Solidaire et complice

Ce blog a quelques fois été l’occasion de montrer les glissements sémantiques que les agents et les institutions collectivistes introduisent dans notre vie de tous les jours : ces glissements, nombreux, permettent de faire passer, insidieusement, des idées fausses pour vraies, des principes fondamentalement viciés pour des bases absolument humanistes. Le plus grand tour de force du socialisme et du collectivisme, finalement, aura été de faire croire à sa supériorité morale sur le libéralisme. Et ce tour de force, à mon avis, s’appuie d’abord sur un glissement sémantique, celui sur le mot « solidarité ».

En effet, de nos jours, quel mot revient le plus souvent dans les discours convenus de nos hommes politiques ? Quelle demande se fait le plus sentir aussi bien à la base de la population (la fameuse France d’en-bas) qu’en haut de la pyramide (l’autre France, celle dite d’en-haut) ? Quelle réclamation de toutes les couches sociales semble se faire la plus forte ?

Dans chaque discours, on trouve le mot Solidarité. Dans chaque paquet de demandes, on insiste sur la solidarité. Toutes les couches sociales la réclament : la solidarité. On en veut entre les riches et les pauvres. Entre les bien portants et les handicapés, les malades. Entre les vieux et les jeunes, entre ceux qui travaillent dans le privé et ceux qui travaillent dans le public, …

Le premier glissement sémantique que les communistes, les socialistes, les fascistes et les collectivistes de tous poils ont introduit fut imposé à ce mot là : solidarité.

Car en pratique, quel meilleur moyen d’attirer le vote populaire d’un côté, et de l’autre la bienveillance de ceux qui ont ? Quelle meilleure expression que celle qui permet à ceux qui ont de s’acheter une bonne conscience et à ceux qui n’ont pas de réclamer en reportant l’effort sur les autres ?

Du point de vue de l’homme politique, la Solidarité offre un double avantage ; à l’image d’une double-lame de rasoir efficace, qui en un passage unique coupe deux fois le poil, l’utilisation de la Solidarité en politique tranche tout mécontentement deux fois : la première en distribuant aux pauvres par la ponction des riches, la seconde en dispensant les riches de donner aux pauvres puisque l’état s’en charge.

Partant de là, le glissement sémantique s’est opéré dès lors que les collectivistes ont mis en place ce que les uns et les autres réclamaient tacitement ou ouvertement : la solidarité imposée, celle qui s’appuie sur l’utilisation légale et raisonnée de la force pour obtenir la ponction et la répartition. A partir du moment où la solidarité, qui au départ se confondait par bien des aspects avec la charité et l’humanité, se trouva règlementée, enrégimentée dans les institutions mécaniques des états, le sens original s’en trouva perdu. Il n’en reste à présent plus que le cache-misère que les politiques utilisent si souvent pour faire passer leurs idées plus ou moins nauséabondes.

Sous couvert de solidarité, on ponctionne les jeunes pour donner aux vieux. On ponctionne les riches pour donner aux pauvres. Mais on ponctionne aussi les pauvres pour redistribuer entre eux, et parfois, pour redonner aux riches. On ponctionne les vieux pour redonner aux jeunes. On ponctionne les pauvres pour les vieux, les jeunes pour les riches, etc… dans un circuit complexe où, finalement, le seul gagnant est l’état, ses institutions et ses méthodes. A chaque nouvelle ponction correspond son lot d’inégalités, et sa cohorte de demandes de plus de solidarité. Alors, on ponctionne à nouveau, ailleurs, et on rebouche en partie ce qu’on avait creusé au départ.

Petit à petit, il devient évident qu’il ne s’agit plus en rien de solidarité. Comme chacun se convainc aisément, ponctionné de toute part, qu’il est déjà fort solidaire avec à peu près tout le monde, il lui devient d’autant plus difficile d’être solidaire au sens premier. Le don, celui qu’on fait directement, s’effondre. D’abord, parce qu’une fois ponctionné, le pouvoir de donner s’amenuise : dans le domaine de la solidarité réelle – et au contraire de la solidarité fictive, collectiviste – , on ne peut pas donner plus que ce qu’on a réellement. Et aussi parce qu’après tout, on a déjà tant donné pour les autres, il n’est alors plus que temps de s’occuper de soi-même.

Par l’effet profondément viciant du glissement sémantique, plus la solidarité nous est imposée, plus la solidarité réelle, celle du don, disparaît. A la fin, on en vient même à constater un retournement extrêmement révélateur : la solidarité imposée se mue en complicité ; en effet, au fur et à mesure que chacun impose sa solidarité aux autres et à son profit, l’état grossit, le léviathan étend son emprise. C’est par la complicité de chacun des thuriféraires de la solidarité d’état que ce dernier a pû croître dans les proportions bibliques qu’on lui connait.

Et petit à petit, dans cette espèce de folie solidaire qui caractérise nos états sociaux-démocrates baveux, on en vient à constater qu’aider encore plus ses semblables par le biais de l’état ne fait que les enferrer dans leur situation. A chaque paiement d’impôt, à chaque ponction, chaque taxe, on comprend qu’on se rend complice bona fide de la situation, qu’on coule encore un peu plus de ciment sur nos chaussures avant de tenter un trans-Manche en crawl. A chaque privilège qu’on défend, à chaque bénéfice qu’on retire de l’état, on se rend là encore compte qu’on est complice volans nolans de cette situation pathogène, et qu’on cadenasse le boulet au pied des autres assujettis avant de les inscrire aux prochains JO catégorie 100 m nage libre.

Pendant ce temps, le capitalisme le plus caractéristique, presque caricatural tant il est représentatif, se permet de diriger des milliards de dollars (80 !) vers … des causes humanitaires. Qui (ou quoi) a donc forcé, imposé à ces deux titans mondiaux que sont Gates & Buffet de lacher d’aussi colossales fortunes ?

Certains collectivistes, certains politiques, nos syndicalistes, et la plupart d’entre nous devraient à présent se poser cette question : et si la solidarité imposée n’était pas, finalement, la racine du mal ?

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