Par ici la bonne galette

Encore un coup fourré dans les télécoms… Et, période de galettes des rois oblige, ce ne sera pas fourré à la frangipane, mais bien au protectionnisme. En effet, depuis la fausse libéralisation de la téléphonie (mobile notamment) et l’attribution de licences à un nombre très réduit d’opérateurs, les affaires, bidouilles & magouilles dans ce secteur n’ont pas arrêté de se succéder au fur et à mesure que le marché devenait plus juteux pour les mastodontes présents…

Dernièrement, c’était une entente (cartel) entre les trois opérateurs, au détriment du consommateur final, qui était dévoilé (et que j’avais relaté ici-même). A la suite de quoi, l’Etat, en parfait gestionnaire de la crise avait attendu quelques années que l’affaire s’enkyste, puis fait pleuvoir quelques sanctions joufflues, relié un tuyau d’amendes sur un tuyau de subventions, et le tour était joué (et bien sûr, je ne vous ferai pas l’affront de vous dire qui, au final, paye la note).

Dans la catégorie Lobbying, Protectionnisme Et Combats d’Arrière Garde, nous tirons aujourd’hui les Rois de l’Immobilisme. Depuis des années, il est possible outre France, en Europe, de changer d’opérateur sans changer de numéro de téléphone.

Etant donné que le numéro de téléphone constitue un point d’ancrage simple pour toutes les relations d’une personne, devoir changer son numéro de téléphone en cas de passage à un autre opérateur, et recontacter chaque relation pour lui donner le nouveau numéro peut être suffisamment fastidieux pour rebuter plus d’un mécontent et lui faire se contenter de l’opérateur en cours.

Cette magnifique barrière n’a évidemment pas été oubliée par les opérateurs français et ceux-ci font naturellement tout ce qu’ils peuvent pour qu’elle persiste. Il faut en arriver à l’exercice de la loi pour les contraindre à fournir ce service qu’ils prétendent délicats à mettre en place pour des raisons techniques. Bercy (dont le patron actuel, Breton, fut précedemment patron d’opérateur, ceci n’est pas fortuit) fait de la résistance. Le ministère des PME, lui, voudrait faire avancer ce dossier. Un petit coup d’oeil sur l’article de France 2 permet de comprendre rapidement que les deux ministères concernés se tirent donc dans les pattes.

La situation exposée, que peut on dire de ce galimatia, une fois passé l’agacement de constater qu’une fois encore, ce sont toujours les mêmes moutons qu’on tond ?

Tout d’abord, les étatistes bondiront sur l’argument suivant : vous voyez, l’état est nécessaire pour assurer le jeux de la concurrence puisque dans cette libéralisation, on aboutit à un cartel, et qu’en plus certaines pratiques ne se voient débloquées qu’avec l’exercice de la loi !

Evidemment, l’argument ne tient pas à l’analyse. Pour libéraliser un marché, il faut deux choses : une privatisation des opérateurs nationaux, ET une dérégulation du marché concerné. On peut constater que la première condition n’est pas remplie (l’état est toujours et encore l’actionnaire principal de France Télécom, avec les résultats qu’on lui connaît). Quant à la seconde, compte tenu des conditions à remplir pour devenir opérateur téléphonique normal ou dans les mobiles, on peut dire qu’elles évacuent rapidement toute velléité pour un quidam de se lancer dans cette activité. Le marché est donc tout sauf libre dans les télécoms. Par dessus le marché, avec la collusion constante des pouvoirs publics et de ces opérateurs, le lobbying est littéralement érigé en art de vivre.

Ensuite, on ne peut que remarquer que la France, fidèle à ses éternels démons, est systématiquement la lanterne rouge en Europe pour la transposition des directives européennes à tendances libérales, mais toujours présente dès qu’il s’agit de directives visant à accroître la mainmise de l’état. La tuyauterie brazilesque de l’administration explique il est vrai une partie des délais de transposition, mais force est de constater que plus la directive est d’inspiration libérale, ou plus celle-ci impose une ouverture, une plus grande liberté pour le citoyen final, plus cette directive sera relégué au dernier rang des préoccupations, cachée comme un bouton verruqueux, pour éviter d’effaroucher le citoyen votant (on se rappellera la directive Bolkestein et les tombereaux de bêtises qui en avait été déversés pour en justifier l’écartement puis la refonte).

Enfin, on peut s’étonner de cette position des opérateurs : au final, tout comme leur cartel, cela va se savoir. Les consommateurs sauront qu’ils se sont encore une fois fait enfler. Et il est clair que les petits griefs qu’ils pouvaient alors leur reprocher vont clairement servir de déclencheurs aux changements de numéros rapides, voire au non réabonnement pur et simple. L’attitude similaire de France Télécom pour le dégroupage total a cristallisé le ressentiment de bien des Français au sujet de leur abonnement de téléphone. Bilan, des milliers (des centaines de milliers, en fait) quittent l’opérateur national, excédés de ses pratiques courtermistes et bureaucratiques.

Quelle pourrait être la conclusion de tout ceci ?

D’une part, en faisant une parodie de libéralisation, l’état conserve un rôle prépondérant et peut, quand il le souhaite, taper sur le Libéralisme en dénonçant ses dérives (dont il est pourtant le premier responsable).

D’autre part, quand l’état claironne qu’il libéralise, on peut être sûr que l’opération sera menée toujours pour l’image de marque de l’état, pour les visées à court terme des politiciens du moment, mais jamais pour le bien-être du consommateur final.

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Commentaires3

  1. dko

    La propension des gens à croire que les méchants sont les entreprises privées, que l’Etat ne leur veut que du bien… qu’il est là pour les protéger, m’étonnera toujours.

  2. arnaud

    Des solutions via internet existent, ce n’est certes pas la panacée, mais c’est à des tarifs défiant toute concurrence, et avec l’amélioration croissante de la qualité, FT peut toujours ésperer concurrencer SKYPE et autres fournisseur de voix sur IP…

  3. Aristarkke

    Monseigneur, certes de nombreux clients se sont vengés dès qu’ils ont pu, en quittant l’opérateur national.
    Malheureusement, dans une « concurrence » aussi restreinte de trois opérateurs qui savent qu’aucun nouvel entrant n’est possible du jour au lendemain, il n’y a aucun incitatif vigoureux à se crever la paillasse pour rafler la clientèle des copains.
    Vous n’êtes pas content d’Orange et passez chez Bouygues? Comme il est devenu aussi peu soucieux de sa clientèle, vous allez ensuite chez SFR qui est encore plus nul qu’Orange, c’est dire.
    Quant aux opérateurs sans réseau, ils grignotent de petites parts de marché en étant suspendus aux humeurs de tauliers des réseaux mais s’ils deviennent trop dangereux, un des mastodontes les rachète pour leur apprendre à vivre…
    Et retour à la case départ en passant par la case ponction….

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