Survie sociale

Il est un phénomène étrange que l’on observe parfois, notamment quand les heures s’allongent dans la soirée et que la météo permet des petites boissons postprandiales, tranquilles, sous les pins du jardin, dans un groupe de personnes discutant de tout et de rien, et notamment du temps qui fait, qui passe ou qui s’échauffe…

Ce phénomène étrange commence généralement par l’évocation des problèmes essentiels de la société ; je ne parle pas ici de la maladie de Robert ou du cor au pieds de Gudule, ou, plus important encore, de l’avenir incertain de Ginette qui semble s’étioler à chaque nouvelle canicule, ni même de la composition du prochain déjeuner (poisson ou viande ?).

Non. Le phénomène se développe en pratique quand on aborde des sujets qui auront été préalablement sur-mâchés par les média, largement développés par les politiques et très utilisés par tout un chacun pour se forger une opinion ferme et définitive.

Dans ces sujets, on retrouve le chômage, la mondialisation, les « performances » du système social français dans son ensemble, ou, plus globalement encore, le réchauffement climatique.

Dès qu’un tel sujet aura été jeté en pâture, le phénomène de Survie Sociale se déclenche. Peu importe que les arguments avancés soient en carton : si le groupe de personnes discutant est en faveur de ces arguments, ils seront énoncés, supportés et accueillis avec joie (voire renchérissement). Si un doute, même sur un point de détail est émis, il sera rapidement balayé, avec un petit mouvement d’épaule et un autre argument en polystyrène expansé (i.e. cassant et plein d’air).

Le phénomène a ceci de caractéristique que bien souvent, quand les intervenants sont pris à part et présentés devant des arguments solides contraires à leurs élucubrations précédentes, leur position apparaît alors moins tranchée, moins radicale.

Pour reprendre un cas concret, disons du Réchauffement Climatique, on aura en général un discours officiel extrêment simple : l’homme, être malin et pervers, pourrit la nature et pollue les airs. Il est responsable des hausses de températures. C’est comme ça. Il faut se faire une raison. Et il faut agir. Il faut que les gouvernements empêchent les gros 4×4 qui polluent. Il faut que les industries soient mises au pas. Il faut.

Les arguments en carton ne manquent évidemment pas : l’air est de plus en plus pollué (c’est l’évidence n°1, hein, pas de discussion), et l’homme rejette de plus en plus de cochonneries. Comme il fait de plus en plus chaud (évidence n°2), il est évident que l’on peut relier l’augmentation de température avec l’activité humaine. Voilà.

Les arguments solides, pourtant, on en trouve d’assez bons quand on cherche, mais ils ne vont pas dans ce sens.

Par exemple, l’évidence n°1 semble contredite, par exemple ici, sur un site canadien[1].

Pour l’évidence n°2, par exemple, il existe encore, si l’on se donne la peine de chercher, des douzaines (oui, des douzaines) d’études parfaitement documentées et réalisées avec soin, qui montrent que ce réchauffement, justement, n’est pas aussi évident qu’il y paraît ; on pourra citer le rapport WMO de 2005 (disponible ici, et dont la lecture met quelques pendules à l’heure)[2].

Enfin, le simple bon sens voudrait qu’on doive comparer les rejets atmosphériques humains avec les principaux rejets naturels, comme ceux des volcans par exemple. Compte tenu des quantités astronomiques de gaz rejetés par les éruptions (on parle de milliers de kilomètres cubes, tout de même, pendant des mois entiers), on est en droit, ensuite, de se demander ce que fichent exactement les gouvernements qui n’empêchent en rien ces scandaleux volcans d’éructer sans frein ! Ou peut-être le volcan pollue-t-il moins car il n’est pas humain et, au contraire de celui-ci , il ne produit pas cette substance visqueuse, la moraline, qui imprègne tout ce que l’animal pollueur touche.

Bref…

Ce phénomène de survie sociale, en pratique, est parfaitement expliqué : c’est par la relation avec les autres au sein de ce qu’on appelle la « dynamique des groupes » que le développement d’un individu se structure selon un double processus de personnalisation et de socialisation. Il s’agit à la fois d’une affirmation de soi (individuation) et de l’intégration de normes et valeurs des groupes d’appartenance (famille, amis, école, travail…)

Ces processus se déroulent sous l’effet de trois principaux phénomènes d’influence que l’on a identifié comme la normalisation, la conformité au groupe et la soumission à l’autorité. Dans ce cadre, peu importe que l’idéologie d’un groupe soit en phase avec le réel, si ce discours s’exprime de façon stable et répétitive, il pourra avoir une influence sur d’autres groupes majoritaires. Ici, le groupe va répéter les idées reçues sur le chômage, le réchauffement climatique, ou n’importe quoi d’autre, jusqu’à ce que l’idée même de contestation ou de remise en cause soit difficilement admissible.

On entre ici pour ceux qui participent au groupe à la Survie Sociale : dire le contraire revient à s’ostraciser. Et le mieux, pour éviter de laisser vagabonder ses réflexions consiste à clamer haut et fort ce qu’on veut être vrai (même si c’est faux) pour obtenir, de force, l’assentiment de tous.

On se reportera avec bonheur à l’expérience de Solomon Asch : présentant l’image suivante, il obtient une réponse claire (et juste) du sujet.

En revanche, quand le sujet est placé dans un groupe (d’acteurs) dont tous les membres donne une réponse fausse (et la même de surcroît, A ou B par exemple), le sujet en vient à changer de position puis à soutenir mordicus l’erreur, pour ne pas se singulariser dans le groupe : pour survivre socialement, on en vient à croire et relayer des balivernes …

Ce qu’il y a de profondément troublant avec ce phénomène c’est qu’à la fin, il cristallise en bonne grosse dictature morale ou culturelle qui n’a rien à envier aux sociétés islamistes ou catholiques intégristes des périodes les plus sombres.

L’individu lambda se range naturellement du côté du « gentil » et, pour bien des domaines (réchauffement, libéralisme, mondialisation, chômage, etc…) c’est ce que tout le monde a fait ; quand on est jeune et fluffy (poilu, un peux ébouriffé et naturellement doux), on est évidemment attiré par le grand groupe des Amis Unis de la Terre et des Oiseaux, de l’Energie Douce et de la Méditation dans les Bois, de la Poésie et de la Littérature qui libère en Douceur avec Fond Musical Ethno-Friendly. Dans ce schéma, tous les fluffys de la jeunesse (française notamment) sont les « gentils » de la grande bagarre pacifiste pour un monde meilleur.

Actuellement, ce groupe des « gentils », blob protéiforme qu’on ne peut saisir clairement, se place dans une « gauche » vague. Il faut quasiment avoir une déviance, comme aimer les maths ou les armes à feu, pour se poser la question de savoir si tout ça c’est pas du flan et/ou si la société ne fonctionnerait pas finalement d’une façon un peu plus compliquée…. Et s’opposer, c’est risquer le « Si t’es pas avec nous, t’es contre nous ! », anathème célèbre et définitif.

Malheureusement, et d’ailleurs au grand dam des Amis de la Terre et des Ecureuils Qui Font Pouic Dans Les Bois, la montée des discours extrêmistes est généralement le préambule à une bonne reprise en main autoritaire.

Comme il est probable que, toute survie mise à part, les gens sont nécessairement (pour des raisons de survie tout court) doués d’un minimum de bon sens, l’attitude de survie sociale qui prévaut actuellement en France n’est en fait qu’un comportement à la limite de l’hypocrisie pour continuer de vivre en société. Par extension, plus les gens se défendent de cette attitude, plus on peut déceler leur hypocrisie…

Parfois, devant tant de mauvaise foi, on se demande s’ils ne sont pas hippopocrytes.


Note : je remercie tout particulièrement Fredo pour m’avoir fourni des liens précieux sur la dynamique de groupe.

Notes

[1] Et il existe des douzaines d’autres sites semblables avec des résultats concordants – propagande ?

[2] Mais on pourra toujours objecter que ces – nombreuses – études sont en fait honteusement truquées -propagande ?

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