Bidouille de la carte

Dans le monde étrange des politiques, quand une méthode ne fonctionne pas, plutôt que de l’abandonner, on la bidouille. Si une méthode a prouvé son inefficacité, plutôt que d’en changer, on la garde et on ajoute à celle-ci une panoplie de variantes pour en camoufler les effets pervers. Dans notre beau pays, le procédé de la bidouille est tellement courant qu’il en est devenu sport de combat.

Pour prendre quelques exemples concrets, alors même que notre système de retraite semble s’effondrer sous son propre poids, ses méthodes de calculs compliquées, ses régimes spéciaux et ses soultes qui vagabondent de l’État vers les organismes sociaux et retour, les politiques, plutôt qu’une remise à plat du système, étudient avec précaution un moyen de faire durer le zombie quelques années encore.

D’ailleurs, leurs discours, emprunts de ces mille petites subtilités linguistiques qui montrent à quel point ils marchent sur des œufs, s’amoncellent pour faire passer la pilule auprès de leurs électeurs-contribuables : oui, il va falloir réformer, mais ils feront tout pour que ce soit indolore, que ça ne concerne pas tout le monde, et puis les syndicats seront brossés dans le sens du poil, et vous verrez, tout va bien se passer, reprenez un peu de Lexomil, merci.

On pourrait aussi évoquer notre droit du travail. Ce code aura été tellement trituré, asticoté, barbouillé, excité et bidouillé que s’il était conçu pour des humains au départ, il faut maintenant être un mutant aux superpouvoirs étendus pour en comprendre et en appliquer toutes les règles. Le patron moyen, chef d’une PME de moins de dix personnes, se retrouve donc à combattre un Léviathan terrifiant composé pour moitié de Hulk, pour l’aspect pas content et agressif (et vert aussi, un peu), et pour moitié du Joker, pour l’aspect irrationnel, psychopathe et désaxé. Et le code du travail, quand il est tout excité, il est tout pas beau…

Chaque gouvernement aura ainsi eu tout le loisir d’accroître les pouvoirs du super-héros Droit Du Travail, en alternant subtilement les mesures les plus complexes et les atteintes les plus manifestes à la liberté de travailler et les libéralisation de ces mêmes codes moyennant des contraintes ubuesques à commencer par celle qui veut que toute loi votée ne peut jamais être remise en cause. Moyennant quoi, on aura vu d’un côté une diminution imposée du temps de travail à 35 heures hebdomadaires dont la mise en place relégua les machines à gaz de GDF au rang de joujoux pour gamins trisomiques, et de l’autre des tentatives d’assouplissement du contrat de travail en proposant plus d’une douzaine de contrats types voulant aussi bien couvrir le cas de l’apprenti-coiffeur de Meudon que du directeur R&D chez Aventis, avec, par dessus le marché, le résultat désopilant qu’on a pu voir dans la rue…

Un autre exemple, beaucoup plus récent, est celui de la carte scolaire. Merveilleux outil totalement étatique de répartition autoritaire des élèves du public, elle aura permis, depuis 1963, de montrer sa totale inefficacité. Il était donc grand temps, pour nos joyeux turlurons de la politique bidouillante, d’en rajouter une couche bien gluante.

L’idée au départ est globalement la suivante : pour obtenir la mixité sociale nécessaire à la bonne intégration des enfants de toutes origines, faisons en sorte que l’état attribue une place de maternelle, d’élémentaire, de collège, et de lycée déterminée à chaque moutard.

Première remarque évidente : on ne voit pas trop en quoi le fait d’attribuer des élèves à des établissement particuliers va permettre une plus ou moins grande mixité sociale ; les parents qui veulent ou qui peuvent contourner ces obligations le feront (et le font), pour des raisons qui leur sont propres. La mixité passe à la trappe.

Deuxième remarque : pourquoi, nom d’une pipe en bois à réaction, « obtenir la mixité sociale » est devenu, subito, un but de notre République ? En quoi est-ce souhaitable ? En quoi est-ce souhaité ? Là, évidemment, on rentre dans le domaine de l’Egalitarisme, la seule vraie motivation présente et déclarée de tous nos politiques qui mériterait de rester aux frontispices des édifices de notre pays. C’est souhaité, parce qu’une tête qui dépasse, un être hors-norme, c’est comme croiser les effluves : c’est maâal.

Se fixant donc un but idiot (obtenir l’ « égalité des chances »), les vieux briscards de la politique française ont mis en place une usine à gaz étatique (une de plus, seule production publique de notre pays ininterrompue par des grèves sur les 50 dernières années).

Partir en voyage en se fixant un but idiot et en se donnant des moyens inappropriés revient en général à trotter nu en plein désert de sable, sans écran total, armé d’une tringle à rideaux en hurlant à qui veut l’entendre que tout va pour le mieux. Au final, on se retrouve grillé, perdu et aphone.

C’est d’ailleurs ce qui se passe actuellement : les politiciens qui parlent de la carte scolaire sont grillés, puisque les premiers à la contourner, perdus puisqu’ils ne peuvent plus dire où ils en sont, où ils vont et par où ils sont passés, et aphone à tel point que leurs gémissents plaintifs sur le sujet ne permet en rien de définir un sens à leurs borborygmes. Et quand ils ne sont pas aphones, c’est tout comme : on ne les écoute plus.

Sarko & Ségo n’échappent pas à la règle. L’un comme l’autre ont soit bénéficié de la carte en ayant des adresses prestigieuses leur permettant d’inscrire leurs rejetons dans les meilleurs établissements du pays, soit l’ont contournée (je doute, ainsi, que leurs enfants soient allés dans une ZEP) ; l’un comme l’autre ne peuvent plus dire exactement en quoi la carte scolaire a permis (ne serait-ce que marginalement) d’améliorer le sort des élèves concernés (que du contraire, même), et enfin, l’un comme l’autre expriment des positions ambigües : on ne supprime surtout pas, mais on va en rajouter une bonne couche, on « réforme », ce qui revient, dans ce genre de contexte, à produire du bruit blanc puisque tout mouvement politique, de nos jours, consiste comme je l’ai évoqué précédemment, à ajouter des couches sur des couches.

Tout comme dans le désert il existe effectivement un chemin et des moyens pour ne pas se perdre, il existe pour ce sujet une façon simple, claire et efficace d’obtenir un bon niveau général d’éducation : a/ supprimer la carte scolaire purement simplement, b/ laisser toute latitude aux établissements pour définir leurs programmes, le contenu éducatif, les dépenses (frais de fonctionnements, salaires, etc…) afférentes, et c/ supprimer purement et simplement les inspections académiques dont l’utilité a été jusqu’à présent essentiellement alimentaire : permettre à une certaine catégorie de non-enseignants de manger, en leur donnant de surcroît le pouvoir d’enquiquiner ceux qui dispensent le savoir, avec une bonne dose de dogmatisme et de méthodes totalement inadaptées pour faire bonne mesure.

Mais ne te leurre pas, ami lecteur : ces trois points simples – qui ont d’ailleurs le mérite d’alléger la note de tes impôts – aucun des clowns qui nous « servent » ne te les proposera.

À la place, les clowns vont sortir leurs petits bistouris et leurs petits instruments de chirurgie, et vont nous bidouiller la carte scolaire à mort, rajoutant une strate sur les strates déjà existantes.

Et un clown qui fait de la chirurgie, en général, ça se termine mal.

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