[Redite] Macron : des réformes à pas de fourmis et des économies inexistantes

Article initialement paru le 27.06.2018

Réformes, réformes, réformes ! Voilà le cri qu’on entend partout dans les couloirs de l’Assemblée, dans ceux du Sénat ou dans ceux de chacune des institutions de la Cinquième République : c’est la bousculade de réforme, que dis-je, un véritable embouteillage de réformes diverses et variées que le gouvernement et le législateur lancent à la suite de la vigoureuse impulsion présidentielle, bien décidé qu’est Emmannuel Macron à régler tous les problèmes du pays rapidement avant sinon les municipales, au moins la fin de son mandat…

Sauf qu’en réalité et exactement comme je le décrivais il y a un an dans un billet qui faisait déjà le bilan d’un an de mandat macronien, ces fumeuses réformes s’évaporent les unes après les autres dans la bureaucratie française. Pire : elles semblent toutes prémices à de nouvelles charges financières et de nouvelles gabegies qui viennent grossir les montants déjà astronomiques des dépenses publiques…

Ah, décidément, ce n’est vraiment pas simple d’être Monsieur Manu, le Président De La République ! Vu depuis son poste de ministre, puis du poste de candidat, l’affaire semblait pourtant bien engagée : moyennant de solides réformes en poussant les boutons ici, là et là, et en abaissant ce levier-ci tout en remontant ce levier-là, pouf, on remettait le pays au travail et tout le monde était content. Las, il y a beaucoup plus de boutons et de leviers que prévu, et beaucoup, beaucoup plus de monde pour en interdire l’accès.

En principe, il suffisait pourtant d’engager de vigoureuses réformes de fond et de forme et l’affaire était pliée assez rapidement. On lui avait dit, et il le savait, que tout devrait se jouer sinon dans le six premiers mois, au maximum dans la première année. Après, lassitude de l’exercice du pouvoir, fatigue du peuple attendant des résultats, tout risquait de devenir plus complexe, plus gluant, plus long à dépanner.

Il avait donc lancé, en fanfare, moult révisions, force réformes et grands textes de lois auprès d’un parlement dont la composition, ultra-favorable à son brochet projet, permettait d’attendre une mise en musique rapide et sans faille.

Cependant, des petits grains de sables se glissèrent dans la machine bien huilée du nouveau président, de son nouveau gouvernement, de son nouveau parlement, de son nouveau parti et de ce nouveau peuple qui, mine de rien, ne semblaient pas tout à fait aussi volontaires que prévu dans leurs démarches pro-actives de changement calculé.

En fait de réformes, qu’on espérait fondamentales, profondes et revigorantes, ce fut essentiellement des petits changements, souvent minimaliste, parfois purement cosmétiques, annoncés et médiatiquement poussés en fanfare : celle du code du travail ne jouera qu’à la marge et sur le long terme, et sa traduction en terme d’effets restera de toute façon mineure ; les bricolages sur l’ISF touchent peu de gens, la baisse des impôts sur les entreprises s’étale mollement jusqu’en 2022 (ce qui veut dire qu’elles ont encore le temps de se faire tabasser fiscalement ailleurs) et toutes ces petites bidouilles seront amplement compensées dans le mauvais sens par la complexité effarante introduite avec la retenue à la source ; les autres bricolages (dans la formation ou la gestion du chômage par exemple) semblent, là encore, une longue enfilade de patchs et autres rustines sur des systèmes fondamentalement vérolés. Je n’évoquerai pas la « réforme » de la SNCF qui, hormis un nombre invraisemblable de jours de grève, d’incidents de réseau et de passagers mécontents, n’a entraîné aucune perspective d’en finir une fois pour toute avec la dette abyssale et les caprices insupportables de la vieille dame incontinente.

Beaucoup d’observateurs, fins analystes de la vie politique française, feront mine de récriminer devant cette courte liste et cette appréciation négative des efforts fournis : « oh, mais, que dites vous là ! Toutes ces réformes, tous ces textes kilométriques de loi qui épuisent du député par douzaines, tous ces aménagements et ces modifications partout dans des codes de lois, bien sûr que si, c’est important, c’est courageux, c’est fortiche même ! » Et tous ces observateurs en concluront à la mauvaise foi, au procès à charge et à l’absence de lucidité.

Malheureusement, ils auront beau fermer leurs yeux et leurs petits poings en espérant, fort fort fort, que ces « réformes » vont avoir un impact majeur, la réalité refuse de se plier à leurs prières, aussi ardentes soient-elles. Et pour cause : la belle vigueur des révolutions envisagées s’est complètement évaporée dans la bureaucratie, les petits détails administratifs et les compromis politiques médiocres.

D’une part, l’État profond, c’est-à-dire les administrations, les agences, les entreprises plus ou moins publiques et tous les rentiers de la République n’entendent absolument pas laisser passer la moindre réforme d’envergure qui aboutirait d’une façon ou d’une autre, supposée ou réelle, à amoindrir leurs privilèges.

D’autre part, les syndicats, les médias et tout ce que le pays compte d’influents engagés n’ont absolument pas envie de voir leur part du gâteau diminuer sans broncher. Laisser le champ libre à Macron, c’est prendre un risque important de remise en question de ces petits viagers juteux qu’ils ont installés ces 40 dernières années (ou plus).

En outre, il faut bien comprendre que, malgré l’affichage médiatique d’une volonté de fer, malgré la communication musclée destinée à rassurer tout le monde sur des intentions fermement fixées et des convictions boulonnées au corps, Macron lui-même n’a rien d’un révolutionnaire : on parle d’un énarque, d’un inspecteur des finances dont le seul fait d’armes marquant pendant son temps à Bercy fut la mise en place de lignes de car dont l’impact fut, finalement, très modeste. Si l’on ne peut pas vraiment nier la mise en avant exubérante d’une certaine détermination pour remettre le pays sur les rails, on peut largement douter de la volonté réelle, consciente, de passage à l’action et le courage de vraiment ruer dans les brancards.

En pratique, Macron a, comme ses prédécesseurs, tenté de corriger quelques problèmes mineurs qui préoccupent un peu les Français, et c’est tout ce qu’il a fait parce que c’est à peu près toute la marge de manœuvre qu’on lui accorde, peuple compris : il suffit de voir que d’un côté, ce peuple admet sans problème que trop d’argent est claqué dans les aides sociales, et que de l’autre, il réclame que le président renforce sa politique sociale pour bien saisir l’ampleur du problème de cet électorat bicéphale et schizophrène.

Dans le temps d’un an de quinquennat, on est (encore une fois, comme sous Sarkozy, comme sous Hollande) passé d’une volonté de tout remettre à plat, éventuellement avec fracas, à des réformettes de petit législateur besogneux, des discussions oiseuses sur de la vaisselle ou une piscine, des bricolages mineurs, des vexations multiples à 80 km/h et des économies de bouts de chandelle.

Alors que le pays aligne des statistiques catastrophiques (chômage, dette, déficits, dépense publique stratosphériques et dépenses sociales open bar de numéro un mondial), que le nombre de pauvres continue d’augmenter, que la bureaucratie se fait tous les jours plus délirante, personne au gouvernement ne semble prendre la mesure des vraies mesures courageuses qu’il faudrait prendre, à commencer par des économies drastiques.

Le régalien continue de faire les frais de quelques coupes souvent hasardeuses : alors que le ministère de la Culture baigne dans un pognon de dingue (10 milliards d’euros), la Justice doit « composer » (et faire avec seulement 7 milliards) au risque de libérer des dealers faute de juges.

Pompon des réformettes : la cataracte d’impôts et de taxes directes et indirectes continue de tomber, mais les recettes baissent, démontrant l’ampleur des gabegies, des fuites, de l’abandon croissant des Français industrieux qui préfèrent la mettre en veilleuse ou s’en aller plutôt que se faire refaire le fondement avec un trépan fiscal de la taille d’une installation pétrolière offshore.

Et toujours pas d’économies solides en vue, seule transformation qui, en rétrécissant enfin le périmètre de l’État-maman, aurait libéré des énergies et des possibilités de croissance. On pratique la microchirurgie dans les recettes, sans comprendre que c’est le volet dépense qui mérite d’être motoculté aux engins lourds de chantiers.

En fait de transformation, Macron fait paysagiste armé d’un coupe-ongle dans un jardin à la française abandonné depuis un demi-siècle, qu’on camoufle tant bien que mal à coup de communication, de slogans creux et d’un xyloglotte très raffiné mais qui ne change pas de l’habituel.

Combien de temps ceci peut-il encore perdurer ?

J'accepte les BCH !

qqefdljudc7c02jhs87f29yymerxpu0zfupuufgvz6

Vous aussi, foutez les banquiers centraux dehors, terrorisez l’État et les banques en utilisant les cryptomonnaies, en les promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !
BCH : qqefdljudc7c02jhs87f29yymerxpu0zfupuufgvz6
 

Commentaires32

  1. Aristarkke

    Et dans un an, sauf séisme aux élections municipales, gageons, Monseigneur, que vous pourrez dupliquer et l’article de 2018 et votre introduction de 2019…
    Tout est en trompe-l’oeil dans la macronie…

        1. sam player

          A ce sujet, j’ai trouvé le mot « radar tourelle » particulièrement mal choisi… ce mot utilisé dans le langage militaire sonne comme une déclaration de guerre… et un surdimensionnement des moyens pour le but poursuivi..

          1. Aristarkke

            Un tourelle, dans l’armement moderne, c’est un appendice pour mitrailler, canonner et ainsi de suite, l’automobiliste qui est con puisqu’il ne sait pas que l’ennemi, c’est lui..
            😈

  2. theo31

    Le conseiller de Hollande qui a fait augmenter les impôts et les prélèvements de 100 milliards en 5 ans s’appelait Macron. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

    1. Vodkaman

      A la réflexion, je me demande si ce n’était pas prémédité pour torpiller toute possibilité de ré-élection du pédalonaute.

  3. kekoresin

    Copier/coller pour une constante dans l’impossibilité de déconstruire l’édifice croulant bâti de mains de maître en constante branlette épileptique d’énarques cervelles.

    Oui, Macron ou un autre c’est du pareil au même car le système est construit sur une seule règle: sa propre survie. Trop de parasites en vivent, trop de familles d’élus seraient dans la misère sans une épouse/maîtresse/cousine dévouée à la cause, humble salariée en catégorie C gagnant péniblement 200 K€, à peine de quoi faire bouillir la marmite. Et pour permettre à ce petit monde de simplement survivre et payer le chauffage du château, et bien y’a pas le choix ma pauv’ dame, il faut bien caresser les couilles du citoyen en guise de préliminaire puis les serrer très fort après l’orgasme. Pas trop difficile vu que le mouton votant a cinq ans pour oublier la douleur post orgasmique et qu’il est depuis des décennies soigneusement sevré à la connerie infinie ou l’infinité de conneries. Au choix: l’égalité H/F/trans/…, le réchauffement, le dérèglement, le capitalisme sauvage, le fascisme, le racisme (sans races), vilain Trump, vilain Poutine……………………….

    Oui, un Macron pour les gouverner tous et dans les ténèbres les enculer. Rien de neuf sous le slip et rien de neuf à attendre vu que le français continue à voter pour se faire dilater le fondement au lieu de brûler sa carte de participation au simulacre de démocrassie!

    1. theo31

      Pas sûr que celui qui vote soit celui qui se fait enculer. Ce sont les rentiers du système qui votent le plus : fonx, retraités, allocataires des colonies et de la RATP

      1. kekoresin

        Pas faux…malheureusement! Ceux que Charles Gaves décrit comme l’armée d’occupation, ce à quoi je rajoute: garant des privilèges des barons de la politique.

      2. MarieA

        +100

        93 % des retraités bénéficient d’un dispositif public de solidarité pour un total de 47 milliards d’euros par an

        http:/ /www.lefigaro.fr/retraite/93-des-retraites-beneficient-d-un-dispositif-public-de-solidarite-20190606

        Ça motive pour aller voter…

        1. theo31

          Mes collègues qui ont des fins de mois difficiles et le mot solidarité sur la bouche à tout bout de champ ont posé leur journée de demain.

          Le socialisme oui mais avec des bémols.

          1. sam player

            Bah soit tu travailles pour la peau, soit tu donnes un journée de congé pour la peau… le résultat est le même…

            Les fonctionnaires ne participent toujours pas au fait ?

            1. bibi

              Si les fonctionnaires « participent » aussi, leur temps de travail annuel est passé de 1600 à 1607h suite à l’instauration de la journée de solidarité.
              service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2859

  4. Passim

    Le pouvoir (!) politique et l’État sont assis sur le même branche. Comment imaginer que l’un s’emploierait à la scier ?

  5. kekoresin

    HS du dix manches: l’agitation des féministes camionneuses de gauche sur le football et les relais pertinents d’une presse conscientisée.

    Les footballeuses moins payées que les hommes, des chaussures trop grandes, des shorts faits exprès si courts qu’elles sont obligées de s’épiler le maillot….et ragnagnagna…ha! Le football féminin et ses règles!

  6. Citoyen

     » Réformes, réformes, réformes !  »
    Oui … Et quand on a suffisamment d’humour, pour ne pas déprimer, c’est souvent à hurler de rire …
    Une réforme majeure du quinquennat, comme celle de la SNCF, mérite des oscars …
    En fait, « réforme » est un mot creux, extrêmement pratique pour justifier de leur place, et de leur salaire. Faire de la réforme, à haute cadence, pour tout et n’importe quoi, mais sans bousculer le système (il faut éviter de se fabriquer trop d’ennemis), permet de montrer de l’action, du mouvement, qui justifie le poste … Plus il a de réformes qui ne portent sur rien, à mettre en œuvre, plus ils (se) donnent l’impression de servir à quelque chose, et justifient la pléthore d’effectifs pour y arriver …
    Et, « de nouvelles gabegies qui viennent grossir les montants déjà (g)astronomiques des dépenses publiques… »
    Tellement « Gastronomiques », qu’ils en arrivent à égarer des frais de bouches, plutôt coquets, à Bercy ….

  7. Pythagore

    « la baisse des impôts sur les entreprises s’étalent mollement jusqu’en 2022 »
    Elle s’est accélérée puisque qu’avec le CICE, en 2019, ca. 66% du revenu de cet impôt sera redistribué. Sauf que tous ceux qui ont joué ne récupèreront pas leur gain.

    1. Pheldge

      « les entreprises s’étalent mollement » oui, mais elles s’écraseront bien avant 2022 ! 🙂
      Par contre si la baisse des impôts s’étalE, là ça peut dure plus longtemps … 😉

      Ach, fifre en Allemagne, Ja pas que des afantasches … Zürtou für die französiche Sprache

  8. MarieA

    « on parle d’un énarque, d’un inspecteur des finances dont le seul fait d’armes marquant pendant son temps à Bercy fut la mise en place de lignes de car »

    Le Machiavel du XXIème siècle, le nouveau Napoléon au physique de dieu grec, le Maître de l’Europe, le Défenseur du Progrès et des Peuples face aux arriérés dictateurs sanguinaires Poutine et Trump, etc…

  9. Calvin

    Vous n’y connaissez rien en matière de réforme.
    Laissez-moi vous expliquer, la Réforme, c’est mon domaine !
    Il faut, pour la France, prendre le terme militaire, à savoir que ce pays étant foutu, rien n’est possible, rien n’est à tenter.
    Le pays doit être réformé, démantelé, désarmé…

      1. UnLorrain

        Ce pays est irréformable ! C’est Teddykiladit euuh Sarkozy qui l’a dit !
        Alors ce sera des reformichettes ou mieux encore des reformicules ! Ne sont ils pas mignons ces adjectifs !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.