[Redite] Petit cours de pipoconomie à l’usage des citoyens français

Article initialement paru le 30.01.2019

Depuis les saillies de Porcher début 2019, Piketty est venu ajouter son bout de gras idéologique dans un long pensum sans intérêt. Et donc, parce que le déluge d’âneries économiques continue toujours avec autant de force dans l’ex-pays des Lumières, rappelons quelques éléments essentiels en économie de base.

Au détour d’émissions télévisuelles que le bon sens et le temps limité d’un homme de bien commandent de ne pas regarder trop longtemps, trop souvent et en les prenant trop au sérieux, on découvre parfois de magnifiques pépites-par-inadvertance (c’est-à-dire des âneries qui deviennent des pépites par la puissance de l’imbécillité ainsi convoquée).

Cette fois-ci, la pépite se révèle en tombant sur une déclaration de Thomas Porcher dans une émission sans grand intérêt d’une chaîne publique en déroute intellectuelle depuis très longtemps. L’aimable olibrius poilu, se qualifiant lui-même d’économiste atterré, nous explique doctement et avec pour lui – et malheureusement – toute l’attention de la brochette de starlettes du plateau, que, je cite sans même caricaturer, « on n’hérite pas de la dette mais d’un patrimoine public qui est aujourd’hui encore supérieur à la dette ».

Bien évidemment, c’est une ânerie à plusieurs niveaux.

Implied Facepalm

Sur le plan factuel, force est de constater que c’est évidemment faux, comme le montre Vincent Bénard, dans un fil twitter qu’il lui a consacré, avec l’étude du bilan annuel fourni par l’État que notre économiste devrait compulser fiévreusement entre deux petits fours de plateau télé.

En réalité, la dette représente déjà deux fois plus que les actifs de l’État qui, comme souligné, s’il devait les vendre pour rembourser la dette, se trouverait à devoir brader ce qui accroîtrait encore l’écart entre ce qu’il peut effectivement couvrir et le montant total de la dette.

Par ailleurs, imaginer – comme le fait notre frétillant abonné aux plateaux télé – que la dette correspond à l’infrastructure actuellement utilisée en France est une aimable plaisanterie.

Non seulement, c’est une idiotie économique (la dette sert très majoritairement à payer les frais de fonctionnement de notre État mammouth et de sa redistribution sociale tous azimuts, et très, très, très peu les routes, les ponts et les écoles, généralement en place et payés depuis des lustres), mais en plus l’infrastructure actuelle se dégrade de tous les côtés. Quelques tentatives de trajet en train en automne (feuilles mortes), en hiver (neige), en été (chaleur) ou au printemps (animaux qui traversent les voies), quelques explorations de nos plus belles prisons insalubres, de nos meilleurs hôpitaux, de nos plus jolies routes trouées, de nos ponts qui menacent de s’effondrer, de nos infrastructures de distribution de gaz ou de nos institutions qui bullent, etc., suffisent à convaincre que la situation n’est pas vraiment en train de s’améliorer.

Décidément, ce clown qui se prétend économiste est amusant, tout au plus.

Cependant, le souci est qu’en France, les discours tenus par ce type de saltimbanques sont écoutés.

Ils ne sont pas seulement écoutés, ils sont aussi tenus par les abrutis de Bercy, de Matignon, d’un peu partout, et par toute cette foule d’incultes en économie de base, de larves intellectuelles qui vivent de façon très détendue dans une hallucination collective où l’argent s’imprime à volonté, la richesse ne se crée pas mais se répartit, la dette n’existe pas ou peut ne pas être remboursée, et où l’on peut chier sur les générations futures (sauf lorsqu’il s’agit de climat où ces générations passent alors dans une zone d’intouchabilité que seule une fiscalité pourtant délirante ne semble jamais voir).

Et ce discours étant le seul tenu, le seul diffusé, le seul expliqué, détaillé, analysé, le seul entendu finalement, il finit, à force de répétition, par passer dans les esprits, s’y installer et y devenir vérité intangible, évidente, banale même.

Les individus normalement constituées finissent par y croire ! Mais oui, tout le monde sait que sans les méchants intérêts de la dette, la France serait la première puissance moOoondiale, pardi, et peu importe 40 années de budgets gravement déficitaires. Tout le monde sait que c’est Rothschild et Pompidou qui ont été très méchants.

Tout le monde sait qu’on peut répudier la dette, ou, mieux, qu’on peut vendre une tour Eiffel et deux tableaux de maîtres pour s’en sortir. Tout le monde sait qu’un impôt non prélevé, c’est un manque à gagner pour l’État. Tout le monde sait qu’une augmentation exceptionnelle des recettes, c’est une cagnotte.

Tout le monde sait qu’en décrétant une augmentation du SMIC, on donne du pouvoir d’achat à plus de gens, et que ça passe crème parce qu’il suffit de le décréter. Tout le monde sait que l’ISF c’est symbolique et nécessaire et que ça fait du bien à l’économie. Tout le monde sait ça.

À tel point qu’au bout du bout, une fois que tout est dit, affirmé et clamé partout, lorsqu’enfin, le peuple pète un câble sous des ponctions invraisemblables, une bureaucratie délirante, une administration en roue libre, des services publics de plus en plus mauvais, une augmentation de la misère, du chômage et des « incivilités », que réclame ce peuple, après une vague tentative de demander moins d’impôts ?

… Une nouvelle répartition de la richesse ! Le retour de l’ISF ! Une augmentation du SMIC ! Une annulation de la dette ! Etc.

Porcher est de ce genre d’olibrius néfaste, comme il en existe beaucoup trop (qui se regroupent en brochette d’ahuris avec des sobriquets édifiants genre « économistes atterrants »), qu’on entend du matin au soir et du soir au matin, raconter leurs insupportables bêtises, depuis au moins trois générations.

La première génération qui a enseigné ces idioties a formé une seconde génération qui, à son tour, s’est empressée de répéter voire (pire encore) d’enseigner elle aussi les mêmes âneries à la génération suivante.

Maintenant, les gens y croient dur comme fer, et tenter, même de loin, d’expliquer, de réexpliquer ce qui est vu comme la base dans n’importe quel autre pays du monde, revient à faire un travail de Sisyphe jamais couronné du moindre succès.

C’est aussi pour ça que ce pays est foutu.

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Commentaires39

  1. Passim

    Les employés du Ministère de la Vérité (MiniVer) sont devenus trop nombreux pour que leurs négateurs soient seulement entendus. Il faudra attendre la débâcle. Mais même celle-ci ne remettra les idées en place, pas plus que la précédente. Ce pays est foutu, mais surtout d’avoir perdu la mémoire. Un Alzheimer aux dimensions nationale.

  2. theo31

    il y a encore quelques jours, un gars instruit m’a dit qu’il y avait un problème de redistribution des richesses et qu’il ne comprenait pas pourquoi on pouvait être milliardaire. J’ai vite renoncé à lui expliquer quelques principes de base, nous ne vivons pas dans le même univers.

    1. Elie

      @theo31, et pourquoi les deux (existence des milliardaires et meilleure redistribution ) seraient-ils incompatibles ?
      Les milliardaires existent, c’est un fait, point.
      Mais en quoi ce fait empêche-t-il d’envisager une meilleure redistribution des moyens existants vers les hôpitaux, les écoles, les routes etc ? Votre interlocuteur suggérait que les milliardaires doivent davantage mettre la main à la poche : pour se prononcer là-dessus, il faut connaître les chiffres, savoir si l’isf rapporte tant que ça à l’Etat, et s’il n’incite pas plutôt les grosses fortunes à quitter le pays, investir moins, etc.
      Mais on peut aussi envisager une gestion générale plus efficace des moyens déjà à disposition.
      Je ne pense pas que, par exemple, l’amélioration du système scolaire passe obligatoirement par une injection de moyens supplémentaires. Certes, l’état de certains établissements est lamentable, mais les problèmes du système scolaire dépassent largement pour moi la question des moyens financiers.
      Si on ramenait le problème à l’échelle d’une personne, je dirais qu’il ne sert à rien de déverser davantage d’argent dans un tonneau percé ; plus on va donner à un dépensier, plus il va dépenser et se ruiner. Alors que des personnes avec peu de moyens peuvent très bien s’en sortir parce qu’ils gèrent correctement leur budget.

      1. durru

        En fait, ça se limite pas à dépensier ou pas. Selon M. Friedman, il existe quatre façons de dépenser de l’argent : le sien pour soi-même, le sien pour des tiers, celui des tiers pour soi-même et celui des tiers pour d’autres encore. Comme vous pouvez l’imaginer, on fait le moins attention dans le dernier cas. Et la France c’est la championne du monde à ce chat-pitre. Rien à ajouter.

      2. bibi

        Ce qui empêche une meilleure redistribution c’est que les moyens existants ne sont pas distribués.
        Le fait même d’employer le terme redistribuer signifie qu’au départ la richesse serait mal distribuée (car le capitalisme c’est le mal) et que l’état (le bien) se doit d’intervenir pour redistribuer correctement la richesse.

  3. Léo C

    Ce qui me déglingue au plus haut point est que j’exhorte mes fils à foutre le camp de ce pays (que j’aime mais considère foutu également) et qu’ils me prennent pour un vieux con alarmiste et déconnecté.

    Pas plus tard qu’hier soir, mon fils aîné a assisté au lynchage d’un de ses amis sur un prétexte fallacieux par une bande de « JEUNES »: 15 contre 1, dans une boîte des quais de Bordeaux.

    On s’étonne qu’elles ferment, alors que leur fréquentation est de plus en plus déplorable.

    Comme je leur ai dit, je n’hésiterai pas à prendre les armes (que je n’ai pas) pour défendre leur peau. Même au prix de l’élimination de 20 ou 50 de ces parasites.

    Je ne serai juste plus le même après mais ça surviendra. Hélas.

  4. Aristarkke

    40 années de budgets gravement déficitaires…
    Hélas si seulement nous en étions encore là !!!
    Nous allons en être à 46 cette année. Tout au plus pouvons nous atténuer le choc en remarquant que les sept premiers n’étaient déficitaires qu’en exécution alors que depuis 81, tous l’étaient dès la prévision, y compris lors des intermèdes de la fausse droite/vraie gauche honteuse dissimulée… 😥

    1. Léo C

      Ce jour du 10 mai 1981, j’avais assisté, déconfit, à la victoire de celui contre lequel j’avais voté du haut de mes 18 ans. J’étrennais mon droit de vote.

      Mes convictions étaient déjà forgées et ancrées viscéralement en moi. Être de gauche n’était pas même envisageable.

      La gauche est la paupérisation en marche, la médiocrité planifiée.

  5. Aristarkke

    Monseigneur, la photo d’archives de Flanby baptisé « expert économique », c’est un fake que vous avez bricolé pour l’occasion. Rassurez-vous !!!

        1. sam player

          Résumé :
          Pour 15 mille :
          J’me branlais les couilles avant
          J’m’en branle les couilles aujourd’hui
          J’pourrais me branler les couilles demain

          Pi j’ai pas le téléphone chez moi
          Pi pour 10 mille de plus j’fais des bafouilles
          ——-
          Remarque c’est pas énorme 15 mille, vu que c’est ce que je payais un très bon dessinateur projeteur à la même époque (1989).

          1. Pheldge

            oui sam, un très bon dessinateur projeteur donc un mec qui produisait des trucs ayant de la valeur, qui méritait sa thune.
            Le mettre sur le même pied que l’autre gros branlo de commis charcutier, c’est presque insulter sa mémoire, honte à toi ! 😉

  6. lxy

    Tous ces « economistes affligeants » sont tous profs d’economie, en Faculté ou à Sc-Pipo. Les étudiants en sortent irrécupérables. Leur logorrhée,leurs gros bouquins, leurs conférences, peuvent se résumer en seulement 3 mots « vive le communisme », pourtant avéré par l’histoire et l’expérience comme étant « privatif à la fois des biens matériels et des libertés » comme le résumait si bien Jean François Revel !

    1. Theo31

      J’ai passé un bac sciences eco en 1989 dans une école privée sans jamais entendre les noms de Bastiat et Say qui sont pourtant les piliers de la science économique, renforcés depuis par Mises, Hayek et Rothbard. La classe était abonnée à Science et Vie Eco, qui était furieusement keynésienne.

      C’est grâce à internet que j’ai decouvert ces auteurs.

      1. Arthourr

        Pourquoi voulez-vous que la moindre collectivité – locale ou non- procure à ses assujettis les moyens de constater qu’elle se fout de leur gueule ?

      2. bibi

        Je vous rassure j’ai croisé une prof d’éco en 2015 qui ne connaissait même pas le nom de Gustave de Molinari.

        Pour Bastiat c’est un nom que je connais depuis mon enfance, car c’est le nom de famille de ma nounou, et aussi le nom d’un membre du XV de France vainqueur du tournoi des V nations en 1977 et joueur de l’US Dax se prénommant Jean-Pierre.

        La première fois que j’ai été en contact avec les oeuvres de Frédéric c’est sur le site en ligne de la bibliothèque de l’université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et je me suis dit : « aux pitiés pas encore un économiste français », car il ne pouvait selon moi à l’époque, que s’agir que d’un socialiste surtout si vous rajoutez à cela un patronyme typiquement landais.
        Ce qui m’a fait découvrir les écrits de Frédéric Bastiat c’est Charles Gave et le fait qu’il soit mort le jour où je suis né, et en le lisant je me suis rendu compte que quelqu’un avant moi avait réussi à formuler ma pensée au point que je me suis senti vraiment bête de n’avoir pu moi-même écrire des choses aussi emplies de bon sens.

      1. Aristarkke

        Je m’étais écroulé de rire quand Monseigneur avait illustré un de ses exordes avec l’icône « le communisme ! Même les Allemands ne sont pas arrivés à le faire fonctionner !

  7. lxy

    Y’a qu »a pas rembourser la dette. L’Argentine s’est livré à ce petit jeu là à plusieurs reprises. Résultat…personne ne veut plus vous prêter un peso. Comme vos comptes sont complètement délabrés, vous n’avez pas d’excédents de balance commerciale et donc vous ne pouvez plus rien acheter à l’extérieur les biens courants de plus ou moins grande nécessité : plus de pièces détachées automobiles…les voitures restent au garage, plus de médicaments, vous crevez, plus de pièces informatiques…vos PC restent en rade. Toutes les importations sont rigoureusement contrôlées, stockés dans des entrepôts douaniers qui délivrent les autorisations au compte goûte. Plusieurs pays communistes ont connu cette situation. C’est aisi que Cuba a gardé précieusement des vieilles bagnoles américaines vieilles de 50 ans, très soigneusement réparées et minutieusement entretenues, pendant que les ménagères font la queue devant des magasins où les rayons sont désespérément vides.On imagine mal les râleurs de Français dans une telle situation …

    1. P&C

      Il est tout à fait possible de ne pas rembourser une dette. On a même un champion national dans ce domaine : Philippe le Bel. Jacques de Molay n’a jamais revu sa thune.

      Voire même, de se faire prêter de la thune sans avoir à rembourser ! On a aussi des champions dans cette discipline.

      1. Lorelei

        @ P&C
        « Jacques de Molay n’a jamais revu sa thune ».
        Vu qu’ils ont été brûlés sur un bûcher, lui et ses frères Templiers, c’est sûr qu’ils ont eu du mal à réclamer leur dû.
        On peut toujours essayer aujourd’hui. On ne sait jamais, sur un malentendu.

  8. zelectron

    C’est si vrai que la clique présidentielle, depuis un long moment, met tout en œuvre pour vendre à vil prix nos bijoux de famille pour faire face à l’appétit sans freins des innombrables factotum et autres railleux, entre autre.

    1. MCA

      M’est avis qu’il y a inversion causes/effets.

      Les factotums et railleux sont l’excuse qui justifie la vente à la découpe prévue de longue date de ce qui est juteux.

      Et comme le produit de la vente permet d’acheter la paix sociale d’un côté et régaler les amis de l’autre, le processus continue de plus belle jusqu’à épuisement du stock.

      Ensuite on attaquera sérieusement le problème de la solvabilité de l’état et ça fera très mal au Luc.

  9. Léo C

    J’ai même cru lire quelque part que les dispositions fiscales de l’assurance-vie pourraient être « revues » puisque pour l’instant elles ne sont pas (encore) intégrées à l’actif successoral.

    Bons à rien mais prêts à toute vilenie.

    1. Aristarkke

      Ce serait pour les 152.000€ qui sont encore exonérés (=1MF) parce que sinon, le cas est déjà réglé pour ce qui dépasse…

  10. Duroy

    J’ai la chance infinie d’être à mon compte et de pouvoir étouffer quelques revenus conséquents; c’est, pour moi le seul acte de désobéissance efficace pour ne pas participer à cette gabegie générale!! Que ceux qui peuvent le faire le fassent, même si quoi qu’on achète une partie alimente de toute façon cette dictature fiscale qu’est devenue ce pauvre pays… La résistance fiscale est la seule solution!!

    1. Léo C

      J’espère que vous avez pris soin d’être derrière un VPN pour révéler cela. De ne le révéler qu’ici. 🙂

      Sait-on jamais avec des envieux et des jaloux prompts à la délation et les renifleurs de fondements appointés.

      En tout cas, je vous félicite.

      1. Duroy

        Ben lorsqu’on a un site offshore c’est la B A B A… J’en ai d’ailleurs plusieurs, dont un associé à TAIL. Les bons proposent un règlement par courrier en cash,il suffit juste de télécharger l’appli sur un wifi public, pas de nom, pas d’adresse, pas de logs, lorsqu’on sait bien gérer le net c’est le paradis de la fraude. Quant à la jalousie, c’est un sport national, et les connards jaloux ne savent en général même pas ce qu’est un VPN…

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