Les savants imbéciles

Dans la bouche de Lénine, l’expression d’«idiot utile» renvoyait aux intellectuels de gauche occidentaux dont la défense enthousiaste d’un régime qu’on pourra pudiquement qualifier d’ultracollectiviste, pour ne pas dire sanguinaire, rendait bien service à la cause de la révolution d’Octobre. De nos jours, l’idiot utile se trouve partout. Dans ce blog, il a tour à tour le nom de fluffy, d’altermondialeux, etc… Cependant, une catégorie à part émerge : le Savant Imbécile.

Pour cette catégorie, on tape dans le classieux ; le savant imbécile n’est pas une catégorie ouverte au vulgus pecum, et se concentre sur un type d’élite. Voyons rapidement les caractéristiques du savant imbécile :
– pas tout jeune
– diplômé
– médiatique
– à côté de la plaque

Avant tout, j’insisterai sur « à côté de la plaque » : il ne s’agit pas ici de parler des savants qui répondent aux autres critères et restent dans leur discipline et ne mélangent pas leurs opinions diverses sur « le monde, la vie et les lubies du toutou », avec leurs avis éclairés (voire étayés) sur le domaine dans lequel ils ont fait profession. Non, la catégorie concerne juste ceux qui auront eu à coeur de faire profiter le monde de leur avis sur tout et n’importe quoi exactement en dehors de leur domaine de prédilection. Le « savant imbécile » se doit donc d’être à côté de la plaque.

Pour « pas tout jeune », il nous faut quelqu’un d’un certain âge, voire d’un âge certain : le but est d’écarter tout risque d’un manque d’expérience. On peut très bien être âgé et sans expérience sur un sujet donné, cela n’a pas d’importance : ici, il s’agit de faire illusion ou de ne pas prêter le flanc à cette critique facile du « Tu es trop jeune pour savoir de quoi tu parles ». Quelques rides, des cheveux gris, au besoin, une barbe pour les hommes, et (le cas échéant) des lunettes style 70s permettront de parfaire le côté Savant de cette catégorie.

Pour « diplômé », il faudra disposer d’un ou plusieurs titres ronflants, éventuellement en anglais, d’une provenance internationalement reconnue ; « Jongleur Officiel de l’Equipe Minime de Palavas Les Flots » ne qualifie donc pas ; un PhD d’Harvard fera mieux l’affaire… Si, par dessus le marché, on peut choper un prix reconnu mondialement, on décroche la timballe, et on peut se classer dans le Savant Imbécile De Prestige.

Enfin, il faudra être « médiatique ». Le Savant Imbécile, fût-il De Prestige, s’il reste dans son coin bien sagement et dégoise des conneries abyssales au coin du feu devant sa marmotte de combat ou son lévrier tétraplégique ne nous intéresse pas : ses conneries restant confidentielles, il ne se place pas dans la catégorie.

Si je vous entretiens du Savant Imbécile, c’est que l’actualité nous amène régulièrement de tels olibrius sur un plateau de laiton (l’argent, c’est pour ceux De Prestige). Dans des épisodes précédents de « Ma Vie Dans Un Pays Qui Part En Quenouille », j’avais probablement évoqué les inénarrables saillies d’Albert Jacquard proférées dans le cadre d’un ouvrage pondu alors que le pauvre bougre perd manifestement un peu la tête. Compte tenu des critères précédents, notre Albert se classe calmement mais sûrement dans les Savants Imbéciles Standard.

Pour rappel, un petit extrait des jacquardises (croustillantes et légères, ça se mange sans faim ces petites choses) :

Pour un économiste « libéral », l’idée d’organiser l’économie d’un pays sur la base d’un collectivisme généralisé est une absurdité (…) ce n’est pas là, pour lui, un choix politique, mais l’aboutissement d’un raisonnement scientifique. Pour vérifier la validité de ce raisonnement, la meilleure méthode est de faire une expérience. Certes elle a été tentée à partir de 1917 en Russie avec les résultats que l’on sait. Mais les conditions de l’expérience ont été telles que des conclusions rigoureuses ne peuvent guère en être tirées (…) Par la suite le dérapage vers la dictature a totalement dénaturé la tentative.

Voilà : on prend un scientifique connu, on le plonge dans un bain de trichloro-médiatisium en présence d’un catalyseur sans rapport avec la discipline de l’individu, l’économie par exemple, ou la politique, ça le fait aussi, et on obtient un précipité colloïdal grumeleux pas bien joli joli à regarder et généralement très rigolo, mais, sur le plan scientifique, c’est du n’importe quoi en barre gluante.

De la même façon, un comique comme Hubert Reeves répond parfaitement aux critères énoncés : les positions qu’il peut prendre en écologie, en s’appuyant sur sa renommée d’astrophysicien, ne valent pas beaucoup plus que les positions de n’importe qui d’autre, surtout lorsque ces positions ne s’asseoient pas sur la méthode scientifique que le savant en question est sensé utiliser tous les jours pour gagner sa croûte…

Ces derniers jours, nous avons eu l’occasion d’assister au dérapage incontrôlé d’un savant de renommé internationale et passage en Savant Imbécile à vitesse lumière, avec le cas de l’américain Joseph Stiglitz, pourtant prix Nobel d’économie, à la faveur d’une interview suite à son ouvrage « Le Fanatisme Du Marché », dans Libération. De prime abord, on pourrait croire que notre individu s’exprime doctement sur un sujet qu’il maîtrise. Mais las, notre petit Joseph s’emmêle les pinceaux : foin d’économie, il nous fait rapidement de la politique lourdement mâtinée de ses propres opinions en la matière. Pour un économiste non juriste, s’exprimer sur la propriété intellectuelle revient à danser la samba sur une planche savonnée. A sa décharge, l’article de Libé est tellement teinté d’une charge antilibérale primaire qu’on peut se demander si le froid pisse-copie qui l’a pondu n’en a pas profité pour – oh, le fourbe – mettre en avant son propre crédo avant les opinions réelles de celui qu’il interviewait.

Le doute se lève cependant lorsqu’on retrouve son nom accolé à … celui de Bernard Thibault, le dinosaure syndicaliste coiffé par Mireille Mathieu et aux curseurs définitivement coincés sur les années 60. Quelle crédibilité peut-on avoir en tant qu’économiste lorsqu’on s’associe avec les mouvements syndicalistes actuels en France, notamment dans le cadre de la fusion GDF – Suez ? Collectivistes complètement perdus, les syndicats français ne peuvent plus prétendre à aucune crédibilité, ni politique, ni économique ; et l’onction, fût-elle d’un « prix Nobel » ne changera rien. Par contagion, cela amoindrira la réputation de l’économiste sans rien ajouter à la piteuse crédibilité de la CGT ou de FO… C’est tellement vrai que les mouvements de mobilisation contre cette privatisation ont fait pschit : dans leur majorité, les Français, jamais aussi peu représentés par leurs syndicats qu’actuellement, se foutent comme d’une guigne de ce qui va bien pouvoir advenir à GDF, tant que l’entité fournit le gaz au consommateur.

En fait, le pauvre Stiglitz n’est probablement même pas au courant qu’il fut ainsi embrigadé par ces loulous… Il innove ainsi en se retrouvant dans les Savants Imbéciles à Son Corps Défendant…

Rappelons-le à tous nos petits amis syndicalistes, journaleux et autres altermondialistes créatifs : si vos arguments se valent, ils n’ont pas besoin d’un prix Nobel. S’ils ont besoin d’un prix Nobel et que même avec, vos arguments sentent toujours le socialisme amer et aboutissent toujours aux mêmes solutions collectivistes, c’est que vos arguments ne valent rien. Et l’argument d’autorité n’a jamais donné le point à celui qui l’utilise, surtout quand c’est de travers…

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