Notule lunaire

Parfois, au détour du net, on tombe sur un petit article, une notule qu’on parcourt rapidement sans trop y prêter attention. Et là, un soir, paf, c’est le joyau : un article ahurissant, un court texte qui tombe d’on ne sait où, une notule lunaire…

Régulièrement, on peut lire dans la presse la sempiternelle rengaine des mal-aimés, mal-lotis, mal-logés, mal-payés, les souffreteux de la mondialisation, les enquiquinés du progrès, les écorchés syndicalisés du travail-malgré-nous, notamment dans Libération, véritable organe porte-parole de tous les éclopés bienpensants de la terre.

Si vous êtes un artiste en mal de subvention, ou que le gouvernement-ultra-libéral-méchant-méchant vous a sucré celle à laquelle vous pouviez décemment prétendre, Libé dénonce.

Si vous êtes un étudiant dont l’avenir pépère n’est plus assuré par l’arrivée d’un contrat bidule ou l’assouplissement d’une loi truc, que vous occupez des lieux en défonçant portes et chaises, en opprimant une majorité de collègues non concernés, Libé vous écoute et retranscrit.

Si vous êtes syndicaliste et que vous détournez par la force un bateau appartenant à l’état, Libé retrace, Libé analyse, Libé soutient.

Si vous squattez sans papier, Libé vous supporte. Si on vous expulse parce que les locaux sont insalubres ou dangereux, Libé s’offusque. Si vous mourrez dans les locaux insalubres ou dangereux que vous squattiez malgré l’avis d’expulsion, Libé se chagrine et Libé dénonce, furibard.

Un bémol toutefois – et c’est là que la notule lunaire entre en jeu : si vous êtes forain, vous pouvez aller vous faire cuire un oeuf. Et encore.

Petite analyse de texte :

Et le manège s’arrêta de tourner. Même la corporation atypique des forains est gagnée par la grogne sociale, dont la France possède à n’en pas douter un répertoire d’une richesse inégalée.

Jusque là, le constat est évident, l’auteur lucide.

Comme dans bien d’autres cas, on peut y lire aussi bien un rejet des adaptations nécessaires au monde moderne qu’une résistance aux exigences indues qui se réclament de lui. Les forains se battent pour le «droit» d’exercer leur commerce en centre-ville comme si tout pouvait changer dans le monde ­ à commencer par leurs manèges et les décibels de leur sono ­ sauf les villes et l’emploi qu’elles entendent faire de leur centre.

Ah, tiens, la litanie habituelle est rompue : l’auteur ne semble pas prendre fait et cause pour les maltraités.

Mais ces mêmes villes opposent à ces «étrangers» ­ puisque forain veut d’abord dire cela ­ une nouvelle version du Nimby (comprendre : c’est très bien ce que vous faites mais allez le faire ailleurs). Qu’ils le veuillent ou non, les forains vendent dans leurs machineries un rêve aux antipodes des centres-ville piétonnisés, touristiqués et tertiarisés. Cette distraction populaire venait retrouver le peuple là où il était : en ville. Les gestionnaires de ces mêmes villes les envoient désormais le rejoindre où il se trouve : en banlieue.

Me voilà rassuré : il s’agissait d’ironie. En fait, tout est à prendre au second degré. L’auteur aime les forains, et les gestionnaires des villes sont de méchants empêcheurs de forainiser en rond.

Avec cette grève, les forains défendent un avantage acquis sans trop se soucier qu’il ne correspond plus au monde qui les entoure. Cette corporation est trop farouchement individualiste (ou claniste) pour savoir négocier les compromis qui tempéreraient des évolutions sans doute inévitables. D’où les clash à répétition.

Ah bah tiens non, finalement, ce n’est pas de l’ironie. L’auteur semble bien avoir les forains dans le pif. Et pourquoi donc ? Parce qu’ils sont farouchement individualistes !

En plus, elle est nulle en relations publiques. Pourtant, même ceux qui ont passé l’âge peuvent admettre qu’un monde sans manèges ressemblera vite à un monde sans joie.

Crotte, cela semble bien ironique. Mais pour le coup, on ne sait plus exactement s’il dénonce la grève, s’il la soutient, s’il reproche leur position immobiliste à ces forains ou si, finalement, comme ils font tourner les manèges et vendent des barbapapas, ils sont sympas.


Au final, que l’auteur soit ou non d’accord avec la grogne des forains, le petit article montre quelques travers bien spécifiques du journal : il critique l’absence d’adaptation au monde moderne d’une certaine catégorie de personnes – une paille -, en oubliant l’immobilisme-époxy des profs, des syndicalistes, des étudiants, de toute une société qui se fossilise sous ses yeux – une poutre -.

Et finalement, le plus gros reproche qu’il peut faire à ces gens qui défendent leurs habitudes, c’est d’être individualistes.

Est-il nécessaire de rappeler qu’être individualiste n’est pas être égoïste, et que, de plus, l’individualisme fonde le libéralisme ?

On comprend dès lors mieux le mépris suintant lisible dans l’article.

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