Paillette et politique

Le monde n’est plus ce qu’il était. Les années précédentes avaient prouvé à Superman qu’armé de ses pouvoirs, d’un pyjama bleu et rouge moulant et d’une cape flottant au vent, on pouvait combattre n’importe quel fléau. Mais avec l’arrivée mondiale d’un nouveau super-méchant, Superman sent ses forces l’abandonner, comme si elles étaient sucées hors de lui par une kryptonite surpuissante…

Ce nouveau super-méchant s’appelle Stateman. Outre un costume entièrement taillé par Hubo-Gosse et une permanente grisonnante d’énarque frétillant résistante aux séismes politiques les plus violents, Stateman disposait d’un super-pouvoir sans équivalent : il est maître des Média Traditionnels.

Dans le monde magique des super-héros, il y a deux types de Média. Les Média Traditionnels et les Média Numériques.

En terme de réactivité, les Média Numériques sont imbattables. En trois clics, Superman ou le quidam du coin de la rue peut créer un blog, raconter ses vacances d’épépineur de groseilles ou ses prouesses de sexeur de bigorneau[1], choses que tout son public palpite à l’idée de découvrir. Alternativement, il peut émettre des opinions plus ou moins judicieuses sur l’actualité, fournissant à certains l’occasion de se procurer un raisonnement à pas cher (pratique quand on n’a pas le temps de réfléchir ou un cerveau limité).

La production d’information dans les Média Traditionnels (journaux, radio, télévision) est, elle, réservée aux super-méchants. Clairchazal-Woman, la Papesse Télégénique, peut en effet se targuer de déverser, à intervalles régulier, la sagesse et le raisonnement sharp / précis / pointu de toute une rédaction de Journalosses (des petits êtres chétifs et serviles facilement impressionnables) qui auront sû répondre aux deux contraintes quasi-antagonistes qui font leur métier : répandre de l’information (comme on épand du fumier sur un champ vierge de toute plantation pour que les opinions y poussent joyeusement), et, surtout, rendre disponible le cerveau des spectateurs pour que certaines firmes de boissons qui font pschiitt et certains super-méchants aux problèmes qui font pschiitt arrivent à placer leurs argumentaires. C’est l’habileté à remplir ces deux contraintes qui constitue la valeur ajoutée des Média Traditionnels (et le fond de commerce de Clairchazal-Woman).

Pour survivre, Stateman a besoin de se plonger régulièrement dans un liquide visqueux, gluant, poisseux, volatile et très fuyant constitué des informations, statistiques et sondages distribuées par les Média Traditionnels. Ainsi, Stateman peut, tel un gamin de 4 ans avec de la pâte à modeler potier avec l’argile, modeler l’information qui sera redistribuée aux spectateurs, aux lecteurs, analystes et intellectuels ou prétendus tels pour qu’ils pensent comme lui le veut. En échange, les Média Traditionnels disposent de temps d’antenne, de plages de fréquences, d’une oreille polie (on appelle ça le Lobbying), d’informations exclusives, et, parfois, d’un scandale croustillant, d’une guerre, d’une famine ou d’un virus à traiter.

La collusion connivence entre les Média Traditionnels et Stateman vient de l’interdépendance : les deux, comme les Dupondt en apesanteur dans la fusée de Tintin, à défaut de s’accrocher à du concret bien solide, s’accrochent l’un à l’autre fermement, en serrant les fesses qu’on ne le remarque pas trop.

Avec l’avènement des techniques marketing, et grâce aux manipulations discrêtes mais continuelles de Stateman (pour obliger un quota de ceci ou une pincée de cela), l’information distribuée par les Média Traditionnels est devenue un spectacle permanent, utilisée par les multinationales pour vendre leurs savonnettes, les terroristes pour vendre leur terreur, et par Stateman pour manipuler la foule. Les média traditionnels sont devenu le canal idéal, et quasi unique, de toutes les publicités, et la source de toutes les manipulations.

Il est trop fort, Stateman. Superman se sent un peu serré dans son pyjama moulant : il a assisté, impuissant, à une salve très violente de ventes de savonnettes ces derniers temps, et s’il n’avait pas mangé double de corn-flakes, il aurait probablement subit une baisse de régime.

Ainsi, quand Microsoft a subit un procès de la Commission Européenne, Stateman a manipulé les Média Traditionnels pour faire croire qu’il s’agissait pour Bruxelles de casser le monopole de la firme. En fait, Microsoft veut continuer à vendre son savon Microsoft, alors que la commission, elle, veut absolument vendre du savon de Bruxelles. Quand Washington et l’Iran s’invectivent sur fond d’isotopes radioactifs, Bush vend du savon labélisé « Policier Du Monde » ou « Suprématie Américaine », et Ahmadinejad vend du savon estampillé « Fierté Nationale Iranienne », « Indépendance Energétique » ou « l’Islam Vaincra », suivant les points de vue… Quand Villepin et Sarkozy se chamaillent à coup de Clearstream, là encore, Stateman est derrière : il s’agit en fait pour l’un de vendre de la lessive « Malgré tout, Demain, Je Lave Plus Blanc » et pour l’autre de vendre de la lessive « Et Moi, Demain, Je Lave Plus Blanc ».

Superman ne sait plus trop quoi faire : alors qu’il aura sû vaincre Lex Luthor, Brainiac et consors, il sent qu’il aura beaucoup de mal à venir à bout de Stateman. Car en effet, plus les pouvoirs de Stateman semblent reposer sur du vent, des paillettes et des jeux de lumières distribués par les Média Traditionnels, plus la foule, obnubilée, manipulée, lui prête de pouvoir.

Ainsi, plus personne ne s’étonne que Stateman intervienne sur rien moins que la planète entière, ou sur des phénomènes de taille planétaire, en croyant sincèrement pouvoir y faire quelque chose ! Alors même que Superman n’arrive pas toujours à protéger les innocents qu’il tente d’aider, Stateman, lui, prétend lutter contre :

  • le trou dans la couche d’ozone
  • le terrorisme
  • le Canard Masqué
  • le Chikungunya
  • le réchauffement planétaire
  • le manque de pétrole

Stateman a réussi, au travers des Média Traditionnels, à enfler au point de croire et faire croire qu’il peut changer la course du soleil. Ainsi, il a réussi à pipeauter tout le monde sur les résultats encourageants du banissement des CFC sur la couche d’ozone. Superman, lui, avait compris dès le début que la production des CFC ne continuerait pas pour de simples raisons économiques. En plus, banissement ou pas, il semblerait que le trou d’ozone soit assez indépendant de l’activité humaine.

Mais, et Superman en mangerait ses supercouilles en vinaigrette s’il existait un super-couteau assez puissant pour les lui couper, Stateman a réussi à faire croire à son efficacité dans la résolution de ce problème. ARgH !

Superman l’a bien vu venir, aussi, avec l’histoire du virus de poulet. Stateman a immédiatement infiltré les Média Traditionnels pour instiller la peur et le doute dans les esprits, peur qui rend l’appel à Stateman encore plus pressant ! Mieux : Stateman a fait croire à tout le monde qu’avec les accords de Kyoto, il allait protéger la planète du réchauffement climatique… Pour le coup, pris d’un affreux doute, même Superman en est venu à modifier son régime alimentaire, et à super-pêter en douce, de peur de libérer son super-méthane intestinal dans l’atmosphère et réduire les efforts des faibles terriens à néant…

Mais Superman n’est pas totalement désarmé dans sa lutte contre Stateman. En effet, il lui reste le pouvoir du Média Numérique. Ce dernier, beaucoup plus vif que le Média Traditionnel, compte des millions d’acteurs qu’il sera difficile d’étouffer !

Faites comme Superman : rejoignez la lutte contre Stateman. Exprimez-vous, bloggez, ne laissez pas Stateman tout envahir !

Notes

[1] Superman est très fort à ce petit jeu, avec ses rayons X !

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