L’État, cette mafia qui veut votre bien à coups de poing dans la gueule

Aujourd’hui, revenons l’instant de quelques lignes sur les concepts de base, comme l’importance d’une égalité devant la loi, du contrôle des administrations, et de la nécessité d’une probité hors norme de nos hommes politiques. Et pour cela, illustrons avec un exemple actuel, qui montrera que A/ la loi, c’est pour les autres, B/ le contrôle des administrations, me faites pas rire, et C/ la probité des hommes politiques, ha ha ha la bonne blague.

Comme je le remarque parfois au détour d’un de mes billets désabusé, l’État est une véritable mafia. Le jeune démocrate naïf, à la carte d’électeur encore vierge de tout tampon républicain et tout frémissant à l’idée d’aller voter prochainement, s’écriera immédiatement en lisant ça « Quelle exagération ! », avec un mouvement rageur du poing histoire de bien montrer sa désapprobation en mode Non Mais Franchement. Les vieux militants, quant à eux et ne pouvant passer en pertes toute une vie à baratiner et se faire baratiner, jureront leurs grands dieux que non non non, l’État n’est pas une mafia bien que les problèmes courants pourraient bien être le fait d’une certaine catégorie de personnel mais que les intentions et les principes sont bons, comme les petits pavés qui, bien ajustés, mènent à l’enfer sans accroc.

Mais la réalité, celle que refusent de voir les vieux briscards de la politicaillerie et les jeunes noobs de l’engagement citoyen, cette réalité sans fard montre qu’il n’y a pas exagération : il n’y a aucune différence de nature entre une organisation mafieuse et l’État, surtout lorsque ce dernier a abandonné toute prétention à représenter autre chose que ceux qui le dirigent et qui en profitent personnellement et directement. Tout comme une mafia, l’État utilisera d’abord les paroles, les menaces et les sous-entendus pour s’assurer de votre coopération, pour ensuite passer aux rétorsions, aux petites misères et autres vexations si vous montrez quelques réticences à lui accorder ce qu’il désire, pour enfin utiliser la force et la brutalité si, d’aventure, vous vous obstiniez.

Et ce qui se passe actuellement avec Numericable en apporte une preuve flagrante.

Ministère du Redressement Productif - MRP 2012Et dès qu’on fait dans le biceps turgescent et le matraquage viril, il n’y a pas mieux qu’Arnaud Montebourg qui, sous les dehors d’un gentleman farmer à la bonhommie de prétoire, cache en réalité un petit coq dictatorial dont les envolées théâtrales camouflent mal la cuistrerie. Et ce petit coq s’est trouvé mortifié par le violent camouflet que lui aura infligé Vivendi lorsque la société, décidée à se séparer de sa filiale de téléphonie SFR, aura choisi Numéricable pour entamer les négociations plutôt que le poulain choisi par le ministre du Dressement Reproductif.

Pourtant, comme tout bon mafioso, le parrain Montebourg avait clairement indiqué les termes de la proposition que Vivendi ne pouvait pas refuser : ou bien Bouygues rachetait SFR sans faire de vague, tout se passait bien et des petits bisous républicains étaient échangés, ou bien Numéricable tentait le coup et …

« Il faut que monsieur Drahi rapatrie l’ensemble de ses possessions et de ses biens en France et nous aurons des questions fiscales à lui poser. »

Las.

don arnoleone - vivendiMonsieur Drahi, le patron de Numericable, n’a manifestement pas pris les remarques de Montebourg au sérieux. Ou pas assez. Et Vivendi, de son côté, aura probablement mal vu que le ministère se mêle de ses petites affaires : le tempétueux minustre n’a en effet rien trouvé de mieux que dévoiler, au micro d’Europe1 et avant l’ouverture de la séance boursière que « les dirigeants de Vivendi ont décidé coûte que coûte de vendre SFR à Numericable », entraînant ainsi une bourrasque pour Bouygues et Free.

Peut-être la firme centenaire a-t-elle jugé prudent de s’éloigner de ce clown et de ses propositions : souhaitant logiquement éviter le pire, ils ont choisi l’adversité avec Numéricable, mais se sont probablement épargnés un paquet d’emmerdes futures monumentales (qui peut les blâmer ? Vivendi se souvient sans doute de son cuisant passage dans les mains de politiciens et autres énarques).

Ce qui devait arriver arriva : Numericable se prend donc un petit contrôle fiscal, déjà évalué à plus de 36 millions d’euros. Cette demande est certes ouverte depuis un mois, probablement pour montrer toute la réalité du levier dont dispose le brave Arnaud, mais elle va trouver son importance accrue par l’échec ministériel. On peut parier que la somme demandé par Bercy grimpera, sans parler de l’attention des services de l’État pour eux.

Et puis histoire de montrer qu’en plus des menaces générales sur l’entreprise, Montebourg est aussi capable de cogner sur son patron, on apprend selon la mention consacrée d’« une source gouvernementale » (relayée par BFM) que Bercy a lancé une enquête sur la situation fiscale du PDG de Numericable, et notamment sa résidence fiscale exacte, étant donné l’importance que prend Patrick Drahi dans l’économie hexagonale. Ben voyons.

On imagine sans mal qu’à mesure que les négociations entre Vivendi et Numericable vont avancer, les cognements fiscaux dont Drahi va faire l’expérience vont très probablement s’intensifier. Les noms d’oiseaux (« exilé fiscal », « salodesuisse » et autres joyeusetés du même tonneau) ont déjà commencé à pleuvoir, vaguement adoucis par le langage un peu duplomatique de Montebourg et de son sbire Pellerin. Le parrain ne laissera pas ce deal se faire sans grogner.

Mais voilà : tout le monde semble trouver tout ça parfaitement normal.

Les politiciens, par exemple, n’ont absolument rien à dire sur l’heureuse concomitance de la reprise de SFR par Numericable et d’un contrôle fiscal de la société et de son patron. Du reste, on les comprend : ceux qui sont au pouvoir s’en foutent et comprennent très bien, et ceux qui n’y sont pas n’ont probablement pas envie de faire partie de la prochaine fournée de contrôles.

La presse, par exemple, est mollement atone alors qu’à l’évidence, le ministre use ici de son pouvoir bien au-delà de ses prérogatives pour harceler un citoyen et une entreprise. Les articles se suivent et se ressemblent comme si les recopies un peu remises en forme de l’AFP pouvaient constituer la vraie valeur ajoutée du travail de journaliste économique dans ce pays. Personne pour s’étonner de cette pratique alors que d’habitude, les deux tourtereaux gouvernementaux s’entendent comme des larrons en foire pour louer l’investissement étranger en France ; pourtant, ici, c’est bien un étranger qui investit, massivement, en France, non ? Apparemment, ce n’est pas le bon type d’étranger. Zut alors.

Pas un journaliste pour s’étonner aussi du parti-pris gouvernemental. Le parrain s’agace et cogne, mais tout ceci est parfaitement normal. Et tant pis si la reprise du réseau SFR par Bouygues aurait inévitablement conduit à la fermeture des douzaines de boutiques SFR devenues surnuméraires (car généralement proches de celles de Bouygues), provoquant une pelleté de chômeurs en plus, ce qui ne se produira pas (ou alors, pas de cette façon là) avec Numericable… Personne pour s’interroger sur les vraies motivations qui poussent ainsi Arnaud à faire autant confiance à une entreprise de BTP, ou ce qui l’encourage avec sa frétillance habituelle à sortir que finalement, la concurrence, c’est cracra et qu’il vaut mieux se contenter d’un bon petit cartel de téléphonistes, à trois …

Mais non. Tout le monde s’en fiche. Même pas mal. C’est la France.

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Commentaires330

  1. oli71

    Le plus hallucinant dans cette menace de représailles fiscales contre le patron de Numéricable (dont la mise en oeuvre n’a pas tardé), c’est qu’elle n’est même pas transmise discrètement à l’intéressé. Elle est publiquement annoncée à la radio et assumée sans vergogne par notre frétillant abruti de ministre du Dressement Reproductif. C’est à se demander si dans ce gouvernement, il se trouvera au moins une personne pour avoir au moins vaguement conscience que l’ouverture de cette enquête fiscale pue le détournement de pouvoirs.
    Remarquez, pourquoi se gêneraient-ils, puisque pas un seul journaliste ne s’émeut de ce genre de pratique ? Le Monde, par exemple, si prompt à déceler dans les pratiques de l’ancienne majorité d’insupportables atteintes aux « valeurs républicaines », au « pacte républicain »(etc..), titrait hier : « Bercy a ouvert une enquête sur le patron de Numericable ». En lisant l’article, on n’y voit pas une once de critique, pas même un embryon d’interrogation sur la légitimité de l’utilisation des moyens de l’Etat pour pourrir la vie d’un entrepreneur qui contrarie les projets du ministre… rien, nada, circulez y a rien à voir…

    1. Fred

      Je trouve que Paul Bismuth (pardon, Nicolas Sarkozy), n’a pas tout a fait tort dans sa tribune, en comparant la France actuelle à la RDA… Il a du viser juste. Depuis hier soir, la « gauche » ne cesse de pousser des cris d’orfraie…

    2. Val

      @oli .le fait que le sulfureux patron de free fasse partie du diabolique triumvirat qui dirige le monde n a évidement pas de rapport avec l article que vous citez …. 😉

    3. Gerldam

      Cette position du ministricule a été vertement critiquée sur BFM Business dans l’émission Les Experts de Nicolas Doze.

  2. dede

    Je n’ai pas suivi toute l’affaire mais Montebourg a-t-il tente de justifier sa saillie en jouant du pipeau ou n’a-t-il meme pas essaye d’annoncer pourquoi il prenait parti?

    1. Nocte

      pour résumé : le gouvernement veut que ce soit Bouygues. Point Final. Et si vous allez contre cette idée, vous allez manger grave, fiscalement parlant (et socialement aussi, on voit ça avec les journalistes et les syndicats)

  3. tabbehim

    allez, un peu de politique politicienne pour s’amuser un vendredi matin ^^

    http://www.20minutes.fr/elections/1328478-ayrault-appelle-les-republicains-a-tout-faire-pour-qu-il-n-y-ait-aucun-maire-fn

    et je mets cet article parce que cette phrase vaut du caca en barre :
    http://www.20minutes.fr/economie/1329426-l-autriche-et-le-luxembourg-tournent-la-page-du-secret-bancaire

    « Cette décision, attendue de longue date, a été saluée par des ONG comme Oxfam, pour qui les États vont pouvoir redistribuer aux plus pauvres les sommes faramineuses liées à la fraude et à l’évasion fiscale. Ce fléau représente un manque à gagner de 1.000 milliards d’euros par an pour l’Europe, selon M. Van Rompuy. « 

      1. tabbehim

        elles sont élevés au maïs dans les bureaux de Bruxelles 🙂
        Mais ils sont très fort dans la vente de rêves aux con de citoyens !

        et j’avoue que j’aimerai écouter ce qui peut se dire dans ce genre de réunion :
        http://www.20minutes.fr/economie/1329686-assurance-chomage-sapin-appelle-patronat-et-syndicats-a-prendre-leurs-responsabilites

        Mais que vont devenir les annexes 8 et 10? mais il ne va rien leur arrivé car comme dirait le pinède :
        « A propos des intermittents du spectacle, dont le Medef réclamait au départ des négociations la suppression du régime, avant de renoncer en partie, Michel Sapin a estimé que «sans eux, il n’y aurait pas de culture en France». «C’est 300 millions de surcoût (…). S’apercevoir aujourd’hui que les gens qui sont en grande fragilité sont ceux qui touchent le plus d’indemnisation du chômage, c’est quand même une évidence», a-t-il ajouté. »

  4. toufou

    « revenons l’instant de quelques lignes sur les concepts de base,[…] la nécessité d’une probité hors norme de nos hommes politiques.  »

    > C’est l’origine de nos problèmes actuelles en France je pense. A un moment donné nous avions une classe politique honnete dans l’ensemble. De gaulle, malgré ce que certains peuvent en penser, étant un bon exemple (http://www.marianne.net/Charles-de-Gaulle-un-ideal-politique_a199533.html , désolé pour la référence journalistique dont vous constaterez que le texte est truffé de fautes de gammaire et orthographe..).
    A cette époque, De Gaulle fichait à la porte le ministre soupsonné de malhonneteté. Et ça ce voit encore aujourd’hui dans d’autres pays (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/02/09/97001-20130209FILWWW00367-plagiatdemission-d-une-ministre-allemande.php)
    Mais depuis, en France, les electeurs ont préférés renoncer à l’intransigence d’honneteté de leur élus au nom de leurs idées politiques. Autrement dit : « plutot des corrompus que des malpensants ».
    Et cela est vrai dans les deux camps.
    A droite, on a pu longtemps entendre que c’était normal que les politiciiens se paient de façon occulte car ce nétait pas grand chose à côté du salaire d’un grand patron (ce qui a fait dire ensuite à Sarko qu’il valait mieux un salaire plus elevé mais officiel).
    A gauche, c’est le déni total. On voit encore des politicien se référer à Mitterand alors qu’il est sans aucun doute une des plus grande raclure que la République n’est jamais connu. Le chef du PS n’est-il pas un repris de justice (http://fr.wikipedia.org/wiki/Harlem_Desir) ?

    Avec cette mentalité, on est en quelque sorte pris en otage. Puisque mes idées sont plus importantes que l’intégrité de mes élus, je suis obligé d’accepter les plus grands brigands. Or les grands brigands ont une aptitude toute particulière à se hisser en haut du panier de crabes si on ne les élimine pas d’office. Il ne faut donc pas s’étonner d’avoir une armée de crapules pour nous gouverner.

    1. toufou

      Selon moi, le reflexe basique d’un electeur devrait etre en tout premier lieu d’exclure toute personne ayant été condamnée pour corruption (malversation, …), et ensuite de reflechir, en quelque sorte.

      1. tabbehim

        c’est que les moutontribuables doivent être con.
        Ils élisent plus volontiers un ripou qu’un type clean ^^

        alors l’étape réflexion…..

  5. Cacatoès à crête

    Je crois que le problème vient plutôt du cheptel qui persiste à croire qu’il a plus de chances d’éviter l’abattoir avec le berger Dupond qu’avec le berger Dupont… Et puis, ceux qui peuvent se vanter d’être « clean » en politique… À part Chasse Pêche Nature & Traditions (et encore, si ça se trouve même Nihous a détourné le blé de la fédération de chasse du Nord)

  6. Libertador

    Je ne peux pas imaginer que (tous) les français s’en foutent. D’une part cette attitude mafieuse de notre sinistre reproductif est tellement caricaturale et choquante, d’autre part les journalistes peuvent bien écrire et dire ce qu’ils veulent, ils ont perdu la confiance de leurs cibles. Il reste un village Breton et j’espère un peu de potion magique …

  7. riton

    Il faut que ce soir l’information principale ce soit le taux d’abstentions qui aura dépassé les 40% pour délégitimer leurs elections et le « chèque en blanc » qu’on leur donne pour dépenser toujours plus.
    S’abstenir c’est aussi dénoncer le maintien en l’état du « mille-feuilles » administratif et l’absence d’une loi à effet immédiat interdisant le cumul des mandats
    Les médias commencent bien tardivement à soulever le problème de la non participation mais ça bouge de ce côté et c’est un signe encourageant.

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