More Guns, Less Crimes

Combien faut-il de flics pour tourner une ampoule ? Combien pour sauver des innocents ? L’actualité donne un sens bien macabre à cette question.

Avec les média traditionnels toujours prompts à ressortir l’Analyse Prêt-A-Penser Bien-Pensante, collection Printemps 2007, oser seulement imaginer qu’on puisse se poser une telle question relève de l’hérésie.

Devant des tragédies comme Columbine, en 1999, ou celle qui vient de se produire, en Virginie, la presse déroule toujours le même raisonnement en trois temps.

Dans un premier temps, celui de l’émotion, elle se contente essentiellement de décrire ce qui se passe ou vient de se passer, en faisant la chasse aux gros titre, transformant ainsi du cadavre à peine refroidi en matière à sensation. Si l’homme n’est pas une marchandise, sa mort, en revanche, permet de faire les choux gras de bien des journalistes. Mais à ce point, il s’agit surtout de relater un tragique fait divers, qui reste, aussi sanglant soit-il, extrêmement clair sur le plan des responsabilités : un type fou débarque dans un endroit public, muni d’une arme à feu, et dégomme du passant innocent. Si, bien sûr, on peut obtenir une petite vidéo pisseuse ou un enregistrement (stéréo si possible) d’un envoyé spécial, ce sera un gros titre. L’idée, jusqu’ici, est d’atteindre les centres les plus basaux de notre cerveaux : la peur, la colère, le dégoût. Jusqu’à ce point, hormis, peut-être, le traitement un peu graveleux que la presse utilise pour déclencher l’émotion, le rôle d’information est relativement bien respecté.

Dans un second temps, celui de l’enquête, les média vont tout tenter pour comprendre qui était ce tueur, ce qui l’a poussé à devenir, en quelques heures, un meurtrier assoiffé de sang. Nous aurons certainement droit à un portrait psychologique de la personne en question. Il est aussi probable que nous aurons le plaisir douteux d’entendre les témoignages de survivants, ou, technologie aidant, de personnes décédés ayant tout juste le temps de passer un dernier appel avec leur portable, de prendre des clichés ou une vidéo, … Ce second temps sera donc consacré par la presse à l’obtention de la dimension humaine du drame : là encore, il sera nécessaire de remuer les tripes du spectateur, de l’auditeur ou du lecteur.

A ce point, on peut commencer à se demander exactement ce qu’apporte de savoir qui était le fou. En effet, si ce fou représentait un profil type clairement identifiable, au vu du nombre d’affaires similaires ou approchantes, ce profil type aurait été établi, et on peut espérer que des traitements préventifs auraient été tentés. Force est de constater que de tels profils ne sont pas établis, que de tels traitements ne semblent pas exister. Et que de toute façon, si ces profils et traitements existent, ils ne fonctionnent manifestement pas très bien.

De la même façon disposer du témoignage d’un rescapé (ou ex-) de la tuerie ne donne aucune information utile. Dans une situation similaire, rien n’indique que vous réagiriez pareil ou non. Rien n’indique non plus que vous en réchappiez pour le raconter. Bref : on ajoute ici du bruit au flot déjà conséquent de données sur la tuerie.

Le troisième temps sera celui de l’analyse du drame dans sa dimension politique : Pourquoi avait-il une arme ? Comment se l’est-il procurée ? Peut-on empêcher que ceci se reproduise ?

Et là, la presse ne joue déjà plus vraiment son rôle. Surtout dans l’absence tragique de raisonnements en ce qu’elle provoque, à plus ou moins longue échéance par effet de ricochet, d’autres morts tragiques.

Pour ma part, je noterai les points suivants :
– les personnes sur place ont pu, à tout moment, compter sur elles-mêmes pour sauver leur peau. Toutes armées d’un t-shirt, d’un jean, d’un bon blouson, d’un gros cartable et certainement de quelques bouquins, contre un freluquet tout juste armé d’une arme à feu de gros calibre, il est évident que le tueur ne faisait pas le poids.
– la police est arrivée à temps puisque le tueur a pu se faire attraper dès son premier coup de feu, et qu’il n’a pas eu deux heures pour aller dans un autre lieu et tirer à nouveau.

Il y a fort à parier que ces remarques ne seront pas du tout mentionnées par les média traditionnels. Pour eux, la cause est entendue : les américains, fanas d’armes à feux, n’ont finalement que ce qu’ils méritent puisqu’après tout, les armes sont là-bas en vente libre (dit-on). Et leur tendance à toujours en ressortir aux armes pour régler un problème (nettement démontré par les explosions nombreuses et violentes dans leurs films à gros budgets) n’est plus un mystère pour personne, hein … On oubliera bien vite les fusillades qui ont lieu régulièrement en France et qui tuent des innocents de la même façon. On oubliera aussi avec aisance la Suisse où chaque citoyen dispose d’une arme de guerre chez lui, et où, pourtant, la population ne passe pas son temps à faire des trous de 7.65 dans son prochain. Le flegme suisse, sans doute 😉

J’aurai cependant quelques questions.

Si, culturellement, tout le monde avait été armé, même légèrement, sur le campus, et si, toujours dans la même hypothèse absurde, on avait ouvertement dispensé des cours d’auto-défense armée aux profs et personnels administratifs et d’encadrement sur place, combien de temps le tueur aurait-il pu perpétrer ses actes ? Probablement, quelques blessés, voire un ou deux morts, n’auraient pû être évités. Mais beaucoup d’autres épargnés.

Dans la même catégorie, une compagnie aérienne qui n’embarquerait que du personnel qualifié pour utiliser des armes à feu calibrées pour l’aviation (cela existe) et imposerait un nombre minimum d’armes à feu parmi les passagers n’aurait plus à s’exposer aux détournements et prises d’otages, le ou les preneurs d’otages devant alors faire face à – potentiellement – des douzaines de personnes armées et parfaitement prêtes à en découdre pour arriver à l’heure à destination plutôt qu’à Coudjouac.

En général, à ces remarques, les réactions outrées ne se font pas attendre :
– « Coôomment, mais, une fois tout le monde armé, cela va être le far-west ! Tout le monde va se tirer dessus ! »
– « Allons, il est évident que le nombre de meurtres violents va augmenter, tout le monde sait cela ! »
– « C’est sûr que si l’on autorise les armes pour tous, n’importe quel malade pourra encore plus tirer sur tout le monde ! »

Il s’avère que des statistiques et des données précises sur le port d’armes et ses conséquences en matière de crimes existent, et qu’elles sont disponibles. On pourra lire avec attention le petit article de Pierre Lemieux ici pour se documenter, ou lire l’ouvrage suivant :
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More Guns, Less Crimes

Mais même sans se lancer des chiffres à la figure, quelques remarques de bon sens laissent songeur. D’une part, ce fameux « far-west » a bel et bien existé, et les gens ne mourraient pas tous d’une balle dans le corps, loin s’en faut. L’image d’épinal des duels au soleil est … une image d’épinal. En outre, à n’autoriser que la police à disposer des armes, c’est, en pratique, n’autoriser que les bandits à en faire usage. Le policier de base, s’il doit sortir et utiliser son arme, risque de se voir crouler sous la paperasse pour justifier son geste, puis sous les feux de la rampe, puis devant un juge ou deux. Ensemble cohérent qui retient fort bien la police d’utiliser les armes même lorsque la cause est entendue. La police ne protégeant pas (on peut le voir tous les jours, et l’actualité le rappelle à cette triste occasion), et les malfaiteurs étant, par définition, les seuls à disposer d’armes, nous vivons donc dans une société où
a/ la police est armée, mais ne se sert pas de ses armes, et arrive après le massacre
b/ les racailles sont armées, et se servent à volonté de leurs armes
c/ les honnêtes gens comptent les points.

Dans une société où, culturellement, le port d’armes est autorisée, nous avons :
a/ la police armée, qui n’aura pas à lutter contre l’opinion publique si jamais elle doit utiliser les armes
b/ les honnêtes gens, dont certains sont armés, entraînés et prêts à se servir de leurs armes
c/ les racailles, toujours aussi armées, mais prenant nettement le risque de tomber sur des gens armés en face d’eux et d’en subir les conséquences.

Notons que dans les deux cas, on ne peut en rien empêcher qu’un fou tire sur tout le monde. Dans le premier cas, il tire jusqu’à l’arrivée de la police, qui compte les points. Dans le second, il tire tant que les honnêtes gens lui laissent le temps de le faire.

Il y a en outre une question plus importante : déléguer son pouvoir, sa liberté, par le vote à des politiciens qui s’empressent d’interdire les armes sauf pour l’armée et la police, c’est armer des gens qui utiliseront la force pour extorquer de l’argent, argent qui servira d’abord pour … l’armée, la police et leurs armes. César a dit à propos de la guerre que l’argent lui permettait d’engager des soldats et les soldats d’extorquer de l’argent.

Cette extorsion, on l’aura compris, est d’autant plus facile si personne d’autre que la Force Publique ne dispose d’armes…

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