Demaerd frappe fort

Demaerd Industries, la société tentaculaire, n’est jamais à court d’innovations : après le succès planétaire du revival de la Chaussure à Semelle Compensée, voici l’avènement historique de la Godasse Surtaxée, dont on pressent déjà le succès européen en avant-première.

Avec la déferlante des chaussures chinoises qui arrive, et après le tsunami de pulls et de chemises à la fin de l’année dernière, la Commission Européenne a compris qu’elle ne devait pas tarder dans une réponse appropriée : elle a rapidement saisi la multinationale tentaculaire pour que la compagnie aux mille produits puisse développer un nouvel article apte à concurrencer sur ce segment les chinois effervescents de l’habillement.

La multinationale, à son habitude, a su répondre présente et, en présentant le résultat de ses recherches, en a surpris plus d’un : il ne s’agira pas, comme on aurait pu le penser au départ, d’un Produit Demaerd(c)(tm) de plus, ou d’un Service Demaerd(c)(tm) innovant, mais bien d’une Politique Demaerd(c)(tm) finement ciselée par nos technocrates bruxellois.

C’est la filiale Taxalakon S.A. qui va produire les prototypes et les pré-séries. Il s’agit essentiellement d’une chaussure d’origine chinoise ou vietnamienne, produite en Chine (ou au Vietnam) et vendue par des Chinois (ou des Vietnamiens, n’ayons pas peur de le dire), mais dont le prix à la consommation aura été sensiblement augmenté au delà des droits de douane et de la TVA traditionnelle.

Comme de juste avec Demaerd Industries, il fallait s’attendre à une belle demi-mesure bien bancale dont les intérêts à court, moyen et long termes sont totalement opaques, tant pour ceux qui vendent, que pour ceux qui achètent et pour ceux qui décident de l’instauration de cette taxe.

En effet, Taxalakon, la filiale de Demaerd, a opté pour un supplément de 20% sur le prix final, supplément qui serait rapidement absorbé par les distributeurs européens dans leurs marges, au point que la godasse sera vendue quasiment au même prix que sans cette taxe. Comme il faudra bien que quelqu’un la paye, de toute façon, ce sera autant de perdu pour au moins un des intervenants de la chaîne du producteur au consommateur de grolles. Et l’effet final désiré, qui était au départ de ralentir l’invasion de pompes asiatiques, risque d’être modéré voire nul : les chaussures asiatiques vont continuer d’affluer.

Notons au passage que si aucune taxe n’existait, les chaussures seraient beaucoup moins chères, ce qui permettrait à bien des pieds d’en trouver (à semelle compensée ou pas) à leur goût et à portée de leur bourse, et à bien des Chinois (ou des Vietnamiens, redisons-le ici) d’écouler leur production et par là, vivre de leur industrie.

Dans ce cas d’école, on ne peut qu’admirer l’extraordinaire efficacité de Bruxelles à mettre en place une Politique Demaerd(c)(tm) vraiment efficace, véritable usine à gaz ponctionnant sans effet positif, quasiment pour l’unique satisfaction béate de la ponction en elle-même.

Peut-être l’argent récolté permettra-t-il de dédommager les éleveurs de poulets fous…

On peut rêver.


Le Figaro
Taxalacon SA et Commission Européenne : une politique Demaerd Inc.

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