Les burkinis de la discorde

Comme le faisait fort justement remarquer Archimède, tout corps plongé dans un liquide en ressort mouillé. Ce qui est vrai pour un physicien grec l’est tout autant pour des maillots de bains, y compris pour les plus larges d’entre eux, les burkinis. Il n’en fallait pas beaucoup plus pour déclencher une belle polémique humide à la française.

burkinis 1890Tout indiquait que ce qui n’aurait pas même fait l’objet d’une ligne dans un pays dignement policé allait en France immédiatement enfler hors de proportion : jugeant probablement indispensable de ramener à la mode l’accoutrement de bain amusant du début du vingtième siècle quitte à en augmenter encore la superficie, des femmes ont récemment introduit le burkini, vêtement « de bain » aux formes amples, couvrant à peu près tout leur corps.

Afin de pimenter l’affaire, l’ensemble de la démarche a été posée dans un cadre religieux, alpha et oméga pratique pour déclencher l’urticaire d’un pays confit de son anticléricalisme forcené : pour ces femmes, il semble indispensable de se couvrir ainsi en allant barboter à la mer afin non pas d’attirer sur soi les regards des moqueurs mais de respecter leur conception de leur foi. Prétexte amusant qui, au passage, pousse à s’interroger sur l’avis de Mahomet, Abraham ou Jésus sur des pratiques sociales ou des technologies parfaitement anachroniques avec eux, et qui, surtout, permet à l’observateur extérieur de voir les bienpensants s’emberlificoter gravement avec leurs dogmes intellectuels.

Alors qu’un Edwy Plenel, journaliste tendrement pétri de valeurs socialistes, semble tout joyeux de rappeler que la liberté, la vraie, suppose de pouvoir s’habiller comme on le souhaite, Laurence Rossignol, député elle aussi tendrement pétrie de valeurs socialistes, juge « profondément archaïque » un tel accoutrement et entend le combattre, le tout sans ces arrière-pensées qui seraient à la fois nauséabondes et de droite.

Personne ne s’étonnera de la « cohérence » vibrante d’humanisme étalé à gros rouleaux baveux de nos deux phares de la pensée moderne. Pourtant, Plenel sera le premier à fustiger violemment ceux qui viendraient à utiliser leur liberté d’expression pour se moquer des femmes en burkini (la liberté n’est belle que dans le cadre défini par Edwy, n’est-ce pas). Quant à Rossignol, elle n’aura aucun mal à chanter les louanges des vêtements (ou disons, leur absence) de certains individus lors de Gay Pride endiablées, le projet de société qu’ils représentent alors étant sans aucun doute plus souhaitable à ses yeux que tout autre projet, pas estampillé Camp du Bien. Mais peu importe.

burqua de securitéAu-delà de ces « intellectuels » bavards, la France se retrouve scindée en deux par le truchement de médias à court de nouvelles intéressantes. Bondissant d’un arrêté municipal interdisant les burkinis à ces rixes tragiques dans une crique corse, la presse a transformé en affaire nationale ce qui ressemble pourtant à un concours du plus ridicule. Le pompon serait probablement l’intervention du Président François, la mine grave et le verbe hésitant, pour calmer les esprits sur cette question ô combien essentielle à la survie de la Nation.

Car c’est bien de survie qu’on va nous faire croire qu’il s’agit : la République est en danger, mes petits amis ! Les burkinis sont à nos portes et seule une main ferme et des lois taillées au cordeau pourront bouter le danger hors de nos frontières, par ailleurs passoires scandaleusement ouvertes par des traités européens scélérats, et gnagnagna souveraineté nationale, et gnagnagna envoyez le Charles De Gaulle en opex et bombardez la Syrie !

Pourtant, ce n’est pas la première révolution vestimentaire que le pays aura dû subir. Ce n’est pas le premier faux-pas en habillage que le peuple français aura commis, et auquel il aura pourtant brillamment survécu. D’autant qu’en fait de peuple, seule une frange est concernée.

On m’objectera, à raison, que la taille de cette frange semble augmenter et que ce serait là le principal problème. Si l’observation est probablement exacte, le problème n’est pas là. De même qu’il n’est pas dans l’augmentation du nombre de femmes en burquas se baladant dans nos rues. Le problème est, malheureusement, bien plus profond puisqu’il se situe dans l’absence de possibilité de réponse sociale à cette dérive.

En effet, sur les quarante dernières années, tout a été construit pour que soit impossible la seule réponse possible du corps social à ce qu’il trouve incongru (peu importe ici que ce soit à tort ou à raison) : en quatre décennies, on a progressivement rendu tabou voire éventuellement illégal de se moquer de certaines pratiques, de certaines pensées, de certaines religions. À force de subventions et d’orientations politiques délétères, on a donné un pouvoir quasi-illimité à des fourmillements d’associations lucratives sans autre but que celui de policer la pensée des gens.

Il est devenu de facto impossible de ridiculiser ce qu’on trouve ridicule : des ligues de vertu, du CRAN à la LICRA en passant par tant d’autres acronymes grotesques, se sont érigées en pourfendeurs d’oppressions fantasmées et sont toujours sur la brèche pour lutter contre les mauvaises paroles ou les mauvaises pensées (pour les coups et blessures effectives, elles se font plus timides, et deviennent totalement inexistantes lorsque la victime n’est ni de la bonne religion, ni de la bonne couleur).

vêtements 70sLes individus, finalement assez rationnels lorsqu’il s’agit de leurs propres intérêts, ont vite compris qu’à ce petit jeu, se moquer ouvertement de ce qu’ils trouvaient ridicule pouvait leur coûter cher. La pression sociale, celle qui fit (heureusement) disparaître les habitudes vestimentaires les plus abominables (depuis les coiffures à queue de rat jusqu’aux chemises pelle-à-tarte en passant par les sous-pulls en tergal) et, plus important encore, cette pression sociale qui permit à la société d’évoluer en relâchant justement les contraintes qui existaient sur les habitudes et les ségrégations de tous ordres, cette pression sociale n’est plus possible puisqu’elle est maintenant juridiquement encadrée.

C’est par exemple cette pression sociale qui faisait que, jadis, un petit con surpris à faire des bêtises se prenait les rodomontades de la maréchaussée suivie d’une déculottée de ses parents. Le petit con grandissait et devenait moins con. À présent, la pression sociale ne joue plus, les parents, confits de l’idéologie collectiviste, ayant abdiqué leurs prérogatives aux forces de l’ordre (on paye l’État pour ça, après tout) qui n’ont plus le temps de les utiliser. Les petits cons deviennent grands mais restent cons.

Maintenant, si on a encore le droit de faire des blagues sur les blondes (pour combien de temps encore ?), il est en pratique très risqué d’en faire sur d’autres catégories de personnes. Or, s’il est impossible de se moquer, de ridiculiser ou de simplement exprimer son opinion, la norme sociale n’est plus définie et la frustration s’installe. Elle se traduit mécaniquement par une montée des tensions entre les individus qui font alors tout pour marquer leurs différences. Et là où la pression sociale aurait utilisé la moquerie pour juguler les envies des uns et des autres de se trop se différencier, la perte de liberté d’expression entraîne une montée des comportements radicaux, destinés à marquer la capacité des uns et des autres à bien se rebeller contre le pouvoir en place.

Mieux encore : les burkinis n’auraient pas été un problème si la République avait pu garantir à ses citoyens le pouvoir de s’en moquer sans craindre ni les ires des associations mouche-du-coche, ni, plus incroyable encore, celles des coreligionnaires armés de harpons qu’un état d’urgence devrait pourtant rendre fort improbable. S’il y a un problème avec ces vêtements, ce n’est pas dans leur existence ou dans la volonté farouche et ridicule de certaines de s’en accoutrer, mais dans le fait qu’on ne puisse plus librement critiquer ces choix (ou tout autre, du reste) sans risquer l’incident juridique ou la rixe punitive : une société saine peut fort bien prôner la tolérance sans s’imposer l’approbation.

En France, on en est maintenant très loin, et à chaque consternante poussée d’hystérie médiatique sur ce genre de sujet, on s’en éloigne encore en polarisant les foules en deux groupes diamétralement opposés, irréconciliables : celui de l’approbation niaiseuse et universelle au prétexte de valeurs républicaines indéfinies, et celui de l’interdiction impraticable sous les mêmes prétextes grandioses.

De burquas en burkinis, de débats médiatiques idiots en prises de position politique consternante, que croyez-vous donc qu’il va bien pouvoir se passer ?

forcément ça va bien se passer - vague

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Commentaires315

  1. Aristarkke

    Breizh Dizalc’h se traduirait par Bretagne indépendante… On trouve un site de militantisme pour cette fin dans les toutes premières occurrences bingesques. Il se veut documentaire en exposant les bienfaits de l’indépendance par rapport à la situation actuelle d’exploitation des pov’bretons par l’Empire.
    Et une des questions fondamentale traitée est d’ assurer que la SS sera préservée en son état malgré le breizhexit…
    Bref que tout changera pour que rien ne change…
    C’est sûr que des solutions de cet acabit manquent à notre site, tant par la faute du Patron que par la nôtre…
    Il est d’ ailleurs inéquitable, cet intervenant en parlant d’absence de propositions d’ action car le Patron en cite (mais pas sous forme d’une liste en x points, un par paragraphe) et les commentateurs aussi alors que notre plaignant s’en plaignant n’ en propose pas l’ ombre d’ une seule, même à titre d’ exemple de ce qui aurait pu être dit…
    Nous survivrons à son départ pour la lande celtique…

  2. nicolasbruno

    Tout le monde ici est d accord pour dire que l État aurait dû appliquer les lois existantes, ne pas subventionner le CRAN la LICRA, ne plus financer les médias…. Mais votre article visé à démontrer que tout ceci aurait été suffisant et pose le problème en posant le choix du ÇA ou ÇA . Et pourquoi pas les deux?
    Car de plus on a du mal à comprendre qui vous critiquez. Les socialistes évidemment ne passeront jamais une telle loi. Les maires ont pris une décision qui se justifient Dans le cadre de ce que ils peuvent encore faire. Et dans le cas où notre future nouvelle majorité faisait tout ce que vous préconisez, pensez vous réellement que cela suffirait? Il y a des zones d habitation ou contrairement à il y a vingt ans, la population musulmane s est considérablement accrue et ou la pression sociale y est devenue extrêmement forte. Et je doute fort que vos mesures suffiraient. D autant que, que vous le vouliez ou non, les Edwy Plenel et consorts même non finances continuerait d exister.
    Enfin vous prétendez que les mesures d interdiction seraient inapplicables. C est une plaisanterie. Évidemment elles le sont. C est une question de volonté politique.
    Enfin le simple fait de comparer les burkinis avec les maillots d autrefois est une absurdité. Cela n a évidemment rien a voir. Nous ne parlons pas ici de mode mais d actes d agressions caractérisés. Vous avez peut être déjà lu les commentaires de Robert Marchenoir et Franck Boizard sur le site de Philippe Bilger traitant le même thème. Ils en font un résumé très clair.

    1. sam player

      « …les Edwy Plenel et consorts même non finances continuerait d exister. »

      Ça reste à démontrer. Supprimer les aides et mettez la TVA à 20% et seuls ceux qui ont des lecteurs survivront.

      « agressions caractérisés » : perso, si je peux me permettre, je vais déposer plainte car c’est votre connerie qui vient de m’agresser.

      1. Nicolasbruno

        Tous les pays occidentaux ont une presse de gauche et la bien-pensance du vivreensemble n est pas propre à la seule France. Cela vous suffit comme démonstration?
        Quant a l agression caractérisée du Burkini, il n aurait pas dû vous échapper que les femmes en burkinis sur la plage Corse étaient accompagnées d hommes équipes de harpons et machettes. Je doute que c était le cas de nos grand mères dans les années 30. Il n y a pas de hasard et le port de burkinis fait bien entendu partie d une stratégie de provocation.
        Je pense par ailleurs rester courtois dans mes commentaires. Vous avez le droit de ne pas être d accord. Mais vous pourriez rester poli.

        1. sam player

          Tous les pays occidentaux ont une presse de gauche et subventionnent leur presse, presse qui est bien souvent en déficit chronique. Si vous n’y voyez pas un lien de cause à effet… En plus des aides, supprimez les dizaines d’abonnements pris par chaque mairie tiens.

          En Suisse il n’y a pratiquement pas de subventions, presque zéro en comparaison de nous et les journaux sont bénéficiaires (20% du CA facile) parce qu’il y a des lecteurs qui paient le vrai prix. Maintenant regardez le système politique.

          Désolé c’est vous qui avez commencé à m’agresser (suivant votre définition de l’agression) alors ne venez pas chialer.

          1. Nicolasbruno

            Pour ce qui est de la Suisse, vous devriez lire cet article. http://stephanemontabert.blog.24heures
            Vous modifiez par ailleurs ce que j ai ecrit. Je prétendais que la fin du financement de certaines associations ou des médias en général (que je soutiendrais par ailleurs) ne suffiraient pas à empêcher la montée des provocations islamistes.
            Pour le reste et votre attitude de grossier personnage, mon premier commentaire était lié à l article de H16. Je ne vois pas d ou vous sortez que j aurais commence à vous agresser. Soignez votre parano avant de vous emballer.

        2. albundy17

          Nicolas Bruno, en vous renseignant, vous pouvez savoir qu’il n’y avait pas de machette dans leurs sacs de plage.

          Pour les harpons, c’est mieux à la plage qu’au centre commercial

          1. Nicolasbruno

            Vous avez raison. Je n avais pas lu les derniers éléments et en étais resté au témoignage de la jeune corse qui évoquait des hachettes. Ceci étant cela change peu de chose a mes commentaires. Nous avions donc affaire à des comportements de caïds a des jets de pierres et a un jet de harpon. C est en général mieux sur des poissons que sur des personnes.

  3. Aristarkke

    Patron, vous parlez d’ Archimède comme d’un physicien grec. Je disconviens respectueusement car il était natif de Syracuse en Sicile. Il a passé toute sa vie à l’ abri de ses remparts et quand j’allais le voir dans sa jeunesse au début du IIIme siècle avant JC, il était sous administration carthaginoise avant que de passer vers le tiers final de ce même siècle sous administration romaine.
    Il n’était donc pas grec au sens direct de la nationalité mais il était natif de la Grande Grèce, nom que donnaient les Grecs à tout le bas de l’ Italie + Sicile, région avec laquelle ils commerçaient intensément puisqu’à portée facile de bateau…
    Mais son nom renforce cette idée de nationalité grecque…

    1. Pheldge

      « quand j’allais le voir dans sa jeunesse au début du IIIme siècle avant JC … » tu n’étais déjà plus tout jeune, si tu veux être totalement honnête 😉

    2. Royaumont

      Syracuse était une cité grecque fondée par les corinthiens, il me semble. Elle a gardé son indépendance face à Carthage suite à la bataille d’Himène (tu y étais peut-être).
      Cette cité jouera par la suite un rôle clef dans la guerre du Péloponnèse, puisque c’est dans les eaux de son port qu’est morte la puissance Athénienne.
      La cité restera indépendante jusqu’à la deuxième guerre punique où elle passera sous domination romaine, ayant eu la mauvaise idée de s’allier à Hannibal (lors de la première guerre punique, elle avait choisi l’alliance romaine, ce qui avait garanti son indépendance).

        1. Pheldge

          Vu les remontrances du Patron ( Gloire éternelle sur Son Nom ) je n’ose dire que la bataille fit couler du sang … 😉

          Et c’est d’ailleurs depuis ce temps qu’on dit « qu’Himene m’essuie » 😀

          1. albundy17

            Quand je pense n’avoir fait ce post que dans le but honteux de te faire réprimander….

            J’adore quand un plan se déroule sans accrocs

  4. JiJiBé

    « L’Allemagne s’oriente vers une interdiction partielle de la burqa »
    (Suisse romande 19.08.2016)

    L’interdiction partielle, c’est la moitié haut ou bas ?

  5. NP

    Ok.
    Article très intéressant. Je vous rejoins sur le diagnostic.
    J’ai envie de dire : « mais ensuite ? »

    Ce n’est pas parce que la société a évolué et ne peut plus traiter par le ridicule une situation qui ne mériterait pas autre chose, qu’il ne faut rien faire ou se contenter de dire que c’était mieux avant.

    Vous conviendrez que se réclamer des droits de la république et des libertés de la démocratie tralalère – alors même que l’on porte ou que l’on fait porter un symbole du rejet des lois de la république et des libertés individuelles -, c’est un peu du foutage de gueule.
    Et il faut bien avouer que depuis la rixe en Corse, il est avéré que le port du burkini présente un risque d’atteinte à la sécurité publique.

    Comme le disait Clemenceau et contrairement à ce que dit Plenel, la liberté, « c’est le droit de se discipliner soi-même afin de ne pas l’être par les autres ». En l’occurrence, si certains ne comprennent pas d’eux-même que le burkini n’a rien à faire ni sur les plages, ni dans les piscines, ni partout ailleurs en France, il ne reste plus qu’à les contraindre. Les Corses ont choisi la violence. C’est culturel. On peut aussi choisir de passer par la loi. C’est ridicule mais ça ne tue pas.

  6. Chiorn

    Concernant la pudeur l’habit ne fait pas le moine. La véritable pudeur aurait plutôt tendance à éviter de se montrer, ne pas confondre la pudeur avec le vice de la perversion narcissique.

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