Un fossile sort ses griffes

Ce ouikande, exercice amusant : faison un peu de paléontologie. Dans le cadre des Journées d’Etudes des Fossiles de la Demaerd Fondation, nous allons étudier un authentique syndicat d’enseignants, très bien conservé, de l’ère stalinienne. Pour notre étude, nous utiliserons cette interview du nouvel obs en ligne

Avant de gratter un peu l’objet de notre étude et de décrypter les hiéroglyphes abscons qu’il va produire, quelques données de bases nous seront utiles pour situer le vieux machin dans son contexte historique et son environnement naturel, l’Edulcoration Nationale.

Le fossile est ici un Sgenus Vulgaris Céhefdétus, son organe vocal, un certain J-L Villeneuve et son symbole est « SGEN ». Il s’apparente comme beaucoup de syndicats en France à une phalange activiste des collectivistes de gauche. A ce titre, son ossification est donc très avancée, et c’est ainsi qu’arc-bouté sur des principes en découplage total avec la réalité, il se déplace dans le paysage politique local.

Son poids très élevé de saurien jurassique le fait habituellement se mouvoir assez lentement et prendre position sur des sujets de société dans une lenteur toute calculée. Cependant, il ne faut pas s’y fier : son environnement naturel est composé de vastes plaines herbeuses richement arrosées de subventions et d’impôts sur lesquels viennent s’égayer de petits animaux, qu’on appelle communément des zélèves et leurs parents. Si cet environnement est menacé par une migration trop importante des zélèves vers des pâturages plus verts, le Sgenus réagit promptement, et en tapant du poing.

Dernièrement, une menace a fait jour, brutalement. Elle est fort bien résumée dans un petit article sur le site du SGEN, que je ne vais pas linker ici (ça me file des boutons), mais dont voici la teneur :

« En utilisant sans la moindre rigueur les bases de données de Signa (système informatique de recueil des actes de violence) qui recense les chiffres de la violence dans les établissements scolaires, l’hebdomadaire Le Point a établi un « classement » des lycées et collèges les plus « dangereux ». Ainsi on a droit aux x collèges à problèmes, aux 22 collèges « dangereux » en Île-de-France, à la « poudrière » à Montpellier, etc…

Pour le Sgen-CFDT, cette stigmatisation est scandaleuse. Le relevé des actes violents dans les établissements doit servir avant tout à mettre en place la prévention, à former les personnels à la gestion de la violence. Cette stigmatisation ne peut que perturber les familles, les personnels et les jeunes.

La mise en place de Signa était un progrès : une telle utilisation, qui va à l’encontre des objectifs visés, doit conduire le ministre de l’Éducation nationale à supprimer ce système.

Dans tous les cas, cette exploitation ne contribuera en rien à la transparence, bien au contraire. »

L’affaire est entendue : Le Point a récupéré des données sur la violence déclarée par les établissements, et en a établi un classement. La problématique est évidente : les établissements les plus violents selon cette étude sont immédiatement montrés du doigt. Mais, pire que tout : des parents, informés, risquent de s’en servir pour désinscrire leurs rejetons et les pousser gentiment vers de plus riantes écoles.

Or ça, voyez-vous, petits amis paléontologues, c’est très enquiquinant, car, de fil en aiguille, cela marque la fin du système scolaire tel qu’on le connaît : il en serait fini du sacro-saint égalitarisme, les riches pouvant se payer des écoles privées là où les pauvres iraient se faire racketter dans les clapiers de l’EducNat. Et surtout, fini la puissance des syndicats : à ne régner que sur un tout petit royaume, dépeuplé et miséreux, on n’est plus guère qu’un tout petit roitelet.

Au passage, on notera d’ailleurs la bêtise de l’article du Point avec cette étude : les agrégats ne montrent pas grand’chose, tant la collecte des stats est elle-même très différente d’un établissement à l’autre. Si l’un d’eux déclare le moindre porte-manteau cassé et l’autre ne commence à remonter les infos qu’une fois du sang versé, les images renvoyées seront plutôt floues… Mais baste, passons, l’analyse statistique, la presse et le journalisme n’ont jamais fait bon ménage…

Revenons-en maintenant à notre interview. A sa lecture, une impression domine, une image surnage : celle des mammouths laineux, conservés intacts dans l’argile dans lequel ils s’enfoncèrent jadis malgré leurs barissements et – on l’imagine – une agitation frénétique.

L’organe vocal commence ainsi ses réponses sur la rentrée 2006 :

« … L’interdiction de la méthode globale dans l’apprentissage de la lecture confine au ridicule. On a l’impression qu’une fois que ce B.A.-BA sera mis en place, tout ira mieux. C’est faire injure aux enseignements dont le principal objectif est d’apprendre à lire à leurs élèves. Il faut arrêter avec ses querelles de méthode globale, semi-globale ou syllabique. L’application du socle commun de compétences et de connaissances va se faire dans une improvisation totale. Les professeurs n’ont rien reçu et ignorent tout de son contenu. Ils vont être confrontés à la réalité le jour de la rentrée, ce n’est pas sérieux. »

Effectivement, ce n’est pas sérieux : les professeurs, si on ne leur dit pas quoi faire, sont, on s’en doute, complètement perdus… Moi qui imaginait que pour apprendre à des gamins à lire et écrire, il fallait au départ savoir lire et écrire, je me trompe donc lourdement. Il y a trente ans, quand tout ce fatras n’existait que de façon embryonnaire (ou pas du tout), comment faisaient les pauvres diables dans les maternelles et les élémentaires ? Renvoyés seuls à leur triste sort, les instituteurs (pas encore embarrassés d’un titre ronflant de « Professeur des Ecoles ») étaient acculés à apprendre à leurs moutards la lecture et l’écriture comme ils l’avaient eux-même apprise et, comme de bien entendu, c’était un échec cuisant : plus de 90% des élèves entraient en sixième en sachant plutôt bien lire et écrire, alors que de nos jours, on estime que plus de 60% sont dans dans cette situation… L’évolution est clairement en faveur d’un encadrement toujours plus poussé de nos enseignants !

Mais le dinosaure continue sur sa lancée.

« On ne se donne pas les moyens de transformer le système éducatif.
Il faudrait aussi prendre en compte l’évolution du métier d’enseignant. Ce n’est plus comme il y a trente ans, avec un professeur seul devant une classe. Il faut travailler, se concerter, revoir la formation initiale des enseignants, y ajouter une formation continue. Il faut mettre en avant la professionnalisation, que les enseignants aillent sur le terrain, qu’ils fassent des stages dans les écoles, les lycées et pourquoi pas instaurer un stage en entreprise. Nous souhaitons qu’ils reçoivent une formation initiale de deux ans, alors qu’elle dure à peine une année aujourd’hui. La prise en compte de l’évolution du métier est fondamentale.
L’école doit transmettre des connaissances, mais aussi, et j’insiste sur ce point, elle doit permettre aux élèves de vivre ensemble. »

On retrouve ici le bol intestinal typique marxiste : une grosse ration de « Noufodémoyens », qui constitue l’ingrédient de base de son régime alimentaire. On trouve ensuite une louchée de novlangue, avec de la « professionnalisation, du stage, du terrain ». Notons que l’enseignant doit aller – avec des précautions (« pourquoi pas ») – en « entreprise ». Le mot fait bizarre, dans ce contexte, un peu comme « sex shop » : on admet la nécessité de ce furoncle de la société, et de son interraction avec l’école, mais on en reste au stade putatif… Ne brusquons personne ! Enfin, après la louchée de novlangue, une petite dose de « concept creux », par gourmandise : « vivrensemble ». Car avant, les élèves étaient simplement synchronisés pour être à l’école au même moment, mais il n’y avait point de lien, de dialogue. Il faut maintenant faire en sorte que l’école remplisse un nouveau rôle. Que celui-ci soit du vent importe peu. Il justifiera à lui seul un peu plus le « Noufodémoyens ».

Enfin, après un tel repas, un peu d’exercice : on proposera donc, dans la foulée, la vibration rythmique des corps enseignants se trémoussant au son de slogans unificateurs dans le cadre d’un rituel tribal saisonnier, la grève. Début d’année, une petite grève.

Il restait des merguez au congélo depuis avril/ami, je suppose.

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