L’Espagne privatise son contrôle aérien

C’est quand on est pied du mur qu’on prend les décisions les plus radicales. L’Espagne vient d’illustrer parfaitement ce dicton en privatisant le secteur pour 13 aéroports (avant de faire de même pour d’autres) alors que le royaume subissait une grève sauvage des contrôleurs aériens.

Il est piquant de constater que c’est cette profession qui ouvre le bal des mesures fermes d’un retour à un état plus centré sur ses fonctions régaliennes alors que les finances du pays sont les plus tendues. On se rappellera en effet que ces mêmes contrôleurs aériens avaient déjà été fort vocaux, tant en France qu’en Espagne, en plein mois de vacances et de grands déplacements, parce que, comprenez-vous, si on ne se bat pas pour ses Zacquis Szociaux, on va retomber dans la misère, la mine et le charbon.

Bon, là, il semble qu’ils aient défendu leurs super-zacquis une fois de trop. On ne peut pas gagner à tous les coups.

Je me demande combien de personnes pleureront sur le nouveau sort, privé, de ces contrôleurs, alors que, petit à petit, l’information sur la nature précise de leurs privilèges s’étend dans la population des contribuables.

Quoiqu’il en soit, j’entends déjà les gémissements des socialistes, le cœur sur la main et le portefeuille des autres contribuables dans leur poche, expliquer qu’avec une telle mesure, les avions, dépourvus de tout contrôle de qualité suffisante, vont s’écraser au sol comme des mouches et provoquer catastrophes sur catastrophes. On ne change pas une méthode lacrymogène qui marche si bien…

Au fait, Zapatero, le chef de ce chantier, est un socialiste, pur jus.

Ce serait vraiment très méchant de dresser un parallèle avec la prochaine élection française qui a de bonne chance de voir arriver un ou une socialiste au pouvoir, au moment même où les finances du pays l’obligeront à faire … exactement comme José-Luis.

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Commentaires22

  1. Sébastien CERISE

    Je vis en Espagne et cette histoire de grève sauvage a été vécu comme une crise majeure ici.

    Le gouvernement a décrété l’état d’alerte, ce qui veut dire que les contrôleurs ont été forcé de reprendre le travail manu militari, avec un guardia civil armé derrière leurs fesses….

    Les contrôleurs aériens ici sont payés autour de 20.000 euro par mois… donc la population ne les absolument pas soutenue, il se sont fait médiatiquement lynchés…

    Ce qui d’ailleurs est bien fait… ils auraient du la boucler sur ce coup…

    1. Higgins

      Vous confirmez les 20 000 euros/mois? Déjà, en France, les contrôleurs civils bénéficient d’un rapport salaire/travail exorbitant avec un salaire en début de carrière qui tourne autour de 3500 euros/mois et en fin de carrière de l’ordre de 7000 euros/mois pour environ vingt heures de travail/semaine. Attention, comme il s’agit de la fonction publique, je ne suis pas certain que les primes soient comprises (voir http://lf5422.wordpress.com/2010/02/10/france-dgac-controleurs-aeriens-rapport-annuel-de-la-cour-des-comptes/ ).

        1. kama

          je confirme, vivant aussi en Espagne. C’est même pire que cela, certains controleurs parvenant à un revenu annuel de 700.000€ (extrème) en comptabilisant certaines heures indues sur leur quota annuel, et en facturant des heures supp. C’est cela que la dernipere mesure du Gt a changé, et c’est parecqu’on revenait sur leurs calcus qu’ils ont fait une grève sauvage.
          PAr ailleurs, ils se sont fait lyncher effectivement, faut quand même pas déconner non plus, quand on gagne ces sommes là, que le pays est en galère et qu’il y a 20% de chomeurs, si on vous demande un effort, vous le faites avec le sourire.
          Enfin, le GT espagnol lui a des Cojones pour leur envoyer les militaires, cela fait bien longtemps qu¡on aurait du le faire en France pour certaines revendications malvenues….

  2. LaBauleisbiotifool

    Je me souviens de Reagan … ! Mais j’ai pas souvenir d’une mouche s ‘écrasant au sol faute de contrôleur … faut dire que les mouches sont un peu anar, non ?
    Bon, ça se passe quand en Gaule ?

  3. Nord

    Permettez-moi de rectifier: ce n’est pas DU TOUT une privatisation du contrôle aérien ! Aena gère à la fois le contrôle aérien et les aéroports espagnols. Pour 47 aéroports, seuls 49% (une autre source parle de 30% mais ça ne change pas grand-chose) de la partie aéroport vont être proposés à l’investissement privé, mais Madrid Barajas et Barcelone El Prat seront le sujet d’un appel d’offre de concession. La partie contrôle aérien restera entre les mains de l’Etat.

    Il y a un monde de différence entre le contrôle aérien et l’exploitation de la plate-forme aéroportuaire, ça n’a absolument rien à voir.

    Par ailleurs, aux USA le contrôle aérien est effectué par la FAA (Federal Aviation Administration) … nullement le secteur privé.

    Alors je ne dis pas que ce ne serait pas une bonne chose de privatiser le contrôle aérien, je le suppose et ne me suis pas encore penché sur la question, mais là pour le coup … carton jaune cher H16 😉

    Je ne jette pas la pierre: les meilleures sources sont en Espagnol et surtout il faut chercher dans la presse spécialisée: http://fly-news.es/aeropuertos/el-gobierno-aprueba-la-privatizacion-de-aena/ Faudrait mettre la main sur la loi qui encadrera cette vente, mais là j’ai la flemme 😉

    1. Moi, je m’en suis tenu aux sources française, et elles sont sans ambiguïté. Ceci posé, il s’agit tout de même, à bien y lire, d’une privatisation au moins partielle du secteur, ce qui est de toute façon très au-delà de ce qui existe en France où tout est monopole d’état strict.

      1. Nord

        Oui, mais l’une des sources est le Figaro …. rhôôôô! Le Fig’, est-ce bien sérieux? Trêve de sarcasmes, je voulais juste remettre la mosquée au milieu du bled: quelles que soient les aberrations des conditions d’emploi des contrôleurs, de France et de Navarre donc, il n’en demeure pas moins que l’Espagne ne privatise PAS son contrôle aérien.

        Pour les aéroports, rien de neuf en fait: Vinci en France, McQuarrie autre part, etc ont depuis belle lurette pris des participations dans les sociétés exploitant les plate-formes aéroportuaires. En fait l’Espagne ne fait que suivre les autres pays qui se conforment au principe de la séparation des fonctions ‘prestation de service’ et ‘régulation’, ce qui se traduit entre-autres par un désengagement de l’Etat de la partie la plus facile à mettre sur le marché: les aéroports (qui sont de fantastiques machines à générer emploi – 1m de passagers = peu ou prou 4.500 emplois – et bénéfices.) En ce qui concerne le contrôle aérien, j’ai souvenir d’études qui concluaient que le monopole technique de fait rendaient la privatisation hasardeuse. Mais bon, je rappelle que j’ai la flemme …

        1. Sébastien CERISE

          Ce n’est pas une privatisation stricto sensu.

          Mais à ce que je vois ici, ça en prend tout de même le chemin.

          Et le but est de leur enlever tout pouvoir de nuisance.

          Ils pensent d’ailleurs remplacer la moitié des contrôleurs civils par des contrôleurs militaires.

          Et les espagnols applaudissent !

  4. Nord

    Sébastien: sur le remplacement des contrôleurs civils par des militaires, les Espagnols feraient mieux de réfléchir par deux fois – certes je ne suis pas contrôleur aérien, mais je suis assez proche de ce monde pour savoir qu’il y a suffisamment de différence entre contrôle militaire et civil pour qu’on s’inquiète de cette mesure. Au mieux, le trafic reprend mais avec des retards (les procédures civiles et militaires ne sont pas les mêmes, itou les critères de séparation) au pire il y a vraiment un risque?

    « Leur enlever tout pouvoir de nuisance » dis-tu? Mais même si le contrôle était privatisé à 100% les contrôleurs auront toujours un pouvoir de nuisance très fort: on ne peut pas les remplacer au pied levé, la formation et la qualification sont très pointue – on peut au mieux boucher le trou avec des militaires (et j’ai mes réserves … sans jeu de mots).

    Il ne faut pas dire n’importe quoi sous prétexte que « le privé c’est mieux! » De toutes manières, le marché en question étant ce qu’il est, la privatisation du contrôle aérien c’est pas pour demain (cf. les déboires de la privatisation de la DFS, le contrôle aérien allemand: plus de 10 ans de palabres, plusieurs tentatives, à chaque fois un échec.)

    1. Sébastien CERISE

      Totalement d’accord, je ne suis absolument pas favorable à cette privatisation, j’ai dû mal m’exprimer…

      Je raconte juste ce que je vois ici.

      Pour les contrôleurs militaires, ils auront un « complément de formation »… 🙂

      Mais ne nous y trompons pas, c’est une pure mesure budgétaire; ici, le cordonnier (Zapatero…bon ok c’est nul) gratte partout où il peut…

      Et concernant le « pouvoir de nuisance », ils ont déjà un outil, « el estado de alarma » qui permet de les faire bosser contraint…

      Pour finir, l’Espagne fait n’importe quoi en ce moment pour faire des économies et ne pas se faire dégrader par Moody’s. Ils ont 3 mois…alors, c’est un peu la panique à bord.

      Je fais le pari que malgré les efforts, la note sera dégradée.

    2. « on ne peut pas les remplacer au pied levé, la formation et la qualification sont très pointue » : c’est vrai de plein d’autres professions, certaines bien plus critiques, … et dont les membres ne sont pas à moitié aussi chiants ou chers que les contrôleurs.

        1. Le principal souci des espèces trop « à part », c’est que lorsque la niche écologique disparaît, elle disparaît aussi. Très vite…

          Va-t-il bientôt falloir changer le logo WWF pour en remplacer le panda par un contrôleur aérien ?

    3. Higgins

      Pour simplifier, sachez qu’il existe deux sortes de contrôleurs militaires: les contrôleurs de défense aérienne et les contrôleurs de circulation aérienne. Les premiers ont une tâche bien spécifique d’inspiration disons militaire (surveillance de l’espace aérien, contrôle des missions d’interception, etc… En temps de guerre, conduite d’opérations aériennes combinées en général à partir d’avions AWACS). les seconds, comme leur nom l’indique, exercent leurs fonctions en matière de circulation aérienne en règle général sur les terrains militaires. Il arrive qu’ils contrôlent à la fois les vols militaires et les vols civils. Ces fonctions, et les responsabilités qui les accompagnent, sont strictement identiques à celles exercées par leurs homologues civils à l’exception de certaines procédures en général liées à l’aviation de chasse (décollage en patrouille serrée, atterrissage au break, etc…). Ils peuvent exercer indifféremment leur activité en CAG (Circulation aérienne générale) ou en CAM (Circulation aérienne militaire). Tous les contrôleurs militaires suivent une formation identique à celles de leurs homologues civils et, sauf si un changement est intervenu récemment, ont un cursus en commun au sein de l’ENAC (Ecole nationale de l’aviation civile). Ils obtiennent la partie militaire de leur métier au sein du CICDA à Mont de Marsan.
      Dans chaque centre de contrôle civil existe un détachement militaire qui assure la coordination entre le trafic aérien civil et militaire (ex: un chasseur chargé de contrôler et d’assister un avion civil en panne radio. Ça arrive régulièrement. Parfois, la chasseur est remplacé par un hélicoptère dans le cas d’aéronef léger).
      Aucune personne n’étant irremplaçable, j’ai autant confiance dans les uns que dans les autres, l’aspect strictement technique n’ayant rien à voir en matière de compétence. la seule chose de vraie est que, comme partout, un changement au pied levé demanderait une période d’adaptation surtout avec les conditions de trafic actuel. Les contrôleurs civils ont argué du terrible accident survenu à côté de Nantes en 1973 ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Collision_a%C3%A9rienne_de_Nantes_en_1973 ) pour arracher aux pouvoirs publics le statut actuel. Pour très bien connaître ces deux milieux et sans cacher les réelles difficultés de ce métier, je ne crois pas que l’actuel statut civil soit mérité (la fréquentation d’un centre civil et surtout, la lecture des panneaux d’affichage syndicaux donne une bonne idée de ce qu’est la siovétisation d’un pays) ou alors, beaucoup de gens méritent le titre d’ingénieur. Mais quand on a un pouvoir faible en face de soi, on serait bien bête de ne pas en profiter.

    4. Higgins

      Ce qui m’em… le plus et que je trouve totalement anormal, c’est le fait qu’en France les contrôleurs civils puissent disposer d’une telle capacité de nuisance et ainsi facilement bloquer une activité aussi fragile que le transport aérien et surtout, qu’on les laisse faire et qu’on leur cède. C’est la même chose avec d’autres professions ultra-protégées. C’est là une des causes majeures du mal français. La grève peut être respectable mais celle pratiquée régulièrement par les plus nantis du pays galvaude ce mot.

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