Y a-t-il un cornac sur le Mammouth ?

Pour qu’une société fonctionne, il faut soit que le système politique sur laquelle elle est basée s’adapte aux gens, soit que les gens qui compensent cette société s’adaptent au système. Dans un cadre socialiste, le système étant posé par définition et imposant des contraintes précises sur ses éléments, il faudra donc que les rouages qui le font tourner s’adaptent aux contraintes. Les humains dans un système socialiste devront donc s’adapter au système et non l’inverse…

Et pour que les humains s’adaptent à un système au lieu d’en inventer un qui leur correspondent, il faut que ces humains soient formattés le plus tôt possible. Le mieux, ce serait des petits collectivistes directement à la naissance. Mais cela pose encore des problèmes de conception, et pour des raisons évidentes de braveniouworldisation, les techniques qui pourraient être mises à profit pour ce but ne sont pas officiellement développées.

On se contentera donc d’attaquer le petit humain dès son plus jeune âge, au moment où celui-ci modèle sa conception du monde qui l’entoure et acquiert les outils qui lui seront nécessaires pour le décoder. Le passage à la symbolique, caractérisé par l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul, constitue donc un point naturel de moindre résistance aux techniques collectivistes.

Et quand le champ est libre, on peut tenter toutes les expériences possibles et imaginables. Concrêtement, pour la lecture, la méthode syllabique ne faisait pas l’affaire. L’apprentissage de l’orthographe et la grammaire ne permettait pas à la créativité des petites têtes blondes de s’exprimer. Le calcul mental, l’ânonnement des tables de multiplication, la division euclidienne mécanique ne généraient que frustration et pleurs chez les petits élèves. Tout ceci fit donc place aux nouvelles pédagogies évolutives, adaptées aux petits désidératas variés, flous et changeants des profs et des bambins, qui, d’élèves, se muaient en acteurs apprenants manipulant du référentiel bondissant dans les espaces extérieurs d’expression corporelle (jouaient au ballon dans la cour).

L’orthographe put s’ouvrir à de nouvelles contrées inexplorées. La grammaire se fit joyeuse et inventive. Le calcul, plus difficile à plier aux torsions imaginatives des petits expérimentateurs (et des grands), resta longtemps une référence, mais bientôt, l’approximation fit place et permit à tous de s’affranchir du joug des maths. Les calculatrices électroniques, bon marché, rangèrent le calcul mental au rang de curiosité du passé…

Petit à petit, les règles et normes d’antan furent remplacées par les méthodes de l’avenir… Mais après un triplet de décennies, les résultats se font sentir : même les profs les plus doués ont du mal à corriger toute une copie de philosophie écrite presque intégralement en style SMS. Les parents, sommés de s’adapter aux mathématiques ensemblistes (compter à six ans sur ses doigts en base 7 est une expérience … marquante), n’ayant plus pour repère que des notations fantaisistes (quand elles existent) pour situer leurs enfants, ont commencé à réclamer des comptes (oh !) à ce système scolaire merveilleux (et graâatuit) Que Le Monde Nous Envie.

Eh oui. Car finalement, avec tous ces impôts, et tous ces budgets, et tous ces profs, et toutes ces grèves, et tous ces bacheliers que les lycées recrachent à gros bouillons avec un diplôme de bazar, la qualité générale de l’éducation fournie est de plus en plus médiocre.

Et devant le constat d’un tel échec, que faire ? Rien.

A la tête du Mammouth, le cornac peine tant et plus à donner une vague impulsion au mastodonte grassouillet qui somnole dans les vertes prairies. Celui-ci, sentant l’agaçant trublion s’exciter sur son crâne, dodeline en maugréant. En pratique, on demandera au Ministre de « cesser, dans l’intérêt des élèves, ses interventions arbitraires sur les contenus et méthodes d’apprentissage, ses interprétations abusives de travaux de recherche, ainsi que des menaces de poursuites contre enseignants et inspecteurs ».

Ici encore, la force d’inertie du Mammouth réside entièrement dans son épaisse couche de syndicaline, une macro-molécule fossilisante qui recouvre ses muscles et son système nerveux. Sclérosante et fatigante, la syndicaline paralyse l’énorme pachyderme dès que ce dernier tente un mouvement brusque et une adaptation à son environnement.

Car en pratique, il n’y a plus guère à discuter, les faits sont écrasants : les méthodes actuelles d’enseignement ont clairement prouvé leur inefficacité. La génération des 12-25 ans, qui bondit joyeusement sur le Net actuellement, laisse tous les jours des preuves claires que des lacunes importantes en orthographe, en lecture, en grammaire, subsistent. Incroyablement, les disparités, l’écart entre les classes aisées (où les parents ont pris du temps ou de l’argent pour s’occuper de leur progéniture) et les classes modestes (où le temps et l’argent manquent) se creuse, là où – rappelez-vous – , l’école de Jules Ferry se faisait fort de le réduire. L’ascenceur social est plus qu’en panne : il semble dégringoler les étages. On voit apparaître (effaré) des fautes d’orthographes basiques dans les plus grands quotidiens. L’utilisation du participe passé en lieu et place de l’infinitif (ou inversement) devient d’une banalité telle qu’on en vient à se poser des questions sur sa propre orthographe : le doute s’installe (ici, j’ai chercher à exprimé qu’on en arrive à écriver n’inporte quoi, s’en mème sans rendre conte).

Effectivement, ces méthodes auront permis d’amener 80% et plus d’une classe d’âge au bac. Le niveau de ce dernier aura en pratique été abaissé pour satisfaire cette exigence, et, parallèlement, l’ensemble des enseignements depuis le CP aura subi une dégradation correspondante.

Mais même devant ce constat, le Mammouth se rebiffe. Il n’est pas question de lui imposer un changement de direction, une reculade : ce serait avouer, même à demi-mot, que l’échec est trop grand pour persévérer. Alors, une seule solution : le mammouth se débat et trouve une cible : l’ultralibéralisme. L’UNSA (une des protéines de syndicaline paralysante) dénonce en effet les éventuels agitateurs qui osent dévoiler le secret de polichinelle sur l’échec de tout le système : « SOS Éducation n’est pas une association d’usagers de l’école mais un lobby politique des thèses ultralibérales dont l’objectif principal est d’en finir avec l’école publique. ». Tout est dit : l’hydre ultralibérale est partout. Elle prône le retour à la méthode syllabique : c’en est donc fini de l’égalitarisme, de l’école citoyenne festive ! Flûte.

A l’instar des communistes d’URSS niant la faillite du système alors même que le mur s’effondrait, entraînant avec lui l’utopie communiste soviétique et dévoilant l’ampleur de la catastrophe, les syndicalistes du Mammouth de l’EN nieront aussi longtemps que leur place le leur permettra l’échec de leur système, et s’opposeront fermement à toute réforme, fut-elle dictée par la réalité.


Foire aux liens:
Catherine Toste
Le Figaro

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Commentaires7

  1. Albert

    Le mammouth. Allegre ciblait par ce mot la technostructure et non l’enseignant dan sa classe. Par derive on globalisa. Ceci dit, une telle armee est non gouvernable, non gouvernee et seulement soumise aux avis et lubies d’une caste syndicaliste. Bien comprendre il vaut mieux y etre syndique et il vaut mieux y afficher une couleur politique dans la ligne. Il vaut mieux y demultiplier les mots d’ordre et le pret a penser ideologique… Bref on a la dedans une nomenklatura, un cercle de fideles inconditionnels; cette nomenklatura se mefiant de sa base. Un petit systeme sovietique!

    Ceci dit, il n’y a pas forcement alignement de tous, mais les non alignes y sont marginalises, identiquement : un petit systeme sovietique. A noter que la recherche est globalement dans ce meme mode d’organisation.

    Qui s’etonnera alors que les gens n’aient qu’une perception deformee de la realite du monde actuel! Des programmes soigneusement concoctes, des "demons" soigneusement designes, des impasses soigneusement travaillees, des inadequations au reel de l’economie soigneusement contre informees! Ainsi sortent 45000 jeunes sportifs pour 400 postes; sans parler de la misere des universites; sans parler du tabou : selection. In fine on ne selectionne pas on realise une segregation (de fait), si la voie haute (selective) fonctionne le reste est non traite; mais la voie haute fonctionne moins bien qu’avant et meme moins bien qu’ailleurs. Il faut donc ne pas se comparer. C’est un enorme gachis. La pretention de l’EN de former a tout devient intenable, seule la voie de l’alternance est tenable, elle permet de plus l’adequation au marche.

    Mais voila l’ecueil. Une economie larguee et de perimetre trop etroit ne permet pas d’offrir formation pour tous en alternance.

    Dans la culture francaise on oppose theorie et pratique, ceux qui pensent et ceux qui executent; helas, ca ne marche pas comme cela. Des elites non-pratiques, incapables de transformer leurs connaissances en solutions concretes , des realisateurs dont le savoir pratique n’est pas consolide et guide par des connaissances des principes de leur discipline sont autants impuissants. La rencontre des deux revient a un plus petit commun sur fond de defiance croisee, l’equation gauloise se fait 1+1 font moins que deux. Comme le language commun est trop restreint, commele recouvrement est trop faible, il n’y a pas possibilite de faire l’equation des equipes dans le monde anglo-saxon: 1+1 font plus que deux!

    Les "elites" font ainsi tout naturellement ce qu’elles savent faire de l’abstractocratie et les "non-elites" (sans sens negatif de ma part) font bien des pieces qui ne "collent pas" suffisamment dans un tableau d’ensemble coherent… Mais la faute en revient a notre culture du culte de l’elitisme!

    Si chaque probleme (education et culture de defiance) est un handicap certain, le cumul des deux est un obstacle au futur.

    Comme quoi le socialisme est une inadequation au monde reel! Il genere des monde nomenklaturistes en defiance du reste et le reste en defiance de ces mandarins (par experience et a la longue), il oriente les savoirs toleres, il veut dire la reel, il cree des verites construites.

    Ce qui est grave en ce pays c’est que la sortie de ce systeme est impossible sans une secousse forte. Deconstruire le systeme EN de par son perimetre revient a deconstruire un petit Etat. On peut helas generaliser a l’ensemble des rouages… Bon courage!

  2. Chris

    J’ai deux enfants, en primaire et au collège… C’est terrifiant. Et encore, nous sommes dans un quartier très "privilégié"…

    Les communistes en 45 avaient compris l’importance stratégique de l’école. C’est une véritable entreprise d’appauvrissement intellectuel. Une machine de guerre qui a mis du temps à se mettre en place (le mamouth se déplace lentement) mais qui fonctionne à présent à plein régime.

    Vous savez comment j’ai pris conscience de la chose, en dehors des poncifs répétés du type "de mon temps, on apprenait à compter", "les programmes étaient plus simples" etc (qui sont des symptômes pas des causes)… Et bien j’ai étudié un autre système éducatif… dans un pays d’asie du sud-est. La Thaïlande.

    Là bas, les choses sont brutes de décoffrage, plus visibles, et aussi terrifiantes. On fabrique des petits Thais, qui ne savent pas penser, juste chanter l’hymne national, répéter les leçons, respecter l’autorité naturelle du haut (la société thaie est de type féodale, avec un roi en haut de la pyramide).

    Où je veux en venir ? On comprend que l’éducation c’est… tout.

    On ne change pas un homme, une femme, à l’âge adulte. En revanche, on "fait" un enfant, on modèle son cerveau.

    En France, ça se fait "en douceur", de manière vicieuse, au point que la critique du système se fait souvent sur des points "techniques" (méthode globale vesus syllabique etc.), à la marge.

    On en oublie la big picture.

  3. Emma

    Comme souvent, cher H16, vous nous régalez de votre prose et de vos réflexions. Le constat sur le mammouth est juste. La bête est malade mais il est le seul à ne pas le savoir. Il y a beau temps que les constituants du mammouth ont cessé de se préoccuper d’éducation et d’enseignement. Seul leur importe un objectif : se maintenir en vie.
    Tous les constituants ne sont toutefois pas pourris. Certains entonnent des chants différents : allez voir http://www.lescarnets.net/index….
    Admettons cependant qu’ils ont bien seuls à oser. Ils n’en ont que plus de mérite.

    Je vois une parade : retirer nos enfants du service soviétique d’éducation à la française pour les mettre dans le privé. Affamé, hâve, le mammouth n’aura plus qu’à rejoindre le cimetière des éléphants. Pour le plus grand bien de tous.

  4. Albert

    Il n’y a pas de cornac, il ne peut y en avoir. Retirer des enfants? Rien ne changera, on chargera les bureaux, la structure restera en son périmètre…

    Ce qui est inquiétant: les programmes! Ils sont imposés par le mammouth qui dit "ce qui doit être appris". Public ou privé… Car tous passent in fine par le même canal de "sélection" (examen commun). A mon avis, mais c’est mon avis, le contenu devient trop faible!

    Or, par ailleurs, la société devient trés technologique, cette technologie devient trés charpenté par les sciences. Si on passe le déclin français dans les faits, alors il faut effectivement baisser le niveau car on a seulement a former des utilisateurs et non des créateurs (de technologies)… Si on veut remonter le pays, il faut au contraire former au meilleur niveau mondial et relever les programmes.

    Je crois savoir le scenario choisi! Ce qui valide le déclin!

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