Horreur ! Même la Terre empile des dettes !

Magie du mois d’août, puissance phénoménale de la réflexion journalistique, écologisme de combat poussé dans les retranchements les plus obscurs d’une pensée féconde de n’importe quoi qui gazouille, à mi-chemin entre la pignouferie de combat et le fluffysme ultime, la presse nous relaie aujourd’hui une nouvelle effrayante : à partir du 21 août, la Terre va vivre à crédit.

Oui, vous avez bien lu, mais je vais reprendre le chapeau de l’article texto pour bien vous faire prendre conscience de toute l’horreur de la situation :

Les ressources naturelles de notre planète seront épuisées dès le 21 août. Au-delà de cette date, nous vivrons donc à crédit, selon l’ONG Global Footprint Network.

C’est dit.

Le 21 août, plus d’air, plus d’eau, plus de pétrole, plus rien.

A côté, l’Armageddon économique qui nous pend au nez depuis un moment, ou l’Armageddon politique que la France subit depuis 30 ans en tâche de fond, c’est de la rigolade, un parcours de santé, une plaisanterie de potache : le 21 août 2010, c’est le jour où la Terre va s’arrêter net d’exister. Pouf. Comme ça.

Et comme c’est une ONG éco-consciente qui le dit, non seulement c’est vrai, mais ça doit nous obliger à prendre du recul et à penser très sérieusement à notre place d’humain sur cette pauvre planète. Mais vite : il nous reste 72 heures avant le « pouf ! » final.

Au passage, on admirera le joli logo de l’ONG en question :

C’est une ONG qui ne fait pas dans la demi-mesure, puisqu’elle travaille à Faire Avancer la Science de la Durabilité. Tout de suite, un slogan pareil, ça vous pose une ONG dans le domaine du sérieux méticuleusement calculé. Ainsi, la Durabilité est une Science. Et on peut la faire avancer, notamment en expliquant à tout le monde que les ressources de la Terre commenceront à être surexploitées à partir du 21 août.

Plus exactement et pour reprendre le gloubiboulga du journaliste bien en peine de comprendre quelque chose au charabia indigeste de l’association de branquignoles à roulettes qui fait avancer son pipeau durable, à partir du 21 août, les humains auront épuisé les ressources naturelles pouvant être fournies cette année par la Terre.

Et à partir du 21 août, ils auront le choix :
– ne plus rien consommer du tout. Ce qui va poser des problèmes. Si si, je vous assure.
– consommer des ressources à crédit, ce qu’aucune espèce d’explication physique ou mathématique ne permet d’éclairer.

Par je ne sais quelle sorte de bricolage insensé, on en arrive donc à dire que les Terriens, ces gros mammifères encombrants, qui rotent, qui pètent et qui polluent, vont brûler du pétrole qu’ils n’ont pas encore extrait, et manger des ressources qui ne sont pas encore produites.

Evidemment, ici, le « travail » grotesque du journaliste aura permis, de façon assez élégante, de fusiller définitivement le « travail » ridicule de l’ONG. Un peu comme les interférences destructives dans la théorie ondulatoire, on constate ici que les ondulations lancinantes de l’ONG visant à nous faire paniquer sur une dette de l’humanité sont annulées par les ondulations à contre-phase des journaleux qui transmettent n’importe comment une information déjà fortement suspecte de foutaisitude au départ.

Il va de soi que l’ONG n’a pondu qu’un de ces copieux calculs basés sur de l’air, manipulés à la grosse louche, entourés de conditions et de prérequis frisant le comique et aboutissant à des conclusions burlesques. Les folliculaires, s’emparant de la nouvelle, la prémâchent pour en obtenir un jus quintessenciel de conneries consternantes, comme d’habitude.

L’idée générale de l’ONG est de prétendre pouvoir calculer le temps que met la biosphère terrestre dans son ensemble à reproduire la biomasse consommée par les terriens dans une période donnée. Chose amusante, le calcul de 2009 avait été trop optimiste sur cette capacité de la Terre à reproduire ses ressources, d’où un différentiel d’un mois – oui, 1/12e d’année – avec le résultat du calcul de cette année. On imagine la précision diabolique des calculs.

La Terre

Immédiatement, des questions – qui n’effleureront pas les journalistes – viennent à l’esprit :

Pourquoi utiliser l’empreinte carbone pour ces calculs fumeux ? Cela fait un moment qu’on sait que le CO2 n’est pas un polluant et constitue même une véritable ressource. L’ONG serait-elle en retard d’un combat ?

Comment calculer les ressources initiales, sachant qu’on ne connaît pas tout de cette planète, loin s’en faut ? Ne connaissant pas même 1% des espèces vivantes, il paraît en effet pour le moins couillu de prétendre en connaître précisément les entrées-sorties. Par exemple, le caca humain (merdus vulgaris) est, malgré tout, un substrat pour pas mal de choses, qui vont, d’une façon ou d’une autre, permettre à d’autres choses de vivre ou survivre et aboutir, au final – oui c’est troporrible aussi mais c’est comme ça – dans une assiette humaine.

D’autre part, et même en imaginant que les données initiales sont connues (hypothèse hardie, on l’a vu), la conclusion qui aboutit à un déficit devrait être sujette à caution : d’où vient le manque à gagner ? D’une part, l’humanité n’a pas, discrètement et sur une autre planète, constitué un petit stock de denrées pour y puiser de temps en temps ce qui lui manquerait pour finir l’année. D’autre part, dès lors que des ressources manquent, leur consommation diminue : eh oui, quand il n’y a pas de pétrole, on n’en brûle pas.

Ce qui veut dire que toute idée de déficit écologique est, à proprement parler, absurde : au pire, l’humanité ne pourra pas se maintenir à 6 milliards d’êtres humains, voire disparaîtra doucement – ce qui est, au final, ce qui se passe pour toute espèce vivante à terme -, au mieux, elle pourra très bien vivre, et dans ce cas, pas de quoi en faire tout un foin.

Mais en tout cas, à aucun moment, elle ne constituera une dette envers d’hypothétique extra-terrestres qui viendraient nous fournir de la nourriture, des pilules énergétiques ou un stock conséquent de papier nécessaire à l’impression de tous les euros et les dollars que la crise économique va nous obliger à imprimer.

Ce mois d’août montre en tout cas la force cumulée des journalistes et des fluffies : à partir d’un calcul absurde, et d’une conclusion qui l’est tout autant, on aboutit à des articles consternants.

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Commentaires23

  1. Yul

    J’ai une idée: et si les gouvernements imprimaient des billets pour rembourser la Terre ? En espérant que l’agence de notation d’Alpha du Centaure ne dégrade pas la note de l’espèce humaine.

      1. GM

        Et qu’il faut procéder à la conversion, vite vite, pour obtenir sa place parmi ceux qui rationneront plutôt que parmi ceux qui seront rationnés.

        C’est qu’il s’agirait pas non plus de renoncer à réaliser les rêves de Grand Soir, d’appartenance à une élite restreinte de gens qui savent, et d’ivresse de la transgression pendant que tous les autres marcheront au pas.

  2. Josick d’esprit agricole

    N’est-ce pas à partir de cette date là qu’on commencerait vraiment à travailler pour soi et non plus pour l’Etat ?
    Peut-être qu’en étant 100% esclave de l’Etat, on apurerait cette nouvelle dette imaginaire ? Vivement donc que le collectivisme total triomphe…

  3. Serge Cheminade

    Cela semble important puisque c’est à la fin :

    « Depuis les années 70, notre empreinte carbone a plus que doublé. »

    Méfie-toi H16 on va reconnaître tes empreintes dans le carbone.

    Problème le carbone est nécessaire à la vie. Plus il y en a plus il favorise la culture des plantes et meilleures sont les récoltes. Réduire la teneur en carbone de l’air pourrait conduire à des centaines de millions de morts je l’explique ici : http://www.orvinfait.fr/scandale_planetaire.html

    Autre problème à partir du moment où il est parlé de crédit, après la taxe carbone nous pourrions avoir les intérêts à payer sur la dette de la terre. Les politiques français ne ratent jamais une excuse pour prélever des impôts.

  4. Manassas

    Sans être fluffy, je dirais que les réserves de pétrole et de charbons du sous-sol ne sont pas infinies. Maintenant, et afin de préparer l’après pétrole je propose :
    La TICDC (Taxe Interieure sur les Combustibles Derivés du Charbon)
    La TICR (Taxe Intérieure sur les Combustibles Radioactifs)
    La TIESP (Taxe Intérieure sur les Energies Solaires Produites parce que c’est pas normal d’avoir de l’energie solaire à profusion sur toute la surface du territoire sans taxe dessus)
    Cette précédente taxe sera ajoutée bien sur, à la TIBC
    (Taxe Intérieure sur les BioCarburants) la photosynthèse sur tout le territoire devant être taxée car toute cette énergie solaire gaspillée à faire pousser des végétaux ne rapporte aucun denier supplémentaire.

    Insécurité, Précarité, Fiscalité.

  5. zed

    Mais qu’est ce qu’ils sont intelligents ces gens là. Z’ont fait des études et pis tout ça. Nous les pauv’cons on peut pas piger, y’a que les cervals qui pouvent ! NOus on a du avoir recours aux anti-sèches. Sauf pour le bac, car ils te donnent le diplôme avant meme que tu ne le passes.

    Merci H16, je te lis chaque matin et tu as failli plusieurs fois me faire crever de rire !

  6. Alex6

    Il faut bien comprendre une chose, les abrutis qui pondent ce types d’etudes n’ont jamais rien invente ou cree de leurs vies! Du coup ils s’imaginent un monde fixe ou la technologie n’evolue pas, ou la seule source d’energie disponible a l’avenir est celle que l’on connait aujourd’hui.
    Je suis pret a parier que l’on abandonnera le petrole bien avant d’avoir epuise les reserves, au meme titre que l’age de pierre ne s’est pas arrete avec l’epuisement des pierres…
    Quant au CO2, il a ete prouve que sa concentration n’impacte le rechauffement qu’en dessous d’un certain taux ppm. Ce qui s’accumule ensuite n’influence plus l’effet de serre. cqfd.

  7. Kelevra

    comme disait mon grand pere que j ai pas connu, tous les ans il y a de plus en plus de cons et j ai l impression que les cons de l annee prochaine sont deja la, en fait c est ca le 21 aout , c est la date ou on comptabilite deja les cons de 2011

  8. Flo

    De Cécile Duflot ce matin sur France Info:

    « Avec tout ce qui s’est passé au Pakistan, en Chine et en Russie on comprend bien que le changement climatique va avoir un impact négatif sur nos vies quotidiennes. »

    Et là sans même reprendre sa respiration (mais comment fait elle pour être aussi agaçante?) :

    « En Russie l’espérance de vie baisse en raison de la dégradation des conditions de vie notamment environnementales »

    En voilà une démonstartion argumentée.

    1. Stéphane

      Le réchauffement climatique est l’explication de tout, y’a pas à chercher plus loin. C’est l’excuse ultime de notre siècle et on essaye encore d’en tracer les contours. A essayer lors d’un contrôle de police ou devant sa famille (« papa, j’ai foiré mes examens, mais ‘faut pas m’en vouloir, tu sais, c’est à cause du réchauffement climatique »)

      Je suis sûr qu’on arrivera d’une façon ou d’une autre à mettre la perte du AAA de la France sur son dos 🙂

  9. Jori

    C’est avant tout une opération de comm, à mon avis. On fait peur aux gens, pour qu’il y aie réaction, on exagère un peu, un peu d’emphase journalistique, et voila, on est bons pour un bon petit sujet qui fera parler de lui.

    Ce que je n’entends jamais, c’est que le Pétrole va se terminer de toute façon, et par conséquent la pollution qui lui est associée aussi.

  10. KuingYamang

    Donc à partir de ce jour, l’incessant ballet des vaisseaux cargos en provenance de Mars et de Jupiter va commencer pour livrer les ressources sur Terre et ce jusqu’au 31 décembre. ^^

  11. jipebe29

    Le jour de dépassement ? Si j’ai bien compris, à partir de maintenant, plus de nourriture (on jeûne jusqu’à la fin de l’année et on ne boit plus), plus de bière (drame !), plus de production agricole (ben oui, les plantes ne peuvent plus pousser, donc plus de récoltes), plus d’énergie électrique, plus de vent, donc plus de productions foireuses par des ‘éoliennes, plus de chauffage/climatisation, plus d’essence-diesel, plus d’herbe pour les herbivores, plus de viande pour les carnivores (y compris les ogres et les ogresses), plus de poissons pour les poissonnivores , plus de production de biens, notamment de matières premières (fer, cuivre, pétrole, charbon, gaz, zinc, cuivre, …- ben oui, il faut bien qu’ils se régénèrent, comme du thorium dans une centrale à neutrons rapides), plus de déplacements de biens et de personnes, sauf en char à bœufs (surtout pour notre saltimbanque incompétent, notre cher Ministre Nicolas Hulot.), plus d’Internet, plus de journaux (ça, c’est un net progrès), plus d’articles foireux émanant d’études stupides. Le paradis, quoi… J’ai tout bien compris, là ?

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