Des propositions socialistes comme s’il en pleuvait

Si les primaires socialistes (je parle des élections, pas des candidats) constituent une pente glissante vers le déchirement interne, elles sont aussi une opportunité magnifique de rôder des propositions, aussi farfelues soient-elles, auprès d’un public quasi-captif…

Je dis captif parce qu’actuellement, on n’a pas vraiment le choix : comme personne en France ne veut vraiment regarder l’horrible réalité (avec des banques qui fondent et des dettes qui s’empilent), la presse va se concentrer sur le seul spectacle qui lui est offert, et comme c’est du Guignol, ça marche toujours auprès des enfants (qui croient au Père Noël) et auprès des électeurs (qui votent).

Avant d’entrer dans les gros pachydermes du Parti Officiellement Socialiste, écartons rapidement les autres socialistes de gauche : s’ils sont en campagne, tout le monde sait qu’ils bricolent à la marge pour gober le plus de voix et s’assurer ainsi d’un joli maroquin.

On pourra citer, dans ces rôles de side-kicks comiques, Jean-Luc Mélenchon (bon, ok, comique, hein, c’est histoire de dire) et Cécile Duflot / Eva Joly (là, pour le coup, comique n’est pas usurpé).

Duflot, prête à partir en voyageCôté Europécologilévers, la secrétaire nationale est encore une fois tombé dans le piège du gros micro mou. Invitée de RMC, elle nous aura gratifié de l’un de ses éclairs de fulgurance sublime. On se souvient du sketch « Le Japon Est Dans l’Hémisphère Sud » de la sémillante diplômée d’un DEA de géographie (bac+5, les enfants, la vraie puissance intellectuelle !). Cette fois, elle nous propose une semaine de travail de quatre jours, suivie de trois jours de week-end : comme le travail est un gros gâteau de taille fixe, en faisant des parts plus minces, y’aura du gâteau pour tout le monde.

On regrette qu’elle ne pousse pas son raisonnement plus loin : puisqu’en réduisant la semaine à quatre jours ouvrés, on diminue le chômage, nul doute qu’en la réduisant à un seul jour ouvré, on va pouvoir, enfin, éradiquer purement et simplement ce fléau. Allez, Cécile, fait marcher tes deux hémisphères (le nord et le sud) : propose-nous un vrai truc qui cogne !

MélenchonPendant ce temps, Jean-Luc lâche les poneys de son petit moteur deux-temps, et ça pétarade sec dans la cour : revenu minimum à 1700 euros net, revenu maximum à 360.000 euros net, retour de la retraite à 60 ans, 35H réelles, 800.000 contractuels de plus dans les services publics, 200.000 logements sociaux, … C’est vraiment tous azimuts, ça claque et ça fouette, et ça n’a bien sûr absolument aucun espèce de lien avec une quelconque réalité même lointaine. A ce tarif, on le trouve un peu limité : tout comme Cécile qui se contentait d’une demi-mesurette pour gamine timide, Jean-Luc tente l’adoucissement de son petit côté trucideur de riches.

C’est dommage. Par exemple, en plaçant le SMIC à 2000 euros net, c’est plus simple, plus rond, plus facile. Et le salaire maximum, on pourrait le mettre à, mettons, 4000 euros net. Dans un premier temps. Dans un second temps, ce sera 2000 et on n’en parlera plus. Le gain de temps pour toutes les démarches administratives (« on sait combien tu gagnes, pas besoin de nous le dire ») permettra de dégager une productivité record en France, à n’en pas douter.

Bref : pendant que la Duflot se la joue Oui-Oui sous tranxène, Jean-Luc tente Leatherface camouflé en peluche Disney. On y croit moyennement.

Mais cogner sur Duflot ou Mélenchon, ce n’est plus du bloguing comme dirait un éminent confrère, c’est du ball-trap. Ces deux charlots écartés, nous pouvons nous attarder sur la petite troupe de proboscidiens variés qui occupe le devant de l’actualité. Et eux aussi s’en donnent à cœur joie avec une avalanche de trucs plus ridicules les uns que les autres.

Je ne vais pas les lister tous ici, ce serait trop long. Il suffit de comprendre qu’ils jouent tous sur des budgets fictifs d’une France qui nage dans le pognon gratuit imprimé à volonté par Jean-Claude Trichet et Mario Draghi : c’est donc « no limit » et comme les jeux ne sont pas faits, que les mises sont ouvertes et que pour le moment, c’est seulement de la parole à pas cher, la surenchère est plus qu’aisée : elle est recommandée.

Winnie HollandeEt c’est donc naturellement qu’on dégote des embauches à tour de bras. François Hollande, dont la stature présidentielle terrifie plus d’une gerboise, ne fait pas que peaufiner ses gags faciles sur les riches qui veulent payer des impôts. Il nous propose un nouveau gimmick sur le mode « Je fais réapparaître ce qui a disparu ». Ici, il manque 60.000 postes d’enseignants ? Pouf, Mandrake Hollande les fait revenir aussi sec sous vos applaudissements.

Evidemment, Arnaud Montebourg n’est pas en reste. Il chausse ses gants blancs, son haut de forme de prestidigitateur, et va plus loin : Majax Montebourg en recrée non pas 60.000, non pas 70.000, mais 80.000 — sous vos applaudissements, messieurs dames — dans un mouvement ample, rapide et souple que seul un budget taillé au canon de 105 mm dans une croissance presque explosive permet d’obtenir !

Quant à Ségolène Royal, elle ne peut pas s’avouer vaincue sur de si lénifiantes broutilles ! Dans son habit de scène aux mille strass scintillants, elle fait une pirouette arrosée de champagne, de billets de banques factices mais esthétiques, sur un fond de feux d’artifices chatoyants, un salto arrière, et zou, nous propose la présence d’un deuxième adulte dans les classes difficiles, un moratoire sur les suppressions de poste, un contrat avec les familles et raccompagner les policières par des policiers ah non pardon c’était en 2007.

Royal : la champagnitude attitude

Et c’est clair que si un prof n’arrive pas à avoir le calme dans sa classe, à deux, ce sera plus facile. Plus coûteux, mais plus facile. Et dans les classes vraiment difficiles, on en mettra trois. Quant aux classes vraiment, vraiment difficiles, on en mettra douze. Fastoche.

Quand on pense que dans les années 50, 60, 70 et 80, les profs restaient bêtement seuls dans leur classe, on comprend qu’il s’agit d’inconscience et qu’ils maintenaient le calme par pure chance. Quel gâchis. Si on avait su. Ah la la la.

Aubry a la pêche !Et comme on rase gratis par paquets de douze avec des bons de fidélité, un poney au grattage et une turlute au tirage, on ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Aubry, par exemple, propose la dépénalisation du cannabis, 300.000 nouveaux emplois pas jeunes mais bon on trouvera un joli nom, et évoque aussi des zones de sécurité prioritaires qui seront donc à la sécurité ce que les zones d’éducation prioritaires sont à l’éducation : un désastre aussi fumant que rigolo, et un réservoir inépuisable à gogos qui votent Socialistes de Gauche ou Socialistes du Front.

Bref, comme on peut le constater, tout ceci est parfaitement crédible pendant que, dans le même temps, la BCE, la Fed, la Bank of England et la Banque du Japon se sont décidées à passer une grosse commande pour de l’encre fraîche, du papier et des Epson Couleur neuves.

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Commentaires32

  1. infraniouzes

    Donc, si j’en crois le final de ce délicieux billet, après la Guerre des Boutons il faudra s’attendre à la Guerre des Billets ?
    Mais est-ce qu’on verra des banquiers fauchés courir, à poil, dans les rues en agitant leur petit sabre de bois ?

    Non ! Sabre de bois est réservé au capitaine Haddock. . .

  2. nana

    La culture économique (et historique )des français (merci l’école…)étant ce qu’elle est, toutes ces propositions aussi débiles et inadaptées soient-elles, peuvent séduire.
    On va donc « résoudre » les problèmes du présent avec les recettes(qui n’ont pas marché…)du passé.
    On est mal barré, non ?
    Cordialement

  3. valuebreak

    bjt ts

    H16, je vous trouve bien gentil de qualifier le travail (en France) de gros gâteau fixe … ca n’est plus qu’un gateau de taille moyenne qui se réduit chaque jour … une sorte de pizza Calzone, si vous préférez …
    le seul gateau qui monte, c’est celui des retraites … d’ailleurs les français ne s’y trompe pas qui cherchent par tous les moyens à y accéder prématurément …
    quand au gros gros gros gateau qui enfle, c’est évidemment l’endettement …

    1. El Gringo

      Et le pire, c’est le petit sondage proposé par le site RMC à la suite du flot d’ébouriffantes âneries proposées par Cécile et ainsi énoncé: « 4 jours de travail, 3 jours de repos: une bonne idée ? ».
      Le résultat donne (en ce moment):

      OUI = 54%
      NON = 46%

      Donc, c’est une bonne idée… 😉

  4. hank rearden

    Ben moi, mon préféré c’est Arnaud Chavez de Montebourg. Lui et Jean-Luc Méchancon devrait se pacser. Mais il faudrait les stériliser pour être sûr qu’il ne nous fasse pas de petits.

  5. Flo

    Excellent article H16.
    Le service publique payé entièrement avec nos impôts, même de ceux qui ne voteronts pas à cette primaire, même de ceux qui ne votent pas PS, même de ceux qui ne votent pas tout court, et même de ceux qui n’ont pas le droit de vote (citoyens étrangers), nous a « offert » comme service, trois heures des élucubrations et « débats » des six candidats du même parti!
    Je n’ai entendu ou lu ce fait commenté nulle part et ça me met un peu mal à l’aise.

    1. estienne

      Le socialisme est notre parti unique depuis 30 ans. Que les enfants et les jeunes ados soient à l’écoute des comptines et autres fariboles de nos guignols mediatisés c’est une chose, mais que des adultes accordent quelque attention à ces charlots et charlatans, et qu’ils les subventionnent, c’est désespérant.

  6. Pascale

    Dans un article publie sur le web Aubry explique que « la relance ne coutera rien a l’Etat » et explique plus loin pourquoi : les entreprises qui distribuent leurs bénéfices seront plus taxées que celles qui les investiront. On imagine sans peine les conséquences sur la valeur des actions sur le marche …

    1. deres

      Le problème c’est que l’Etat ce n’est pas les français … Une relance qui ne coûte rien à l’Etat, cela veut donc simplement dire que les nouvelles dépenses seront financées intégralement par une hausse symétrique des taxes. Bien sûr, les impôts indirects et ceux détournés passant d’abord par des entités malfaisantes du type des « salauds de riches », des « affameurs de bailleurs » ou des « profiteurs d’entreprises » seront largement favorisés afin de donner un aspect indolore et plein de « justice sociale ». Mais au final, ce sont toujours les français qui paient dans leur ensemble (hausse des prix et des loyers, salaires qui ne grimpent pas).

      En effet, la richesse est toujours créé in fine par le travail et donc les dépenses du gouvernement toujours financés par les travailleurs. Tant que les français ne comprendront pas que chaque gesticulation de nos hommes et femmes politiques leur coûte une TV neuve à chacun, ils applaudiront pour avoir des rappels.

  7. BenFranklin

    « (bac+5, les enfants, la vraie puissance intellectuelle !) »

    Enfin quelqu’un qui fait preuve de références culturelles saines ! Je commençais à désespérer de mes contemporains…

    Sinon, au milieu des clowns tristes, que pensez vous de Valls ? En voilà un qui commence à avoir la vague impression qu’on ne pourra pas éternellement cramer l’argent public par grosses palettes, semble-t-il.

    Sur ce, je retourne à ma répétition de scie musicale.

    1. Aurélien

      J’allais poser la même question concernant Valls.

      Un socialiste (officiel) qui place le désendettement comme préalable à toute réforme et qui affirme clairement, à ce stade de la compète, que toute augmentation d’une dépense publique serait faire au détriment d’une autre, il me semble que c’est le vrai événement de la soirée.

      Ca méritait au moins une citation dans ce billet, non? 🙂

      Ah si y a un autre fait marquant dans ce débat: la coupe de cheveux de Montebourg… à m’en faire oublier celle de Pujadas.

  8. gem

    Encore un super article. Tu transformes ça en sketch one-man-show et tu fais un malheur …

    Sans oublier qu’au parti socialiste actuellement au pouvoir ils ne sont pas en reste (Cf. la proposition de contrôle des loyers que tu évoquais hier

  9. Lib

    C’est pas très sympa de mettre Trichet dans le même sac que tous les autres pitres. Il nous a quand même épargné quantitative easing. C’est probablement celui qui a le plus ramé contre l’ouverture massive des robinets.

    1. Stéphane

      Trichet qui a *ramé contre l’ouverture massive des robinets*???

      On doit pas parler du même Trichet. Celui que je vois, niveau robinet, correspond plus à l’image d’un plombier qui fait sauter le barrage.

      Oh, il l’a fait en pleurnichant un peu, au début. Ca me paraît léger comme circonstances atténuantes.

    2. Ieremenko

      Trichet avait derrière lui Weber, Stark…

      Ensuite, le mandat de la BCE (contrôler l’inflation) n’est pas le même que celui de la Fed (étendu au soutien à l’économie).

      Le print easing était censé créer de l’emploi, et en même temps éviter la déflation (l’une des deux missions à été rempli au delà des espérances… )

      Mais c’est vrai, le rachat massif d’obligations dont plus personne ne veut, on appelle pas ça un QE, même si ça en a la couleur. Fermons les yeux.

  10. NeverMore

    « des Epson Couleur neuves … »

    NON !

    J’ai une Canon MP 620 (wifi). C’est la meilleure imprimante que j’ai jamais utilisée, pour un coût contenu.

    J’arrive même à fournir à l’administration de faux-vrais documents originaux que l’on doit obligatoirement conserver mais qu’elle ne manque jamais de réclamer.

  11. style

    Des dettes non déclarées de Madère alourdissent le déficit du Portugal

    Les autorités statistiques portugaises ont annoncé vendredi avoir découvert des dettes non déclarées de la région autonome de Madère qui alourdissent le déficit public du Portugal de 1,11 milliard d’euros de 2008 à 2010, et de 568 millions celui de cette année.
    Selon un communiqué conjoint de la Banque du Portugal (BdP) et de l’Institut national des statistiques (Ine), il s’agit d’une « omission d’information grave » détectée à la suite d’un rapport de la Cour des comptes sur les finances de ce petit archipel de l’océan Atlantique.
    Ces dettes représentent un impact sur la dette publique estimé à 0,3 point de pourcentage du PIB et impliquent une révision à la hausse du déficit de 2008 (+0,08 point), 2009 (+0,03 point) et 2010 (+0,53 point), ont précisé l’Ine et la BdP.

    C’était la blague Portugaise du jour

  12. MKL

    A propos de la semaine de 4 jours préconisée par C. Duflot.

    Un exemple concret valant mieux que de longs discours théroiques creux, ci-dessous le témoignage d’un des 400 chefs d’entreprise ayant passé sa boîte à la s4j avec la loi De Robien (trouvé sur le site de Marianne en 2009):

    Entreprise de services de comptabilité – 200 salariés:
    « Les 33 Heures en 4 jours je les ai mises en place. 10 % d’embauche.
    Certains (nes) ont pris le lundi, d’autres le mercredi (pour les enfants) d’autres le vendredi. Les réunions du personnel (information, formation) se faisaient le Mardi ou le Jeudi. L’encadrement parfois, si nécessaire, se réunissait un autre jour.
    Certaines qui étaient en temps partiel ont sauté sur l’occasion pour prendre un temps plein avec le mercredi a la maison avec les enfants .
    Quelques rares (hommes) ont ralé car ils disaient s’ennuyer a la maison ……… Sans doute avaient ils du mal a supporter leur femme ……..(là je suis moqueur, mais c’étaient les gens les plus  » fermés « , pas les plus dynamiques).
    Les salaires ont été bloqués 2 ans, mais avec les économies de frais de transport et de frais de garde des enfants la plupart des salariés s’y retrouvaient.
    Moins d’arrèts maladie (bon pour la sécu). Et même moins de frais de téléphone : 1/5 en moins ……….
    Plus de productivité qui nous a fait gagner des parts de marché et améliorer les résultats et les salaires (2/3 des salariés syndiqués, cela motive un patron pour discuter).
    Les discussions étaient parfois dures, mais franches et cela finissait toujours par un pot. Je savais que quand il y avait accord, cela suivait derrière.
    Alors je ne comprends pas ceux qui sont contre la semaine de 4 jours par principe.
    Je comprends ceux qui restent dubitatifs, car il faut l’avoir vécu pour comprendre.
    Je rajoute que l’on a écarté la semaine de 4 jours et demi car cela imposait des frais de déplacement correspondant a ceux d’une semaine de 5 jours, et cela aux dépens des salariés et aussi rendait plus difficile l’organisation de la vie de famille.
    De plus chacun (e) pouvait rallonger (un peu) certaines journées de travail et raccourcir d’autres. De même si l’employé souhaitait pour des raisons d’organisation du boulôt (impératifs de date),
    travailler 5 jours une semaine par mois (exceptionnellement 2), il le pouvait, et il récupérait ensuite bien sur, et cela lui permettait de faire face a des imprévus tant au boulot qu’à la maison. Il y avait bien sur des limites, suivant les saisons, les réunions de travail communes, mais le calendrier était prévu longtemps a l’avance, au mini 2 mois. »

    1. Vous ne comprenez pas que le débat ne porte pas sur l’utilité ou non de la semaine de 4 jours. Si des gens veulent faire des semaines de 4 ou 3 ou 2 jours, c’est leur problème.

      Ce qui fait débat, c’est que cette semaine de 4 jours, comme celle de 35H, soit imposée à tous. Et là, je dis stop.

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