Les allocations familiales et leurs 808 petits millions d’euros

Il semble qu’avec la crise, les Madoffs, les Kerviels, les contrats Demaerd™ vendus par Goldman Sachs, l’unité de mesure des dérapages financiers ne soit plus le dollar ou son presque alter-égo, l’euro, mais le milliard. Pour intéresser la presse en dessous du milliard, il faut montrer un cul, des seins ou un iPhone (et évidemment, ce billet contiendra au moins l’une de ces choses – ami lecteur, sauras-tu la retrouver ?). Alors, quand la CAF annonce qu’elle a trouvé qu’il y avait un peu de fraude sur les bords et tombe sur un chiffre exprimé en millions, il fait rire tout le monde et on passe vite à autre chose.

Je ne sais pas si l’affaire de polygamie est un déclencheur dans l’Opération Vérité Fini Les Bidouilles lancée par la Caisse Nationale d’Allocations Familiales, mais en tout cas, l’information est maintenant officielle : tous calculs faits, la fraude aux allocations représenterait un petit 2.15% des allocataires.

En fait, et pour faire encore plus percutant, j’aurais été le patron de l’édifice social (cette pensée me fait un peu froid dans le dos, mais baste, c’est un pur exercice de pensée), j’aurais plutôt annoncé que 97.85% des dossiers d’allocataires étaient taillés au cordeau.

97.85% de dossiers en béton armé, ça fait solide. On dirait une pub pour un alicament, tiens : « Plus de 95% de nos allocataires ont réussi à faire perdre du poids au compte en banque de nos contribuables ! Vous aussi, tentez dès aujourd’hui les petites pilules d’Allocatéol Bio Plus des laboratoires CNAF ! »

Bon. Ceci posé, on se dira que 2.15%, finalement, ce n’est pas beaucoup.

Et d’ailleurs, le président de la CNAF, Jean-Louis Deroussen, le concède très facilement : les montants impliqués par la fraude oscillent entre 0,91% et 1,36% des montants distribués, ce qui en fait un phénomène « relativement modéré« . Évidemment, lorsqu’on parle montant, ça fait tout de même entre 540 et 808 millions d’euros. Une modération que j’aimerai bien avoir en poche, soit dit en passant.

On appréciera aussi la « modération » de la marge d’erreur (49%) qui donne une bonne idée de la précision des instruments disponibles pour piloter les engins étatiques.

Sur une voiture, cela donnerait des fiches techniques amusantes :
– moteur 4 à 6 cylindres (environ) et cylindrée probablement comprise entre 1100 et 1700 cm³,
– boîte de vitesse oscillant entre 4 et 6 vitesses, avec une forte probabilité pour 5, surtout le mercredi,
– intérieur passablement cuir ou nylon et ronce de noyer en polyuréthane.

La conduite serait plus créative, la consommation et les angles de braquages évoluant dans des marges assez larges. On comprend dès lors qu’il n’est pas facile de piloter les administrations publiques : à l’instar d’un Titanic au gouvernail trop court auquel on aurait mis des vitres fumées (et un spoiler arrière, hein, important, le spoiler arrière), on sent que le Capitaine à bord de la CNAF doit parfois mâchouiller fébrilement sa barbe en se demandant, de temps en temps, si le gros « bonk » entendu il y a une heure ne serait pas un gros iceberg…

Une fois le rapport épluché, on découvre ensuite qu’en fait, tut tut, ne vous inquiétez donc pas tant, la plupart des sommes fraudées sont récupérées (90%) et qu’il reste en réalité 80 petits millions qui s’évaporent donc, ce qui est très modeste au regard des 66 milliards d’euros dilapidés distribués tous les ans. Modestie que, on le comprendra la encore, j’aimerais beaucoup retrouver dans ma popoche, mais bref.

Un iphone, de la fesse et du téton

Non, en fait, ce qui me scie en quatre, finalement, n’est même pas cette fraude, l’imprécision générale et la désinvolture relativement sereine avec laquelle elle est publiée.

Tout ceci est parfaitement dans les normes auxquelles nous sommes habitués dans ce pays. Ca en chagrine certains, mais le fait est que la fraude, l’imprécision et la désinvolture sont devenues des marques de fabriques de la république Française.

Ce qui est particulièrement sciant, ce sont les montants collectés avant redistribution, qu’on peut subodorer strictement supérieurs à 66 milliards d’euros.

Pour donner un ordre de grandeur, le coût en dollars actualisé d’un programme comme Apollo, qui a envoyé quelques humains tripoter des cailloux sur la Lune, est de l’ordre de 17 milliards d’euros. Avec toutes les aides gérées par les CAF, la France peut donc gérer trois projets comme Apollo. Par an.

Attention, il ne s’agit pas ici de dire qu’on devrait le faire. Il s’agit ici simplement de donner un ordre de grandeur. Et puis en plus, il n’y a pas des masses de choses à faire sur la Lune, actuellement. Pire : on risquerait d’y envoyer Sarkozy, ce qui rendrait immédiatement le lieu à la fois kitsch et has-been.

Cependant, cela permet de bien comprendre une chose essentielle : 66 milliards, c’est une somme Kolossale. Or, cette somme est prélevée avant d’être redistribuée. Que se passerait-il si elle restait dans la poche des salariés qui la payent actuellement ? Et quels seraient les effets induits par la disparition de ce système ?

En gros et pour faire simple, cela voudrait dire tout simplement que chaque salarié recevrait un peu plus de 2400 euros supplémentaires par an (ce qui équivaut à un beau treizième mois). Il y aurait aussi quelques économies : l’administration qui ponctionne, celle qui calcule la distribution, et celle qui distribue effectivement pourrait disparaître. Certes, cela provoquerait probablement la ruine du fournisseurs d’attaches-trombone ou celui de papier, mais en compensation, il est probable qu’on économiserait des milliers de salaires correspondants, ce qui ajouterait encore pas mal d’euros dans la poche des salariés en question.

Il y a un autre effet non négligeable à la suppression des allocations : l’argumentaire de certains partis sur les raisons qui poussent des étrangers à s’installer sur notre sol deviendrait immédiatement caduc. Plus d’allocations, plus d’immigration directement imputable à l’appel d’air provoqué ou soit-disant provoqué par celles-ci.Et, bonus non négligeable à mon sens, la « polygamie » serait alors sans douleur pour la collectivité, chaque individu devant alors assumer pleinement le résultat de ses choix maritaux, en toute responsabilité.

Je vois d’ici les âmes chagrines pleurer sur le sort d’une institution instituée dans les joyeux élans communistes de l’après-guerre, avec la Sécurité Sociale dont le sort financier ne lasse pas de faire bien rire le reste du monde, et je me prépare donc à lire dans les commentaires les habituels cris d’orfraie et les hurlements attendus sur le mode « les pauvres vont mourir dans la rue dans d’atroces souffrance« .

Mais bon : c’est la fin du mois, j’ai le droit à un bon gros billet polémique. Et il n’en reste pas moins vrai que :

  • Une administration qui collecte autant d’argent ne peut pas prétendre sérieusement faire une redistribution juste, légitime et bien pensée avec une gestion aussi opaque, et des processus aussi complexes. Il est évident que beaucoup touchent des sommes qui, sans être frauduleuses, ne leur sont pas nécessaires, quand d’autres manquent cruellement de moyens. Le maquis législatif pour obtenir une aide ou une autre donne d’ailleurs régulièrement des histoires croustillantes…
  • La fraude avérée présente déjà des montants alarmants, ce qui laisse supposer, compte-tenu de la gestion de l’État en général et des institutions sociales en particulier que les sommes fraudées réelles sont bien supérieures.
  • Avec la crise qui se fait de plus en plus pressante, il est plus que temps de donner à chacun, en France, la maîtrise de l’argent qu’il produit. Après tout, chacun sait un peu mieux ce dont il a besoin qu’un état-nounou de plus en plus invasif. De surcroît, l’État a prouvé, dernièrement, sa totale incompétence à gérer les crises environnementales, sanitaires et économiques, à grand frais. Parier sur le même cheval pour gérer d’aussi grosses sommes devrait faire réfléchir. D’ailleurs, quand on voit la tronche de la dette, on a un historique glorieux pour soutenir cette impression.

Mais, tout comme la gestion de la crise, les deniers publics n’intéressent finalement que ceux qui les donnent sous la contrainte.

Les médias, obnubilés par les voiles, les cagoules, les polygames et les footballeurs infidèles, se font essentiellement le relai des turpitudes des grands petits de ce monde, et font tout ce qu’ils peuvent pour oublier bien vite les sujets qui fâchent

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