quoi, pour aider les petits camarades banquiers à sauver leurs miches. Et c’est justement n’importe quoi qui aura été fait, puisqu’après tout, à quoi ça sert d’avoir de l’argent gratuit si c’est pour ne pas l’utiliser en actions ridicules et contre-productives ?

Les phases suivantes coulent d’elles-mêmes : la recherche des coupables aura permis de retrouver, naturellement, Hayek et ses colistiers. Salauds de libéraux, va.

La punition des innocents se met en place très calmement, l’important étant ici qu’ils ne le remarquent pas. En Irlande, ça ne se passe pas trop mal, au Portugal aussi. Il faut dire que la situation n’est pas encore tendue comme un élastique de string en été, au contraire de la Grèce où justement, il ne le reste plus guère que ce string, et où les efforts à consentir ont donné quelques petits boutons aux jeunes déçus locaux.

On ne saura jamais, du reste, s’il convient de ranger ces derniers dans la catégorie des innocents punis, ou des naïfs qui n’ont pas compris que chaque pierre de l’édifice social-démocrate lourdissime qu’ils ont mis en place (à force de votes léni(ni)fiants pour toujours plus de socialisme douillet) l’était en fait autour de leur propre cou avant d’aller prendre un bain dans le profond océan financier mondial.

Lagarde, c'est youpi.Pour la dernière phase, la récompense des incompétents et des branleurs, c’est ici que Christine Lagarde entre en jeu : l’aimable madame la Marquise de la chanson si évocatrice a en effet, comme planifié, récupéré le poste de son ami Dominique au FMI

Et c’est finalement très piquant : les Français ont réussi le pari de remplacer un des leurs par … une autre des leurs, dont la seule différence marquante est d’avoir sensiblement moins de casseroles sexuelles aux basques.

Mais pour le reste, c’est du pareil au même :

  • la même vision un peu floue d’un interventionnisme d’état ni totalement assumé, ni franchement restreint.
  • la même stupéfiante capacité à faire des prévisions de croissance et à statuer avec brio sur l’état général de la crise avec un succès assez phénominable : le plus dur a toujours été derrière elle (sans doute pour lui bondir dessus plus facilement ?)…
  • un rapport à l’argent parfaitement sain
  • le même bréviaire keynésien : exactement comme tous les autres clowns à roulette qui se sont prétendus libéraux pour accéder un temps aux gouvernements français, ses notions d’économie se résument à l’unique question de savoir quel levier étatique bidouiller pour asperger les Français d’impôts ou de subventions.

Et tout ceci veut donc dire qu’encore une fois, les causes produisant les mêmes effets, un parfait socialiste de gauche mou tendance détendu du portefeuille (et de la braguette) va être remplacé par une joyeuse socialiste de droite molle, tendance détendue du portefeuille.

Soit, on y gagne côté braguette. Ça reste modeste.

Parce que pour le reste, les prochains mois promettent d’être agités. Désolé Christine, pas de cacahuète et de petite poire cet été, il va falloir faire de la présence : même la BCE ne peut plus cacher qu’il y a une bonne douzaine de banques qui peuvent carafer dans les prochaines semaines.

Eh oui : les stress-tests (dont la première version était une belle blague) ont été reconduits et … entre 10 et 15 banques ne les ont pas passés.

Zut et zut, n’est-ce pas.

C’est vraiment surprenant, tout ça tout ça, hum, hein, non ? Et en plus, ça tendrait à miner quelque peu la confiance d’airain qu’on pourrait normalement mettre dans cette monnaie, là, l’euro machin truc, qui a été assis sur des bases solides, dois-je vous le rappeler, critères de Maastricht et tout et tout et vous reprendrez bien une petite once d’or ou deux, non ?

Je résume.

– Au FMI, on ne change rien.
– En France, on ne change rien.
– En Europe, les indicateurs ne changent pas, les méthodes non plus.
– Les banques se sentent mal, l’euro aussi…

Hmmm.

Non, franchement, c’est dur de trouver un vrai bon sujet de poilade : même si cette histoire contient un peu de sexe et beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent, on a du mal à trouver ça drôle.

J'accepte les BCH !

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Vous aussi, foutez les banquiers centraux dehors, terrorisez l’État et les banques en utilisant les cryptomonnaies, en les promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !
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Commentaires19

  1. Joe

    « le plus dur a toujours été derrière elle » ==> On est prié de ne pas critiquer les préférences sexuelles des personnages publiques. Ils n’ont pas de sexualité et ne font pas caca non plus.

  2. GM

    Un régal celui-là, cher h16!

    La seule explication logique possible à la décontraction de tout ce joli monde face à une situation qui devrait plutôt faire pousser les cheveux blancs et les cernes à un rythme accéléré et qu’ils ne peuvent ignorer, une décontraction si bien jouée qu’elle ne saurait être entièrement feinte, c’est qu’ils ont déjà tous pris acte de la suite des événements et s’en satisfont. On va laisser le système se crasher, laisser les populations se payer quelques bonnes montées d’adrénaline sur les approvisionnements lorsque ça va se produire, et parvenir entre experts à la conclusion que la seule issue à ce cauchemar astrolibéral est une centralisation massive et généralisée sous l’égide de l’élite éclairée qui sait, de l’Afrique du Sud à l’Alaska. 

    Évidemment, elle sera massivement approuvée par tout ce que la planète compte de dirigeants de Républiques Démocratiques Populaires, de médias subventionnés et d’organisations influentes. Le libéralisme débridé achèvera de remplacer Auschwitz dans la case plus jamais des consciences citoyennes, et les gamins des seventies qui rêvaient de Fédération Terrienne dans un imaginaire sci-fi chromé réaliseront enfin un peu de leur rêve.

    Je souscris des deux mains à toute démonstration de l’improbabilité de ce scénario.

    1. gnarf

      Plus simple: aucun des decideurs ne risque rien en cas d’ecroulement.
      Ils n’ont aucune responsabilite a assumer pour aucun de leurs actes politiques, et de moins en moins quand ils enfreignent la loi…dans le pire des cas ils vont en pantouflage ailleurs pour le meme traitement.

      Ils pilotent l’avion…mais avec une telecommande, du bord de la piscine, et en disant que c’est pas eux. Ca detend.

  3. Didier

    Du très très bon, comme toujours h16.

    Ce qui me choque dans l’article en lien sur les banques qui vont carafer, c’est qu’en fait les stress tests sont fabriqués expressément pour qu’il y ait entre 10 et 15 banques qui les ratent !

    Ces stress tests ne sont que de la comm. Il n’y a absolument rien de tangible, de mesuré derrière, puisque c’est en fonction du résultat qu’ils veulent avoir qu’ils définissent les critères.

    1. Didier

      Ah, j’allais oublier, un petite faute d’orthographe, trois paragraphes avant la fin. On n’écrit pas « tout ça tout ça », mais « toussa toussa » 😉

    1. Calvin

      Hé, simin, tais-toi !!
      Ne lui donne pas des envies de vacances…
      J’ai besoin de ma dose de cet humour acide, acerbe et quelque peu désespéré, résultat d’une vision réaliste du monde qui nous entoure, aheum, je veux dire, du monde qui est foutu.

  4. simple citoyen

    @Didier et d’autres qui s’interrogent sur les stress-tests:
    C’est même pire que ça Didier. Ils les ont refaits sur mesure, après avoir gentiment expliqué que ceux-là seraient de vrais de vrais, sans concession etc…
    Sauf que: dès le début de la mise en oeuvre de la première mouture (de ces nouveaux stress-tests si vous me suivez) ils ont dû revoir leur copie parce qu’ils étaient… beaucoup trop durs… hahaha!
    Et le marché veut nous faire croire qu’il tient compte de ce genre d’infos?
    Voici quelques éléments de réflexion croustillants:

    « Combien de banques devraient échouer? Je dirais entre dix et 15 », a déclaré une source de la BCE, qui a élaboré les tests conjointement avec l’ABE.
    Selon une autre source, l’ABE souhaite que le nombre d’échecs approche ce niveau afin de prouver que ces tests sont sérieux. Toutefois, le nombre de banques en échec ne devrait pas être plus élevé car l’ABE ne veut pas provoquer une panique sur les marchés, susceptible d’aggraver la crise budgétaire européenne.
    « Afin de démontrer que ces tests sont crédibles, l’ABE devra montrer que le nombre d’échecs est significatif sans être considérable », a dit une source. « Un chiffre autour de dix semble adéquat ».
    Source: http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20110628.REU3279/dix-a-quinze-banques-devraient-echouer-aux-stress-tests.html

    Pour le sérieux (en dehors des habituelles facéties de décidément impayable Michel Barnier: http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/20110118trib000593024/les-prochains-stress-tests-bancaires-plus-rigoureux-et-plus-credibles-selon-michel-barnier.html) voici quelques élément de réflexion: les stress-tests de l’année dernière, sérieux donc mais sans plus, ont juste manqué le défaut des banques Irlandaises quelques semaines plus tard… donc sérieux… mais pas assez. Point de tout cela cette année.
    Comme en témoigne ce spécialiste (Jean-Jacques de Balasy pour ne pas le citer) qui répond aux critiques, on comprend que non seulement certaines banques n’ont pas communiqué leurs niveaux d’exposition aux dettes souveraines (ce sont des banques allemandes), mais qu’au delà de ce cas particulier finalement elles disent ce qu’elles veulent. D’où cette réponse extraordinaire: « Mais sur le fond, le fait qu’ils ne détaillent pas les résultats ne veut pas dire que les résultats n’ont pas été calculés sérieusement. »
    Sur la critique (très fondée) de l’absence de scénario impliquant un défaut souverain (et pourtant selon les propres mots de ce banquier: « C’est vraiment le type même de mauvaise bagarre, parce que les scénarios qui ont été retenus sont des scénarios tout à fait sérieux et qui anticipent finalement une dépression très sévère, des éléments forts… et on veut toujours aller plus loin. »
    On comprend que ça finasse dur pour ne pas dire qu’ils n’ont pas tenu compte du seul vrai risque.. enfin presque parce qu’en fait il y en a 2 et qu’ils n’en ont tenu compte d’aucun comme on va le voir.
    Comment donc ce cher banquier va pouvoir justifier de ne pas avoir pris en compte le risque (très systémique) d’une faillite souveraine? Hé bien c’est très simple, il suffisait d’y penser: ce n’est pas fiable. Voilà c’est fait. On ne peut pas faire un stress-test avec pour hypothèse une faillite souveraine parce que (je lui laisse la parole): « Ce qui est fondamental pour la validité de ces stress tests, c’est le taux de corrélation. Et plus on va dans des mesures extraordinairement sévères, des choses que l’on n’a jamais vues, des choses qui sont extrêmement loin, plus ou moins le taux de corrélation est élevé. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, il est très difficile mathématiquement de quantifier, avec un degré de fiabilité élevé, l’impact d’un défaut d’un pays souverain. Il y a des conséquences que l’on ne prévoit pas. La conséquence sur la consommation des tiers, c’est un impact psychologique par exemple. Donc il vaut mieux avoir des stress tests qui sont sérieux sur le plan scientifique plutôt que des stress tests qui ont l’air de reprendre les hypothèses que les gens attendent mais qui au fond ne sont pas fiables sur le plan scientifique. »
    source: http://www.radiobfm.com/edito/info/75388/jean-jacques-de-balasy-les-scenarios-qui-ont-ete-retenus-dans-ces-stress-tests-sont-tout-a-fait-serieux/
    Incroyable non?
    Donc pas de faillite souveraine parce que sinon on serait dans l’inconnu… et ça c’est une nouvelle qui nous a fait prendre 4% en deux jours?

    1. Stéphane

      C’est chouette de conduire en fermant les yeux simplement parce qu’on ne sait pas où on est ni où on va. D’ailleurs, n’est-ce pas ce que chacun fait quand il est perdu?

      Ces banquiers pourraient quasiment faire de la politique 😀

  5. simple citoyen

    Zut! J’ai oublié de vous signaler le second risque que ne prennent évidemment pas en compte ces stress-tests: le défaut de liquidité. Or vous vous en souviendrez, ce n’a jamais été un problème lors de la précédente crise. Ah si? C’est même ce qui a failli tout mettre par terre. Ah bon, mais ils ont dit que c’était pas important et pas pratique et un peu court et… Bon, au temps pour moi alors… 😉

    1. gnarf

      C’est un stress test fait comme le bac…pour que 80% d’une classe d’age de banques le passe. Et apres 40% des banques iront en deug de cirque.

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