Un bien beau bolide

Cela fait cinquante ans que la voiture France est dans la course. C’est une course sur toute la planète et au-delà, pour tous les pays et même un peu plus, où tous les coups, quasiment, sont permis. L’équipe qui accompagne le pilote et le bolide ont le choix des armes : carburant, matériel, nombre d’arrêts au stand…

Au départ, le moteur, jeune et agile, fournissait un couple puissant et des reprises nerveuses. L’autoroute qui se dessinait devant le bolide a permis de furieuses accélérations et, avec l’espace disponible, a même permis de prendre une place confortable en tête de peloton. Les pilotes se succèdent régulièrement, chacun avec son style de conduite, son caractère et ses petites manies.

De son cockpit caréné, le pilote peut jeter un oeil furtif vers les autres véhicules. Certains ont choisi de rouler un peu moins vite, en économisant le moteur pour la durée, d’autres ont opté pour un carburant un peu différent, et d’autres enfin ont une stratégie fine de calculs des temps de passage aux stands. Bien souvent, il s’agit d’un savant mélange de toutes ces techniques…

L’équipe France a choisi une méthode un peu différente. Elle est la plus forte, l’équipe France. Elle le sait, car tout le monde la regarde, tout le monde l’admire. Avec sa belle carrosserie bleu, blanc et rouge, parée de mille vertus chromées, elle fait plaisir à regarder briller sous le soleil. Et même quand il pleut, les gouttes forment autour des roues un nuage artistique à la David Hamilton…

La méthode de l’équipe France, c’est d’intervenir très souvent dans le moteur. Un petit boulon à visser par ici. Une petite durite à nettoyer là. Et dans l’équipe France, les meilleurs ingénieurs, les meilleurs managers, coach, mécaniciens, … se relaient pour expliquer pourquoi et comment il faut faire telle ou telle chose. Chacun sait qu’il faut intervenir. Et chacun sait qu’il faut ajouter un piston ou deux, une petite soupape ici et une autre là, un petit autocollant devant pour faire mieux, etc…

Mais après quelques dizaines d’années, une ombre se glisse au tableau. Le moteur vieillit. C’était facile à prévoir. Mais pour ne pas démoraliser l’équipe, les managers ont choisi de ne pas en parler tout de suite, et de continuer à faire comme si de rien n’était. Pour compenser quelques grippages, on ajoute de l’huile.

Au début, on en met un peu. Mais progressivement, il faut en ajouter de plus en plus à tel point que la réserve, qui devait pouvoir tenir encore bien des années, commence à paraître un peu vide. On pourrait bien changer les pièces du moteur, mais les pilotes ne veulent pas en entendre parler : ça marche très bien comme ça, les réflexes sont bien rôdés, les pantoufles s’emboîtent juste bien comme il faut sur les pédales qui, à force, se sont moulées sur les petits petons des conducteurs.

Pour faire tenir un peu plus longtemps la réserve d’huile, on la change moins souvent. Pendant que l’équipe en charge de l’huile dilue l’huile propre avec la vidange pour allonger la sauce, l’équipe en charge du carburant commence à constater des problèmes : il faut plus de carburant. A ce rythme, on ne tiendra pas très longtemps, et l’huile ne sera alors qu’un petit souci.

Discrètement, un émissaire est envoyé dans les autres écuries. On ponctionne du carburant dans leurs réserves, avec une promesse de pouvoir le rendre et même un peu plus… Petit à petit, la réserve tient bon. Mais les ponctions, chez les autres, sont de plus en plus fréquentes.

Et le moteur chauffe. Les pilotes se font plus vieux, moins vifs.

Certains, sans bien comprendre ce qui se passe, oublient d’embrayer sur certains rapports. La roue-libre dure alors plusieurs semaines, plusieurs mois… D’autres se trompent et freinent lamentablement. Dans le même temps, certaines pièces viennent à casser. On bricole, on planque quelques pièces ici ou là [1].

La carosserie, elle, est toujours en bon état. Les gouttes de pluies, sur la robe colorée du bolide, scintillent comme des petits diamants sous le petit soleil de ce début de Novembre.

Et soudain, quelques flammes. Oh, pas grand’chose ! Quelques flammèches en sortie d’échappement, un bruit sourd, une légère odeur de soufre [2].

L’équipe ne réagit pas tout de suite. Après quelques jours d’attermoiements, on décide d’ajouter de l’huile.

Mais il faut trouver encore de l’huile et du carburant. Bien sûr, les autres écuries, toujours confiantes, continuent de prêter. Mais si on pouvait éviter d’y faire trop appel, ce serait mieux… Alors on décide de vendre les batterires électriques usagées et même celles qui sont encore bonnes[3]. On tente de reporter les fuites des circuits particuliers vers le circuit général[4].

On choisit de racler les fonds de bidons, pour ne rien perdre[5].

Mais cela ne semble pas suffire. Alors on commence à utiliser le bas de laine des équipiers. Oh, discrètement, d’abord [6]. Puis on en viendra certainement à d’autres méthodes…

Mais non ! Il n’y en aura pas besoin ! Le moteur redeviendra jeune, non ?

En attendant, le bolide et sa belle carosserie file sur la piste…

Notes

[1] ou encore

[2] mais rien de bien grave, hein

[3] Comme ici par exemple ?

[4] comme , tiens

[5] avec ce genre de propositions

[6] Tiens, par exemple en faisant ça

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Commentaires1

  1. Chris

    Remarquable petite allégorie Monsieur H16 ! Bravo.

    Vous auriez pu ajouter par rapport au problème du moteur, et de son vieillissement, le fait que de plus en plus l’écurie fasse appel à pièces détachées d’origine étrangère, pas parce qu’elles sont moins chères, mais juste pour se faire bien voir par les autres écuries et par générosité… Même si une fois intégrées au moteur, certaines posent de redoutables problèmes d’intégration technique (le mode d’emploi est écrit dans une autre langue, non traduite, les normes différentes etc.).

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