Le crédit-révolver de la France

Pendant que le PS fait rire la France entière (et qu’une petite partie de la blogosphère se moque ouvertement des déboires socialistes), le travail de camouflage des problèmes continue de plus belle… Et si à gauche, on semble avoir bien plus besoin de militants, d’électeurs et d’idées que d’optimisme – sacré Valls, toujours le mot pour rire -, à droite et, en fait, partout ailleurs, c’est bien d’argent qu’il va falloir causer, un beau jour.

Parce que question finance, voyez-vous, tout ne va pas spécialement mieux depuis ces derniers mois.

Certes, les politiques sont plutôt prompts à pousser de discrets mais audibles soupirs de soulagements en faisant comprendre que « le plus dur de la crise serait derrière nous », avec toutes les circonvolutions utiles et autres conditionnels que la grammaire permet pour éviter de se retrouver à barboter dans le caca lorsque l’ampleur du désastre ne pourra plus être caché.

Et, sans même évoquer les « sondages » dont on savait depuis longtemps qu’ils tenaient plus de la Compagnie des Pipeaux Elyséens que d’une méthode scientifique rigoureuse, à force de bidouiller certains chiffres, on en arrive presque à croire qu’effectivement, mis à part quelques petits problèmes ici et là, quelques entreprises qui ferment et quelques déficits qui pointent, toute cette crise sera bientôt de l’histoire ancienne.

En tout cas, tout ceux qui comptent dans l’élite politique de ce pays adhèrent à cette aimable fable pour enfants un peu niais. Dès lors, plus besoin de faire de réels efforts pour resserrer les budgets et amoindrir le creusement de la dette dont le poids se rapproche de plus en plus de celui de la coque du Titanic, trou inclus.

C’est le magazine Auto Plus (abondamment relayé par les stagiaires d’été de Labération) qui relance la polémique des frais étatiques et dépenses somptuaires engagées régulièrement pour huiler la machine administrative française.

On peut d’ailleurs s’étonner qu’un débat sur les dépenses consternantes et indues de l’Etat vienne d’un magazine de voitures.

D’une part, on remarquera que des journalistes automobiles, a priori plus au fait du nombre de soupapes d’une Ferrari que du bilan comptable de la France, se sont lancés dans une étude des facturettes des ministères ; ça en dit, je trouve, assez long sur le sentiment de décalage entre le monde des politiques, incarné ici par les voitures haut de gamme et les chauffeurs particuliers, et le reste des Français, obligé quant à lui de se serrer la ceinture et de nettoyer la caisse familiale à l’huile de coude.

D’autre part, quand on sait que les chauffeurs de la République sont à peu près intouchables tant les accointances qu’ils lient avec les dirigeants qu’ils conduisent leur donnent de pouvoir, on ne peut que s’étonner qu’AutoPlus s’étonne de ces frais colossaux. En réalité, il s’agit simplement d’une démonstration, quasiment en environnement contrôlé et en taille réduite, de ce que font toutes les administrations du pays, à différents niveaux. Chacun s’efforce de grappiller un petit bout de pouvoir puis de prébende. Multipliez par un nombre pléthorique d’administrations, commissions, conseils et entreprises publiques et parapubliques, tenez compte d’une masse salariale où le million est l’unité de mesure à la louche, et on obtient en fin de course des « dérapages » budgétaires qui font passer Colt Seevers pour un tétraplégique.

Notons au passage l’article de Sarkofrance qui pointe lui aussi l’effet loupe d’AutoPlus sur les dérives automobiles des ministères en oubliant tout le reste (et quel reste).

Le souci dans tout cela est qu’il faut tout de même bien trouver l’argent quelque part.


Allez, encore quelques milliards !

Et c’est là que les choses deviennent vraiment croustillantes : l’état a, en effet, de plus en plus recours à l’émission de dette … de court terme. C’est un peu comme les explosifs, qui peuvent avoir des mèches longues ou des mèches courtes. Si les longues permettent de se mettre à l’abri, les courtes, elles, provoquent parfois des problèmes. Avec la dette à mèche courte, nos gentils sénateurs admettent finalement que l’Etat est parti sur la pente savonneuse du Crédit Revolving… Et le terme n’est pas de moi, mais d’Arthuis.

De revolving à revolver, il n’y a que quelques lettres qu’on peut s’empresser de changer tant le sujet semble s’y prêter : on sent en effet de plus en plus la fuite en avant et la dépense quasi-suicidaire de nos gouvernants qui ne savent absolument plus ce qu’ils doivent faire, à part camoufler.

Camouflage que, par exemple, la sortie du bilan de la SFEF, structure bidouillée fin 2008 pour apporter du liquide aux banques, et qui a, grâce à ses fonds propres de 50 millions, prêté 75 milliards (oui oui, vous ne rêvez pas : un rapport de 1 pour 1500, ça, c’est de la réserve fractionnaire de folie, non ?).

Camouflage aussi, les les agitations compulsives et ridicules autour de la grippe A : le virus serait responsable d’une baisse de PIB ! Eh oui. Si vous constatez fièvre, rhumatisme, maux de tête et baisse de PIB, c’est … H1N1. La débâcle économique, qu’on va pouvoir renommer Criiiise A, elle, n’y est pour rien.

De revolving à révolver, il n’y a que quelques lettres, disais-je ci-dessus.

Plus ça va, et plus ces quelques lettres ressemblent beaucoup à ces quatre là : CPEF[1].


A découvrir : un billet rigolo de Vincent Bénard sur l’Art Comptantpourien, c’est-à-dire payé avec vos sous, ceux qu’on emprunte à court terme avec du crédit mèche courte…

Notes

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