Le pacte du diable

Mercredi, je dois prendre le train. Pour raisons professionnelles, j’ai effectivement un déplacement prévu à cette date, déplacement qui semble de plus en plus compromis par une certaine catégorie de cancrelats… Les soubresauts revendicatifs de novembre, auxquels tout libéral se doit d’être totalement rôdé tant il semble maintenant dans les moeurs que cette période est destinée aux mouvements sociaux, ces soubresauts, dis-je, ne doivent pourtant pas faire oublier qu’au fond, aussi extraordinaire que soit le constat, les protestations des cheminots sont légitimes.

En général, ici, le lecteur habituel de mon blog aura exécuté un petit bond sur son siège et aura commencé à s’agiter nerveusement, se demandant sérieusement si un bolchévik de passage n’aurait pas usurpé mon identité…

En effet, si maintenant, même les ultra-libéraux mangeurs d’enfants ne veulent plus s’élever contre les parasites gauchistes gréviculteurs des transports en commun, où va le monde ?!

Mais pourtant, je réitère : le constat est sans appel, le droit de grève étant ce qu’il est, les agents de la RATP qui ont arrêté le travail ont, fondamentalement, raison de protester. Maintenant, l’analyse que je fais est probablement assez différente de la leur.

Du côté des syndicalistes gravement engauchisés et qui se prétendent pourtant apolitiques, on retrouve le discours totalement convenu de la pénibilité du travail, le misérabilisme outrancier dont ils font preuve pour décrire le chemin de croix du cheminot se disputant aux larmes abondantes sur leur pouvoir d’achat toujours plus petit ou des horaires toujours moins compatibles avec une vie de famille traditionnelle. Pour le coup, on imagine les forçats du rails, abonnés à la bouteille pour oublier un mariage raté constellé de ces trous qu’auront formé les longues absences pénibles à faire chauffer d’imposantes machines à grandes pelletées d’un charbon aussi noir que leurs tourments…

Et dans ce cadre sinistre où l’entreprise, que dis-je, la société toute entière s’est liguée contre ces hommes, il est normal qu’ils se rebellent, et qu’ils arrêtent le travail quitte à laisser sur le carreau d’autres forçats d’autres entreprises.

Cependant, si l’on écarte les abrutissantes idioties des centrales syndicales, que reste-t-il ? Des salariés protestent car leurs conditions de retraite vont être modifiées par le fait du prince, i.e. le gouvernement.

Ainsi donc, les salariés de la RATP et de la SNCF se retrouvent dans la position particulière de voir leurs contrats de travail modifiés à la volée et unilatéralement sans que leur soit demandé leurs avis. Dans n’importe quelle entreprise du privé, le mouvement de grogne se serait probablement fait sentir.

Mais … (et c’est là où je veux en venir, en fait), dans le privé, ceci se serait traduit autrement. Et cette autre traduction montre toute l’ampleur des foutaises qu’on nous présente comme normales dans ce pays aux modes de communication de plus en plus foutraque.

Tout d’abord, même si l’on admet comme je le fais que le combat est basé sur une constatation tout à fait juste, la méthode employée montre un manque chronique d’imagination de la part des syndicats, et, pire encore, une volonté manifeste de nuire au plus grand nombre. Ainsi, en choisissant spécifiquement l’épreuve de force, pour des buts politico-politiques inavouables, les syndicats montrent, encore une fois, la petitesse de leurs vues et l’hypocrisie de leur discours.

Se gargarisant de solidarité à chaque bout de phrase, on note que cette dernière s’arrête aux portes de leurs zavantages zacquis : combien de grévistes sont en effet « solidaires » des marcheurs, cyclistes et automobilistes forcés par leurs mouvements de grognes ? Combien se sentent réellement touchés par les misères et agacements qu’ils font subir aux autres ? Ne font-ils pas la preuve d’un égoïsme sans vergogne ?

D’autre part, et toujours en constatant l’iniquité scandaleuse de cette remise à plat unilatérale de leurs zavantages par le gouvernement, les syndicalistes ne sont-ils pas encore une fois en train de mener un combat d’arrière-garde minable ? En effet, plutôt que s’arcbouter sur un status quo ridicule en ces temps de mondialisation, ne devraient-ils pas plutôt engager une vraie remise à plat de leur entreprise, en l’inscrivant réellement dans le 21ème siècle ? Ceci se traduirait par de vrais contrats de travail, de droit privé, avec l’impossibilité pour l’état d’aller y fourrer son nez verruqueux… Cela se traduirait aussi par une privatisation totale de leurs entreprises, et des fonds de retraite afférents. Dès lors, les avantages en terme de retraites correspondraient à des efforts correspondants de leurs employeurs en terme de rentabilité, bonne gestion ou tout simplement équilibre budgétaire.

A la limite, il devrait même être du combat des libéraux d’obtenir un statut clair, de droit privé, pour tous ces cheminots. De même que les salariés du bancaires disposent, par convention collective, de plusieurs jours de congés supplémentaires au droit du travail, ou d’autres avantages particuliers, de même que les salariés de certaines entreprises ont des réductions sur les biens et services offerts par leurs employeurs, les cheminots auraient alors des avantages substantiels à travailler pour leurs entreprises, avantages obtenus par la bonne gestion et les bénéfices générés par une saine exploitation.

Mais voilà : en s’inscrivant dans le giron de l’état, les cheminots et tout particulièrement les serial-grevicultors utilisent toute la panoplie peu reluisante de la coercition étatique pour obtenir des avantages, des renflouements de paniers percés, des monopoles de droits artificiels et boiteux.

Que ces joyeux profiteurs de la force étatique ne s’étonnent pas ensuite, hypocritement (ou stupidement), de subir le contrecoup logique de cette même coercition le jour où l’état décide de revoir unilatéralement et à leur grand dam les bases des contrats qu’ils s’imaginaient avoir avec lui.

Eh oui, messieurs les cheminots en grève : vous avez, feignant de l’ignorer, pactisé avec le Léviathan, oubliant un peu vite qu’il pouvait, à tout moment, revenir sur ses engagements puisque seul détenteur de la force.

Vous avez tout fait pour obtenir de lui des avantages, oubliant qu’il pouvait vous les reprendre par simple caprice… Eh bien, à présent, assumez !

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Commentaires22

  1. Higgins

    Excellent comme d’habitude.

    Entendu ce matin sur Europe 1 vers 9h10 l’hymne des cheminots (voir le blog du colonel Biscotte).

    Effectivement, suivant une approche libérale, il y a rupture unilatéral du contrat initial. J’entendais ce matin un gréviste déclarer qu’il était en grève car il avait signé pour 37,5 années et par pour 40. Les syndicats maisons seraient bien mieux inspirés de se défaire de la tutelle étatique mais un tel choix de leur part les obligeraient à admettre qu’il est nécessaire, pour que l’entreprise redevienne un jour rentable, d’écrémer légèrement les effectifs et de rappeler à leurs adhérents qu’un gros changement de culture est obligatoire. Lorsque cela fait plus d’un demi-siècle qu’on se comporte comme clone de feu l’URSS, il y a du travail en perspective.

    Je ne résiste pas à joindre cette courte histoire, peut-être connue, mai qui m’a bien fait rire, celle de Susuki:

    L’institutrice présente à la classe un nouvel élève: Sakiro Suzuki. Le cours commence.

    L’institutrice :
    - Bon, voyons qui maîtrise l’histoire de la culture franco-américaine.
    Qui a dit : DONNEZ-MOI LA LIBERTE OU LA MORT?
    Pas un murmure dans la salle. Suzuki lève la main
    - Patrick Henry, 1775, à Philadelphie.
    L’institutrice :
    - Très bien Suzuki! Et qui a dit : L’ETAT EST LE PEUPLE, LE PEUPLE NE PEUT PAS SOMBRER?
    Suzuki lève la main :
    - Abraham Lincoln, 1863 à Washington.
    L’institutrice :
    - Excellent, Suzuki! Maintenant, qui à dit : Je vous ai compris?
    Suzuki lève la main et dit :
    - Charles DE GAULLE!
    L’institutrice regarde les élèves et dit :
    - Honte a vous! Suzuki est Japonais et il connaît l’histoire française et américaine mieux que vous!
    On entend alors une petite voix au fond de la classe :
    - Allez tous vous faire f…, connards de Japonais !
    - Qui a dit ça ? S’insurge l’institutrice.
    Suzuki lève la main et sans attendre, dit :
    – Général Mc Arthur, 1942, au Canal de Panama et Lee lacocca, 1982, lors de l’assemblée générale de General Motors..
    Dans la classe plongée dans le silence, on entend un discret :
    - Y’m’fait vomir…
    L’institutrice hurle :
    - Qui a dit ça ?
    Et Suzuki répond :
    - George Bush Senior au premier Ministre Tanaka pendant un dîner officiel à Tokyo en 1991.
    Un des élèves se lève alors et crie :
    - Pomp’moi l’gland !!!
    Et Suzuki, sans sourciller :
    - Bill Clinton à Monica Lewinsky, 1997 dans la salle ovale de la Maison Blanche, à Washington.
    Un autre élève lui hurle alors :
    - Suzuki, espèce de merde !
    Et Suzuki : Valentino Rossi, lors du Grand Prix de Moto en Afrique du Sud en 2002…
    La salle tombe littéralement dans l’hystérie, l’institutrice perd connaissance, la porte s’ouvre et le directeur de l’école apparaît :
    - MERDE, je n’ai encore jamais vu un bordel pareil!

    Et Suzuki :
    - Louis Gallois en arrivant à la tête de la SNCF.

  2. suzuki

    Moi aussi, elle me fait bien rire.

    @Hashtable: le "contrat" des cheminots n’en est pas tout à fait un. Dans un contrat normal, il y a signature de deux parties consententes qui ont chacunes des obligation l’une envers l’autre.

    Dans le contrat SNCF, il y a une troisième partie prenante qui est invitée à Payer sans avoir rien signé et sans pouvoir rompre le contrat: le contribuable – Disons que le diktat gouvernemental correspond au souhait de cette importance tierce partie de voir son engagement dans ce contrat de dupes réduit…

  3. philippepsy

    Mon cher Hash,

    Votre article est excellent et vous parlez d’or. Effectivement, d’un strict point de vue juridique, leur combat est juste.

    L’état encore une fois a tout gâché.

    Colonel Biscotte

  4. DoM P

    Tiens, à la SNCF, il ont un contrat de _travail_ qui mentionne la durée de cotisation à une entreprise tierce pour obtenir des droits à la retraite ?
    Il me semblerait plutôt que le seul "contrat" dont ils disposent à ce sujet, c’est un contrat oral avec l’état, par l’intermédiaire de ladite société tierce.
    En tout cas, mon contrat de travail à moi mentionne les heures de travail, les conditions, les lieux, le salaire brut, mais pas la retraite.
    Et si j’ai raison, faire pression sur la direction de la SNCF pour qu’une entreprise tierce tienne ses engagements, en spoliant les autres cotisants qui plus est, n’est pas seulement injuste, c’est vicieux.

  5. … De toute façon, il est à mon avis bien plus judicieux de pointer du doigt la duplicité de l’état dans l’affaire que le simple vice des syndicats qui ne sont, finalement, comme l’abcès purulent sur une plaie mal soignée, qu’un symptôme et non la racine du mal.

  6. L’eminence grise

    Comme le suggère Dom P, modifier le régime de retraite des salariés de la SNCF ne relève pas de la modification du contrat de travail. Ce serait encore plus le bordel. Ce serait même complètement ingerable, puisque cela nécessiterait l’approbation de chaque salarié, un par un, par la signature d’un avenant au contrat. Donc, non, juridiquement, il n’y a pas de "modification du contrat de travail".

    Ce fameux régime spécial de retraite est aujourd’hui défendu sous le pretexte de l’avantage acquis, notion juridiquement contestable s’il en est, mais il est, en outre, indexé à un certain nombre de conditions. Ces conditions ont été, il me semble, énoncées dans les années 50, lorsque la France travaillait plus pour gagner peu… Ces conditions sont les suivantes : Pénibilité du travail, c’est à dire une durée de travail et un risque d’accidents supérieurs aux autres secteurs d’activité, des horaires décalés, et le travail de nuit.

    Biensûr, ces conditions sont anachroniques, puisque n’importe quel ouvrier du BTP vous dirait qu’il a une espérance de vie bien moins élevée qu’un type qui appuie sur des boutons dans une cabine, et n’importe quel maitre chien vous rétorquerait que pour garder ses chances de conserver son emploi, il vaut mieux qu’il soit apte à travailler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Ni l’un, ni l’autre, n’auront jamais accès à un régime spécial de droit divin.

    Le recours juridique du cheminot n’a aucun rapport avec ce qu’il défend, mais réside dans son droit inaléniable à faire la grève. Quel que soit le motif, quasimment, il lui suffit de déposer un préavis, et il peut, à loisir, emmerder la france. Le droit de grève tel qu’il est défini dans tout bon livre d’économie de 1ère, consiste en une cessation collective, volontaire et concertée du travail par des salariés qui cherchent ainsi à contraindre leur employeur à satisfaire leurs revendications professionnelles. Et donc, je me répète, quel qu’en soit le motif, quasimment.

    Alors pour moi, la seule question de droit à se poser dans le cadre de cette grève est la suivante : Lorsqu’une des conditions d’un contrat n’est plus remplie, le contrat ne devient-il pas caduque ?

    Dans leur droit, dites-vous ?

  7. Je constate avec plaisir que la remarque volontairement provocatrice suscite des réactions ;) … Ce qui rend ces mouvements iniques, c’est la combinaison de facteurs multiples : le monopole des transports, l’aspect indéboulonnable des syndicats et leur non-représentativité, la récurrence pénible des mouvements sociaux, les avantages acquis sur le dos du privé, la politisation à outrance du mouvement, l’aspect jusquauboutiste des grévistes ainsi qu’un sentiment de combat d’arrière-garde. Mais, pour chacun de ces facteurs, on pourra noter qu’il est le résultat d’une politique délibérée menée par l’Etat : la représentativité bidon de syndicats, l’emploi à vie, les avantages zacquis, la politisation sont tous des résultantes évidentes d’une méthode étatique typique.

    Après, il est relativement aisé de dénoncer chacun de ces facteurs pour ce qu’ils sont, scandaleux. Il est relativement facile de dire que les grévistes sont – de toute évidence – en tort dans leurs motifs profonds, et dans leurs méthodes. Il est en revanche plus délicat d’admettre – tant pour eux que pour les libéraux dont on voit certaines réactions ici ;) – que la part de responsabilité de l’Etat dans cette situation est nettement plus grande que celle des syndicats.

  8. Emma

    Très bon, comme d’habitude, cher H16.
    Dans aucun des contrats de travail – dans le privé je précise – que j’ai signé, il n’était fait mention de retraite. De plus, autour de moi, parmi les fonctionnaires que je connais, je n’en connais aucun qui ait signé de contrat.
    Le droit à la retraite et comme tous les autres "droits à", un abus de droit ou un faux droit.
    Que ces gens-là veuillent conserver leur régime spécial, on peut les comprendre et je suis d’accord mais à la seule et unique condition qui est celle-ci : qu’ils le financent par eux-mêmes sans ponctionner les autres

  9. geo

    @Higgins excellente l’histoire du petit susuky, mais Gallois a dit également la même chose quand on lui a collé cette entreprise libéraloétatique d’EADS…..

  10. L’éminence grise

    Il est clair que c’est une question de point de vue, et lorsqu’on pose le débat de cette manière, c’est à un dialogue de sourds qu’on risque de se confronter… Et d’ailleurs vous n’avez manifestement pas lu ce que j’ai ecrit, sinon, nous n’en serions pas là.

    Vous nous parlez de droit, et de bon droit qui plus est, alors je m’intéresse et vous répond sur un même plan. J’aurais pu vous parler des méthodes, des rails impraticables parce qu’envahis, ce qui est illégal, du financement des syndicats ou que sais-je encore.

    Envisager la responsabilité de l’Etat à un moment M pour un fait executé par un même Etat, mais à un moment M – 50, c’est toujours discutable, c’est sûr, mais d’une part, ça ne résoud rien, et d’autre part, personne ne sera jamais d’accord. Dans notre actualité, un accord a été conclu à M – 50 dans une situation où il est de nécessité. L’Etat a donc eu raison de signer cet accord. A M, la situation n’est plus la même et les conditions de l’accord sont obsolètes. L’accord n’a donc plus lieu d’être, et l’Etat a raison de le signaler.

    Pour vous donner un exemple plus terre à terre, admettons que demain, on recouse le cul des chiens à la naissance, trouveriez vous normal que la Mairie de Paris laisse ses motos-crottes déambuler dans les rues de la Capitale ?

  11. La base même d’un contrat (si tant est qu’il existe, notamment dans le cas du « contrat social » dont aucune preuve matérielle d’existence n’a jamais été trouvée) c’est de s’inscrire dans le temps. Partir du principe qu’un contrat signé en M-50 n’est plus valable en M parce que « les conditions ont changé », c’est admettre de fait que le contrat initial ne servait à rien. Quand je signe un contrat de prêt immobilier à 30 ans avec une banque, on ne s’attend certainement pas à ce que, 20 ans après et parce que je décide unilatéralement que les conditions ont changé, j’arrête de payer ou que je revoie les mensualités à la baisse. En général, s’il doit y avoir modifications, il y a négociations.

    Le vrai point d’achoppement, ici, c’est bien sur la nature totalement vaporeuse de ce contrat…

  12. L’ éminence grise

    H16, loin de moi l’idée de vous contredire systématiquement, mais malheureusement, toutes les réponses que vous apportez à mon commentaire sont résolument fausses.

    En effet, il est établi que :

    - Le fameux "contrat social" dont vous estimez qu’aucune " preuve matérielle d’existence n’a jamais été trouvée" existe bien, et il se nomme "code de la sécurité sociale".

    - La base d’un contrat n’est pas son inscription dans la durée. Cela n’a même aucune espèce de rapport. Un contrat est un accord de volonté entre deux ou plusieurs personnes et faisant naître des obligations entre elles. La durée du contrat, son indexation à des conditions et sa validité son fixées par ses clauses. En outre, pour que le caractère obligatoire d’un contrat soit entier, il ne suffit pas qu’il ait été l’objet d’un assentiment, mais il faut également qu’il soit juste.
    C’est bien entendu dans cette optique qu’un contrat est toujours soumis à des conditions de réalisation. Elles figurent généralement, pour un accord commercial avec une entreprise, dans les "conditions générales de vente". Vous savez, ces paragraphes ecrits en tout petit qu’on ne lit jamais. Vérifiez par vous-même, vous serez surpris par ce qu’on y apprend.

    - Vous estimez que "Partir du principe qu’un contrat signé en M-50 n’est plus valable en M parce que "les conditions ont changé", c’est admettre de fait que le contrat initial ne servait à rien."
    J’ai le regret de vous dire que pourtant, contrats, lois et même planète fonctionnent de cette manière. Pourquoi vote-t-on des lois chaque jour ? Sans doute parce que nous vivons dans unmonde où aujourd’hui est différent d’hier et que les lois ont besoin d’évoluer pour répondre aux évolutions des problématiques et à l’apparition de nouvelles problématiques. Je ne connais pas votre emploi, mais si vous travaillez dans une entreprises, vous remarquerez que les contrats commerciaux privés sont toujours conclus pour une durée précise (ce qui vient également contredire la première de vos affirmations). C’est justement parce qu’il est essentiel, à dates régulières, de vérifier les termes de ces contrats, afin de les adapter au mieux aux changements de leurs conditions d’applications.

    - Pour ce qui est de votre exemple, laissez moi vous dire que vous avez choisi le pire qui puisse être. Les contrats de prêt sont les plus pointus, les plus affûtés et les plus sûrs qui soient pour nos amis banquiers. Si vous décidez qu’une condition a changé, alors il vaut mieux pour vous que ce soit vraiment le cas, sinon vous paierez quoi qu’il arrive. En revanche, si une condition énoncée dans le contrat change vraiment, vous avez le droit pour vous et vous pouvez contacter un avocat sans crainte.
    Poussons plus loin en envisageant un motif que vous pourriez considérer comme une modification des conditions d’exécution. Vous ne pouvez plus payer pour cause de perte d’emploi. Le banquier vous rétorque qu’il s’en moque, puisqu’au paragraphe X de la page Z, il est stipulé très clairement que la perte d’emploi ne constitue pas une modification aux conditions d’exécution du contrat. Et c’est comme ça pour bien des cas que vous estimerez être "de force majeure". C’est prévu, c’est ecrit, c’est assenti et c’est juste, parce qu’un banquier n’a pas à supporter à votre place la perte de votre emploi. Il peut, tout au plus, à la signature du contrat, vous proposer une batterie d’assurances honéreuses de manière à compenser les risques.

    - Dernier point enfin, sur la "nature vaporeuse du contrat". Je ne vois pas bien où vous voulez en venir. La nature de ces régimes spéciaux de retraite, c’est de reconnaître à une profession une différence justifiant un traitement différent de la fin de carrière et de la fin de vie. Cela n’a rien de vaporeux, et dans les années 50, c’était une vraie nécessité.
    Nous sommes en 2007, le contrat existe bel et bien, mais ses conditions d’exécution ont été plus que modifiées.

    C’est très dommage, parce que l’accroche était très alléchante. Ne croyez-vous pas que vous êtes allé un peu vite en besogne, en affirmant que c’est le droit qui était en cause ?

    Pour conclure, il faut savoir que même le droit de grève est soumis à des conditions. Seulement, l’époque à laquelle il a été inscrit dans la constitution nécessitait l’apparition de mouvements sociaux forts, visant à améliorer des conditions de travail désastreuses, un déficit démographique important et des bases de rémunérations inappropriées.
    Aujourd’hui ces "colonies" sociales sont devenues si puissantes qu’il est impossible d’apporter quelque modification à quoi que ce soit visant une population protégée, même dans son bon droit, sans paralyser la France.
    Poursuivez-vous réellement dans votre raisonnement ?

  13. Erick

    Même à la "retraite", le cheminot est toujours un salarié de la SNCF. Ce qui fait que, sauf erreur ou exceptionnelles bonnes années, la masse salariale de la SNCF est plus élevée que son chiffre d’ affaire.
    Soit par la contribution directe de l’ Etat soit indirectement de par la création des RFF dont la charge n’ est pas supportée par la SNCF, ce sont bien les contribuables qui financent les "retraites" en grande partie. Allez leur faire comprendre que les cheminots sont dans leur droit quand eux, en matière de retraite, n’ en ont qu’ un : celui de se taire.

  14. Débat intéressant, la longueur des commentaires s’accroissant dangereusement, je crains que ce blog ne soit pas le meilleur endroit / format pour discuter. Tentons cependant …

    Concernant le « contrat social » et le « code de la sécurité sociale » : vous confondez deux choses (et vous le faites encore un peu plus loin). La loi et le contrat. Les deux sont proches, mais pas équivalents du tout. Le « code » de la SS est un corpus légal, pas un contrat. D’ailleurs, personne (ni une entité physique, ni une entité morale) ne l’a signé et en tout cas, pas moi. Je maintiens donc mes notions de « vaporeux » pour cette entité. Rousseau a fait d’immenses dégâts en faisant croire qu’une telle chimère (contrat social) existait…

    Maintenant, j’entends bien votre remarque sur le « droit » : soit, l’accroche alléchante était peut-être trop forte. Mais – et je réitère – je veux ici pointer du doigt la source du problème, que vous semblez ne pas vouloir voir en disant que, pour vous, l’époque et la pénibilité des conditions justifiait les conditions admises pour la retraite des cheminots. De mon côté, je pense toujours qu’il s’agissait d’une escroquerie, dès le départ, d’un pacte avec le diable qui consistait à spolier ouvertement les masses du privé en utilisant d’un côté les arguments moraux (que vous rappelez ici) et l’outil collectiviste de la répartition de l’autre. Ni les uns ni l’autre ne sont pour moi une raison suffisante (au contraire) pour exonérer l’Etat : à l’époque, il s’agissait déjà d’un vol manifeste tant il existait des professions aussi risquées et aussi pénibles qui n’ont jamais eu de tels avantages.

    Je tiens tout de même à faire remarquer que si mon post a pu faire croire que je soutenais les grévistes, il y a malentendu. En effet, et pour moi cela reste essentiel, quels qu’eussent été les (bons ou mauvais) droits relatifs des uns et des autres à faire grève, il m’apparaît totalement anormal qu’un groupuscule d’agités rétrogrades paralysent tout un pays. La plupart de mes lecteurs s’en seront doutés, mais, comme on dit, cela va mieux en le disant …

  15. geo

    @L’ éminence grise—–
    ""Pourquoi vote-t-on des lois chaque jour ? Sans doute parce que nous vivons dans un monde où aujourd’hui est différent d’hier et que les lois ont besoin d’évoluer pour répondre aux évolutions des problématiques et à l’apparition de nouvelles problématiques"""

    ce que vous écrivez pose problème, car n’oublions pas que nombreuses lois du code Napoléon sont encore en vigueur et applicables et pourtant il me semble que depuis 1800 les choses ont……..un tout petit peu changé, enfin je suppose!!!

  16. L’éminence grise

    Cher H16, je ne confonds rien, je ne faisais que simplifier afin que le discours vous soit accessible. Non pas que je puisse avoir des doutes sur vos capacités de compréhension, mais plutôt que nous n’avons pas démarré sur une discussion où nous n’arrivions pas à nous entendre.

    @ geo, je pense que si vous cherchez, dans notre bon vieux code civil, une seule partie n’ayant pas été modifiée du tout depuis sa rédaction primaire, vous allez perdre votre temps. Que nos lois reposent sur des textes anciens, je ne vois pas en quoi cela peut poser problèmes. Tout ce qui est nouveau repose sur de l’ancien. Souvenez-vous de Lavoisier : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme".

  17. L’éminence grise

    Pour une meilleure compréhension, enlevez une négation à la fin du premier paragraphe du texte précédent…

    Merci en tout cas de m’avoir répondu, et bonne continuation à vous, H16 !

  18. gnarf

    Pardonnez mon outrebouillance et mon inculture abyssale, mais eminence grise, c’est bien la fameuse marque de slips recycles?

    Personnellement, je suis fan.

  19. gnarf

    Bon, vous avez decide de le prendre personnellement… c’est peut-etre difficile a imaginer, mais je vous assure je m’amusais juste de la suite de mots "eminence grise" sans viser personne…c’est l’idee absurde de slips recycles qui m’amuse.
    C’est super cette histoire avec ma maman.

  20. Pascal

    On a des lois nouvelles principalement parce que les politiciens en font pour justifier leur existence.

    Le monde a change, mais les principes restent les memes.

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