Rouste et Vaseline

Voilà, c’est plié. Certes, pas tout à fait, il reste encore un peu de temps pour avoir confirmation. Mais on peut le dire sans trop de surprises, l’affaire est dans le sac et n’aura finalement pas duré trop longtemps avant qu’elle se décante : c’est ce qu’on peut d’ores et déjà appeler une bonne branlée des familles…

Pour les chauds supporters de Sarkozy, en effet, pas de doute, il s’agit bien d’une bonne torgnole, d’une baffe, d’une raclée, d’une volée de bois vert, d’une giroflée à cinq pétales, d’une vraie bonne dérouillée, d’une bastonnade de banlieue.

Eh oui.

Et malgré une écrasante victoire aux législatives, avec tout plein de députés nouveaux et anciens qui se trémoussent d’allégresse d’avoir tant et tant de sièges dans une belle assemblée bleu horizon, les joyeux citoyens qui portèrent un président rupturophile et sa clique de bikers terriblement rock’n’roll sont en train de se prendre une violente dégelée qui risque de durer… cinq ans.

Vous ne saisissez pas ? Et pourtant… et pourtant, on vous avait prévenu.

Attention, pas « on » = « les socialistes ».

Les socialistes, en réalité, ont effectivement pris une bonne paire de gnons solidement placés dans les parties les plus sensibles, et ce alors même qu’ils s’éparpillaient dans des petites querelles intestines. Mais c’était, pour le coup, une rouste correctement appliquée, tout à fait normale devant le consternant concert cacophonique qu’ils nous ont offert sur les derniers mois. Et il était à prévoir, devant l’autisme compact de la pauvre candidate qui continue à courir la lande, sourire botox chevillé au corps vissé aux lèvres comme si sa campagne ne s’était pas terminée le 6 mai, que les atermoiements continueraient trop longtemps, que les blocages intellectuels seraient trop forts, trop engagés pour que le pauvre Parti Socialiste se sorte de l’ornière du ravin du gouffre du canyon dans lequel il était tombé depuis un moment déjà.

Et évidemment, pendant qu’on se tortille comme en proie à une tourista carabinée, on ne peut guère donner des conseils avisés si ce n’est en venir, tout naturellement, aux invectives scatogènes. C’est probablement la raison pour laquelle les pauvres tenants du marxisme light (sans sucre, sans gras, sans sel, sans pulpe, sans recul et sans honte) ne virent en Sarkozy qu’un vague suceur de la substantifique moelle lepénienne. Et qu’ils se firent très proprement moucher aux présidentielles, puis aux législatives.

Non, « on », ici, ce sont les libéraux. Ils ne sont pas nombreux. Et ils sont à peu près inaudibles, mais ils l’ont répété : Sarkozy, en fait de gros-oeuvre, va surtout faire de la peinture et du papier-peint. A la limite, il est même possible que ces libéraux furent même un peu optimistes : il semblerait en effet que le papier ne sera pas peint, et que la peinture attendra.

Ainsi, au détour d’un article bien propret du Môôônde, le quotidien dans la tourmente capitaliste, on découvre que les quelques tentatives de réformes du précédent ministre De Robien seront complètement annulées par le nouveau. Les syndicats, qu’on s’est décidé, en haut lieu, à brosser dans le sens du poil, à gratouiller sur le bidou, à pomponner dans les grandes largeurs, et à ménager autant que possible, sont donc quittes pour une petite frayeur. Et pendant que leurs leaders immobilistes s’empiffrent de petits fours sous les ors de la République, Darcos, usant de sa classe racée de représentant provincial en aspirateurs domestiques, embobine le bon peuple en multipliant les entourloupes novlangue et en abordant avec moult précaution la nécessité d’une – je cite – certaine verticalité dans les rapports entre les profs et les élèves. Parler ainsi d’une restauration de l’autorité, c’est à la rupture tant vantée par Sarko ce que Cajoline et son nounours de combat sont au papier de verre industriel …

Et, parallèlement aux cabrioles joyeuses du fougeux Darcos dans le champ lexical rigolo de la novlangue en liberté, le reste du gouvernement, entre deux railleries sur une gauche qui prête d’ailleurs un arrière-train dodu à la critique – tel un mammouth préhistorique englué dans la toundra boueuse sans espoir de sortie -, le gouvernement, donc, nous prépare dans un flou hamiltonien une petite augmentation de la TVA de derrière les fagots dont on va parler dans les chaumières pendant un bon moment.

Si Bastiat, dont la lecture aurait depuis longtemps dû être imposée à l’ENA pour éviter les âneries des énarques, devait se retourner dans sa tombe à chaque fois qu’on entend des sophismes économiques éculés dans ce pays, au rythme où vont les choses il servirait maintenant de dynamo dans une centrale EDF et produirait probablement suffisamment de courant pour une agglomération comme Paris. Ca aurait au moins le mérite de transformer le flot compact et pulsé de bêtises simplistes sortant de la gueule enfarinés des crétins qui nous gouvernent en richesse nationale que nous pourrions même, dans ce cas, exporter contre monnaie sonnante et trébuchante.

Mais las, il faut s’y résoudre : la connerie n’est toujours pas cotée en Bourse. Dommage : l’augmentation de la TVA (sociale ou non) en constituerait un beau gisement. En effet, si, comme l’explique la brochette d’aigrefins qui comptent nous vaseliner rapidement les orifices pendant la période estivale, le travail est trop taxé, le fait de reporter ces taxes sur la TVA ne va rien changer au problème : augmenter la TVA, c’est augmenter le prix des produits à la consommation, et donc diminuer le pouvoir d’achat, et donc, par définition diminuer la quantité de liquidité d’un ménage présent à un instant donné. On a franchement du mal à voir comment transformer cette diminution de la richesse par foyer en réelle opportunité pour les entreprises qui, rappelons-le, utilisent les liquidités des ménages pour constituer des bénéfices.

Dit autrement : qu’une taxe soit ponctionnée en début de chaîne, à la production (ce qui augmente finalement le prix du produit fini) ou à la fin de la chaîne (à la consommation, ce qui augmente le prix du produit à l’étal), tant qu’elle est ponctionnée … elle ne peut pas produire de richesse. On change – plus ou moins à la marge – le comportement économique des acteurs en présence, mais on ne change en rien la quantité de richesse manipulée. Si, de surcroît et comme on peut s’y attendre dans ce merveilleux pays, cette augmentation de la taxe en fin de chaîne ne s’accompagne d’aucune diminution des ponctions en début, l’ensemble des opérations aura donc même gagné en lourdeur et en taxes. Bilan : la richesse sera encore réduite. Pour aller plus loin, si l’augmentation de la TVA devait résoudre le problème de trésorerie de l’Etat et de ses gros organismes vampires satellites, il suffirait de l’augmenter un bon coup, mettons à 30 ou 40%, et l’affaire serait réglée. Il va de soit que cette méthode ne règlerait rien et accomplirait ce que tous les gouvernements s’emploient à faire tout doucement depuis 30 ans : mettre tout le système par terre.

Si, maintenant, on dresse un petit bilan alors même que la déconfiture de la gôche est encore partielle, et que Sarko dispose pourtant d’une majorité plus que confortable, on peut constater que la rupture aura été non dans les recettes pour tondre les moutons, mais essentiellement dans la quantité de peps de nos élus joggeurs. On peut même, et sans trop se mouiller, tabler sur le calendrier suivant :

– juillet : réformettes idiotes, bricolage de circonstances, bonne humeur, petits fours et préparation des vacances d’août.
– août : vacances. Malte ou Brégançon pour le président courant ? La Santé ou Fleury pour le sortant ?
– septembre : grèves de la fonction publique, pays paralysé, tergiversations, atermoiements.
– octobre : baisse généralisée … de pantalons gouvernementaux.
– décembre : ralentissement progressif des excitations sarkoziennes.
– janvier : « les pantoufles d’époxy ». L’époxy, c’est cette colle très efficace qui permet de rester scotché au plafond la tête en bas et d’apprécier ainsi dans une perspective logique un pays qui marche sur la tête.

Tout se déroule comme prévu.

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