Les mystères de l’économie mondialisée

Petit challenge : imaginez une société, d’assez beau gabarit, qui, d’une année à l’autre, réalise deux objectifs totalement antagonistes : réaliser une forte hausse de son bénéfice net, en distribuant généreusement des dividendes bien qu’assez endettée, et, dans le même temps, dégraisser sa base clientèle de 650.000 consommateurs payants. Ah ah, pas simple, le challenge, non ?

Mais, comme le veut le dicton, à coeur vaillant, rien d’impossible, et impossible n’est pas France Télécom.

La compagnie, qui a largement mérité son affiliation à la World Company Demaerd Inc. tant ses citations dans ce blog émaillent agréablement le parcours d’une année riche en rebondissements, magouilles et malversations, a en effet, dans le courant de l’année 2005, perdu 650.000 clients, passés en dégroupage total (et ne lui payant donc plus rien). Le tout, dans une indifférence polie des politiques, des dirigeants ou de la presse (dont les revenus publicitaires proviennent en partie des opérateurs, ne l’oublions pas).

Après avoir égaré fortuitement plus d’un demi-million de contributeurs forcés, la compagnie n’en annonce pas moins des profits records.

Et là, je dis chapeau : non seulement la « libéralisation » du téléphone fait des heureux, mais en plus, FT gagne de l’argent à mesure qu’il perd des clients. Franchement, tout ceci est merveilleux.

Voire abracadabrantesque.

En effet, quelle compagnie peut se permettre de perdre une telle masse de clients et d’afficher une aussi extraordinaire santé ? Par quelles contorsions comptables et financières une société qui, il y a trois ans, présentait des dettes colossales, pardon, Kolossales, peut maintenant généreusement distribuer des dividendes joufflus à ses actionnaires ? D’autant que certains actionnaires, en parfaits cyniques, se seront bien vite désabonnés de l’opérateur historique magique, profitant ainsi de la plus-value redistribuée, et de l’économie d’un abonnement (168 EUR à l’année tout de même).

Et puis pour fêter ces résultats, FT annonce le non-renouvellement d’un paquet de postes en interne (au total, la compagnie s’allège de 17.000 salariés).

Deux questions me taraudent alors :

  • comment FT peut faire autant de profits avec de moins en moins de clients ? On peut imaginer n’importe quelle réponse, mais en tout cas, on peut se demander si la recette va tenir longtemps, et, plus important, pourquoi cette recette n’a pas été employée plus tôt ?
  • que faisaient les 17.000 postes qui seront supprimés, sachant que les prévisions de profit de l’entreprise ne sont pas à la baisse, au contraire ? Est-ce à dire que les personnes dont on se séparent ne rentrent pas dans la création de ce chiffre d’affaire et de ce profit ? Serait-ce aussi à dire -oh !- que, durant toutes ces années où FT, entreprise publique, ne réalisait pas ces chiffres, ces gens constituaient un frein ?

Mais je suis sûr que le Libéralisme, la Mondialisation, l’Europe et les Américains, nos traditionnels Usual Suspects, pourront fournir une explication solide, rationnelle et intéressante à ces apparents paradoxes et contenter le syndicaliste, le collectiviste ou l’étatiste un peu aigri qui s’aventureraient dans de si scabreuses questions…

France Telecom : décidemment une compagnie Demaerd.


AOF – France Télécom
note : merci à pod pour l’info

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Commentaires3

  1. chris

    Vous répondez vous-même à votre question :
    -FT a étendu ses activités à l’étranger.
    -elle se débarasse de ses cohortes de "fonctionnaires" datant de la grande époque.

    Résultat : profits en hausse.

  2. Oh, mais, que vois-je ! Un commentaire visant à dire que la France uniquement ne rapporte plus tant que ça (i.e. le patriotisme, ça va un peu, mais pas trop) et que les fonctionnaires n’étaient pas si productifs ! Oooooh, le vilain ultralibéral ! 😉

  3. pod

    Je pense vos commentaires trop réalistes en comparaison de la folle situation FT Demærd.Inc qui nous est annoncée. h16 a utilisé un terme fort à propos : "magique".

    C’est vraiment le seul terme qui convient en pareil cas.

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